‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 5)Chapitre 65 sur 126 · I.IVllI' XX. - isi · texte numérisé non relu

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iiioiil (|ii'il L'vilei'ail de le i\ù\'(\ 11 iiuirclic, le 'i."», sur Saint-Dizicr. Ce mouvement précipité empêche le duc de Tarente, placé à une marche de lui et faisant son arrière garde, de réunir toutes ses colonnes. Une partie de son artillerie, laissée dans ces immenses plaines, sans escorte ou avec une faible escorte, tomba au pouvoir de l'ennemi. Macdonald passa la Marne au même lieu où Napoléon l'avait franchie, et au moment où le prince de Schwarzenberg, qui, dès le ^'i, avait passé l'Aube, se metlait, le 25, en communication avec Vitry et y appuyait la droite de son armée.

Le 25, les dernières troupes de l'armée de Silésie avaient quitté Vertus, flanquant les masses qui, par Chàlons, se portaient sur Vitry. Cette armée atteignit cette ville dans les journées du 25 et du 24. Ce jour-là, les deux grandes armées, c'est-à-dire la totalité des forces alliées, se trouvèrent réunies. Elles se montaient au moins à cent quatre-vingt mille hommes.

Le même jour, nous partîmes de Vertus, le duc de Trévise et moi, pour Vitry, dans l'espérance de faire notre jonction avec l'Empereur.

Je vais analyser les difl'érentes hypothèses que nous étions autorisés à faire dans la position où nous nous trouvions.

1" Nous savions par les habitants que l'on s'était

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baltu à Sominesous le 'i"2 et le "27); il y avait eu des coups (le canon tirés près de la Marne: ainsi il était claii' que lEmpercur était près de cette rivière; mais nous ignorions s'il l'avait passée.

2" Les deux armées ennemies opéraient évjdemment leur réunion ; mais il n'était pas certain qu'elle fut complètement effectuée.

5" Dans un état de choses pareil et avec les ordres reçus, il fallait s'approcher de Vitry, de manière à opérer suivant les circonstances. Le point choisi et convenu entre nous, pour notre établissement du 24 au soir, fut le village de Soudé. Nos deux corps ainsi campés ensemble pourraient immédiatement prendre le parti qui serai t commandé par les événements :

1" Si l'Empereur était à portée et si nous pouvions communiquer avec lui, nous le rejoindrions et nous enverrions prendre ses ordres.

2° Si l'Empereur avait passé la Marne et s'en était éloigné, l'ennemi pouvait faire trois choses :

a. Le suivre. Nous étions bien placés poursuivre nous-mêmes l'ennemi et faire une diversion.

b. Si l'ennemi, profitant de léloignement de l'Empereur, voulait marcher sur Paris, nous étions bien placés pour le précéder, évacuer sans perte les grandes plaines que nous avions à traverser jusqu'à Sézanne, et ensuite résister dans toutes les positions favorables.

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c. Enfin, si l'ennemi, dans l'inlenlion de suivre l'Empereur, voulait d'abord nous éloigner pour revenir ensuite sur lui, nous pouvions nous letirer d'abord pour revenir ensuite et nous remettre encore à le suivre.

Ainsi Soudé-Sainte-Croix était le lieu indiqué pour prendre position; et il fut bien convenu, le 24 au matin, avec le duc de Trévise, que nous nous y rendrions. Je marchais en tête de colonne, et j'arrivai à Soudé à cinq heures du soir. Je m'y établis.

La nuit venue, j'aperçus un horizon immense couvert de feu, dont le développement embrassait plusieurs lieues. Tous les feux étaient-ils ennemis? ou bien y avait-il des feux français, et où étaientils? Pour résoudre ces trois questions, je choisis quatre officiers extrêmement intelligents, parlant allemand et polonais, et je les dirigeai en quatre directions, chacun avec quatre hommes d'escorte. Ils devaient s'approcher, voir, juger, et même communiquer avec les postes ennemis, s'ils croyaient pouvoir le faire sans trop de danger.

Mes quatre reconnaissances revinrent avant la fin de la nuit, et toutes les quatre m'apportèrent la même nouvelle. Tout ce qui était en présence était ennemi. L'Empereur avait passé la Marne, et marchait sur Saint-Dizier. Un des officiers avait même

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joint un poste de Wui'tembergeois, et s'élail fait

passer pour Uusse.

D'après ces renseignements, 'il fallait se tenir prêt à marcher, soit en avant, soit en arrière. Mais le duc de Trévise, malgré nos conventions, n'était point arrivé à Soudé. Je lui écrivis, en toute hâte, pour lui faire connaître l'état des choses, et lui faire sentir la nécessité de notre très-prompte réunion. I /officier porteur de ma lettre se rendit à Vitry et à Bussy-Lestrée, où je supposais qu'il s'était établi. Mais cet officier le manqua sur la route. Il avait pris un autre chemin que le maréchal, qui arriva chez moi, à Soudé, à la pointe du jour. Je lui fis connaître l'état des choses, et je lui exprimai le regret qu'il se fut arrêté au lieu de venir jusqu'à Soudé. Il me répondit : a Mais j'ai pris une bonne disposition, j'ai échelonné mes troupes! — Comment, monsieur le maréchal, répondis-je, échelonjier ses troupes devant l'ennemi, c'est les mettre à distance les unes des autres, sur la ligne d'opération, et non sur une ligne parallèle à son front. Il faut, quand elles sont échelonnées, qu'elles puissent se réunir naturellement quand on se retire, ou bien suivre si on marche en avant. » Ce pauvre maréchal ne connaissait pas mieux le sens des expressions de sa langue que les éléments de son métier! «Maintenant, lui dis-je, il faut réparer le mal et

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fiivoycr nii Loiile liàlc lOidre aux troupes de se porter avec la i)liis grande diligence à Sommesous. Si rennenii marciie à nous cL cpic nous nous i-olilions, elles nous précéderont. Si l'ennenii suit Napoléon, et (pie nous marchions en avant, elles nous rejoindront plus tard. De toutes les manières, nous serons ensend)le. » L'ordre fut expédié, mais les momenis pressaient, et il ne put être exécuté assez à temps pour éviter de grands embarras et de grands malheurs.

Je tis prendre les armes à mes troupes de grand matin, et je les établis sur le plateau, près de Soudé, dans une belle position. A peine formées, je vis déboucher à l'horizon d'énormes masses de troupes venant dans ma direction. C'était toute l'armée ennemie. Plus de vingt mille chevaux formés en différentes colonnes parallèles, et avec la facilité qu'offraient ces plaines désertes, où pas un seul obstacle ne s'opposait à leur marche, précédaient l'infanterie. Je restai en position jusqu'à ce que l'avant-gardc ennemie fût en présence; mais, une fois à portée de canon, je commençai mon mouvement rétrograde, qui, étant prévu et préparé, se fit avec ensemble et sans désordre. Cette marche continua ainsi sans aucun embarras jusqu'à Sommesous. Mais Sommesous était le point de direction donné aux troupes du duc de Trévise, et ces troupes

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irétaient pas encore arrivées. J'y pris position pour les attendre et les rallier. Par suite de cette halte, un engagement eut lieu. Pendant que l'ennemi portait de nombreuses forces sur mon flanc droit et me tournait, il renouvelait ses attaques directes.

Abandonner la position avant l'arrivée des troupes de Mortier, c'était assurer leur perte et les livrer. Il valait mieux périr avec elles que de se sauver sans elles. Enlin elles parurent et nous rejoignirent. Je ne tardai pas un moment à continuer mon mouvement rétrograde; mais il fallut soutenir bien des charges et traverser les diverses lignes de cavalerie formées en arrière de nous. Les intervalles de mes petits carrés furent, pendant longtemps, remplis par la cavalerie ennemie, et trois fois de suite, ayant voulu sortir d'un carré pour passer dans un autre, je fus obligé d'y rentrer précipitamment.

La grande difficulté était de traverser le défilé avec tous nos énormes embarras. J'y parvins cependant en éprouvant la perte de sept pièces de canon abandonnées. Je n'eus pas un seul carré d'enfoncé. Le maréchal Mortier, moins heureux, perdit une brigade de la jeune garde, commandée par le général Jamin, qui fut enfoncée et prise, et, en- outre, vingt-trois pièces de canon.

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En arrivant à lYu'c-Chanipciioise, je Imiivai un régiment do niarclic de cavalerie rejoignant laimée, commandé par le colonel i»otier, depuis placé à la tête du régiment des chasseurs de la garde à sa formation. Cet officier me dit qu'en partant de Sézanne le malin il y avait vu entrer l'ennemi. Or c'était précisément sur Sézanne que nous nous dirigions. Avec un ennemi si nombreux derrière nous, et qui pouvait opérer à la fois sur tant de points différents, la chose devenait impossible. Ce point de retraite ne nous était plus permis.

Pour avoir le temps de nous reconnaître, je changeai la direction de la retraite. Elle se fit sur le village d'Alîemand, situé dans une belle position, fort élevée, et tenant au même plateau que Sézanne. De ce point, nous pourrions, le lendemain, choisir entre plusieurs directions.

Après avoir repoussé avec succès plusieurs attaques de l'ennemi qui nous suivait, nous entendîmes, sur nos derrières, à gauche, une épouvantable canonnade. J'en ignorais complètement la cause. Le duc de Trévise me dit que c'était probablement le général Pacthod.

Pendant la nuit, ce général avait fait demander des ordres au duc de Trévise; mais celui-ci, nonseulement ne lui en avait pas donné, mais encore, comme on vient de le voir, il ne m'avait pas pré-

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venu (le sa présence. Sans ceLLc iiégligeiicc, il eût /'lé probablement sauve.

Paclhod était chargé de conduire à l'Empereur un <(>iiv()i d'artillerie considérable, avec une escorte <lc trois mille hommes de gardes nationales. N'ayant pu joindre Napoléon, dont il était séparé par l'enjUMui, il errait à l'aventure, sans direction, dans ces immenses plaines. 11 s'était enfin mis en marche pour se rapprocher de la route d'Ktoges. Si, du lieu où il se trouvait pendant la nuit, il se fût dirigé sur Sézanne, il aurait pu y arriver et suivre le général Compans, qui, comme lui, à la tête d'un convoi, n'avait pas hésité à retourner en arrière dans la direction de Paris. Aussitôt qu'il avait connu l'état des choses, Pacthod, n'ayant point d'ordre ni d'avis précis, hésita. 11 s'éloigna de la véritable direction qu'il aurait dû suivre, et tomba au milieu de toutes les forces de l'ennemi. Ayant fait mettre tous ses canons en batterie, il résista, autant qu'il le put, aux charges répétées faites sur lui. 11 fut enfin enfoncé. Toutes les troupes et le matériel furent pris. C'était, de la part de l'ennemi, un succès facile.

Tel est l'ensemble des événements que l'ennemi a intitulé du nom fastueux de bataille, simple échauffourée où il n'y a pas eu un seul homme d'infantelic engagé du côté de l'ennemi, parce qu'elle n'é-

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