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poétiiliic (loiil liiiiMyinalioii s( iilc l'ail les Irais. Pendant assez longtemps, il n'a pu me lendrc aucun service ni inlluer d'ancune manière sui- ma deslinée; et, précisément alors, j"ai pu lui donner plus d'une preuve d'amitié et de dévouement. Quand il s'est élevé, j'ai suivi de loin sa fortune. Ce résultai était dans son intérêt, il déi'ivait de la force des .choses. Assurément, il ne viendra jamais dans ma pensée de méconnaître les obligations que j'ai eues envers Napoléon ; mais, tout en les reconnaissant, j'ai le droit de les apprécier à leur juste valeur.
Deu-x jeunes officiers du même grade se rencontrent : l'un a vingt-quatre ans, l'autre dix-neuf: Tun est un homme de génie dévoré d'ambition, I autre est ardent et désire parvenir. Des antécédents ont déjà établi quelques rapports entre eux. Ils se conviennent, et dès lors les mêmes intérêts, les mêmes vues, les unissent. L'un d'eux, favorisé par des circonstances qu'il saisit avec habileté, devient général ; l'autre lui reste attaché sans obtenir aucun avantage personnel. Il suit la fortune du premier à ses risques et périls, même en compromettant son avenir, par pur sentiment d'affection. Des chances favorables et contraires se succèdent, jusqu'au moment où la fortune comble de ses biens celui qu'elle a déjà favorisé. N'est-il pas naturel que celui qui l'a accompagné constamment jusque-
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là le suive, malgré la distance qui les sépare? Un chef a besoin de collaborateurs, et n'est-il pas dans ses intérêts, comme dans la nature des choses, de les choisir parmi ceux qu'il connaît, parmi ceux dont il a pu apprécier l'aptitude, le zèle et In capacité? Alors, dans la mesure des conditions différentes, ceux-ci s'élèvent, et une incapacité démontrée ou des torts graves peuvent seuls interrompre pour eux la route des grandeurs. L'intérêt bien entendu, comme la justice, commande impérieusement cette manière d'agir, et, si déjà le dévouement de ces collaborateurs a été jusqu'à compromettre leur tête pour servir l'ambition- du chef qu'ils se sont choisi, comme au 18 brumaire et plus anciennement dans d'autres circonstances, n'ont-ils pas des droits acquis, que rien ne peut détruire?
Je crois donc devoir conclure que, si j'ai fait une carrière brillante, je l'ai dû d'abord au hasard, qui, dès ma grande jeunesse, m'a placé dans des circonstances favorables, et ensuite à mes bons services età un zèle qui jamais ne s'est démenti un seul jour.
J'ai donc été -traité par x^apoléon avec justice, avec bienveillance; mais, je le déclare hautement, jamais comme un favori ou une personne objet d'une prédilection particulière.
Un souverain donne à sa faveur des caractères
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qu'il est facile de spécifier. 11 j)lace l'IioiDine qu'il aime dans une silnalion où la gloire est facile à acquérir par rabondance des moyens qu'il met à sa disposilion. Il fait valoir ses actions dans chaque occasion; il le comble de richesses; il l'associe à ses plaisirs, aux charmes de sa cour; il fait rejaillir sur lui une partie de l'éclat qui l'environne.
Ai-je été traité ainsi?
Assurément non. Les commandements qui m'ont été donnés ont toujours été les pires de ceux que je pouvais recevoir.
En Egyi)te, je désirais ardemment faire la campagne de Syrie, où mes camarades et mes amis allaient acquérir de la gloire. On me confina à Alexandrie, au milieu de la famine, de la peste et de toutes les misères réunies.
En 1800, je désire commander des troupes, et on me laisse dans le service de l'artillerie.
Les commandements les plus brillants, sur les côtes, sont créés : c'est un corps d'armée, abandonné dans les hôpitaux, en partie composé de mauvaises troupes étrangères, qui est mon partage.
Au moment de l'érection delEmpire, tous les commandants des corps d'armée sont créés maréchaux d'Empire : seul de cette catégorie je suis excepté, et tel cependant qui n'avait jamais commandé qu'un faible régiment avait reçu cette dignité. Je reste
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siniplegénéral coiiininndaiil nncoi'ps d'armée; mais ce coinniandeuiont me donne la faculté de transformer bien lot les troupes qui me sont confiées en un corps d'élite, et elles font glorieusement la campagne de 1805.
Arrivé en lliilic, je passe au commandement de l'armée de Daliuatie, où tout est difficulté et misère, où les moyens manquent, où des forces triples des miennes me sont opposées. J'y rappelle les succès et j'assure la possession de cette province. Je sollicite ardemment ensuite d'être appelé en Pologne; cette faveur m'est refusée.
La guerre de 1809 me fait entrer en campagne. Je suis toujours destiné à combattre des forces au moins doubles des miennes. Mais plusieurs victoires m'ouvrent la route, et, après une série de combats et une marche de plus de cent cinquante lieues, je viens, à jour fixe, prendre ma place à l'avant-garde de la grande armée. Je fais courir un danger imminent à l'armée autrichienne, qui la mène à demander un armistice, et je suis fait maréchal. Cette dignité, reçue sous de pareils auspices, n'était-elle pas une simple dette que payait Napoléon ?
Plus tard, toutes sortes de malheurs viennent nous accabler en Espagne. Les plus grands moyens réunis sont réduits à rien par l'impéritie, l'impré-
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voyjiiicc. el cCsL sur moi (|ue Napoléon jcllc les \('u\ pour aller réparer loiisces malheurs. Une arim'c de moins de trente mille hommes survit à une autre de soixante-dix niill(> qui existait peu de mois auparavant. 1:111e n"a plus de cavalerie; elle n'a plus «l'artillerie. On l'abandonne, et on se contente de faire mille promesses qui ne se réalisent pas. On divise les commandements, ce qui empêche toute opération d'être combinée avec sagesse et exécutée avec vigueur, tout en faisant peser sur moi la plus injuste responsabilité. On me donne des ordres impératifs dont l'exécution amène des revers certains et prévus. On refuse de me rendre une liberté que je réclame instamment, ne voulant pas être l'agent de tous les maux que je prévois. Enfin on amène la confusion de toutes les manières.
Cependant la campagne est laborieusement conduite, et, après avoir surmonté des difficultés presque surnaturelles, elle ne manque que par une fatalité déplorable, qui met ma vie dans un péril imminent. L'ennemi a perdu autant que nous; la retraite s'est faite avec ordre, et cette bataille, toute fâcheuse qu'elle est, jette encore un grand éclat sur nos armes. Son chef est digne d'intérêt à plus d'un titre, et la première preuve que je reçois de celui de Napoléon est de subir un interrogatoire et d'être l'objet d'une enquête.
28i MÉ.MOIRKS DU \)Vi] DM HACIISE.
Mes blessures encore saignantes, je rentre en campagne, et je remplis ma tache largement dans la campagne de 1815. J'y vois se renouveler la destruction d'une armée de plus de cinq cent mille hommes par suite d'une incurie sans exemple, dune faiblesse et d'une indifférence qui ne cesse d'accompagner tous les actes de Napoléon.
1814 arrive : les illusions de son esprit, qui ne cessent de dominer son caractère, rendent infructueux les efforts héroïques de cette campagne, et tout s'écroule.
Si je jette un regard sur les dons que Napoléon m'a faits, ils ont peu d'importance en les comparant à ceux dont d'autres ont été comblés. Jamais aucun bienfait d'argent ne m'a été accordé. Mes dotations ne s'élevaient pas au delà de celles des simples généraux, tandis que mes camarades étaient comblés de richesses. Un million cinq cent mille francs, huit cent mille francs, sept cent mille francs, cinq cent mille francs de rente, constituent leurs majorais. Sous ce rapport, je ne pense pas qu'une bien grande reconnaissance m'ait été imposée. Ouant à la manière dont j'ai été associé aux jouissances de la cour, à l'éclat du trône impérial, il me suffira d'un seul mot. Pendant le temps du règne impérial, pendant les dix ans du régime de l'Empire, j'ai passé six semaines à Paris, en voyages de
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(|uiii/(3 jours cliaciiu. Kn l(S()4, lois du coiironiiemcnl; en ISOÎ), après la paix de Vienne, et en 1811, on allant prendre le commandement de l'armée de Portugal.
On voit que, si j'ai en ma part des travaux de l'Empire, si j'ai contribué à sa gloire, partagé ses infortunes et ses misères, j'ai bien peu participé à ses triomphes et à ses joies. S il est flatteur pour moi d'avoir presque toujours été choisi pour commander dans les circonstances les plus difliciles, si je suis lieureux d'en être sorti souvent avec succès, je ne puis regarder comme une faveur d'y avoir été placé.
J'ai donc raison de prétendre que jamais je n'ai été traité par Napoléon de manière à avoir envers lui des devoirs de reconnaissance d'une nature parfin ilicrc.
Napoléon a probablement été l'être que j'ai le plus aimé dans ma vie. Mais, quand j'ai vu que ce beau génie s'obscurcissait, quand j'ai pu juger, par ses ordres en Espagne, que sa haute raison faisait place à des hallucinations continuelles, et que, plus tard, servant sous ses yeux, j'ai pu voir la confirmation de mes douloureux soupçons; qu'insensible aux intérêts de la France, à la conservation de ses soldats, il ne vivait que d'orgueil et ne sortait pas de ses aberrations, j'avoue que mon cœur, qui
s'était déjà refroidi, s'est glacé, et que je n'ai plus eu d'autres sentiments que ceux qui m'attachaient à la patrie, en méditant cependant la pensée, après avoir sauvé la France de ses folies, de consacrer le reste de ma vie à sa personne.
COlililîSPONDANCl!! ET DOCUMENTS
lltLATlFS AU I.IVHK Vl.NGTltME
LK MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMUNT
« Monlniiniil, le 15 J'ôvrier 181 i.
« Monsieur le duc de Raguse, l'ennemi a passé à Nogent et à Bray; il s est porté sur Donnemarie et menace Nangis. L Empereur se porte aujourd hui sur la Ferté-sous-Jouarre, le duc de Trévise est entre Soissons et Reims, suivant l'armée de Sacken.
« Il est nécessaire, monsieur le maréchal, que vous fassiez mine de poursuivre l'ennemi afin de l'obliger à faire une marche rétrograde, et, comme vous êtes supérieur en cavalerie et que l'infanterie ennemie est désorganisée. Sa Majesté ne voit pas d'inconvénients à découvrir un peu votre position; lorsque vous croirez ne plus pouvoir la tenir, vous pourrez prendre la position de Montmirail et successivement celle de la Ferté, mais le plus lentement
2S8 MHMOIRtS nu DUC Dt lUGUSl'.
possible, afin qu'on ne nous vienne pas bloquer sur Paris, et que rEm})ereiu' ait le temps de se re- (ourner.
« Sa Majesté a détruit et mis hors de combat la meilleure armée de l'ennemi, qu'on estime avoir été à peu près de quatre-vingt mille hommes'.
« Maintenant, Sa Majesté va entreprendre l'armée du prince de Schwarzenberg, qui est de cent, vingt mille hommes, et, si ce n'était que cette armée a pris trop vivement l'offensive sur Paris, l'Empereur se serait porté sur Châlons et Vitry. Aussitôt que Sa Majesté sera rassurée sur les dispositions de ceux ci, et au moindre mouvement de retraite qu'ils feront, son intention est de gagner sur-le-champ Vitry et l'Alsace: et, comme il est possible qu'ils soient décidés à un mouvement rétrograde par les événements majeurs qui viennent d'arriver, et par l'effet moral qu'ils auront sur la France et sur Paris, aussitôt que l'Empereur aura connaissance que l'ennemi se sera décidé à faire un mouvement rétrograde. Sa Majesté désirerait vous trouver encore à Étoges ou à Montmirail : alors nous appuierons sur vous à pas précipités pour obliger l'ennemi à faire de grandes marches,
* Les succès de Champaubert et de Montmirail étaient brillants et glorieux; mais il y avait loin du résultat obtenu à une sorte de destruction de l'armée
{Noie du due de Raguse.)