LIVRE VINGT-SEPTIÈME
Sommaire. — Je reprends la plume pour consigner encore quelques souvenirs. — M. de Sainte-Âulaire quille Vienne. — Appréciation de son caractère. — Sa famille. — Ses embarras. — Anecdotes. — Je me détermine à m'établir à Venise. — M. le duc de Bordeaux. -^ Venise. — Place Saint- Marc. — Considérations sur les différentes phases de la puissance de Venise. — Société de Venise. — Peintures. — Les Murazzy. — Cliiojrga.
— L'Adige. — Digues. — Le Pô. — Bologne. — Peintures — Florence.
— Tableaux. — Gènes.
L'année 1841 apporta un changement douloureux à ma position. Le comte de Sainte-Aulaire, ambassadeur de France en Autriche depuis près de huit ans, sollicitait son rappel et un changement d'emploi. Lié avec lui d'une tendre amitié, chérissant toute sa famille^ sa maison était devenue pour moi une seconde patrie, et j'y oubliais souvent les douleurs de l'exil.
Personne ne convenait mieux que le comte de Sainte-Aulaire à l'ambassade d'Autriche. La considération et l'estime méritée qu'on lui témoignait, sa politesse et sa naissance, lui assuraient toute sorte de succès. Les bons sentiments de la haute classe de Vienne, autant que celle-ci est susceptible d'en
éprouver (car, si elle prend souvent les apparences de l'amitié, on s'aperçoit bientôt qu'elle n'en a guère quel'écorce), lui semblaient acquis; mais le grand éloignement de France rendait rares les voyages qu'il pouvait faire à Paris. La monotonie toujours croissante de la vie de Vienne, le peu de sympathie qu'il avait toujours trouvé dans le salon de la chancellerie, non de la part du prince de Metternich, qui avait de l'attrait pour lui, mais delà part delà prin- •cesse; enfin l'espérance d'être envoyé à Londres, où le mouvement intellectuel est plus en rapport avec ses facultés et ses goûts, étaient des motifs décisifs pour solliciter un changement. Les affaires les plus .graves et les plus importantes se traitaient d'ailleurs chaque jour entrela France et l'Angleterre, et il en serait rinterniédiaire. De semblables motifs étaient trop puissants pour que je ne comprisse pas ses démarches; mais, tout en me réjouissant de ses «uccès pour lui, je les déplorais pour moi.
M. de Sainte-Aulaire était vjenu à Vienne sous les auspices les plus défavorables et les plus contraires. Alors la haine pour la Révolution de juillet était dans toute sa verdeur et toute sa force dans l'esprit de l'aristocratie de Vienne. Aussi eut-il à surmonter de grands obstacles. Le moyen qu'il employa pour les vaincre fut une grande politesse, beaucoup de dignité, beaucoup de réserve, et une maison