LIVRE XXVII
convenablement montée. Il fut prévenant auprès de la société, et accepta avec empressement ce qui lui fut offert, mais sans montrer aucun désir, aucun besoin d'entrer dans l'intimité de personne. Sa vie habituelle se passait en famille. Il avait beau jeu-, au surplus, pour prendre cette attitude; car sa famille, qui était fort nombreuse, composait la plus aimable tribu.
Madame de Sainte-Aulaire, qui la présidait, est assurément une des femmes les plus distinguées qui aient jamais existé, d'une grâce charmante, de l'esprit le pîus cultivé, mais sans pédanterie, possédant un cœur aussi noble que son mari. Elle était entourée de trois filles, élevées sous ses yeux, et dignes d'elle. Une seule était alors mariée. Elle avait épousé le baron de Langsdorff, premier secrétaire d'ambassade, homme d'un esprit très-remarquable et d'une grande capacité. Elle avait près d'elle son fils, le marquis de Sainte-Aulaire, deuxième secrétaire d'ambassade, homme de bien, instruit, capable, un des plus estimables hommes que j'aie jamais rencontrés. Aucun individu ne m'a inspiré une plus grande confiance, et il n'y a aucun secret, aucun intérêt que je ne lui confiasse, certain qu'il n'en abuserait jamais. Enfin je ne puis oublier, dans le souvenir de cette noble famille, la marquise de Sainte-Aulaire, née d'Estourmel, femme de
beaucoup d'esprit, peu jolie, mais charmaute de caractère, et digne de faire partie de cette déli-cieuse association.
On conçoit qu'avec un point d'appui semblable, avec une pareille base, M. de Sainte-Aulaire ait pu traverser les ennuis de Vienne pendant l'espace de huit ans, et que moi, admis et accepté complètement dans cet intérieur, j'y aie trouvé de grandes consolations.
M. de Sainte-Aulaire a cette délicatesse qui appartient à un homme bien né et à un noble cœur, .le le peindrai en deux mots, en consignant les paroles qu'il prononça en me parlant, la première fois que nous nous rencontrâmes après son arrivée à Vienne. Je l'avais vu à Paris dans le monde; je le connaissais, mais je n'avais avec lui aucune intimité. Cependant il me dit immédiatement : « Sur nos rapports futurs,- mon cher maréchal, je serai pour vous tout ce que vous voudrez, et rien que ce que vous voudrez. » Cette simple phrase en dit assez et n'a besoin d'aucun commentaire.
M. de Sainte-Aulaire rencontra plus d'une fois de grands embarras dans les propos inconsidérés elles passions capricieuses de la princesse de Metternich. Avec un homme moins mesuré, les conséquences pouvaient avoir beaucoup de gravité. 11 sut cependant, sans sortir des bornes de la modération, v