HUITIÈME PROMENADE
Le 6 janvier^ nous fûmes voir l'église de Saint- Laurent hors des murs, et les catacombes voisines. L'église est située sur la route de Tivoli. Cette église, placée sous l'invocation du martyr qui mourut par le supplice du feu, fut bâtie par Constantin, et depuis augmentée par le pape Honorius. La partie ancienne est belle. Elle a été cependant construite avec les débris de monuments plus anciens. Des colonnes de marbre du plus bel ordre d'architecture, cannelées, mais de dessins différents et étrangers les uns aux autres, y sont rassemblées. On reconnaît l'ancienne division destinée à séparer les sexes à l'église. La pierre sur laquelle saint Laurent subit son supplice est enchâssée au fond du chœur. Cette église est une basilique et possède un auteldisposé pour que le pape puisse y officier. Comme dans les églises les plus anciennes, il y a deux chaires en marbre, l'une pour la lecture de l'épître, et l'autre pour celle de l'évangile.
La partie extérieure de l'église, qui a été bâtie par le pape Honorius, est ornée de colonnes de granit de différentes dimensions, qui viennent de monuments détruits. Cette partie antérieure n'a rien que de très-ordinaire et de très-commun. Le plafond est en bois sculpté. Il est moderne et ne remonte pas au delà de cent cinquante ans. Le portail du péristyle a six colonnes d'ordre corinthien; quatre sont en marbre blanc cannelées à cannelure inclinée; deux autres sont en marbre gris et unies. Cette église appartient à un monastère (le chanoines réguliers fort riche. Anciennement ce couvent était un hospice, et des charités considérables étaient faites aux indigents. Sous le portail se trouvent des fresques assez bien conservées, remontant au douzième siècle. A l'entrée de l'église, à droite, on voit une belle cuve carrée en marbre antique, revêtue de bas-reliefs superbes qui indiquent les fêtes d'un mariage. Elle renferme les restes du cardinal Fieschi.
Près du monastère on construit un vaste cimetière, qui servira à recevoir les morts de la partie ■<îst de la ville. Il y a trois cent soixante-cinq caveaux. Un sera ouvert chaque jour pour recevoir les morts de la journée. Chaque caveau a une surface de cent pieds carrés, et les caveaux sont fort profonds. Ils pourront renfermer les morts de plus
<rim siècle. Les caveaux seront scellés de manière à empêcher toute profanation. Un mur d'enceinte enveloppe le cimetière; intérieurement et inhérents à ce mur, il y aura des caveaux pour former des sépultures de famille. Tout cet espace sera ensuite planté. Ce vaste établissement réunira la dignité, la piété, le respect que l'on doit aux morts, aux mesures de salubrité publique désirables. On ne saurait trop donner d'approbation à un pareil arrangement.
Nous entrâmes dans les catacombes voisines. Elles sont profondes et d'une étendue immense. Ouvertes dans le tuf, elles renferment une quantité immense de tombes dont les corps ont été enlevés. On en a tiré d'abord des matériaux pour les constructions, et ensuite elles ont servi tout à la fois de demeure pendant leur vie et de lieu de sépulture aux premiers chrétiens. Là où fut enterré un martyr se trouve un vase, une fiole, où l'on a recueilli son sang. Des autels se trouvent de distance en distance. Ils indiquent Je lieu où fut enterré un martyr ou un pontife, et souvent celui où les restes d un homme qui fut l'un et l'autre ont été déposés. Les autels sont recouverts d'un arc de voûte. Il y a une multitude de tombeaux d'enfants morts dans le plus bas âge, nés sans doute dans ces mêmes catacombes, et qui ne virent jamais la clarté du jour.
Diverses rues avec des embranchements s'étendent sous la campagne de Rome de ce côté, à une grande distance. On a rassemblé dans le cloître du couvent diverses antiquités, tirées de ces catacombes. Une très-grande quantité de marbres funèbres porte des inscriptions, et les noms de ceux dont ils recouvrirent les restes. Les martyrs sont reconnus à deux marques : l'instrument du supplice est souvent gravé sur le tombeau, ainsi qu'une colombe représentant l'âme qui s'envole et va rejoindre Jésus-Christ, indiqué par un signe de convention dont une croix fait partie. Ordinairement ces oiseaux portent à leur bec un vase, rappelant celui où le sang du martyr était renfermé. Il y a aussi de beaux sarcophages en marbre.
Nous rentrâmes en ville en passant sous l'aqueduc construit par Auguste, qui sert encore aujourd'hui. Nous visitâmes le forum d'Auguste, dont le mur d'enceinte, prodigieusement élevé, existe en partie. Cette grande hauteur lui a été donnée pour cacher l'intérieur de la vue du mont Esquilin, et réciproquement pour que dans les sacrifices le pontife ne pût pas voir des choses de mauvais augure. Ce forum renfermait une basilique, lieu où l'on rendait la justice, et une place pour le peuple. Auguste, en le faisant construire, voulut ôter au peuple l'usage du forum républicain et déti'uire
l'influence des souvenirs. Domitien en établit un autre, qu'il plaça entre le forum d'Auguste et celui construit plus tard par Trajan. Nerva le fit achever, et il porte son nom. Il fut dédié à Pallas, et cette divinité v eut un temple. Deux belles colonnes connues sous le nom de Colonnade, enterrées aux deux tiers, un bel architrave et un entablement en marbre sont les seules choses qui en restent.
Nous terminâmes par le forum de Trajan, certainement un des plus admirables monuments sortis de la main des hommes. Il se composait d'abord d'une immense salle où le préteur rendait la justice et où le peuple pouvait entrer librement, puis d'un temple, d'une bibliothèque et d'un arc de triomphe placé au côté opposé à la colonne. Sous l'arc de triomphe était placée une superbe statue équestre de Trajan. La colonne érigée à l'honneur de Trajan, et placée près du temple et de la bibliothèque, est couverte de bas-reliefs représentant les travaux guerriers de Trajan contre les Daces. Elle porte pour inscription que sa hauteur est égale à celle de la partie du mont Quirinal enlevée pour . aplanir le lieu où le forum est bâti. La colonne a cent vingt pieds de ha-uteur. Elle se compose de vingt-cinq blocs de marbre, tous superposés, ouverts et taillés intérieurement en escalier. C'est un
ouvrage admirable et unique au monde. Il a cent quatre-vingts marches.
En nous rendant à Sainte-Marie-iMajeure, nous traversâmes un quartier de Rome connu sous le nom de Montaniates. C'est une population assez considérable, qui a des mœurs à part. Elle est rivale de celle des Transteverins. Elle passe pouitrès-passionnée et a peu de rapports avec les citoyens de Rome.