‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 19 sur 156 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

lai voir Bilin, immense et vilain château, appartenant au prince de Lobkowitz. Une chose qui vaut mieux que son habitation, c'est une source d'eau gazeuse, qui lui rend assez d'argent. On vient la boire sur place, et il en expédie environ cent mille bouteilles par an. Ce qui n'est pas bu est employé à extraire de la magnésie. A cet effet, on remplit de grandes chaudières à évaporation. On allume le feu sous les chaudières, et on les tient pendant quatre semaines en évaporation, en remplaçant chaque jour l'eau évaporée par de l'eau nouvelle. Après ce temps, on arrête le feu, et on place cette eau ainsi enrichie dans des cuves. En peu de moments la magnésie se précipite et l'on décante. La pâte est placée dans des formes de bois, et, quand elle est sèche, on livre la magnésie au commerce. Cette industrie facile donne au prince un revenu de vingt-cinq mille florins. Un autre établissement, formé aussi à Bilin par le prince de Lobkowitz, et qui prospère, sans être arrivé à la perfection, est une manufacture de sucre de betteraves qui se lie d'une manière utile à la culture des terres voisines qui lui appartiennent.

J'allai visiter le magnifique château de Duchs, appartenant à un comte de Waldstein, de la famille du Waldstein dont le nom est historique. Dans la cour se trouve un bassin orné d'un groupe très-

beau, construit avec le bronze des canons pris aux Suédois. Le château renferme de superbes tableaux, une belle bibliothèque et une collection d'objets de prix. De ce château, il y a quelque vingt ans, était bibliothécaire le célèbre aventurier Casanova, qui a écrit des mémoires forts licencieux, mais très-amusants.

Pendant mon séj^our à Tœplitz, je renouvelai connaissance avec le maréchal Paskewitch. Je le vis beaucoup, et nous nous convînmes réciproquement. Sa conversation m'intéressait extrêmement. Je lui trouvai une grande simplicité et une netteté dans les idées qui me frappa. Les récits de ses campagnes en Perse et en Turquie ont rempli beaucoup d'heures, qui m'ont paru très-agréables. C'est un homme distingué qui, je crois, mérite la réputation dont il jouit; chose rare dans tous les temps, et peut-être plus aujourd'hui que jamais! Quand il parle guerre, il est dans son élément, et sa bonne foi en racontant est surtout remarquable. Le maréchal Paskewitch est né, en ITS'i, à Pultava, lieu célèbre dans l'histoire de Pierre le Grand.

Je partis de Tœplitz pour Carlsbad ; mais en m'y rendant je me détournai pour aller voir la principale terre du prince deMetternich, Platz, où il possède des établissements métallurgiques, de grandes forêts, des mines de fer très-riches et de bonne

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