LIVRE XXV
rement, donnent des ananas d'une grosseur extraordinaire, et qui pèsent jusqu'à trois livres.
Parti du château dans l'après-midi, j'allai coucher à Tœplitz, et je m'arrêtai un moment le cœur serré et triste à Culm, lieu où commença la série des désastres qui nous accablèrent en 1815 et 1814. J'y revins quelques jours plus tard pour étudier, sur le champ de bataille même, l'histoire des événements de cette époque, et je ne négligeai rien pour reconnaître les lieux et constater les faits. Je n'en parlerai pas ici, ayant placé tout ce qui a rapport à cette partie de la campagne de 1815 dans les récits de mes Mémoires. Je dois dire cependant que je lésai retouchés et modifiés depuis les études que j'ai faites sur les lieux et les convictions que j'y ai acquises.
Tœplitz, ville charmante, située à deux lieues de Testchen, est placée au milieu d'un magnifique vallon. Rien de plus riche, de plus riant et de mieux cultivé; il n'y manque que des eaux courantes. Les eaux thermales de Tœplitz sont trop connues pour qu'il soit besoin d'en parler. Très-efficaces pour les rhumatismes et la goutte, elles sont fréquentées par des malades de toute l'Europe, mais particulièrement par les Prussiens, qui en sont les plus à portée. Le feu roi Frédéric-Guillaume, depuis plus do vingt ans, n'avait jamais manqué d'y venir passer
un mois chaque année. Il était plus souverain de ce territoire que l'empereur lui-même. Une foule de ses sujets, qui n'avaient pas la facilité de le voir à Berlin, s'y rendaient pour lui faire leur cour, et entre autres son beau-père, le comte de Harrach, père de la princesse de Lignitz, qui n'avait pas la permission d'habiter la capitale. Le roi se promenait dans les jardins du château, et à midi il tenait sa cour dans la grande allée, où chacun se rendait, et où l'on se formait en cercle.
Le roi me reçut avec la plus grande bienveillance et me traita avec beaucoup de distinction. L'habitation du prince Clary est belle, sans être magnifique. Les jardins sont d'une dimension suffisante, bien dessinés et bien plantés. Des sources mesquines alimentent des pièces d'eau assez grandes, mais dont l'eau n'est pas claire.
La princesse Clary, née Choteck^ faisait très-bien les honneurs de Tœplitz, et se soumettait, je crois, avec un plaisir que je n'ai jamais compris aux exigences de la vie de cour que la présence du roi rendait nécessaire. A sa place je me serais fait bâtir une jolie et simple habitation à la maison de chasse, située à une lieue. J'y aurais résidé habituellement et je serais venue de temps en temps au château de Tœplitz pour y tenir mes grands jours.
Je visitai les environs de Tœplitz, et d'abord j'ai-