IX. A
fait en Isôi et 1855. Je m'étais imposé luhligation de terminer le premier ouvrage avant de quitter Vienne, en 1834, et je l'ai remplie; car je regardais comme un devoir, avant de courir de nouveaux hasards, de ne pas compromettre le sort d'une publication qui doit avoir quelque poids dans l'histoire de mon temps. Seul vivant aujourd'hui parmi ceux qui entourèrent, à son début dans la carrière, l'homme extraordinaire qui a pesé d'une manière si puissante sur son siècle, et aucun de ceux qui avaient la même position que moi auprès de lui n'ayant écrit, mes paroles feront foi. J'espère que l'esprit de vérité qui m'anime donnera, aux veux de la postérité, un crédit mérité à mes écrits. Ayant été de très-bonne heure, et pendant toute ma vie, acteur dans les plus grands événements de cette période fabuleuse de dix-huit ans, pendant laquelle tant de prodiges presque incroyables se sont succédé, jusqu'à ce que des malheurs plus grands encore soient venus la terminer et la clore, j'ai beaucoup vu, et sons le rapport des choses et sous celui des hommes. Pourvu d'une bonne mémoire, et, par un bonheur extraordinaire, n'ayant pas perdu nu seul papier imporlant, j'ai pu me rappeler les faits. Tous les événements sont encore i)résents à mon espiit. l.a lecture de ces Mémoins servira donc à éclairer sur la valeur des déclamations de celle
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foule de charlatans dont notre époque et notre pays sont remplis, et qui, suivant les circonstances des temps et les intérêts du jour, changent et modifient leur langage.
Le second ouvrage, le récit de mes voyages, doit être considéré comme faisant partie de mes Mémoires; mais, la nature des objets qu'il traite comportant une publication immédiate, puisqu'il s'agit de questions actuelles, j'ai cru convenable de les faire paraître sans retard. Sa composition avait été un objet de grand intérêt, et sa mise au jour un motif de vives inquiétudes. Le rôle d'auteur que j'allais prendre, et qui amène avec lui la critique, était fait pour m'intimider. Mon nom pouvait réveiller des passions populaires et m'occasionner une critique injuste et passionnée. Mes amis de Paris, dont l'attachement pour moi est sincère, et dont les lumières m'inspirent la confiance à juste titre, me déconseillaient cette publication; d'autres amis, résidant à l'étranger, étaient d'un avis opposé. Après quelques incertitudes, je me suis décidé à faire imprimer mon ouvrage, et je rends grâces au ciel de m'avoir inspiré le courage de cette résolulion. Un concert de louanges de tous les partis, de journaux de toutes les opinions, est venu me récompenser de mon labeur. Je n'avais pas rêvé un succès pareil, et il a été un heureux épisode de ma pâle
vieillesse. Ainsi j'ai beaucoup à me féliciter d'avoir été, en 1854, à soixante ans, entreprendre un voyage de plus de trois mille lieues, dans divers climats. J'ai donné ainsi un emploi utile à quelques années, qui, sans cela, se seraient écoulées dans l'oisiveté. J'ai ajouté à mes connaissances; je me suis éclairé sur l'avenir d'un pays dont les destinées seront pendant longtemps une grande préoccupation pour l'Europe; j'ai réveillé les souvenirs de ma jeunesse; enfin j'ai eu l'occasion de recevoir partout ces témoignages de considération et d'estime qui, dans le malheur et l'infortune, sont bien plus flatteurs encore que dans la prospérité. Je le répète, un dernier rayon de soleil a éclairé ma vie, et j'ai trouvé les plus douces et les plus consolantes sensations dans le voyage en lui-même et les souvenirs qu'il m'a laissés, dans le travail de rédaction qui l'a suivi et dans le succès qui a accompagné sa publication.
Une chose que je n'ai pas mise dans mes récits, et qui doit trouver sa place ici, ce sont les efforts qu'à mon passage en Russie, et au milieu des honneurs qui m'ont été rendus, le général AYitt n'a cessé de faire pour m'engager à entrer au service de Russie; mais, fidèle aux souvenirs de ma jeunesse et aux affections de toute ma vie, je n'ai pas voulu risquer d'être obligé de combattre contre mon pays, ou du