‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 3 sur 156 · LIVRE XXV. — 18Ô5-I8Ô · texte numérisé non relu

LIVRE XXV. — 18Ô5-I8Ô

moins de me réjouir de ses malheurs et de ses revers. Moi, soldat dans toute mon essence, j'ai eu, je l'avoue, la forte tentation de servir un souverain que j'aime et que j'admire, qui m'honore de sa bienveillance, dans un pays où la dignité dont je suis revêtu place au-dessus des plus grands seigneurs, et dans les premiers rangs d'une armée qui est à la fois nombreuse, belle et bonne. Je ne puis dissimuler que mon refus est un des plus grands efforts de vertu que j'aie jamais eu à faire.

Mon retour de l'Orient fut suivi d'un séjour de plus d'une année en Italie, qui m'a fait goûter des jouissances toutes particulières. Les charmes du séjour de Rome, quand il est prolongé et libre de tous devoirs, est inexprimable. En unissant les délices des rêveries à l'étude des antiquités, je vivais entre des souvenirs de mille espèces et le bien-être actuel que l'Italie peut seule donner. Des intérêts sérieux me rappelèrent à Vienne en 1856.

En m'y rendant, je m'arrêtai à Florence, que je n'avais pas vue depuis trente-six ans. Cette ville me parut, malgré son caractère particulier et imposant, malgré ses palais forteresses qui, pour ainsi dire, présentent son histoire en relief, malgré ses richesses et les chefs-d'œuvre des beaux-arts qu'elle possède, et le talent avec lequel elle les fait valoir; elle me parut, dis-je, une ville d'un ordre infé-

rieur. Une circonstance particulière donna cependant de l'intérêt à mon passage.

Je vis M. Fossombroni, un des savants les plus remarquables de notre époque, grand géomètre, et qui, par une bizarrerie singulière de la nature, ressemble extraordinairement, par sa physionomie, au célèbre Lagrange, le savant le plus digne d'être comparée Newton. Fossombroni, autrefois chargé d'affaires de la cour à Florence, auprès du grandduc, dont il est aujourd'hui ministre, m'avait conduit, il y avait juste jour pour jour quarante ans, à l'audience du grand-duc Ferdinand, père du prince régnant, lorsque j'avais été envoyé auprès de ce souverain par le général Bonaparte, au moment où l'armée marchait sur Livourne.

Ce qui me frappa le plus à Florence, ce fut le caractère de ses habitants. Le peuple toscan possède les qualités des autres Italiens, sans en avoir les défauts. Les vertus qui lui sont propres sont une grande douceur, un esprit d'ordre, un respect sincère pour les lois et, par-dessus tout, un goût exquis et une délicatesse de sensation remarquable pour tout ce qui tient aux beaux-arts. Plus tard, dans d'autres loisirs, je mettrai en ordre mes observations sur Rome et sur Florence.

Aujourd'hui je veux arriver rapidement à une

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