‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 36 sur 156 · LIVRE XXV. — 1835-1S · texte numérisé non relu

LIVRE XXV. — 1835-1S

De Friedland je me rendis, par un pays de montagnes assez âpres, à Reichenberg. Ici le paysage s'embellit beaucoup. Cette petite ville est le siège d'une industrie prodigieuse. Une foule de fabriques de draps, de filatures de coton et de toiles l'environne. Les fabriques font vivre une population de dix mille âmes. Ce canton donne l'idée d'une ruche d'abeilles par l'activité qu'on y remarque; il s'y fait des affaires pour des sommes fort grandes. Ce débouché pour pénétrer en Bohême est un des meilleurs, quoique moins ouvert que celui de Peterswald. On reste au milieu des montagnes pendant plus de dix lieues.

De Reichenberg j'allai à Uebnau et à Turnau, où je couchai. L'industrie de ces deux petites villes consiste dans la taille elle polissage des pierres fines de Bohême, que l'on tire des environs de Leitmeritz, et dans la composition des pierres imitées, faites avec du verre de couleur. Cette industrie emploie à Turnau seul plus de six mille ouvriers.

Le lendemain, je me rendis à Kœnigsgratz, ville ancienne et bien fortifiée, placée au confluent de l'Elbe et de l'Aider. Le lieutenant général Lainal, qui y commandait, me la montra dans ses plus grands détails. Fortifiée régulièrement, sa grande force lui vient des inondations, que l'on peut créer

à volonté, en peu de momenls, au moyen de ponîsécluses construits sur chacune des deux rivières, inondations que l'ennemi ne peut pas éloigner. Elle a huit bastions avec de grandes demi-lunes, des places d'armes retranchées, des couvre-faces revêtus; en un mot, toutes les richesses de l'art des fortifications s'y trouvent réunies. Les établissements sont d'une beauté extraordinaire; tous les magasins sont casemates, et il y a des logements à l'abri de la bombe pour dix mille hommes et un escadron. Tout a été prodigué pour rendre cette forteresse imprenable, et on peut dire qu'on y est parvenu, en remarquant toutefois que les défauts de celte place sont davoir une action difficile à l'extérieur, malgré deux rivières qui la favorisent, à cause des longs défilés par lesquels il faut sortir. Du reste, des pâtés placés dans les inondations, mais trèsprès de leur extrémité, parent un peu à cet inconvénient, en éloignant l'ennemi et protégeant, par leur feu, la marche des colonnes sur les chaussées et leur déploiement.

Cette ville a dix mille habitants; elle est fort ancienne et possède différents privilèges. Elle montra un attachement et un dévouement particuliers envers Podiebrad, qui, de simple administrateur subalterne, devint souverain et monta, avec le titre de roi, sur le trône de Bohême, en 1458. Un fait

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