LIVRE XXV. — isô;-i85S
qui m'a frappé ici, c'est le prix extrêmement bas* des denrées.
Je vis la garnison et le corps des officiers, et j'allai visiter l'établissement où mangent en commun, et parfaitement bien, officiers supérieurs, capitaines et lieutenants. Ils donnent des fêles aux dames de Kœnigsgratz, et la dépense mensuelle de chacun d'eux ne s'élève pas au-dessus de cinq flolins ou douze francs cinquante centimes. Dans un pays semblalde on est facilement riche, car la richesse n'est pas absolue : elle résulte de revenus supérieurs aux besoins, et les besoins ont toujours, quoique variables, une limite déterminée.
De Kœnigsgratz, j'allai voir la forteressse de Josephstadt, qui n'en est éloignée que de six lieues. Elle mérite le voyage d'un homme de guerre, car c'est un chef-d'œuvre en fait de fortifications, où l'argent et les soins ont été prodigués. On demande à quoi il était bon d'élever une seconde ville de cette importance aussi près de Kœnigsgratz, qui remplit précisément le même objet qu'elle, celui de renfermer des dépôts, des magasins de toute espèce et de donner à une armée défensive le moyen de manœuvrer sur les deux rives de l'Elbe? Mais l'explication m'en a été donnée, et elle montre le pouvoir magique que les hommes supérieurs exer-
cent sur les esprits vulgaires. Frédéric 11 avait campé sur la position de Josephstadt pendant la guerre de la succession de Bavière, et cette position très-bonne avait tenu pendant longtemps en échec l'armée autrichienne. Dès lors on donna une importance surnaturelle à ce lieu, et l'on construisit sur le plateau la place qui y est aujourd'hui, uniquement pour empêcher l'ennemi de ne jamais plus l'occuper. Sa force consiste particulièrement dans des moyens de défense souterrains, qui y sont distribués avec un grand art et un très-vaste développement sur les deux tiers de son pourtour, le dernier tiers étant couvert par des inondations. Elle est certainement, parmi les places de guerre que de grands accidents naturels ne rendent pas imprenables, une des plus fortes de l'Europe. Des abris pour d'immenses magasins et pour mettre à couvert douze mille hommes et trois escadrons sont à l'épreuve de la bombe. Elle à coûté douze millions de florins (trente millions de francs) et a été terminée en 1787. Le gouverneur en était le général baron de Schabler, brave homme et vieux soldat, ayant bien fait la guerre autrefois à la tête du régiment des dragons de la Tour, qu'il commandait et qui avait acquis une grande réputation dans l'armée française. Il avait épousé une femme d'une grande beauté, d'une haute naissance, Wradislas, et