LIVRE XXV. — I83a-I83s
plissant les conditions que sa difficile position lui impose. Je ne sais pas ce que le ciel lui réserve, mais il me paraît que, s'il est appelé à jouer un rôle, il est bien préparé pour le remplir. Je l'ai revu il y a peu de mois, et il m'a paru justifier complètement l'opinion que je viens d'exprimer, et qui date déjà de plus de deux ans.
Je passai une saison à Carlsbad en bonne et agréable compagnie. J'allai à Marienbad, revoir Kœnigs- Avarth. Je fus chez le comte de Kolowrath, dans une terre qu'il habite quelquefois dans le voisinage de Vienne; puis je retournai à Tœplitz, où je devais rencontrer pour la dernière fois le feu roi de Prusse, qui mourut peu de temps après, ('-'était un homme de bien et de conscience, élevé à l'école du malheur, et qui a eu ensuite la force de supporter une grande prospérité. Je revins dans la Haute-Autriche, où je passai tout le reste de mon automne chez des amis qui habitent cette belle contrée, et je rentrai à la fin de novembre à Vienne, où j'arrivai le lendemain delà mort presque subite de la duchesse de Sagan, femme dont les histoires, la vie et les aventures ont été, quoique assez vulgaires, remarquables dans le temps des choses extraordinaires.
Le printemps m'apporta de nouvelles douleurs. Madame la comtesse Esterhazy, cette amie dont la conservation m'est si chère, fut en danger de mort IX. 7
pendant quarante jours. Elle seule m'a fait connaifre dans toute son étendue la profonde douleur que peut causer la crainte d'être séparé pour toujours d'une personne que nous aimons autant que nous la respectons profondément.
L'année précédente, un maître de forges de Bourgogne, M. Maître, dont les intérêts avaient été autrefois communs avec les miens, et dont je n'avais aucun motif de suspecter ni les lumières ni la bonne foi, m'avait écrit pour me faire part dune découverte importante faite dans la fabrication des fers au moyen de fourneaux marchant sans machines soufflantes et par les courants d'air naturels. \\ avait reçu des renseignements précis sur le succès des expériences, qui, s'il n'avait pas été complètement obtenu, était de nature à inspirer toute confiance. On avait obtenu des fontes d'une qualité supérieure, des produits très-considérables, une grande économie de combustible, et la facilité d'en employer de toute nature. Enfin il en résultait la facilité de construire des usines partout sans courants d'eau, sans machines à vapeur, et, par conséquent, soit sur les mines, soit au milieu des bois et dans le lieu le plus avantageux. La fabrication se faisait d'elle-même et par l'action seule des forces naturelles et des courants. Elle était réglée par la force du tirage. Tout cela était bien séduisant, elles