LIVRE XXV. — 1S5;,-IS
mon voyage était la principale. Je tenais à fixer mon opinion sur cette grande question de guerre entre les Russes et les Anglais en Asie. Aussi je renonçai à mon voyage. En répondant au comte de Nesselrode, je le priai de remercier Sa Majesté de ses nouvelles bontés pour moi, et j'ajoutai que j'attendais, pour en faire usage, qu'elles fussent sans limites. Or, à mon âge, un ajournement est un abandon.
En général, le gouvernement russe paraît redouter que des hommes en état de juger parcourent cette partie de ses frontières. Les Russes y ont une existence si précaire, un pouvoir si mal assis, et peut-être si menacé, qu'ils ne veulent pas permettre que les étrangers puissent y regarder, pour publier ensuite le résultat de leurs observations. Au surplus, la question des Anglais et des Russes me paraît fort éclaircie depuis que les Anglais, intéressés à tout laisser dans l'obscurité, ont démontré, bien imprudemment à mon sens, la possibilité d'aller les trouver dans les Indes en traversant eux-mêmes rindus pour s'emparer de Caboul; car, s'ils ont pu venir à cette immense distance, dans un pays pauvre qui leur est hostile, à plus forte raison les Russes peuvent-ils aller dans llnde, pays de ressources et où ils trouveraient de nombreux alliés.
Peut-être l'entreprise que je formais, et qui exi-
geaiL dix-huit mois de voyage, demandait-elle plus de forces qu'il ne m'en reste. Toutefois ce dernier épisode a clos ma carrière un peu plus tôt que je ne l'avais pensé, et à présent, de toutes manières, je la regarde comme finie. Tout l'intérêt de ma vie doit se trouver placé dans mes relations avec quelques amis intimes.
Depuis ce changement dans mes projets, j'ai recommencé mes courses en Bohême et dans la Haute- Autriche; mais, avant départir pour cette nouvelle tournée, un agréable épisode em.bellit mon été.
M. le duc de Bordeaux, que je désirais vivement revoir, vint à Vienne après avoir parcouru une partie de la Hongrie pour son instruction. H était accompagné de plusieurs personnes que j'aime et que j'estime, entre autres du général Foissac-Latour, un des meilleurs officiers de l'armée française, et qui a longtemps servi sous moi. M. le duc de Bordeaux passa une semaine à Vienne, et je le vis beaucoup. Je le menai sur le champ de bataille de Wagram, et lui expliquai, sur place, les mouvements des deux armées et les circonstances de la bataille. Il comprit tout avec facilité et intelligence. Mes rapports avec lui me furent fort agréables. Je lui trouvai un esprit juste, des manières aisées et de l'instruction. Enfin il me parut tel que ses amis doivent désirer qu'il soit, et rem-