LIVRE XXV. — i8-,o-is-s. L
homme capable, mais intrigant. Sans compter pour rien la priorité de mes idées sur les siennes et de mes travaux en pleine exécution, il se mit à construire de son côté, et il intéressa l'amour-propre du prince Lobkowtz, directeur du département des mines et fonderies dans son entreprise.
Je ne pris aucune précaution contre un tel procédé, ne pouvant pas supposer un moment que Ton se servirait des travaux de Mariazell contre mes intérêts. On soutint que ce n'était pas la même chose, puisque j'avais employé un fourneau marchant sans machine soufflante, tandis que 1 on s'était servi de fourneaux avec soufflerie, comme si ma première pensée n'avait pas été de consacrer mon procédé à ces mêmes usines, comme si mon brevet de privilège n'en faisait pas expressément mention. On se rabattit sur ce que mes plans étaient peu détaillés et le mémoire peu explicatif, et on prétendit que le gouvernement, plus libéral que moi,, voulait donner à chaque particulier la facilité de faire librement chez lui ces améliorations sans payer aucun droit. Pour défendre les miens, il eût fallu soutenir un procès et faire de grands frais. Ma position ne comportait guère un procès entre moi et le gouvernement, et je dus céder.
L'administration racheta mon privilège, et, convaincue enfin que mes. travaux avaient donné une
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impulsion utile à l'industrie, elle décida que mes frais d'expérience me seraient remboursés. Les employés triomphèrent dans leur amour-propre; mais, comme il fallait que le triomphe de leur intérêt pécuniaire eût son tour, on découvrit qu'un M. Fabre- Dufour avait puddlé dans ^Yurtemberg avec des flammes perdues, et l'on proposa au prince de Lobkowtz de lui acheter son appareil et de le privilégier en Autriche ; de manière que l'administration, qui, à mon égard, prétendait avoir inycnté en même temps que moi et annoncé qu'elle défendait les droits de tous en m'empêchant de jouir de mon privilège, déclara plus tard qu'elle n'avait rien inventé, et reconnaissait M. Fabre-Dufour comme inventeur, en lui achetant le privilège de se servir de ce procédé et non pas pour tous les fabricants de la monarchie, mais seulement dans les usines impériales, abandonnant ainsi les droits du public qu'elle avait prétendu protéger. Ce récit est assez clair et n'a pas besoin de commentaire.
Fatigué de la vie monotone de Vienne et de son climat rigoureux, privé de la présence de personnes qui m'étaient chères et qui voyageaient en France, je pris le parti d'aller passer mon hiver à Venise, où une grande liberté, la jouissance. d'une bonne température, un excellent spectacle et une société agréable et hospitalière, réunissaient des avantages