‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 55 sur 156 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

pour l'Egypte héréditaire; mais il crut que la Syrie viagère était la seule chose que l'on pût y joindre. J'avoue que je ne partageais pas cette opinion, parce que c'était rejeter à une époque qui pouvait être peu éloignée, la mort de Méhémet-Ali, la solution de nouveaux embarras, qui peut-être deviendrait plus difficile. Ibrahim est d'un caractère passionné et moins habile politique que son père. Dans ma réponse, j'entrai avec détails sur la position de Méhémet-.Mi et sur la manière dont je l'envisageais. Je lui démontrai la convenance, dans ses vrais intérêts, d'accepter l'hérédité de l'Egypte avec la Syrie viagère, si l'on ne pouvait pas obtenir l'hérédité à l'égard de cette dernière; et. quoique la lettre de Boghos-Bey fût très-sage, comme je connaissais l'instinct intérieur de Méhémet-Ali, qui le poussait à prendre un parti extrême, et que j'en redoutais pour lui les effets, instinct que la voix des journaux annonçait s'être réveillé, j'insistai beaucoup dans ma lettre sur l'importance dont il était, pour le vice-roi, de n'enfreindre en rien le traité de Kutaieh. Je m'expliquais ainsi :

<( Monsieur,

(( La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 15 septembre m'a causé un véritable plaisir. Elle me flatte parle prix que le vice-roi met

il mes conseils, et me touche par la confiance qu'il montre en mes sentiments pour lui. J'y vois aussi la preuve de la constante amitié dont il m'a donné des témoignages multipliés pendant mon séjour en Egypte et dont je conserverai toujours le souvenir.

a Je m'associe de cœur à tout ce qui se passe ■dans vos contrées, et les nouvelles que j'en reçois sont toujours d'un vif intérêt pour moi. J'apprécie aussi, monsieur, comme je le dois, les sentiments que vous me portez, en raison du cas tout particulier que je fais de votre personne.

« Pendant nos longues conversations avecMéhémet-Ali, faites sous vos auspices, monsieur, je lui ai toujours parlé avec franchise. Le cas que je fais de son caractère et de ses lumières m'en imposait la loi. Éloigné de lui, je ne changerai pas de méthode, et je vais répondre à votre lettre avec le plus grand abandon.

(( Les bruils répandus par les journaux sur le projet du vice-roi de se déclarer indépendant m'ont vivement alarmé pour lui. Quoique je connaisse sa grande capacité et sa grande énergie, il me semblait peu digne de sa sagesse de livrer aux hasards •de la guerre et aux chances de la politique une ■existence toute faite et que chaque jour doit consolider davantage. Le temps qui s'est écoulé depuis juon retour de lÉgyple n'a apporté aucun change-

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