LIVRE XXVI. — CORRESPONDANCE. 9ii
d'une question qui aurait été terminée en huit jours, sans l'intervention annoncée par les ambassadeurs, et a agi en bon patriote, en bon musulman, non seul, mais de concert, ainsi que je l'ai dit, avec les officiers de la flotte, lesquels n'ont fait entendre ni protestations ni murmures, bien que stimulés à chaque courrier par des agents de Khosrew-Pacha; et, forts de leur conscience, ils souffrent patiemment d'être loin de leurs familles, très-satisfaits d'avoir pu concourir à la pacification malgré eux retardée, et d'avoir réalisé presqu'au lendemain de la bataille de Nézib la fraternisation des Turcs avec les Égyptiens, que l'on poussait les uns contre les autres à s'entre-détruire.
« Monsieur le maréchal, je vous écris currente calamo et avec tout l'abandon; votre position à Vienne, vos titres, vos relations, vos connaissances administratives et militaires, enfin tout en vous peut concourir avec succès à faire rallier les opinions des personnes dirigeant la politique actuelle, qu'elles soient au nord, au sud; et, comme vous aviez influé pour un congrès avant les événements, vous pourrez influer pour un arrangement prompt et définitif, d'après le contenu de la présente. Permettez-moi, monsieur le maréchal, d'espérer que vous n'y serez pas étranger, et agréez, etc., etc.
« BoGnos-JoussoiF. »
220 MÉiMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
Voici la lettre que je répondis :
« Bergheim, le 24 novembre 1859.
« Monsieur,
« J'ai reçu, hier au soir, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27 octobre. Sa lecture m'a fait un plaisir extrême. Je ne puis que vous répéter combien est grande mon admiration pour la sagesse, la fermeté et la haute habileté du vice-roi dans la conduite de ses affaires. Le bon vouloir du gouvernement français pour lui et l'initiative qui en a été la suite me paraissent de la plus haute importance, et, par ses concessions, le vice-roi a su concilier les intérêts bien entendus de sa sécurité et de son avenir avec la déférence qu'on doit à une grande puissance amie. Qu'il persévère dans son système, et la force des choses amènera nécessairement une solution conforme à ses désirs et vaincra les résistances qu'a créées la haine aveugle de lord Palmerston, haine réellement insensée, car les intérêts bien entendus de l'Angleterre, loin d'être opposés à ceux deMéhémet- Ali, leur sont au contraire homogènes.
« J'ai reçu des nouvelles de Paris, qui m'annoncent que le mémoire dont je vous ai parlé et dont l'envoi y a été fait, il y a environ six semaines, a