LIVRE XXVI. — CORRESPONDANCE
pourra être employée utilement; car, si l'on veut un arrangement stable dans les affaires turcoégyptiennes, pour arriver ensuite à s'entendre sur les affaires orientales en général, qui sont d'une portée bien plus élevée, il est indispensable que les défilés du Taurus, s'ils ne doivent pas appartenir à l'héritier de la Syrie et de l'Egypte, soient au moins entre les mains de quelqu'un qui n'ait pas intérêt à lui nuire, et, en proposant que le district d'Adana dût être rendu à la Porte à la mort du vice-roi, on manifeste une arrière-pensée qui soulèvera une autre guerre.
« J'aime à me persuader, monsieur le maréchal, que vos lumières pourront éclairer les hommes d'État à qui la question turco-égyptienne ne serait point assez familière, et leur faire comprendre que Son Altesse le vice-roi ne pourrait accepter un arrangement qui. à l'époque de sa mort, remettrait en question ce qu'il aurait obtenu pour sa famille. La possession par la Porte du district d'Adana servirait admirablement toute arrière-pensée, comme je l'ai déjà dit, et l'on doit éviter ces conséquences.
ce J'ai l'honneur de vous renouveler, etc., etc.
c( BoGnos-JoussouF. »
Voici maintenant ma réponse:
« Vienne, le 27 décembre 1839.
(( Monsieur,
a J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 27 novembre. Je voudrais }30uvoir vous annoncer des nouvelles favorables et décisives pour les intérêts du vice-roi. mais tout est à peu près stationnaire sur la question d'Orient, et les seuls changements survenus semblent se borner à indiquer une tendance à une meilleure harmonie entre les puissances. L'Angleterre seule renferme des éléments hostiles à Méhémet-Ali ; on ne peut ni comprendre l'aveuglement de sa conduite ni les erreurs de sa politique; mais le fait n'existe pas moins, on ne peut se le dissimuler. S'il n'y avait pas eu dans ce cabinet une passion violente contre le vice-roi, depuis longtemps les affaires d'Orient seraient terminées à la satisfaction de celui-ci, par suite de l'active bienveillance et de l'intérêt sincère que lui porte le gouvernement français, intérêt qu'il m'est agréable de penser que j'ai contribué à développer et à rendre durable.
« Le vice-roi est sans doute fort bien instruit de l'état des choses en général, et peut-être ne lui apprendrai-je rien de nouveau à cet égard. Cependant