LIVRE XXVI. — CORRESPO>'DAXCE
je lui (lirai quelles sout mes croyances sur la marche probable des événements. C'est à lui à suivre ensuite la politique qu'il croira la plus convenable à ses intérêts. La France est donc l'amie sincère de MéhBmet-Ali; son gouvernement suit une politique qui est d'accord avec les sympathies du pays. Le vice-roi peut et doit compter de ce côté sur un appui moral constant et sur une intervention utile toutes les fois que les circonstances en fourniront l'occasion; mais le gouvernement français ne se brouillera pas avec l'Europe pour lui.
a II servira toujours ses intérêts quand il pourra le faire sans grand inconvénient pour lui-même, et, dans aucun cas, ne lui sera contraire; voilà les limites dans lesquelles il s'est placé, et dont il ne sortira pas. Les puissances sont en voie de s'entendre pour l'occupation des mers intérieures de Constanlinople en cas d'événements majeurs qui appelleraient les Russes dans cette ville. Jusqu'à présent, je vois une harmonie plus en projet qu'en réalité, et plutôt une espérance qu'un fait accompli; car il y a des difficultés de détail à résoudre qui me paraissent compromettre le principe. Cependant on ne peut se refuser à reconnaître, ainsi que je l'ai déjà dit, une tendance amicale et une disposition à s'entendre.
a Malgré les passions de l'Angleterre, il parait
'22(v MEMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
qu'on a renoncé à toute espèce de moyens d'action contre Méhémet-Ali, et que toutes les mesures se réduiront au statu quo. Mais, d'un autre côté, il paraît bien arrêté qu'on ne veut traiter avec lui qu'au moyen de sacrifices considérables pour l'avenir. En excluant une partie de la Syrie de l'hérédité, les puissances de l'Europe garantiraient à la famille de Méhéniet-x\li la possession de l'Egypte et de ses autres domaines. Dans le cas contraire, et sans cette concession, elles laisseraient son sort dans l'incertitude de l'avenir et soumis aux éventualités que le temps peut faire naître. Cette double combinaison peut faire réfléchir le vice-roi. Une garantie des puissances de l'Europe est, à coup sûr. un avantage réel pour lui : elle place sa famille dans une position exceptionnelle et la met hors de pair; mais il ne faut pas payer cet avantage trop cher, et, quel que soit le prix qu'on doive y attacher, il est à propos d'en reconnaître les effets. Avant tout, on doit voir, dans la question de l'avenir, une chose de fait. C'est dans la force et une puissance effective que les successeurs de Méhémet-Ali trouveroni de véritables garanties pour fonder leur sécurité; et, si la puissance égyptienne se trouvait dépourvue d'une bonne armée et privée d'argent, tandis que le sultan, étant parvenu à réunir et à organiser des moyens d'action redoutables, essayerait