Les trajectoires sont-elles tendues
1 9. Quels sont les effets de l'artillerie de siège sur les maçonneries, sur les terres?
Dans les batteries qui arment les côtes, esiste-t-il une bouche à feu spéciale destinée à percer les cuirasses? Quelle est-elle? Quels sont ses effets?
20. En résumé, quelle est l'opinion des officiers de l'artillerie prussienne sur leur système?
2*. Après avoir répondu, autant que les circonstances le permettront, aux diverses questions posées dans la présente note, M. le commandant de Clermont-Tonnerre terminera son travail par un exposé de ses appréciations personnelles.
Les réponses du commandant furent si complètes, que le général Le Boeuf, président du Comité d'artillerie, auquel elles avaient été communiquées, en félicita notre attaché militaire. La lettre se terminait par ces mots ;
« En résumé, si nous avons un système d'artillerie plus un, plus mobile, d'un service plus facile que celui des Prussiens, leur artillerie est bonne et respectable. — Quant à l'armement des troupes, s'il n'est pas à l'abri de toute critique, il est à prendre en très-sérieuse considération, surtout au moment où nous travaillons à changer le nôtre. — Je me suis engagé avec le ministre à lui fournir, avant la fin de juin, deux types d'essai, l'un se chargeant par la bouche et l'autre par la culasse. »
On voit que dès le mois de mai 1864 le maréchal Randon était préoccupé des réformes à introduire danfi notre armement pour le canon et le fusil.
En septembre 1864, il envoya à Berlin, pour assister aux grandes manœuvres d'automne, le général Bourbaki, un colonel d'artillerie de la garde et un lieutenant-colonel de dragons.
En octobre, il demandait à M. de Clermont-Tonnerre de lui envoyer toutes les publications périodi-
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ques, journaux et revues faites en Prusse sur toutes les matières de l'arlillerie.
En novembre, nouvelles questions sur le recrutement de l'armée prussienne, la réserve, la landwehr, etc., et sur le canon de 4 et de 6 (système Krainov) « qui, au dire des officiers prussiens, ont ub bon obturateur, une déviation presque nulle, une justesse remarquable et une grande portée. »
En avril 1865, un gros industriel allemand offrit de vendre à la France son secret pour la fabrication d'un fusil à aiguille perfectionné. Cette communication donna lieu à des négociations qui n'aboutirent pas et à des essais qui se poursuivirent au dépôt central de l'artillerie. Le maréchal y faisait étudier aussi les pièces de campagne de l'armée prussienne. Ces études sont un travail très-lent, car on ne peut se laisser aller à la précipitation, quand il s'agit de changer tout ou partie de l'armement d'une grande nation militaire. Toute modification s'évalue en millions, et ces millions, on ne pouvait, dans l'état de l'opinion publique, les demander aux Chambres que lorsqu'on serait en mesure d'en démontrer au paya l'efficacité et la nécessité absolue.
Malheureusement, les événements marchaient plus vite que les études. Le maréchal était instruit dès le mois de mars 1866 de l'activité sourde déployée dans les arsenaux prussiens, du recensement de la
landwehr, du retrait des congés, etc. Cependant, il croyait encore qu'il n'y avait là qu'une démonstration comminaloirej et il espérait qu'on éviterait entre les deux puissances allemandes cette guerre qui, disait-il, « pourrait devenir européenne » . Mais chaque jour le ministre des affaires étrangères de Prusse s'ingéniait à trouver quelque casus belli, ou, comme il le confessait aux envoyés italiens, à produire en Allemagne une telle confusion que la guerre devînt inévitable.
Du reste, le gouvernement français était au mieux avec celui de Berlin. L'ambassadeur de Prusse à Paris, le comte de Goltz, était chargé en mars 1 866 de demander à l'Empereur quel agrandissement la France désirait. En retour, l'Empereur conseillait à l'Italie de s'unir à la Prusse pour une action commune, et, de son côté, M. de Bismarck, au moment de signer ce traité avec l'Italie, disait au général Govone : « .... Tout cela, bien entendu, si la France le veut; car, si elle venait à montrer de la mauvaise volonté, rien ne pourrait se faire. >- En mai, il communiquait à notre ambassadeur les chiffres de l'effectif qui montait à cinq cent mille hommes, et, le 22 juin, le maréchal répondait à notre attaché militaire: n J'ai reçu hier votre lettre du 16, par laquelle vous m'avez transmis des documents militaires envoyés par le roi de Prusse à l'Empereur. J'en ferai la remise à S. M. dans les conditions énoncées dans votre lettre et suivant le désir du roi. » Or, à cette date, les hostilités étaient commencées contre les alliés de l'Autriche, quoique la déclaration de guerre de la Prusse et de l'Italie n'eût été officiellement publiée que le 19.
La France avait fait connaître le 1" juin sa réso-
lution d'observer !a neutralité et de réserver sa liberté d'actioD ; mais cette neutralité était tout à l'avantage ■ des Prussiens. Elle leur permettait de dégarnir entièrement de troupes la ligne du Rhin pour porter les deux corps d'armée qui s'y trouvaient, plus de soixante mille hommes, sur les frontières de la Bohême contre l'Autriche. Ensuite elle n'était proclamée qu'après que l'Empereur eut favorisé l'alliance italo-prussienne, qui ne se serait point faite, s'il s'y était opposé, et lorsqu'il avait donné à entendre que, dans le cas où les Italiens seraient attaqués par l'Autriche, ils le trouveraient au besoin derrière eux. Cette liberté d'action qu'il se réservait ne laissait pourtant pas d'inquiéter à Berlin. On savait que l'Autriche avait consenti, par un traité spécial avec le cabinet des Tuileries, l'abandon de la Vénétie, quels que fussent les résultats de la guerre; on redoutait qu'après avoir ainsi désarmé l'Italie, elle ne s'arrangeât avec la France aux dépens des provinces rhénanes, et M. de Bismarck le craignait d'autant plus qu'il était disposé à en faire autant, si les circonstances l'y obligeaient. Le 2 juin, il avait dit au général Govone ; a Je suis moins Allemand que Prussien, et je ne verrais aucune difficulté à consentir la cession à la France de tout le pays compris entre le Rhin et la Moselle: le Palatinat, l'Oldenbourg, une partie du territoire prussien, ett;. » Il est vrai qu'il tenait en réserve un refus du roi.
Cette entente avec l'Autriche était ce que voulaient certains membres du gouvernement franciais, qui, jugeant l'unité de l'Allemagne par FAutriche impossible, mais la croyant facile par la Prusse, pensaient que c'était cette puissance jeune et ambitieuse qu'il' fallait contenir. M. de Bismarck avait beau déclarer
(4 avril 1866) que « l'Allemagne méridionale ne convenait pas à la Prusse, à cause de la difTéreDce de religion, et parce que, de Berlin, on pourrait difficilement gouverner les provinces du Sud qui deviendraient les Calabres de la Prusse », les sages sentaient bien que des gens sans scrupule ne s'arrêteraient pas en si beau chemin, s'ils avaient la force d'aller jusqu'au bout. La bataille de Sadowa avait été gagnée par les Pmssiens le 3 juillet dans l'après-midi. Le 5, la journée aux angoisses patriotiques v, le ministre des affaires étrangères se rendit auprès de l'Empereur avant ses collègues et insista sur la nécessité de convoquer immédiatement les Chambres, afin d'obtenir d'elles les subsides nécessaires pour mobiliser l'armée et soutenir l'Autriche vaincue. L'Empereur déclara partager cette manière de voir, et, lorsque le Conseil fut réuni, la délibération s'ouvrit aussitôt sur les deux questions qui venaient d'être posées.
La résolution proposée par M. Drouyn de Lhuys et hautement soutenue par le ministre de la guerre fut adoptée; en conséquence, on décida que le Moniteur of^ciet du lendemain, 6 juillet, contiendrait un dé- * crel convoquant d'urgence le Sénat et le Corps législatif. Cependant Y Officiel du 6 parut sans le décret. Dans la soirée du 5, le prince Napoléon, MM. Rouher et de la Valette avaient fait ensemble ou successivement, auprès de l'Empereur, les plus grands efforts pour obtenir que les Chambres ne fussent pas appelées. Quand le maréchal connut ce revirement de la politique impériale : « C'est nous, s'écria-t-il avec amertume, c'est nous qui avons été battus à Sadowa. »
On invoqua alors une raison qui, depuis, a été souvent reproduite pour justifier cette abstention
dans un moment où la nécessité d'une action vigoureuse devait être reconnue par toua les patriotes clairvoyants. Onprétenditque le ministre de la guerre avait formellement déclaré à l'Empereur que nous n'étions pas prêts. Si le maréchal a prononcé ces paroles, il n'aura fait qu'accomplir un devoir rigoureux de sa charge et affirmer une vérité élémentaire, parce qu'on ne passe point du pied de paix au pied de guerre eu vingt-quatre heures. Mais ce qui est d'une exactitude absolue, c'est qu'il assura pouvoir en un mois réunir sous les drapeaux quatre cent cinquante mille hommes, dé&leation faite des armées d'Afrique, du Mexique et de Home, et qu'il mettrait ■immédiatement en marche quatre-vingt mille hommes. A quoi le ministre des affaires étrangères, parfaitement renseigné sur l'épuisement momentané de la Prusse, avait répondu : ■ Quatre -vingt mille hommes I C'est trop; quarante mille suffisent. Des gardes champêtres suffiraient. » Ces derniers mots n'étaient pas l'expression d'un jactance ridicule, mais l'affirmation de ce fait : que la seule déclara- • tion de la France d'intervenir dans le débat, et, au besoin, d'y intervenir les armes à la main, aurait alors suffi pour tout changer.
Cinq jours après, le 1 1 juillet 1 866, M. Drouyn de Lhuya fit une nouvelle tentative; il remit à l'Empereur, sur les réformes fédérales proposées par le cabinet de Berlin, un Mémoire où il montrait que, ai ces réformes &' exécutaient, l'Allemagne entière se trouverait absorbée par la Prusse. En conséquence, il proposait d'arrêter cette puissance par une démonstration militaire et, si cette démonstration ne suffisait pas, par une médiation armée. Un autre ministre, averti qu'au moment de la campagne de Bohème il
SECOND MINISTÊBB; ANNÉE 1866. U7
QQ ratait dans le^ provinces rhénanes que deux régiments prussiens qu'on faisait voyager inceaaftniment par chemins de fer, en changeant leurs numéros, pour faire croire à une force plus considérable, avait demandé à l'Empereur, avaijt la défaite des Autrichiens, la réunion de cinquante mille hommes à Met? ; fit tous les témoignages attestent que cette démonstration eût suffi pour arrêter la Prusse*.
-Une intervention française eût, en effet, fait courir à la Prusse de sérieux dangers; car les cent vingt mille Autrichiens vicioriemt à Cuetozxa allaient en huit jûprs être rendus à Vienne, et une grande partie de l'Allemagne, dans le sud, en Saxe, sur las hords du Mein et dans le Hanovre, était eitaspérée contre l'agression prussienne. Mai» on ne voulait pas à Ptyis de cette intervention, et pour expliquer une inaction inexplicable, on prétendit que l'état de nos forces ne permettait pas une politique aussi résolue- Le public, les cours étrangères elles-mêmes, furent trompés par cette assertion erronée, et l'on resta sur cette opinion, parce que le maréchal a été condamné i, garder le silence pour coqvrir d'autres reeponaabihtés.
Dès le 1 fi mai , il avait obtenu de TEmpereur que l'exportation des chevaux fût interdite. C'était une me-
1. M. de Bismvclf lui-même l'a reconnu plus tard, lorsque, aprts la ^erre de 1B70-18T1, il prononça dans la iein d|i Parlement allemand lea paroles euivaqtoB : t Après U bataille de Sadova, l'Empereur Napoléon Qt entrevoir son immixtion, et Tapparltion de la France sur le Ihéâtre de la guerre nous eût eiposés à perdre nos succès. Bien que la France eQt alors pan de forces disponibles, radditton d'un corpa français eût alors sufQ à taire des nombreuses troupes de l'Allem^ne du Sud, qui avaient UQ matériel excellent, mais sans oncanisatlon, une très-bonne armée qui nous aurait aussitôt forcés de couvrir Berlin et de renoncer à tous nos succès en Autriche. >
Bure qui annonçait une préoccupation d'éventualités militaires. Le6 juin, le colonel CoUon, chef du cabinet du ministre et par conséquent bien en situation d'exprimer sa pensée, avait écrit à M. de Clermont Tonnerre : « Quant à nous, nous sommes inquiets, mais calmes. Nous n'avons pas fait le moindre préparatif. Selon moi, il sera difficile que nous n'intervenions pas. »
Ainsi, avant Sadowa, on ne faisait pas de préparatifs au ministère de la guerre, parce que la politique du Gouvernenvmt Vinterdisail, mais on y était inquiet, ce qui veut dire qu'on examinait en secret ce qu'il faudrait faire le jour où cette politique réclamerait enfin l'action de l'armée, et le ministre dressait déjà dans sa l^te le plan d'une mobilisation rapide. Les premiers succès de la Prusse l'avaient, inquiété, le succès de Sadowa l'irrita, et on vient de voir qu'il avait proposé aussitôt, avec M. Drouyn de ' Lhuys, de prendre les mesures les plus énergiques. Ét;iit-il réellement prêt à agir? Voici le témoifçnage d'un officier général qui était alors capitaine d'artillerie et officier d'ordonnance du maréchal'. Prié de rappeler ses souvenirs, il écrivit, avec une franchise militaire, le 18 février 1874, la lettre suivante :
H Au moment de Sadowa, le colonel Golson ine fît appeler; il me dit que le maréchal préparait pour l'Empereur un projet pour la mobilisation de deux cent cinquante mille hommes répartis en deux armées, une de cent quarante mille hommes environ sur le Rhin, l'autre de cent dix mille hommes environ à Lyon. — L'armée de Lyon devait se porter sur l'Italie