M. le général de Miribel
en cas de besoin, ou venir en aide à l'armée du Rhin, ai l'Italie se refusait à marcher contre nous. Le travail de préparation de cette armée devait être tellement secret que le maréchal n'avait voulu" y mêler que le général Castelnau et le colonel Colson. — Le colonel Colson, se reconnaissant incompétent pour l'organisation de l'artillerie de cette armée, avait demandé au maréchal d'y faire travailler le général Suzane. Le maréchal s'y était refusé; il avait voulu que tout se fit dans son cabinet et il avait prescrit au colonel Colson de me charger de l'organisation de, l'artillerie. — Nous eûpies quatre à cinq jours pour faire ce projet et j'y travaillai jour et nuit. — Lorsque tout fut terminé et quandnous attendions l'ordre de mobilisation, le maréchal fit appeler le colonel Colson et lui dit que les idées de l'Empereur s'étaient modifiées, qu'on ne voulait pas agir pour le moment et que nous avions du temps devant nous. — Le maréchal me chargea alors de perfectionner mon travail et il le fit contrôler par le général Suzane. Puis la paix se fit entre la Prusse et l'Autriche et tout fut oublié. a J'appris plus tard par le chef du cabinet (colonel Colson) que le maréchal avait porté aux Tuileries le décret de mobilisation ; il n'y manquait que la signature impériale. L'Empereur fut sur le point de signer, puis il se ravisa et dit au maréchal qu'il désirait réfléchir encore. Toutefois, pour qu'il y eût moins de temps perdu, il lui prescrivit de revenir le lendemain de très-bonne heure. Le lendemain, tout était changé. Les partisans de l'alliance prussienne avaient agi pendant la soirée sur l'esprit de l'Empereur, et l'Empereur avait renoncé à toute idée de mobiliser 250,000 hommes. Le maréchal ne demandait que vingt jours pour cette mobilisation.
<• Je ne parlai jamais à personne au monde de cette affaire, jusqu'au moment où les événemeDta du Luxembout^, en 1867, doua ramenèrent à deux doigta de la guerre et montrèt^nt que la Prusse ne cherchait plus à conserver le moindre ménagement vis'à-vig de nous. — A ce moment-là, le maréchal Randon, que le maréchal Niel avait remplacé au ministère de la guerre, était l'objet des critiques les plus injustes. Ces critiques étaient dictées par l'ignorance absolue du rôle que le maréchal avait joué en 1866. Le public était convaincu que c'était l'atti* tudd du ministre de la guerre qui avait empêché l'Empereur d'intervenir à cette époque eb faveur de l'Autriche.
rt Pour défendre le maréchal, je racontai alors à mon lïère alaé comment les fïtits s'étaient réellgment passés, pendant cette crise de 1866. A quelques jours de là, M. Saillard, chef du cabinet du ministre d'État, un des amis de mon frère, causant avec lui des événements de 1866, lui dit qu'il était bien malheureux que le maréchal Randon eût déclaré à l'Empereur que la -Fronce était incapable de mettre sur pied cent mille hommes; car sans cela nous serions allés au secours de l'Autriche. Mon frère prit alors très-vivement la défense du maréchal, raoonta tout ce qua je lui avais dit quelques Jours auparavant et reprocha à M. SalUard de se fttire l'écho d'attaques contre le maréchal Randon, alors qu'en sa qualité de chef du cabinet du ministre d'État il devait savoir mieux que personne tout ce qu'elles avalent de peu fondé. M. Saillard afÏÏrma ea bonne foi et il prétendit qu'il avait toujours entendu au-dessus de lui attribuer au ministre de la guerre la responsabilité de notre inaction en 1866. « Du reste, ajouta-t-il, ai
n le décret de raobilisatioh a été préparé, il doit a exister aux archives du ministère d'Etat et je m'en « assurerai. » M. Saillard s'en assura, en eifet, et fit amende honorable à mon frère pour ce qu'il avait dit du maréchal Randon. Si les archives du ministère d'Etat n'ont été ni brûlées ni pillées, on doit fetrouver eneofe ce décret'.
Il Voici quelle était la composition des deux drmées :
Armée du Rhin forte d'environ 140,000 hommes :
H 1 " Garde impériale (deux divisions d'infonterie, trois brigades de cavalerie) ;
« 2° Troie corps d'armée (à trois divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie chacun) ;
« 3' Un corps d'armée de quatre divisions de cavalerie.
« Le maréchal ne se souciait pas de ce corps de quatre divisions de cavalerie, mais l'Empereur le lui avait imposé.
« Armée de Lyon forte de cent dix mille hommes environ :
Trois corps d'armée à trois divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie chacun.
u' Total minimum : deux cent cinquante mille
1. Les archives du ministère d'Étal sont restées indûment en la possession de M. Rouher, après la silppression de ce ministère en 1869. Transportés à Cergay quelques temps après le siégé de Paria, les papiers dont il s'agit sont tombés au pouvoir des Prussiens, au mois de septembre 1870, et ont été emportés à Berlin, où ils sont.
■ Dg.l.zedl!,GOOglc
« Je possède encore mon premier travail, avec les anDotatioQs du général Suzaoe. »
La politique adoptée par le cabinet des Tuileries rendait ces préparatifs inutiles. Cependant les circonstances étaient si graves que la France pouvait à tout instant être contrainte à tirer l'épée. Le maréchal continua donc à étudier son plan de mobilisation pour l'améliorer, et, le 22 août, il remit à l'Empereur son travail définitif:
a Sire, les événements dont l'Allemagne vient d'être le théâtre, et la part active que le gouvernement de l'Empereur pouvait être appelé à y prendre instantanément, m'ont amené à rechercher quelles seraient les meilleures dispositions à adopter pour passer rapidement du pied de paix au pied de guerre, et pour organiser, sans perte de temps, les ressources militaires disponibles.
Ces ressources comprennent ;
1° L'armée actiTC, présentant un effectif de. . . 385,571 2° La première portion du contingent de la classe de 1865 24,766
3° La réserve , compris celle de la classe de 1865 227,989
4" Les enrôlements volontaires qui se produiraient, si la guerre éclatait,. et que l'on peut évaluer, d'aprèa les précédents, à 16,191
5* Les remplacements administratifs, qui produisent chaque année, en moyenne 8,000
Total 662,517
Dg.l.zedl!,,GOOglc
Mais il y a à déduire de ce chiffre :
1° Pour non-i;aleurs orgaDÎques' (gendarmerie, état-major des places, école de cavalerie, etc.) (17,400 '
2° Pour déficit permanent (congés, hommes aux hôpitaux , en juge ment, etc.) 18,577
3° Les libérables à la date du 31 décembre 1866 (déduction faite des rengagés qui sont compris dans l'effectif de 385,571 ci-dessus). . . . 45,762
Et il reste comme forces actives 550,778
Bout il faut retrancher :
L'armée d'Algérie 60,000
Le corps expéditionnaire du Mexique 28,000
La division d'occupation à Home. . 8,000
Dans ces effectifs hors de France figurent, à la vérité, des troupes en ce moment à Rome et au Mexique , qui seront rapatriées cette année et dans le courant do 1867; on peut les évaluer à 36,000 hommes qui viendront augmenter les effectifs maintenus à l'intérieur.
C'est donc en réalité, quant à présent, un effectif de 454,778
que l'on peut prendre pour base de l'organisation d'années destinées à entrer en campagne, en conser-
1. Les non-valeurs organiques s'élëveut en réalité au chiffre de 52,833
Mais il y a lieu d'en détalquer la gendarmerie destinée à former les prévOtéa et les troupes d'administration, qui
seront mobilisées, soit ensemble 5,352
Reste '. 47,481
vaut à l'intérieur lea forces nécessaires pouP assurer l'ordre public, instruire les recrues et préparer les réserves.
Avec ces élémenls, il m'a paru possible de former deux armées, l'une ilails le Nord, l'autre dans le Sud-Est^ composées chacune de trois corps d'armée et de réserves générales d'artillerie et de cavalerie.
Chaque corps d'armée aurait trois divisions d'infanterie et une de cavalerie.
La garde impériale formerait un corps distinct.
Les détails de ces organisationB se résument ainsi qu'il suit :