‹ Mémoires du maréchal RandonChapitre 20 sur 29 · ACQUISITIONS DE CHEVAUX · texte numérisé non relu

ACQUISITIONS DE CHEVAUX

Cavalerie. — En comptant les escadrons à 110 chevaux, le pied de guerre de la cavalerie comporte un effectif en chevaux

arabes ou français de 35,984

Il en existe actuellement S7.681

DiPPftRENCE 8,304

dont l'acquisition exige une

dépense de 5,809,600 fr.

sur laquelle les achats récemment faits ou en cours d'exécution figurent pour une somme de 1,200,000

Et il reste en réalité à dépenser. . 4,609,500

Artillerie. — Le pied de guerre de l'artillerie, résultant des indications qui précèdent, comporte 31,279

n an existe actuellement 11 ,279

Différence 20,000

qui, au prix moyen de 650 fr., donneraient lieu à une dépense de 13,000,000 fr.

Train deft éqnipafcex — Le pied de guerre du tnia dea équipages, y compris la garde, comporte. . . . 13,300 cher, et 2,700 mul«tii.

Les resBOurccs actuelles sont de S,000 »

Il manque donc. . . H,000 cbev.oumal.

Lee deux tiers environ des chevaux cédés aux agriculteurs vont devenir leur propriété ; mais sur le tiers restant, on trouvera trèsprobablement environ. 4,000 chevaux, à utiliser pour le service du train.

De sorte qu'on aurait en réalité à se procurer 10,000 chevaux au mulets au prix moyen do 600 fr., soit 6,000,000 fr.

En résumé, il y aurait k acheter :

S,304 chevaux pour la cavalerie 4,609, &00 fr.

20,000 chevaux pour l'artillerie 13,000,000

10,000 chevaux ou mulets pour le train . 6,000,000

38,304 Totaux 23,6O9,&0O

« Je Buis, avec le plus profond respect, etc. »

Mais était-il possible de réunir ces deux armées? Od l'a nié ; on a répété que nous n'étions pas prSts, et que « la fatale expédition du Mexique avait euglouti presque toutes les armes et presque toutes les troupes de la France '. »

1. M. Julian Klaczko, dans son ouvrage intitulé : Deux cliatt-

II y anrait vraiment à désespérer de la raison humaine s'il fallait admettre que des gens de bon sens, et recherchant la vérité sans passion, aient pu croire qu'un corps expéditionnaire de 28000 hommes envoyé loin de nos côtes avait réduit à néant l'armée française, et que ses cinquante ou soixante canons représentaient tonte l'artillerie de nos arsenaux, qui en comptaient plus de dix mille. Du reste, il sera répondu plus lohi à cette accusation.

L'Autriche écrasée et chassée de la Confédération germanique^ la Prusse triomphante et maîtresse de l'Allemagne, la France jouée, humiliée et voyant s'établir à ses portes un voisin formidable, au lieu de la commode et pacifique diète de Francfort, voilà le résultat de quelques jours de combats et de quelques semaines de stériles négociations. Le maréchal n'avait pas à intervenir dans la politique « des trois tronçons », ni dans les projets aventureux auxquels M. de Bismark nous fit songer pour détourner nos yeux des compensations utiles. Depuis Sadowa, le ministre n'avait plus qu'une pensée, préparer la France pour la guerre désormais inévitable avec la Prusse. Cette

eetitn, et publié par la Revu» des Deux Mondes, 15 septembre 1875, page 435. Lorsque M. Klaczko a réuni ces articles en TOlume, i) a conservé cette phrase, bien que la preuve de son erreur lui eût élA fournie , Une note inaérée à la page 263 dit seulement que le maréchal Randon a'tffarça, dans un mémoire, de démontrer l'inanité de ces accusations, phrase qui laisse dans l'esprit du lecteur plus qu'un doute sur l'efScacité de cette démonstration . Il n'était pas besoin au maréchal de beaucoup d'efforts pour faire comprendre que l'expédition du Mexique n'avait pas vidé nos arsenaux. On l'a vu déjà par ce qui précède, on le verra mieux encore par ce qui va suivre. Ces bruits d'ailleurs sont tombés d'eux-mêmes, devant le Livre bleu dont les révélations Inexorables ne pouvaient laisser de doute à ceux qui l'ouvraient. La fameuse COTnmiMwn lie» marchés a été contrainte elle-même de faire justice de ces calomnies.

170 GINOUIÈME PARTIE.

fois, il ne s'agissait plus de mobiliser rapidement les forces existantes, mais d'en créer de nouvelles pour faire face aux masses énormes que la Prusse venait de mettre en mouvement, et qu'elle allait accroître encore. Le 28 septembre 1866, le maréchal écrivit à l'Empereur, en réponse à une note qu'il avait reçue :

M Sire, j'ai étudié avec la scrupuleuse attention que j'apporte toujours à l'expressioù de la pensée de l'Empereur le projet que Votre Majesté a conçu pour la réorganisation de son armée. Je lui demande la permission de lui soumettre quelques observations respectueuses sur cette importante question.

« Dans le rapport sur la mobilisation de l'armée, la réserve comprise, que j'ai eu l'bonneur de tous soumettre dans le courant du mois dernier, je ne m'étais préoccupé que des 600 000 hommes qui constituent les forces dont nous pouvions disposer avec certitude, dans l'éventualité de la formai tion de deux armées d'observation, et je cherchais à démontrer que, dans l'espace de vingt jours, nous pouvions réunir sur !e Rhin ou au pied des Alpes, 360 000 hommes, tout en laissant dans l'intérieur, soit comme réserve pouvant rejoindre leurs corps d'armée respectifs, soit pour assurer le service des places, 94000 hommes, ce qui, dans son ensemble, constituait un effectif de 454 000 combattants.

« Dans cette évaluation, je faisais déduction de 60 000 hommes de l'armée d'Afrique,, des 28 000 hommes du corps expéditionnaire du Mexique et de 8000 hommes de la division de Rome. Or, les troupes 'de Rome et du Mexique vont être bientôt rapatriées, et, dans le cas de complications en Europe, 50 000 hommes devraient suffire à l'Algérie. Ce se-

rait donc un effectif de 46 000 hommes à ajouter aux 454 000, soit 500 000 qui, non valeurs organiques déduites (66 000 hommes), exprimeraient le chiffre réel des combattants que Votre Majesté pourrait mobiliser en peu de temps.

a J'aurais même une autre observation à feire dans la décomposition de l'effectif de l'armée que j'ai donné dans mon premier rapport, il ne figurait sous les drapeaux que six contingents, le septième, celui correspondant à la classe de 1859, ayant été renvoyé par anticipation dans ses foyers : d'où il résulte que pour être dans le vrai etprofiter de toutes les ressources que présente la loi actuelle du recrutement, il Êiudrait ajouter 60 000 hommes aux 500 000 que j'ai démontré devoir être l'effectif mobilisable de l'armée.

« Il me paraît que Votre Majesté admet les principes d'après lesquels le projet de mobilisation avait été préparé, et qu'elle ne juge pas nécessaire d'apporter de changement à l'organisation de l'armée proprement dite, ce dont, pour ma part, je suis très-heureux, parce que je la crois excellente et pouvant répondre, dans la limite de ses forces, à tout ce que l'Empereur voudra lui demander pour défendre l'honneur du pays qui est Tobjet de ses préoccupations les plus chères.

" C'est donc ud complément à cette organisation qu'il faut chercher afin démettre les forces militaires de la France en rapport avec les conditions nouvelles que la guerre de la Prusse contre l'Autriche ont faites à l'Europe et à la France en particulier.

o Votre Majesté pense que sous le nom de Garde nationale mobile, une deuxième réserve, à l'effectif de 400 000 hommes, peut être formée en en cherchant les éléments dans une certaine catégorie de !a

population mâle de la France, dans la limite dâge de

vingt à trente ans.

<t 11 est hors de doute que ces éléments à affecter au service militaire existent ; que, comparés à la population virile de la France, ils peuvent être réunis sans une trop grande charge pour le paya, La difficulté ne peut donc provenir que des moyens d'organiser et d'instruire cette réserve, et c'est ce que je demande à l'Empereur la permission d'examiner dans ce rapport.

« Mais avant, il est un point sur lequel j'ai à prendre les ordres de Sa Majesté.

rt Dans le projet qu'elle a préparé, il serait question de ramener l'effectif de l'armée sous les drapeaux au chiffre de 350 000 hommes pour le temps de paix.

« Est-ce en y comprenant seulement les soldats provenant des appels, ou bien l'effectif soldé, c'està-dire sans déduction des troupes indigènes, de la gendarmerie et des cavaliers de remonte, en un mot toutes celles qui sont énumérées sous la déncmiination générale de non valeurs organiques ?

« Dans le premier cas, l'effectif des soldats à mobiliser pour entrer en campagne descendrait au-dessous de 300 000 hommes; dans le deuxième cas, l'armée sous les drapeaux serait maintenue au chiffre actuel de 400 000 hommes environ.

« Si l'effectif était réduit, comme dans le premier cas, l'Empereur sait mieux que personne ce qu'il resterait de disponible dans l'intérieur de l'Empire après défalcation de l'armée d'Afrique, de la Garde, des armées de Paria et de Lyon. Les régiments d'infanterie, d'après une pensée émise par Votre Majesté, devraient laisser en permanence leur 3' bataillon au

dépôt ; les deux batailloas qui resteraieat sous le commandement direct du colonel ne représenteraient plus qu'un effectif de 700 à 800 hommes, c'est-à-dire 3D ou 40 hommes par compagnie, et je ne sache pas qu'à aucune époque, pareille réduction ait été opérée. Non-seulement l'instruction des troupes en général deviendrait à peu près illusoire, mais le renouvelle ment des cadres, déjà si difficile à effectuer, le deviendrait hien davantage par la rareté des sujets .

a Je ne parle ici que de l'infanterie, mais les observations qui précèdent s'appliqueront à plus l'orte raison aux armes spéciales dont l'instruction ne s'improvise pas.

<( Je suis convaincu que la thèse que je soutiens a l'approbation de l'Empereur, et qu'elle ne pourrait être combattue que par des considérations financières provoquées par le nouveau système de réserve dont je parlerai bientôt. Toutefois, il ne me semblerait pas prudent de compromettre la solidité de ce qui existe pour édifier ce qui est encore inconnu.

a Au reste, l'effectif général de l'armée est subordonné à la loi du recrutement. Si, comme l'Empereur en exprime la pensée, la durée du service doit être limitée à six ans, et que, par conséquent, il ne doive plus y avoir que six contingents sous les drapeaux, l'effectif de chacun de ces contingents, sur un appel de 100 000 hommes, étant de 60000, il est évident que l'armée ne présentera plus que 360 000 hommes répondant à ia voix des appels, au lieu de 'iOOOOO hommes ; ce qui est déjà une cause d'affaiblissement au chiffre de 600 000 énoncé constamment comme celui que devait présenter l'armée dans son ensemble.

a Ainsi, la réduction d'une année de service fait perdre au moins 60 UOO hommes à l'effectif de l'ar-

mée et réduit le chiffre des soldats sous les armes dans uae proportion que je crois essentiellement préjudiciable à la bonne composition de l'armée à tous les points de vue.

(( S'il a paru contraire à la politique du gouvernement d'élever à 140 000 hommes le contingent annuel, peut-être eût-il été convenable de faire revivre la proposition d'étendre à la limite de huit ans au lieu de sept, la durée du service, en renvoyant dans la réserve les soldats qui auraient passé ua certain nombre d'années sous les drapeaux. La réserve générale de l'armée est ainsi composée, d'une part, d'anciens militaires, et de l'autre, de jeunes soldats préparés au service, d'après ce qui se pratitiue actuellement.

n J'arrive maintenant à la combinaison qui consiste à chercher, eu dehors de la lot du recrutement, le moyen de pouvoir, à l'occasion d'une guerre nationale, appeler un million d'hommes sous les drapeaux. Ce moyen, l'Empereur le trouve par l'organisation d'une deuxième réserve alimentée par les Français de vingt à trente ans qui, par une cause quelconque, n'ont pas paru sous les drapeaux et n'en doivent pas moins leur service à la Patrie.

« Les 400000 hommes qui devaient former la deuxième réserve seraient prélevés sur les 2 400 000 Français qui, d'après les tableaux statistiques, forment la population valide dans les conditions ci-dessus énoncées, et je se ferai pas à leur patriotisme l'injure de douter de leur empressement à répondre à l'appel qui leur serait fait pour repousser une invasion qui menacerait nos frontières,

R La question n'est donc pas dans la possibilité d'élever l'efTcctif de nos forces militaires à un niveau

déterminé ; elle consiste, suivant moi, dans les dispositions à prendre pour que cette dernière réserve ou garde nationale mobile puisse, par son orgaaisatioD, rendre les services que l'oa doit attendre d'elle.

n Mais je reviens sur la combinaison qui cousisterait à accroître considérablement la réserve de l'armée en diminuant l'effectif des soldats sous les drapeaux, et j'examine de nouveau si elle est bonne, si elle est logique, et enfin si elle est confirmée par l'histoire de nos guerres? 11 est permis d'en douter, car, après les désastres de la campagne de Ru. l'Empereur, pour reconstituer une nouvelle armée, dut faire incorporer les cohortes dans nos régiments, Elles aussi comprenaient des hommes de vingt à trente ans, braves, du reste, mais dont l'instruction militaire était incomplète.

« Malgré leur bravoure, nous fûmes bien loin de retrouver en eux la fermeté et l'entrain de nos anciens soldats, même de nos jeunes conscrits, et les péripéties déplorables de la campagne de 1813 furent, en partie, la conséquence de cette combinaison, en dépit de la puissante main qui conduisait l'armée et de l'énei^ie des lieutenants de l'Empereur.

« D'ailleurs, en Prusse, puisque c'est l'organisation militaire de. ce royaume qui parait principalement préoccuper l'opinion, les réserves, sous quelque nom qu'on les désigne, sont formées de citoyens ayant passé un certain nombre d'années sous les drapeaux, où ils ont non-seulement reçu l'instruction militaire, mais contracté les habitudes de discipline et d'obéissance à leurs chefs qui constituent le bon soldat. Il est vrai qu'en dédommagement du sacrifice qu'ils font pour un temps de leur liberté, ils acquièrent des droits à des emplois dans les services administratifs,

176 CINQUIÉUE PARTIE.

ce qu'il serait bien difBcile, pour ne pas dire impossible, d'établir en France.

« On ne pourrait donc, à aucun point de vue, s'appuyer sur ce qui se &it chez nos voisins d'outre- Hbia, pour l'inlroduire chez nous sans de notables modifications.

« Sire, j'ai la confiance que Votre Majesté me paj-doûnera de lui avoir présenté les observations qui précèdent, et qui, sur certains points, ne sont pas en parité concordance avec les mesures qu'elle semble être dans l'iatentioa d'arrêter. J'ai cru devoir profiter de l'autorisation que l'Empereur veut bien donner à ses ministres de lui exposer en toute hberté leur pensée, alors que les intérêts de l'État sont engagés. Je ne mets pas en doute que les observations formulées plus hautne fussent soulevées dans le sein de la commission qui serait appelée à étudier cette importantequestiondeschangementsàintroduiredans notre organisation militau'e, et il m'a paru prudent qu'elles se produisissent, pour connaître les appréciations finales de Votre Majesté.

« Quoi qu'il en soit, je donne, dès à présent, des instructions à M. l'intendant général Darricau pour qu'il prépare les éléments d'un projet de loi sur la question qui, à juste titre, préoccupe la pensée de l'Empereur.

o La première règle à poser paraît être le mode de désignation des citoyens qui, sur l'effectif général de 2 400 000 de l'âge de vingt à trente ans devront être d'abord appelés à former la deuxième réserve, et les moyens successifs de la maintenir au chiffre de 400 000 hommes.

H Le mode le plus conforme à nos usages en ma-

tière de recrutement serait un tirage au sort, mais, en l'espèce, le moyen serait-il praticable?

« Peut-être serait-il logique de choisir lea hommes de la deuxième réserve daprès certaines catégories, comme, par exemple, parmi :

« 1 " Les jeunes gens qui ont été exemptés par leur numéro de tirage;

H 2" Lea exonérés ;

« 3" Les exemptés à tout autre titre que pour in flrmités, en commençant par la première catégorie, et, dans celle-ci, par les hommes les moins âgés, c'est-à-dire les plus rapprochés de l'époque où ils ont répondu à l'appel de leur classe, sans en avoir fait partie.

« Celte première question réglée, viendra celle de l'instruction militaire à donner à ces nouveaux appelés, et ce ne sera pas une des moindres difficultés à surmonter.

« En effet, on peut bien, avec les ressources que présentent les cadres des dépôts, donner les premiers éléments des diverses écoles que comprend l'ordonnance, lorsque le chiffre des hommes à inscrire ne s'élève qu'à 30 000 ou 40 000 appelés chaque année dans la réserve; mais quand le chiffre s'élèvera proportionnellement à 40 000 en plus, il est évident que la question changera complètement de face. Il seia nécessaire d'échelonner l'appel dans les dépôts pendant plusieurs mois de l'année pour éviter l'encombrement, non moins que pour proportionner le nombre des instructeurs à celui des hommes à instruire. 11 est vrai que Votre Majesté, pour parer à une partie de ces difficultés^ indique la réunion au dépôt de chaque régiment des troisièmes bataillons, à poste fixe, et qu'elle ajoute que ces dépôts, ainsi

renforcés^ seraient inamovibles dans les garnisons qu'ils occuperont.

« On ne peut s'empêcher de rechercher si lee avantaf^es qu'on retirerait de cette mesure seraient eu proportion des graves inconvénients que l'Empereur a sans doute entrevus, et qui résulteraient immanquablement, au point de vue politique et administratif, d'une part, de cette permanence dans la même localité, et de l'autre, d'une séparation, à peu près complète, d'une fraction importante d'un corps de la partie principale qui est celle où se trouve le colonel.

« Il y aurait peut-être lieu de rechercher s'il ne serait pas mieux de former des cadres spéciaux pour l'instruction de cette partie de la réserve, en y appelant ces vieux sous-officiers maintenus sous lea drapeaux par suite de plusieurs rengagements, et qui sont fréquemment présentés par les inspecteurs généraux comme devant, par leur âge, constituer des non valeurs, dans le cas de mobilisation^ pour faire campagne.

« Il me paraîtrait possible de trouver, parmi les officiers en retraite, des hommes capables de compléter les cadres, en leur donnant l'autorité dont ils auraient besoin.

« Mais tout cela ne pourrait pas se feire sans subsides, et c'est cette question générale qui me reste à recommander aux investigations de M. Darricau. Il y aura, en effet, d'autres dépenses à prévoir dont il est important de rechercher l'évaluation.

« L'habillement et l'équipement partiels des hommes de cette portion de la réserve offriront un chiffre de dépense qu'il sera possible de préciser : il en sera de même pour l'entretien des armes affectées à ce Bcrvice.

Ce qui le sera moins, ce sont les aménagements à faire dans les chefs-lieux de dépôt pour recevoir les armes, l'habillement et l'équipement des hommes de la réserve. Ces documents préliminaires devront être réunis afin de présenter, dans le projet de toi qui sera soumis à la chambre, à côté de la question de l'organisation militaire, les crédits qu'il sera nécessaire de demander pour la rendre praticable.

K Dans les observations qui précèdent, en ce qui a rapport à la deuxième réserve (garde nationale mobile], je n'ai fait allusion qu'à l'in&Dterie, car je ne pense pas qu'il soit possible de former, par cette instruction sommaire, des artilleurs ou des cavaliers. Ce serait, à mon sens, aui contingents annuels à fournir à ces armes les effectifs que les besoins exigeraient.

Il Pour résumer ce qui précède, je supplierai l'Empereur de maintenir l'effectif des soldats sous les drapeaux à 400,000 hommes comprenant les sept contingents prescrits par la loi du recrutement et les corps qui ne se recrutent pas par la voie des appels, aucune réserve ne pouvant préparer des sujets pour les cadres ni suppléer à l'instruction, à la discipline, à la solidité des soldats formés à la vie militaire.

« La nécessité admise de porter l'eifectif général de l'armée à un million d'hommes, pour donner à la France la puissance militaire que les derniers événements lui font un devoir d'organiser, j'insisterai sur l'avantage de former des cadres spéciaux pour l'instruction et le commandement, au besoin, des 400,000 hommes formant la deuxième réserve. Ces cadres seraient, je le répète, composés d'hommes en retraite, choisis avec soin, et de vieux soue-officiera puisés dans les corps.

M Je ne dis pas que, par cette combinaison, les dépenses d'entretien de la deuxième réserve soient réduites, mais du moins l'armée active ne sera pas alTaiblie dans son effectif et son organisation, et les vues générales de l'Kmpereur sur les forces militaires de la France seront remplies. »

Ces idées prirent corps dans un projet de réorganisation présenté à l'Empereur le 24 octobre 1866.

« Sire,

r( Les préoccupations de l'Empereur résumant en quelque sorte celles du pa^s tout entier, sont dirigées en ce moment vers la constitution militaire de la France.

« En appelant l'attention publique sur cette grave question, les événements qui se sont récemment accomplis en Allemagne ont rendu manifeste la nécessité de mettre notre état militaire en rapport avec le rôle que la France peut être appelée à jouer, soit pour la défense de son territoire, soit pour le maintien de son influence politique en Europe,

« Divers systèmes ayant pour objet de lier, à un titre quelconque, un nombre plus ou moins grand de citoyens au drapeau, peuvent être préconisés; chacun d'eux a ses avantages et ses inconvénients^ mais quel que soit celui qu'on adopte, il importe, avant tout, de donner à notre état militaire une base solide, et on ne peut la trouver que sur un effectif soldé respectable.

« A diverses reprises, il a été formellement démontré devant le Corps législatif que l'effectif normal de l'armée devait ôlre de quatre cent mille hommes :

c'est celui que je réclame de toutes les forces de mes convictions.

« Lorsque l'on veut se mettre en mesure de donner rapidement un développement considérable à l'état militaire d'un pays, la première condition à remplir est évidemment de préparer des cadres solides, et assez développés pour recevoir, à un moment donné, le nombre d'hommes nécessaires pour passer du pied de paix au pied de guerre ; les éléments constitutifs de ces cadres doivent être pris parmi les sujets éprouvés, instruits, animés de l'esprit militaire; le choix n'en est pas facile sous le régime en vigueur aujourd'hui, et il le deviendraitbienmoins encore s'ilavait à s'exercer sur un nombre plus restreint de candidats.

« D'un autre côté, les corps qui ne se recrutent pas par la voie des appels, comme la Garde, k Gendarmerie, etc, sont alimentés par des détachements prélevés sur l'ensemble des autres corps, et formés de soldats réunissant des conditions spéciales de conduite et de services. Ce n'est pas non plus sans difficulté que, dans la situation actuelle, ces soldats d'élite sont désignés, et si l'effectif général venait à être réduit, leur choix ne pourrait plus se faire sans énerver, d'une manière très-fâcheuse, les autres corps de l'armée.

M II importe, enfin, de ne pas perdre de vue l'obligation qui noua est imposée d'entretenir en Algérie, une armée assez forte pour suffire à toutes les éventualités. Cette obligation n'est pas sans compensation, en raison de l'excellente école qu'elle fournit à nos troupes, mais elle n'en a pas moins pour résultat de réduire, dans une notable proportion, les forces de l'iatérieur susceptibles d'âtre mobilisées en cas de guerre européenne.

182 CINQUIÈUE PARTIE.

n Dans Tin précédent rapport, j'ai établi que, déduction faite de l'armée d'Afrique et des non-valeurs organiques affectées à des services spéciaux, les ■400,000' hommes de l'armée active, sont réduits à 288,000 hommes répartis ainsi qu'il suit :

, , , . l Garde 16,000

( Ligne 179,600

Cavalerie .

t Garde 5,700

■) Ligne 42,900

. ... . 1 Garde 2,300

Artillerie {,.

/ Ligne 30,200

Génie 6,200

__.... ( Garde 600

Train des équipages. ,{ ,. .

^ ^^ / Ligne 4,500

« C'est donc dans ces effectifs par arme qu'il faut prendre, en temps de paix, les éléments destinés à former les corps de Paris et de Lyon, les garnisons de l'intérieur de l'Empire, et, s'il y a apparence de guerre, les troupes nécessaires pour établir des camps d'observation sur les frontières.

« Il me semble résulter des observations qui précèdeut, que l'effectif normal de 400,000 hommes, presque continuellement dépassé depuis 1848, pourl'ar-

1. Cet effectif de 400,000 hommes se décompose ainsi qu'il suit:

Officiers 22,112 \

c. , . , i sans prime... . 58,624 J

Engagés et rengagés... , „ec prime, ... 112,889 L^ ,,,

Remplaçants administratifs 53,117 /''"^.^■*

Servant en vertu de commissions 13,056 \

Apf«IÔ3 1411,066 /

mée active, doit être conservé aujourd'hui plua que jamais'

« Si ce premier point est admis, il s'agira de chercher quelles sont les meilleures dispositions à adopter pour assurer le recrutement de l'armée; tout en complétant notre état militaire pour l'organisation d'un nouveau système de réserve.

u Les modifications que me semblent comporter, dans cet ordre d'idées, nos institutions militaires, sont indiquées dans les propositions que j'ai l'honneur de mettre ei-après sous les yeux de l'Empereur; et, convaincu que ces institutions n'ont rien perdu de leur force ni de leur valeur, je n'ai cherché qu'à m'inspirer de l'esprit qui les a créées.

a Depuis i 81 6, la question de l'organisation des forces nécessaires à la défense du territoire a été, à diverses reprises, le sujet des préoccupations des gouvernements qui se sont succédé; des commissions composées d'hommes d'État et de notabilités militaires ont été à plusieurs époques, chargées de l'examiner sous toutes ses faces, et de formuler des propositions pratiques.

1. Voici quels ont été, de 1648 k 1866, las effectifs anouels

1854 465,000 1861 Ii69,000

Ainsi qu'il est dît plus loin, le conseil supérieur de la guerre avait, dès 1828, dans un rapport au roi, présenté le chiCFVe de 400,000 hommes comme nécessaire pour donner une base solide à notre organisation militaire; ta situation de k France et de l'Europe était cependant, à cette époque, bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui.

mojens :

184 CINQUIÈME PAHTIE.

«La loi du 10 mars 1818, préparée par les soins (lu maréchal Gouvion Saint-Cyr, embrassait à la fois la composition de l'armée active, un système de réserve et le mode d'avancement.

(1 Elle limitait à six ans le temps de service imposé aux jeunes soldats appelés, mais elle les plaçait ensuite dans la réserve, pendant six autres années, sous le nom de vétérans.

« La loi du 9 juin abolit ces dispositions, fixa à huit années la durée du service et forma la réserve au moyen des jeunes soldats des divers contingents dont l'iacorporatioD n'avait pas été indispensable.

« En 1 829, le conseil supérieur de la guerre, présidé par le Dauphin, et composé de trois maréchaux de France et de douze généraux, dont l'expérience s'était formée pendant les guerres du premier empire, reconnut la nécessité de s'occuper de la création et de l'organisation d'une réserve de 150 à 200,000 hommes, destinée à maintenir l'ordre dans l'intérieur, à garder ou à défendre les places frontières, concurremment avec l'armée.

a 11 confia l'examen de cette importante question à une commission qui fut d'avis :

« 1" Que le Roi devait être supplié d'élever le complet de son armée de guerre à 400,000 hommes, et sa réserve à 200,000, afin d'assurer, malgré les oonvaleure, la force que réclamaient la dignité et la défense du Toyaume ;

« 2° Que pour donner à l'armée la consistance dont elle avait besoin, il était indispensable que tous les hommes désignés pour la composer, reçussent l'instruction pratique.

« Le Conseil, à la majorité de treize voix contre une, approuva la proposition de fixer le complet de guerre

de l'armée active à -^00,000 hommes, et se forma en commissions, par armes, pour approfondir les questions relatives à un plan général de réorganisation de tout le système militaire.

« Les événements qui suivirent, n'ont pas permis aux remarquables travaux du Conseil supérieur de la guerre de porter tous leurs fruits.

« La loi du 11 octobre 1830 maintint les dispositions antérieures et se borna à confier aux chambres, le soin de déterminer chaque année le chiffre du contingent annuel que les lois du 10 mars 1818 et du 9 juin 1824 fixaient d'une manière 'invariable.

« Dans le système de la loi dii 21 mars 1832, la durée du service pour les engagés volontaires, comme pour les appelés, est fixée à sept ans ; le contingent annuel se divise en deux portions : la première est mise en activité, et la seconde, laissée dans ses foyers pour former la réserve, ne peut être appelée sous les drapeaux qu'en vertu d'une ordonnance.

« Ce système est encore en vigueur ; mais, au commencement de 1 841 , le maréchal Soult, dont la liante expérience avait senti la nécessité de fortifier notre état militaire, avait présenté à la Chambre des Députés un projet de loi qui, portant à huit années la durée du service, formait la réserve au moyen de soldats renvoyés en congés illimités, et soumis à des revues périodiques.

« D'abord adopté par la Chambre des Députés, puis amendé par la Chambre des Pairs, ce projet de loi fut retiré en 1844, par suite de divergence d'opinion eotre les deux fractions du pouvoir législatif qui voulaient fixer, l'une à sept ans, l'autre à huit, la durée du service à imposer aux contingents annuels.

« Le principe qu'il posait, en ce qui concerne la

réserve, fut cependant mis en pratique, puisque, jusqu'en 1859, la réserve de l'armée se composa des portions de contingents, non incorporés, et des soldats renvoyés dans leurs foyers en vertu de congés illimités.

De l'exposé qui précède, il faut conclure que la constitution d'une réserve a toujours été considérée comme la conséquence logique, nécessaire, d'une armée soldée, et que son organisation doit appeler la plus sérieuse attention du gouvernement.

« Aussi, en 1 859, aussitôt après la guerre d'Italie, l'Empereur soccupa-t-il de compléter cette institutution militaire, en soumettant les hommes de la seconde portion du contingent annuel à une organisation administrative et à des exercices périodiques, qui les missent dans les meilleures conditions possibles pour être appelés, au premier besoin, sous les drapeaux.

(f Les résultats satisfaisants obtenus depuis cette époque sont trop connus et trop bien appréciés, pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans de plus grands détails ; mais il faut reconnaître, cependant, que si les bommes de la réserve ont pu, en passant, en deux années, cinq mois dans les dépôts d'instruction, apprendre à faire l'exercice et acquérir quelques notions du service militaire, on ne peut néanmoins les considérer comme de véritables soldats, façonnés à la discipline, imbus de l'esprit de corps, et rompus aux pratiques de la caserne, des camps ou des bivouacs.

Il en serait de même, évidemment, de toute agglomération d'bommes qui, sous un nom quelconque, viendrait accroître l'effectif de cette seconde armée, complément plus ou moins parfait de la première.

« On ne saurait sérieusement contester que la force réelle d'une armée ne consiste pas seulement dans le nombre de ses soldats, mais qu'elle est surtout dans la bonne organisation, dans l'instruction, la discipline, l'esprit des éléments qui la composent; et c'est précisément pour obéir à ce principe que les divers projets élaborés dans ces derniers temps demandaient que, sur la durée totale du service, une partie fût passée dans l'activité et l'autre dans la réserve.

« M'inspirant de cette pensée, mais tenant compte, en même temps, des résultats obtenus depuis 1859 par notre organisatioQ actuelle, je voudrais que la réserve de l'armée fût constituée :

« D'une part, au moyen des portions des contingents annuels non appelés sous les drapeaux;

■ De l'autre, par les classes qui, après avoir passé un certain nombre d'années dans les rangs, seraient renvoyées dans leurs foyers pour y terminer le temps pendant lequel la loi les soumet au service militaire.

« Ce système présente le double avantage d'augmenter l'effectif général de la réserve et d'en accroître, dans une proportion considérable, la valeur réelle au point de vue militaire.

« Ces considérations générales posées, j'arrive aux moyens à employer pour atteindre le but que je me propose et que je résume ainsi qu'il suit :

« 1' Conservera l'armée son effectif actuel ;

" 2° Augmenter le chiifre de la réserve ;

« 3° Lui donner une plus grande consistance en y appelant de vieux soldats.

« Ainsi qu'il a été dit plus haut, il semble rationnel et politique de chercher, en organisant les réserves lie l'armée, à se rapprocher, autant que possible, de la loi actuelle sur le recrutement, ainsi que des di-

vers projets préparés, depuis trente ans, dans un but

identique à celui que nous poursuivons aujourd'hui.

« Dans cet ordre d'idées, la première mesure qui se présente à l'esprit, c'est l'augmentation de la durée du service militaire. En 1818, elie avait été ûxée à douze ans; en 1833, la chambre des pairs avait admis huit ans ; mais la minorité de la commission prise dans son sein et chargée de l'examen du projet de loi amendé par la chambre des députés, coRimission que présidait le général Préval, avait demandé neuf ans, en a' appuyant sur des considérations d'une incontestable valeur, et c'est ce dernier chiffre que je crois devoir proposer d'adopter.

« Il augmenterait, à la vérité, de deux ans la fixation de la loi actuelle; mais, comme atténuation, la présence réelle sous les drapeaux serait réduite à six ans, et les trois années supplémentaires seraient passées dans la réserve.

a II ne serait, d'ailleurs, rien changé au fractionnement dii continrent annuel en deux portions, l'une destinée à l'armée active, l'autre à la réserve.

Par cette combinaison, deux contingents de plus qu'en l'état actuel seraient, par le fait, attribués à l'armée; mais six contingents seulement se trouveraient sous les drapeaux, et la réserve serait réelle- , ment composée :

r De neuf secondes portions du contingent annuel ayant passé quelques mois dans les dépôts d'instruction, et présentant ensemble un effectif de 325000 "''""""

« 2° De trois premières portions du contingent ayant servi six ans,

et formant ensemble 75 000

Total. . . 400 000 """'-'

« L'armée se trouverait ainsi portée à l'effeclit de 800 000 hommes, dont 400 000 sous les drapeaux et 400 000 dans la réserve.

« Il n'est pas saos intérêt de faire remarquer que le système qui vient d'être présenté n'entraîne, pour ainsi dire, aucune aggravation pour le budget de la guerre, puisqu'il n'y aurait, par le fait, à pourvoir qu'aux dépenses relatives aux deux contingenta, en plus, versés dans la réserve.

« A l'occasion des questions soulevées par ce rapport, je crois devoir soumettre à l'appréciation de l'Empereur quelques observations sur l'application de la loi du 26 avril 1 855.

« Plusieurs de ses dispositions ont été, à diverses reprises, l'objet de critiques que je n'ai pas à réfuter en ce moment. Mais je tiens à rappeler que l'économie du système tout entier repose sur l'équilibre qui doit exister entre le nombre des jeunes gens exonérés, d'une part, et celui des rengagés avec prime entrés dans la période de leur rengagement, ainsi que des remplaçants administratifs, d'autre part.

n Or, le chiffre des exonérés varie d'une manière sensible, et il faut reconnaître qu'il tend à s'accroître chaque année, tandis que celui des rengagés et remplaçants administratifs reste à peu près invariable. Cette situation, on le voit, peut avoir, en temps de guerre surtout, de graves inconvénients pour l'effectif de l'armée; d'un autre côté, elle donne prise à de regrettables observations sur la moralité de la loi, qui semble créer un privilège en faveur de la fortune et favoriser l'abstention d'une foule de sujets instruits, dont la présence eût offert de précieuses ressources pour la formation des cadres.

« Il serait peut-être à propos de profiter des modi-

ficationa à apporter à notre oi^nisalion militaire pour limiter te chiffre des exonérations^ que l'on pourrait fixer au cinquième àa continfçent annuel. Tout en respectant le principe de la loi, on aurait ainsi la presque certitude de toujours trouver, dans les rengagements et les remplacements administratifs, l'exacte compensation des pertes résultant, pour les contingents, dé la faculté de l'exonération.

(( Un autre sujet de réclamations plus ou moins fondées, c'est la disposition qui interdit aux militaires de la réserve de se marier avant d'avoir atteint la limite de leur service ; les inconvénients de cette prohibition ne sont, certes, pas aussi graves qu'on s'est plu à le dire; mais, enfin, au moment oiî l'on augmenterait l'effectif de la réserve, on pourrait accorder aux hommes qui le composent la faculté de contracter mariage, après quatre années d'inscription sur les contrôles. Les militaires ayant passé par le service actif jouiraient tout naturellement du même avantage, à dater du jour oii ils seraient classés dans la réserve.

« Il serait, d'ailleurs, bien entendu que la qualité d'homme marié ne constituerait aucun droit à l'exemption du service, dans le cas oîi les contingents seraient rappelés sous les drapeaux.

« L'Empereur ayant exprimé la pensée que les forces militaires de la France devaient s'élever à un million de soldats, il ne resterait plus qu'à trouver les moyens d'avoir, en sus tle l'armée, deux cent mille hommes en état de porter les armes.

« Il est permis d'admettre qu'avec les ressources dont il vient d'être question (800 000 hommes), la France sera en mesure de faire face à toutes les éventualités qui réclameraient l'emploi de ses forces mises

sur le pied de guerre, et que les deui cent mille hommes supplémentaires seraient plus spécialement consacrés au service de l'intérieur. Dans ces conditions, les lois des 22 mars 1831, 13 juin 1851 et le décret- loi tlu 1 1 janvier 1 852, sur les gardes nationales mobiles, nous donoent les moyens de résoudre cette deuxième partie de la question.

« 11 ne s'agît, en effet, que de former deux cents bataillons sur toute la surface de l'Empire, et l'Assemblée nationale de 1 848 n'avait pas hésité à en organiser trois cents, en mobilisant seulement vingt hommes sur cent gardes nationaux célibataires de vingt à trente-cinq ans.

« Il ne suffirait pas, bien entendu, de constituer simplement ces deux cents bataillons sur le papier, ou de se borner à leur faire monter une garde d'honneur, ou encore de les faire paraître de loin en loin dans une revue ; il faudrait, au contraire, les soumettre à des prises d'armes, à des exercices périodiques, et il serait facile d'établir un règlement à ce sujet. On comprendrait dans la formation de leurs cadres, des officiers en retraite choisis avec soin parmi ceux qui, encore valides, se recommanderaient par leurs anciens services; le reste des emplois d'officiers et de sous-ofQciers serait attribué aux gardes nationaux jugés aptes, après examen, à exercer un commandement. Enfin, les vieux sous-offîciers qui encombrent aujourd'hui les corps de la ligne et surtout de la garde, pourraient être réunis, au chef-lieu de chaque département, en un corps spécial, utilisés dans différents services militaires, recrutement, conseils de guerre, prisons, etc., mais plus particulièrement attachés aux bataillons de garde nationale mobile, pour y remplir les fonctions d'instructeurSj

de comptables, et, le cas échéant, les emplois d'officiers.

« L'admission d'offieiers en retraite, auxquels il suffirait d'allouer une légère indemnité, atténuerait d'une manière sensible la dépense nécessitée par la création de deux ceots bataillons mobiles ; il y aurait bien évidemment à pourvoir, pendant les réunions annuelles, aux frais d'habillement, de route et de solde de tous les hommes compris dans cette organisation, mais il n'est pas possible d'augmenter, d'une manière considérable, l'état militaire du pays, sans qu'il en résulte des charges nouvelles pour le Trésor, et on ne peut que se borner à les restreindre autant que le permettent les circonstances.

(( Un autre système d'organisation pourrait être étudié en ce qui concerne cette partie de la réserve, qui doit être chargée spécialement, en temps de guerre et lorsque l'armée a été mobilisée, de la garde des frontières et des places fortes, et que, pour ces causes, j'appellerai armée de Yinlérieur.

« Dans les projets d'organisation des forces militaires de la France, qui ont été élaborés à diverses époques, c'est à la garde nationale que ces intérêts étaient confiés, mais il faut reconnaître que la formation et la mobilisation de ces bataillons de garde nationale, présentent de nombreuses difficultés devant lesquelles l'institution est, en réalité, peu praticable.

» On obvierait à ces inconvénients, en prenant dans l'effectif même des contingents annuels, les éléments de formation de l'armée de l'intérieur.

« En effet, les jeunes gens ayant vingt ans révolus au 31 décembre de cliaque année, sont inscrits sur les listes du tirage au sort de l'année suivante; ils

s'élèvent, en moyenae, à 325000, et sont appelés, par ordre de numéros, à former les contingents des armées de terre et de mer, après que les conseils de révision ont prononcé sur les causes légales d'eiemtion .

« Pour atteindre le chiffre de J 00 000 hommes déterminé chaque année par le corps législatif, il est nécessaire, en raison des déductions résultant de ces causes légales, d'en appeler, en général, devantles conseils 204 000 ; il reste donc environ 1 20 000 hommes dispensés du service militaire sans avoir été examinés par les conseils de révision, et appartenant pourtant bien réellement au recrutement, puisque c'est parmi eux que seraient pris les suppléments de contingents, s'il devenait nécessaire d'élever l'effectif total de l'armée.

« L'exemption de service dont profitent actuellement ces 120 000 jeunes gens n'est donc que conditionnelle, et il serait tout naturel que le gouvernement en restreignît le bénéfice, en appelant cette partie du contingent à former l'armée de l'intérieur, dont les éléments cesseraient d'être prélevés sur la généralité des citoyens âgés de vingt à trente-cinq ans, comme le déterminent les lois actuelles sur la garde nationale.

« Si ce principeétait admis, les conseils de révision étendraient leurs opérations à la totalité des jeunes gens inscrite; tous ceux qui, en dehors du contingent annuel destiné à l'armée active ou à la réserve, seraient reconnus aptes au service, devraient être immatriculés dans ce second ban de la réserve et assujettis aux modes d'instruction ou de prises d'armes que des règlements spéciaux détermineraient. « On peut estimer de 60 à 65 000 le nombre des

jeunes gens à appeler ainsi, chaque année, pour former une force sédentaire que pourraient encore venir augmenter certaines autres catégories de citoyens, comme les exonérés, par exemple, qui ont bien pu, aux termes de la loi, s'affranchir du service militaire, mais qui, rigoureusement, ne peuvent être considéiés comme exemptés du service dans l'intérieur de l'Empire. Cette ressource porterait à environ 80000 hommes le contingentannuelde cette fraction des forces militaires de la France.

« Les cadres des batailloDS que l'on organiserait seraient composés des éléments indiqués plus haut et autorisés par les lois de 1831, 1851 et 1852, c'est-à-dire d'ofdciers et de sous-officiers, soit en retraite, soit choisis dans l'armée active, ou de soldats spécialement présentés par leurs chefs.

« Dans ces cadres ainsi formés, on trouverait, peut-être, les moyens d'assurer l'instruction des soldats de la réserve elle-même, et l'on rendrait, disponibles pour l'armée active, les dépôts de régimeots actuellement chargés de ce soin ; ce serait là un nouvel et sérieux avantage de ce mode de formation de l'armée de l'intérieur.

« En résumé, le projet d'organisation qui vient d'être placé sous les yeux de l'Empereur permettrait de mettre rapidement sous les armes, à un moment donné, un million d'hommes, répartis, en temps ordinaire, ainsi qu'il suit :

Armée active 400,00(1

Réserve " 400,000

Armée de l'intérieur (au minimum) 300,000

Total égal 1,000,000

Tandis que le maréchal achevait ce travail, l'Empereur lui avait envoyé la lettre suivante :

f Biarritz, 2 octobre 1S66.

« Mon cher maréchal. J'ai reçu votre lettre et votre note du 28 septembre; elle renferme dea observations que je trouve justes, mais la question est si délicate, qu'avant de prendre un parti, il faut examiner tous les systèmes. Depuis que je vous ai envoyé ma note, il m'est venu une autre idée, qui aurait beaucoup d'avantages et qu'il faut étudier dans tous ses détails avant de savoir si l'application en est possible. Ce système consisterait à déclarer que tout Français, sans exception, sauf celles admises par la loi, est obligé au service militaire pendant sept ans, que, cependant, tout homme qui aura servi trois ans aous les drapeaux pourra se faire exonérer.

K De celte manière, cent soixante mille hommes seraient tous les ans appelés sous les drapeaux, etils tireraient au sort uniquement pour savoir quels seraient ceux qui feraient partie de l'armée active et quels seraient ceux qui feraient partie de la réserve. Ce système aurait l'avantage de ne pas faire peser le poids de la conscription uniquement sur les classes les plus pauvres, d'introduire dans l'armée des jeunes gens ayant une certaine éducation, et, cependant, de ne pas tarir les ressources de la dotation de l'armée, puisque, après trois années de service, l'exonération Berait permise. Je vous prie de faire examiner ce projet, afin que je sache ce que nous pourrions avoir do soldats en temps de guerre.

« Recevez, mon cher maréchal, etc.

« Signé ; Napoléom. »

Ainsi, l'Empereur était pour le service militaire obligatoire. Mais le service obligatoire donne des effectifs trop nombreux pour nos finances, et les Irais années de présence sous les drapeaux ne donnent pas assez de vieux soldats pour faire une armée solide, Une grande commission militaire fut nommée pour examiner toutes ces questions. Le maréchal discuta longuement, et quelquefois vivement, les différents systèmes. Une lettre du 1 décembre 1 866 résume son opinion :

« Sire, à la dernière séance de la Commission, Votre Majesté a pu constater les difilcultés réelles que les orateurs du Gouvernement prévoient qu'ils auront à vaincre, pour faire adopter le projet de loi sur la réorganisation de l'armée.

« La question de la prérogative législative relativement à la fixation du nombre d'hommes du contingent à appeler sous les drapeaux, a particulièrement arrêté les membres de la Commission, et a été, pour la première fois, abordée sérieusement.

« Le résultat de cette discussion m'a donné lieu de craindre que, dans le but d'atténuer l'opposition que l'on s'attend à rencontrer dans le sein du Corps législatif,OD n'arriveà réduire l'effectif actuel de l'armée active. On pourrait être amené à cette réduction en présentant, comme compensation, le chiffre élevé de la réserve et celai de la garde nationale mobile.

« Si telle devait être la conséquence des modiûcations qui s'élaborent, je ne saurais dissimuler mes inquiétudes à Votre Majesté, et je n'hésiterais pas à dire que la situation actuelle est infiniment meilleure que celle qui résulterait de combinaisons ayant pour

effet d'organiser à côté de l'armée une réserve considérable, d'autant moins instruite qu'elle serait plu» nombreuse.

« Il est bien essentiel de ne pas perdre de vue que si les événements politiques rendaient nécessaire la mobillsatioD de nos forces militaires, les cadres actuels suffiraient à peine à recevoir un nombre de soldats de ia réserve, égal à l'effectif de l'armée active. Hors de cette proportion, ii y aurait grand risque de compromettre la solidité de nos régi> ments.

n Je ne saurais trop le répéter, si l'état militaire de la France doit recevoir un plus grand développement, il serait dangereux d'affaiblir la base sur laquelle il doit reposer; or, cette.base est l'armée sous les drapeaux. C'est en vertu de cette idée que, dans le passage subit du pied de paix au pied de guerre, il faut éviter le danger de remplir nos régiments d'un trop grand nombre de soldats inexpérimentés, que j'avais proposé, dans le rapport soumis ù l'Empereur, de faire compter dans la réserve, pendant trois ans, les soldats libérés après avoir accompli six ans dans les rangs de l'armée.

<c Je trouvais, dans cette disposition, un avantage bien autrement considérable à mes yeux pour la force réelle de notre état militaire, que celui qui résultera de leur envoi dans la garde nationale mobile.

<t Sans doute, la garde nationale mobile, telle que l'Empereur avait eu l'intention de la composer en partie d'anciens soldats et, d'autre part, des hommes ayant compté six ans dans la réserve, offrait l'avantage incontestable d'avoir, pour compléter l'armée à un moment donné, une force suffisamment instruite, mais n'est-il pas plus utile de pouvoir verser ces

éléments dans l'armée active, elle-même, que de les faire entrer dans une institution dont le rôle, en cas de guerre, serait nécessairement secondaire.

« L'Empereur me permettra de lui faire remarquer que cette garde nationale mobile qui ne devait, dans sa pensée, être composée que de soldats exercés, va perdre ce caractère d'après les dernières dispositions adoptées. Les exonérés et les substituants qui, de l'armée active et de la réserve, passeront dans ses rangs, les exemptés et dispensés que l'on parait vouloir y placer également, formeront un chiffre assez élevé d'hommes complètement inexpérimentés. Par ces adjonctions, la garde nationale mobile va donc perdre le caractère de vieille troupe qui devait d'abord lui être donné, et l'idée de sa formation s'en trouve atténuée d'autant.

« Je sais bien que l'on fera valoir aux yeux du pays, pour appuyer ce système, l'ensemble formidable de nos forces militaires, que l'on parlera de l'aptitude du soldat français au métier des armes, du patriotisme de la nation qui se lèverait en masse pour défendre le sol de la patrie.

« J'avoue que, sans méconnaître ces qualités, auxquelles je suis disposé au contraire à rendre hommage, j'aime aussi à pouvoir m'appuyer sur de beaux et bons régiments composés de soldais instruits, et à sentir derrière eux des contingents solides, naguère dans leurs rangs, et qui viendraient les renforcer au besoin, amenant à leur suite les soldats de la réserve, à l'instruction desquels ils auraient concouru.

« Dans l'élude que j'ai eu l'honneur de soumettre à Voire Majesté, je n'avais pas seulement cherché à donner à la réserve la meilleure constitution, je m'étais préoccupé également du vole du contingent qui

est discuté chaque année par le Corps législatif, je m'étais posé toutes les objections qui ont été développées devant Votre Majesté à la dernière séance. Je ne m'étais fait aucune illusion sur l'opposition que rencontrerait à la Chambre des députés un appel de cent soixante mille hommes , c'est-à-dire de la totalité du contingent, alors que, (Aaque année, celui de cent mille trouve tant de contradictions, alors que l'existence d'une armée permanente respectable est le sujet d'iittaques si vives et si écoutées.

« Le silence presque complet gardé sur cette grave question que je considérais comme la clef de voûte du projet mis en discussion, m'a fait croire un instant que mes préoccupations étaient exagérées; mais, h la dernière séance, j'ai reconnu, à la vivacité des objections présentées par les membres, les plus éloquents de la Commission, qu'il faut, en réalité, compter avec le Corps législatif, dont le vote serait la pierre d'achoppement de tout projet ayant pour but d'accroître nos forces militaires.

« Je me suis alors demandé si le projet que j'ai soumis à l'Empereur ne serait pas de nature à être pris en considération, puisqu'il se rapproche, autant que possible, de la législation actuellement en vigueur, tout en donnant à la réserve une organisation solide. Il est bien vrai qu'il prolonge de deux ans la durée totale du service; mais il diminue d'une année celle du service actif, celui qui pèse le plus sur les populations; d'ailleurs, le chiffre de neuf ans de service, soit dans l'armée active, soit dans la réserve et la garde nationale, a été admis par les différents projets discutés par la haute Commission.

« Dans ma pensée, le contingent de cent mille hommes suffirait aux besoins ordinaires ; mais il

pouvait être porté à cent quarante mille, et môme à cent solsanle mille , si les circonstances le réciamaient. Cette augmentation accidentelle du contingent me paraîtrait devoir être acceptée plus facilemeat que les combinaisons qui consistent à prendre chaque année la totalité des hommes valides.

B Je n'ai pas cru devoir introduire dans'la discussion le projet que j'avais eu l'honneur de soumettre à l'Empereur; si j'y reviens aujourd'hui, c'est en raison des objections qui se sont produites à la dernière conférence, et parce que ses dispositions principales, que je viens de rappeler à Votre Majesté, me paraissent offrir des avantages sérieux, à divers points de vue, sur les systèmes proposés.

« Cependant, je n'ai pas la prétention de le voir se substituer, en entier, à celui dont nous venons d'arrêter les bases. Mais, après avoir employé tant de temps à méditer sur une question qui intéresse à un aussi haut degré l'indépendance et la gloire de la France, je ne puis me défendre de Tappréhension de voir mutiler le projet que Votre Majesté a. conçu, et d'arriver ainsi à une organisation moins solide, je le répète, que celle que nous avons aujourd'hui. Je crains surtout qu'en versant dans la garde nationale les soldats qui auront servi six ans, au lieu de les placer dans la réserve, nous nous privions, en cas de guerre, d'un précieux élément de force, alors que nous aurons besoin non-seulement d'élever l'effectif de l'armée, mais encore de lui donner le moyen d'entrer immédiatement et vigoureusement en action.

« Je prie Votre Majesté d'excuser la longueur de cette lettre; j'ai beaucoup hésité à la Lui adresser; mais, quelque répugnance que j'aie à revenir sur une discussion déjà épuisée. J'ai cru de mon devoir d'en-

tretenir encore uno fois l'Empereur d'un sujet qui fait l'objet de toutes ses préoccupations. »

Le 29 décembre, le ministre recevait ce billet :

« Mon cher maréchal,

u J'ai causé de nouveau, ce matin, avec M. Rouher. La combinaison entraînant le service pour neuf ans, dans la réserve de l'armée, est impossible. Il faut nous en tenir à mon dernier projet. Je vous prie donc de le soutenir au Conseil d'État.

11 Croyez, etc.

« Napoléon. ■

Mais le maréchal n'eut pas à suivre plus loin cette grande affaire. L'Empereur lui écrivait, le 20 janvier 1867:

a Mon cher maréchal, j'ai pris la résolution de TOUS remplacer au ministère de la gyerre par le maréchal Niel. En faisant ce changement, je veus vous exprimer tous mes regrets de renoncer à vos bons services, et vous dire que ma détermination a eu pour principal motif de voua éviter la pénible tâche de soutenir la discussion devant le Corps législatif, car je n'ai eu qu'à me louer, depuis huit ans, de votre zèle et de votre dévouement.

« J'espère que nos relations ne changeront pas, car je serai toujours heureux de vous donner de nouvelles preuves de ma sincère amitié. »

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