‹ Mémoires du maréchal RandonChapitre 21 sur 29 · ANNEES 1367-1S · texte numérisé non relu

ANNEES 1367-1S

a Lorsqu'aumois de janvier 1 867, je dus quitter la direction du Ministère de la guerre, je ne m'arrêtai à aucune des insinuations qui me furent faites pour obtenir un dédommagement quelconque aux positions élevées que j'avais occupées pendant une période de dix-sept années. Il me semblait qu'il était plus digne de quitter une charge importante de l'État sans chercher d'autre récompense que la conscience intime d'avoir servi mon pays et le souverain qui, pendant tant d'années, m'avait accordé sa confiance.

tt C'était tout au moins un bon exemple à donner^ dans le temps où nous vivons, aux hommjos qui, après avoir pris part à l'exercice du pouvoir, le voient s'éloigner d'eux.

'( J'avais encore d'autres motifs. Il était question de donner à l'armée une organisation nouvelle ; la loi du recrutement devait être changée et nos divers règlements modifiés. J'avais combattu ces projeta avec la déférence que commandait ma position vis-à-vis

du chef de l'Étal^ mais aussi avec la persistance que m'inspirait une conviction entièrement réfléchie, formée par une longue carrière militaire et par le sentiment des devoirs que j'avais à remplir.

« Dans ces conditions, en recherchant ou même en occupant un commandement, je me plaçais dans cette position délicate pour un homme d'honneur, d'être obligé de donner mon concours actif, empressé, à des mesures que je croyais inopportunes, contraires à la bonne organisation militaire de la France aussi bien qu'au bon ordre de nos finances.

« J'avais le sentiment profond de laisser l'armée dans une situation favorable. Pendant ce long ministère de huit années, je m'étais occupé sans relâche de tout ce qui touchait aux intérêts du soldat, à la régularité de l'administration, au matériel et aux approvisionnements de l'armée.

«Durant mon administration de graves événements étaient survenus : laguerred'ltalie exigeait utie grande activité pour assurer les besoins de l'armée, qu'une entrée en campagne prématurée n'avait pas permis déformer; puis l'expédition de Chine menée à bonne fin, celle du Mexique dans laquelle nos troupes jetées à l'improviste sur ces plages lointaines, ou engagées dans des opérations militaires si diverses, n'eurent à supporter que les privations ordinaires à la guerre. Enfin, l'insurrection de 1863 en Algérie, et les complications survenues à Rome, auxquelles il fallut pourvoir par de nombreux envois de troupes.

« Ces travaux, ces fatigues, n'avaient en rien diminué le moral de l'armée, ni sa force, ni son entrain militaire, et elle les eût bien montrées si l'Empereur avait eu à faire un nouvel appel à son dévouement et à son énergie.

Dg.l.zedl!,GOOglc

« On Terra bientôt pourquoi les lignes qui précèdent cherchent à fixer l'attenlion du lecteur, avec une certaine complaisance, sur cet état de nos forces militaires, au moment oii j'abandonnai le Ministère ' de la guerre.

n Bien que la lettre de l'Empereur du 19 janvier 1867 annonçât un changement dans la politique intérieure du gouvernement, le public ne comprit pas pourquoi la résolution prise par le souverain entraînait un changement dans son ministère.

R Des faits semblables s'étaient déjà produits sans amener aucune de ces mutations dans la sphère élevée du pouvoir.

n Ces modiûcations soudaines, apportées à la Couatitution, ne détournèrent pas l'opinion publique des événements qui avaient été le résultat de la guerre d'Allemagne, et les libertés nouvelles que l'on promettait à la nation ne la consolaient pas de l'échec que notre politique avait éprouvé.

« La France n'avait pas oublié la double invasion de 1814 et de 1815, et l'âpreté du rôle que ta Prusse y avait joué. On connaissait de longue date les projets ambitieux de cette puissance, et il n'en fallait pas tant pour alarmer le patriotisme de la nation et la porter à juger sévèrement la conduite tenue par le gouvernement, alors que la Prusse allait exercer une influence démesurée sur les deux rives du Rhin.

a On se demandait^ entre autres choses, comment l'Empereur avait pu accepter avec cette indifférence un grand mouvement politique qui se développait en Allemagne et qui devait, en tout état de cause, modifier profondément l'équilibre général européen. Comment, par exemple, une armée française n'avaitelle pas été réunie sur le Rhin au commencement de

la guerre, pour donner tout au moins à la neutralité de la France une valeur efficace, lorsqu'elle aurait voulu faire entendre sa voix?

a Peutrëtre les organes du gouvernement auraientils pu répondre, qu'il avait été lui-même surpris par la rapidité des événements.

a En effet, malgré les efforts dirigés par la Prusse contre l'Autriche depuis 1859 pour l'affaiblir, malgré la bienveillance de nos rapports avec ie cabinet de Vienne, nous aviona aidé la Prusse à conclure avec l'Italie cette alliance qui exerça une si terrible diversion au moment où l'Autriche en vint aux mains avec l'armée prussienne, dans les champs de la Bohême, malgré, disons-nous, toutes ces causes si énergiques d'affaiblissement, la réputation des troupes autrichiennes était telle, et la ténacité dont elles avaient, dans le passé, donné tant de preuves mémorables, était si bien établie, que diplomates et militaires ne prévoyaient pas, quelque vigoureuse que dût iHre la lutte, une défaite comme Sadowa, suivie d'un traité de paix semblable à celui de Prague.

« Au lieu de s'attacher à cette pensée qui était la vraie, et qui pouvait jusqu'à un certain point expliquer l'attitude du gouvernement en présence de ce mémorable conflit, on a préféré suivre une autre voie, et persister jusqu'au bout à soutenir qu'aucune faute, en cette circonstance, n'avait été commise par le gouvernement de l'Empereur.

« Cet argument ne trompant personne et ne mettant pas fin à l'anxiété des populations, M^ de la Valette fit paraître la circulaire qui proclama à la face de l'Europe, que les succès de la Prusse n'avaient rien qui dût inquiéter la France ou blesser son esprit na* lional, rien qui put laisser croire que son influence

fût amoindrie, et qu'un danger pour la conservation de la paix pût en être la conséquence.

« Le pays demeura encore incrédule et persista à croire que des fautes avaient été commises. Alors il fallut bien détourner sur quelqu'un l'orage qui déjà grossissait à la Chambre du côté de l'opposition et, plus sourdement, dans le sein même de la majorité. On commença à dire dans l'entourage de l'Empereur, peut-être même comme un écho de sa propre opinion, que nous n'étions pas prêts à nous engager d'une manière quelconque dans cette grande lutte ; que nos armées, disséminées en Algérie, au Mexique, à Rome, ne permettaient pas de réunir sur le Rhin, ne fût-ce que 100000 hommes; que notre armement était défectueux, nos approvisionnements incomplets. ■ Que ne peut-on pas dire, quand on veut faire prévaloir une idée, et que l'on n'est pas chargé d'administrer les preuves de ce que l'on avance, ou que l'on a soin d'éviter tout contradicteur mieux informé I

« Mais si on n'était pas prêt, ajoutait-on, à qui la faute? N'était-ce pas au Ministre de la guerre qui aurait dû prévoir tout, avoir de la résolution quand on en manquait au-dessus de lui; faire fabriquer des armes et remplir les magasins et les arsenaux, alors que chaque année on diminuait son budget, alors que ses prédictions avaient été dédaigneusement écartées, alors que l'Empereur ne s'était jamais ému des événements qui s'accomplissaient et ne s'était jamais entretenu avec son Ministre de la guerre de l'éventualité d'une mobilisation quelconque de troupes?

a n eût été bien facile assurément de répondre à cêltë asser'lioo, que notre état militaire ne nous per-

mettait pas d'entrer dans la voie de la neutralité armée?

« Quoi 1 la garde et les troupes réunies en divisions actives, à Paria, à Lyon, au camp de Châlons, formant, à elles seules, un total de onze divisions d'infanterie, et un effectif de 80000 hommes, auxquels il faut joindre SOOO chevaux des divisions de Lunéville, Ljon, Versailles et de la Garde, et \ 00 pièces de canon attelées qui, en moins de quinze jours, pouvaient Être réunies sur un point déterminé de notre frontière; toutes ces forces, disponibles immédiatement, ne donnent-elles pas le démenti le plus éclatant à cette accusation que nous n'étions pas prêts? Ajoutez à cela que, par l'appel instantané de la réserve sous les drapeaux on augmentait de 227 000 hommes habillés, équipés et instruits l'effectif armé du pays.

<f Mais ce n'était pas assez d'avoir donné carrière aux récriminations dont nous avons parlé ; il fallait^ pour relever le prestige du souverain, chercher quelque chose qui parlât plus directement aux passions de la multitude, et on répandit, dans le public, des bruits de complots, de trahison et d'arrestation.

« Dépareilles rumeurs peuvent bien n'avoir qu'un caractère d'absurdité, quand elles meurent le lendemain du jour où elles ont pris naissance ; mais, que doit-on croire, quand elles se propagent ainsi que la flamme d'une traînée de poudre, dans tout le pays et qu'elles se reproduisent partout, le même jour et dans les mêmes termes? Que croire, lorsqu'on apprend qu'allant plus loin encore, elles ont traversé les frontières et se répandent à l'étranger*?

1. Vagtnce Havat les a?ait télëf^raphiées, 9 mai 1867, à Rome,

« Quelle était l'officine d'où partaient ces bruits? Quels étaient les agents qui, instantanément, les faisaient circuler? Assurément ce ne pouvaient être les représentants de l'autorité qui se fussent livrés à un pareil système d'abjectes calomnies!

n II fallait donc descendre et chercher dans les m ystères de cette police secrète, pratiquée par des agents trop dévoués qui, sous ce gouvernement comme sous tous les autres, couvrent parfois du prétexte d'un zèle exceptionnel pour la personne et l'honneur du souverain, des actes qu'on n'oserait avouer publiquemeiil.

H La presse, à son tour, dans les colonnes d'un journal destiné, il est vrai, à périr sous le poids des calomnies dont il s'était fait le propagateur, le Courrier français ', reprit dans une série d'articles, les incidents de ma vie ministérielle et les livra aux plus injustes critiques.

« Cette fois je connaissais un ennemi, et je crus de mon devoir de le faire poursuivre devant les tribunaux. J'adressai ma plainte à l'Empereur. Sa Majesté me répondit par la lettre suivante :

« Mon cher Maréchal, « Je crois que vous attachez trop d'importance aux- bruits ridicules que la malveillance s'est plu à

à Turin, à Saint-Pétersbourg, à Madrid, à Vienne, à Berlin, à Bruxelles, même aux ÉtaLs-Unis. i Qu'yat-il de vrai dans tous ces bruits qui courent sur le marérhalRandon, disait à quelque temps de là le prince Oscar de Suède au prince Napoléon 1 t — t Peuh ! fit le cousin de l'Empereur, il y a un ministre fidèle et un souverain qui ne l'est pas. « En France, on les avait répandus surtout dans les casernes, et jusque dans les campagnes, par Tintermédiairc des facteurs et des agents de la police runle. On n'eut garde d'oublier Grenoble, la patrie du maréchal, et où beaucoup de [jens se firent avec complaisance l'écho de ces calomnies. I. Ces articles étaient rédigés par le sieur Vcrmorel, à la solde

SIO SIXIÈME PARTIE.

répandre sur votre compte. D'ailleurs ces calomnies s'adressent autant à moi qu'à vous, puisque vous n'avez fait qu'exécuter loyalement mes ordres. Vous n'avez jamais cessé de mériter mon approbation et mon estime et tous ceux qui voua connaissent vous rendent justice. Croyez que je saisirai avec plaisir les occasions qui se présenteront de vous donner de nouvelles preuves de ma sincère amitié et de ma coofîance. »

a Signé : Napoléom. »

a Puis, sur mon insistance pour obtenir satisfaction, l'Empereur me communiqua la réponse de M. le Garde des sceaux ', lequel, tout en reconnais-

ilu Ministère de l'iatérieur et du Cabinet même de l'Empereur, comme od a pu le voir dans les fascicules trouvés aui Tuileries et si déloyalement livrés à la curiosité publique.

1, Paris, le 2i sepleuibre 1867.

Sire,

Votre Majesté a chargé M. le Ministre de l'intérieur de s'eotendre avec M. Bouher et moi sur la suite qui pourrait être donnée à une plainte formée auprès d'elle par M. le maréchal Randon, à l'occasion de plusieurs articles publiés par le Courrier français.

J'ai lu avec attention ces difTérents articles, très-blâmables assurément par l'aigreur et l'Inj^ustice dont ils sont empreints, à l'égard de l'honorable maréchal. Les critiques qu'on adresse à son administration dans un style d'une hauie inconvenance, sont dénuées de fondement. C'est avec un esprit de dénigrement bien regrettable qu'est faite la biographie du maréchal, et que sont rappelés des faits qui remontent jusqu'en 1815.

Mais si blâmable que soit cette publication, peut-elle donner lieu à une poursuite judiciaire, contient-elle ce que la loi appelle le délit de diffamation? M. Rouher, ni moi, ni quelques-uns de nos collègues qui ont pris part à notre conversation ne l'avons pensé. La critique même injuste, même acerbe des actes d'un fonctionnaire, n'est pas nécessairement un délit, La loi de 1319 exige qu'il se rencontre une allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte h l'honneur ou à la considération de la personne.

Nous sommes d'avis, tout en regrettant sans doute de ne pou-

LES ACCUSATIONS. Kll

sant l'injure et la calomnie des articles du Courrier français, n'y trouvait pas cependant le cas de diffa-

Toir venir ea aide à notre ami et collègue, qu'une poursuite correctionnelle ne présenterait aucune chance de succès.

Signé : Baboche.

Le maréchal recevait en même temps la lettre suivante du Ministère de l'intérieur .-

Paris, 27 septembre 1867.

Mon cher maréchal ,

Si je n'ai pas répondu plus tôt à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, n'attribuez pas mon silence à de l'indilTérence, mais bien à l'embarras que j'éprouvais de vous faire une réponse qui pût vous satisfaire.

L'Empereur m'a fait ^tarvenir la lettre qu'il a reçue devons, elle ressemblait à celle que vous m'avez écrite, et j'ai cru devoir saisir mes collègues, réunis chez le Ministre d'État avant-hier, de l'une et de l'autre.

Nous avons lu très-atlenti vement la série d'articles (7) du Couriw français que vous m'avez signalés, sans qu'il ait été possible aux jurisconsultes, nos collègues, d'y trouver un caractère déticttMux qui fût de nature à assurer le succès d'une poursuite judiciaire.

Quelque regrettable qu'ait été cette polémique, il nous a paru dès lors, qu'il y aurait de graves inconvénients à intenter une action dont l'issue devait être plus que douteuse.

Dans cette situation, et ai tardif que puisse être l'emploi de ce moyen, nous avons pensé ne pouvoir agir autrement que par voie de communiqué; c'est la seule arme qui nous reste aujourd'hui. On a brisé toutes les autres entre nos mains.

Si vous partagez cet avis, ayez l'obligeance de m'envoyer les éléments d'une réponse, je la ferai paraître sous cette forme de communiqué dans le Courrier français, soit sous forme d'article dans un de nos journaux dévoués les plus répandus.

Tous nos collègues et moi, nous avons vivement regretté de ne pouvoir faire plus pour vous défendre contre d'injustes et malveillantes inspirations, mais nous sommes k l'égard de la presse, dans une période de transition des plus fâcheuses, et personne, croyez-le bien, n'en soalTre plus que moi.

Veuillez agréer, mon cher maréchal, l'assurance de mes senti» ments de haute considération et d'affectueux dévouement. Signé : Lavaleite.

matioD auflîsamment caractérisé, et ne croyait pas une poursuite opportune en prévisioa d'un acquittement.

<c Et cependant, M. le Garde des sceaux connaissait Irèa-pertinemment l'auteur de ces articles ; il connaissait sa moralité et les liens qui l'attachaient à la rédaction du journal I

•> Mais il savait peut-èlre aussi les tendances machiavéliques de la Direction de la presse au Ministère de l'intérieur; le double rôle que le rédacteur en chef, Vermorel, était tenu de jouer quand il plaisait à l'administration d'utiliser, au gré de ses passions, les instincts venimeux de cet écrivain.

« L'Empereur voulait bien m'exprimer les regrets que, d'après l'opinion émise par le chef de la magistrature, la loi fût impuissante à tirer vengeance d'attaques si odieuses, et Sa Majesté terminait sa lettre en me conseillant de lui adresser une sorte de Mémoire justificatif, qu'il ferait insérer au Moniteur.

<( C'était un expédient bien faible, bien incomplet, bien insignifiant pour défendre un ancien ministre contre les insultes et les calomnies dont il avait à se plaindre, et déplus, il ne m'était pas possible d'entrer dans la voie que l'Empereur voulait bien m'ouvrir.

■ Comment, en eiîet, écrirais-je à Sa Majesté ? Pouvais-je me justifier sans la mettre elle-même à découvert ? Avaid-je rien fait pendant mon long ministère sans ses ordres et sans son autorisation? Et pouvaisje, sans manquer à tous mes devoirs, donner au public un pareil exemple de déloyauté 1

a Puisqu'un ministre, ajoutai-je, qui pendant dixsept ans a été investi de fonctions émanant de la confiance même du souverain, ne peut être défendu par le gouvernement, il n'a d'autre parti à prendre

que celui de se renfermer dans sa conscience et sa dignité, tout en déplorant la faiblesse de ce gouvernement, qui ne sait pas défendre' ceux qui l'ont servi loyalement. »

DËPONSE AUX ACCUSATlOfS.

« L'écrit sur la situation de l'armée en 1 866 était composé, quand les misérables incidents dont je viens de parler se produisirent. C'était certainement le cas de donner de la publicité à ce travail ; mais, avant de prendre ce parti, je voulus avoir l'approbation de l'Empereur, et elle me fit défaut, malgré une double démarche que je priai mon ami M. Fould et le général de Montebello de faire à ce sujet.

« Toutes les personnes auxquelles j'ai communiqué l'écrit dont i! est question, en ont approuvé la forme et le fond;, toutes m'ont vivement engagé à le publier. J'y étais fort disposé; mais j'ai été constamment arrêté par ce scrupule, que, lorsqu'on a fait partie d'un gouvernement, on doit éviter toute publication qui pourrait avoir pour conséquence d'affaiblir le respect dont est entouré le souverain et les témoignages de fidélité de ceux qui ont été appelés à le servir.

« Ai-je torl? Ma conscience d'honnête homme répugne à le croire I »

Ce n'est qu'en octobre 1870 que le maréchal se décida à publier ce mémoire tel qu'il l'avait rédigé en 1867 et qui est reproduit aux pages suivantes.

Dg.l.zedl!,GOOglc

Le moment n'est pas venu de pénétrer les secrets de la politique qui a procuré au roi de Prusse lea écrasants succès de Sadowa et de Sedan. Les erreurs et les fautes ont été, comme à plaisir, accumulées dans notre politique extérieure; nous en recueillons aujourd'hui les fruits amers. Mais il est un point qui a préoccupé l'opinion publique et qu'il est possible d'éclaircir aujourd'hui. Quelle était, en 1 866, à l'origine du conflit allemand d'ofi découlent nos malheurs, la situation de l'armée française, de ses arsenaux et de ses magasins? Est-il vrai que les exigences de l'expédition du Mexique eussent affaibli le chiffre des approvisionnements au point que, lorsque le pays eut besoin de toutes ses ressources, il se trouva arrêté dans la manifestation de sa force par le vide qu'avait opéré une administration imprévoyante? Un écrit composé au commencement de l'année 1867, et dont la publication fut arrêtée alors par des considérations de convenances qu'on appréciera plus loin, répond à cette question.

Quelques mots seulement sont nécessaires, pour rappeler au lecteur les circonstances au milieu desquelles il devait se produire.

Le traité de Prague avait mis fin à la guerre que la Prusse avait suscitée à l'Autriche ; l'équilibre politique était rompu en Allemagne, et les traditions séculaires de la France étaient foulées aux pieds ; l'ambition de la Prusse triomphait : elle était la dominatrice de tout le pays situé sur la rive droite du Khin, jusqu'aux frontières de l'empire russe.

On peut croire qu'il était au pouvoir du gouvernement de la France d'arrêter cette guerre dès le début, en appuyant par une démonslration armée ses notes diplomatiques. Le conseil en fut donné; pour-

quoi ne fut-il pas suivi? On se contenta d'une intervention pour ainsi dire platonique. Cette extrême réserve couvrait une partialité réelle, et lorsque la Prusse laissée libre de ses mouvements, de l'entière dispositiondeses forces, par notre abstention et par son traité offensif et défensif avec l'Italie, eut mis l'Allemagne à ses pieds, le gouvernement de la France put voir les résultats de sa conduite et contempler dans l'abaissement de l'Autriche l'œuvre qu'il avait poursuivie depuis la guerre d'Italie.

Vainement parut-il dans les préliminaires du traité de Prague et obtint-il quelques garanties pour les droits d'anciens alliés; ces garanties restèrent lettre morte pour la chancellerie prussienne et tout ce qui contrariait le développement de sa puissance.

Ce fut le. commencement des insultes qu'elle dirigea contre la France.

Le sentiment public se souleva contre ces fautes multipliées ; il s'en prit à l'Empereur lui-même qui, aux termes de la constitution^ répondait seul des actes de son gouvernement.

Ses conseillers intimes cherchèrent à détourner les effets de la réprobation publique.

Le ministre des affaires étrangères', dans une circulaire adressée aux agents de son département, expliqua ou plutôt justifia les actes de spoliation delà Prusse à l'égard du royaume de Hanovre, de la ville libre de Francfort, des états de Hesse, etc., etc. L'opinion publique de l'Europe entière fit justice d'une pareille doctrine, érigeant en droit, sous le couvert du principe des nationalités, des annexions de territoire consommées par la violence.

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