Voyez ci-dessus, page 9i
nouvelle, il a entendu continuer, en la conformant aux circonstances, la politique à laquelle la France s'est montrée fidèle depuis 1 849, et substituer des garanties d'une autre espèce, mais non moins effectives, à la garantie matérielle qui résultait jusqu'ici de la présence de nos troupes à Rome.
« C'est ainsi que la convention, en décidant la retraite de nos troupes dans un délai de deux ans, prévoit, par une stipulation expresse, qu'une armée pontificale sera graduellement organisée pour les remplacer; que cette armée, formée par le Saint- Père dans le libre exercice de ses droits de souverain, sera composée, s'il le veut, de volontaires catholiques étrangers, et qu'elle sera suffisante pour maintenir l'autorité du Pape et la tranquillité tant à l'intérieur que sur la frontière de ses États.
« Il est de notre honneur que cette stipulation soit sérieusement exécutée, et nous sommes intéressés à en assurer le bénéfice au gouvernement pontifical. Notre conduite à cet égard sera la meilleure preuve de la loyauté de nos intentions. Plus qu'aucune autre puissance la France est donc naturellement désignée pour aider le Saint-Père à se créer des troupes destinées à suppléer aux uMres.
« L'usage où nous sommes d'entretenir nousmêmes à notre solde des volontaires étrangers, formant des légions spéciales, et ce que nous venons de faire pour le Mexique, nous présentent, Sire, une voie toute tracée. Sans déroger à nos habitudes, ni éveiller la susceptibilité de l'opinion, il nous est facile de réunir soit en Corse, soit à proximité de l'Italie, soit, mieux encore, en Algérie, où nous n'avons qu'à imiter ce que nous avons fait jusqu'ici, des volontaires qui eotreraient immédiatement à notre service,
Dg.l.zedl!,GOOglc
seraient formés et disciplinés par nos officiers, et suivraient notre drapeau, mais qui, choisis arec soin parmi les catholiques et présentant des conditions particulières de moralité et de dévouement, se trouveraient propres à devenir les défenseurs du chef auguste de leur religion.
■1 Ces troupes, ne se distinguant d'ailleurs en rien des troupes du même genre que la France entretient pour son propre compte, seraient envoyées à Rome par détachement, au fur et à mesure de leur formation, pour y remplacer à titre de garnison française un nombre égal de soldats qui composent actuellemeat notre armée d'occupation. Cette substitution graduelle serait combinée de manière à ce qu'avant J' expiration du délai de deux ans les troupes que nous avons en ce moment à Rome fussent intégralement remplacées par cette nouvelle légion étrangère. Alors, au terme fixé pour l'évacuation, nous pourrions offrir au Pape un corps d'armée tout formé, composé d'hommes d'élite ayant acquis à l'ombre de notre drapeau cet esprit de discipline et d'honneur qui fciit la force de l'armée française.
« La transition, Sire, se ferait ainsi sans secousse, l'évacuation de Rome s'accomplirait par le simple retrait de notre état-major, et les troupes laissées par nous au Saint-Père n'auraient, pour assurer le maintien de son autorité et la sécurité de ses Étals, qu'à continuer sous son drapeau la garde à laquelle elles auraient été habituées sous le nôtre.
« En même temps, il n'y aurait pour le gouvernement pontifical, dans sa nouvelle situation, rien d'imprévu, pas de nouveaux, règlements à étudier, pas de nouveaux cadres à créer. Tout serait préparé, connu, pratiqué à l'avance. La solde même de ces
troupes, payée par le trésor pontiGcal, au iieu de l'être par le nôtre, se trouverait parfaitement réglée et définie, montant à une somme fixe et prévue.
'• Quant aux voies et moyens qui permettraient au trésor pontifical de supporter cette charge, ils font l'objet d'un rapport spécial que j'aurai l'honneur de soumettre à Votre Majesté, « Je suis, etc.
a Le ministre des affaires étrangères, a Signé : Drouyh de Lhijys. »
L'Empereur renvoya cette note au ministre de la guerre qui, le 23 août, répondait à M. Drouyn de Lhuys :
« Monsieur le ministre et cher collègue,
« L'Empereur m'a fait l'honneur de me remettre le rapport que Votre Excellence lui a adressé sur la formation d'une légion pontificale par les soins du Gouvernement français.
o J'ai étudié ce rapport avec l'attention que commande un document de cette nature, avec l'intérêt qui s'attache à une question aussi importante, et enfin avec le vif désir d'assurer, en ce qui me concerne, le succès des propositions que vous avez soumises à Sa Majesté.
<i La lecture de ce rapport a fait naître dans mon esprit des réflexions que je viens soumettre à votre sérieux examen.
« La pensée de Votre Excellence serait que le Gouvernement français organisât, soit en Corse, soit en Algérie, une légion étrangère pour le service du Saint-Père, à l'instar de ce que nous avons déjà fait pour l'Espagne, et tout récemment pour l'empire du
138 CINOUIÈME PARTIE.
Mexique. Il me paraît nécessaire de rappeler à Votre ËKcellence dans quelles conditions ces deux légions ont été organisées.
« La légion étrangère qui servait en Algérie a été cédée en 1835 au Gouvernement espagnol purement et simplement, sans stipuler aucune garantie, ce qui en effet eût été complètement inutile, car la législation française ne reconnaît que les services rendus sous le drapeau français, dans les conditions déterminées par les lois, services qui seuls constituent le droit aux récompenses, à la pension de retraite, etc., etc. Plus tard, lorsque les débris de cette légion rentrèrent en France, le Gouvernement éprouva de grands embarras, et ce n'est qu'en faisant violence à la loi que les officiers furent replacés dans les rangs de l'armée, non avec les grades obtenus au service de la reine d'Espagne, mais avec ceux dont ils étaient revêtus au moment de k cession.
« Quant à la légion étrangère cédée à l'empereur Maximilien, l'expérience du passé nous a fait agir tout différemment.
a Cette légion est soldée par le Gouvernement mexicain, mais elle est rattachée au service français par des stipulations qui lui conservent des droits en France, et assurent son avenir. Ainsi les titres et lettres de nomination sont délivrés au nom de l'Empereur des Français, et l'avancement a lieu coniorménient aux règles tracées par la loi française. Cette troupe est donc en réalité sous notre drapeau. Si Votre Excellence admettait que la légion destinée au service pontifical dût être organisée sur les mêmes bases que la légion mexicaine, ne penseriez- voue pas, Monsieur le ministre et cher collègue, qu'avant de procéder à sa formation, il y aurait lieu de connaître
SECOND MINISTÈRE; ANNÉES 1864-1865. 123 lea dispositions du SaÎDt-Père? Cette force militaire étant destinée à remplacer la division française d'occupation à Rome, l'intérêt sacré qui lui serait confié commande de tout prévoir pour assurer le succès de son action, et c'est pour moi comme pour Votre Excellence l'objet de la plus sérieuse préoccupation.
« Pour faire appel aux Toloatairea, officiers, sousofBciera et soldats catholiques, il me parait nécessaire que les bases de leur recrutement, de leur solde, de leur avancement, de la pension de retraite qui pourrait leur être assurée, soient préalablement déterminées. Ces bases devant être la coadition du contrat, elles ne sauraient être arrêtées d'une ma- , nière trop précise; c'est à ce prix seulement que la responsabilité du Gouvernement français envers ses nationaux et envers les étrangers peut être réellement sauvegardée. Quels sont les engagements qui, en vue de l'organisation de la légion pontificale, incomberaient au Gouvernement romain? Cette question se lie intimement aux considérations qui précèdent, et il appartient à Votre Excellence d'apprécier la nature des communications qui devraient être faites au Gouvernement du Saint-Père à cette occasion. Lorsque cette importante affaire sortant des voies diplomatiques entrera dans la phase purement militaire ou administrative, je m'empresserai de mettre à la disposition de Votre Excellence tout ce que mon département peut lui offrir pour mener à bonne fin le projet qui aura reçu définitivement la sanction de l'Empereur.
n Agréez, etc.
« Le maréchal ministre de la guerre, M Signé : Rahdon. »
Ce ne fut qu'au commencement de l'année 6uivanle que la question «. sortit des voies diplomatiques. » Le 30janvierl86G, un décret, décida lorgaaisation de la légion romaine. Aussitôt, toutes les mesures furent prises pour le recrutement de cette légion, la formation des cadres, l'habillement et l'armement des hommes. Au mois d'août, cette division, réunie à Antibes, était prête à quitter la France, BOUS les ordres du colonel d'Argy; le maréchal lui adressa le 3 septembre sa lettre d'adieu :
H Mon cher colonel,
n Vous allez quitter laFrancepour la servir encore sous un autre drapeau ; je veux en vous écrivant que vous emportiez une preuve de mon souvenir. La légion que vous commandez est appelée à une haute mission, les éléments qui la compoEenl sont dignes maintenant de continuer l'œuvre de notre division d'occupation, en défendant la personne et l'autorité du Saint-Père. Le décret qui donne à la légion romaine une décoration et quatre médailles est l'adieu de l'Empereur à ces braves soldats. Cet adieu leur rappelle, mon cher colonel, que le regard bienveillant du Souverain les suivra partout où ils se montreront Français par leur attitude, leur esprit de discipline, leur dévouement au devoir.
a Vous avez personnellement, mon cher colonel, une tâche difficile à accomplir, vous en puiserez la force dans les souvenirs de votre passé, et dans la pensée que les plus vives sympathies de la France sont acquises à la cause que vous allez servir. Dans quelques jours vous n'aurez plus d'ordres à recevoir que du gouvernement pontifical, mais je n'ai pas
besoin de voua dire que vos lettres trouveront chez moi le meilleur accueil, lorsque vous voudrez bien me parler de vous et de voire légion.
« Recevez, etc.^ etc.
u Signé : Randon. »
Le 12 décembre 1866, notre corps d'occupation évacua les États de l'Église, où le drapeau pontifical remplaça partout le drapeau français. La petite armée du Pape s'élevait à environ 12,000 hommes.
Au commencement de Tannée 1 866 , dit le maréchal, l'Empereur me donna l'ordre de rappeler les officiers de l'armée à une exécution plus stricte des règlements en ce qui concerne la tenue et les permissions pour venir à Paris. Je répondis que les mesures à prendre étaient d'autant plus faciles qu'elles étaient dans les règlements, mais qu'il fallait s'attendre à ce qu'elles soulevassent de nombreuses réclamations.
Je ne voulais même pas les rendre applici).bles à la garde, oii le laisser-aller était plus flagrant que dans tous les autres corps. Toutefois, je crus devoir chaîner le directeur du personnel de se rendre auprès du maréchal Regnaultafin de lui donner connaissance de la circulaire qui allait être adressée aux commandants des corps d'armée, et ce fut sur l'avis même du maréchal que les prescriptions de la circulaire seraient
utiles à la discipline de la garde, qu'elles furent appliquées à celle-ci.
Malgré ces précautions, le ministre reçut de l'Empereur une lettre de blâme.
Le 2 février 1866.
a Mon cher maréchal, ainsi que vous ï'aviez prévu , j'ai déjà repu des réclamations au sujet des mesures de discipline que vous avez prescrites. Faites-moi le plaisir de m'envoyer la copie de vos circulaires, afin que je puisse juger si ces réclamations ont quelque apparence de justice.
« Croyez, etc. »
Le maréchal répondit le lendemain en envoyant sa démission.
« Sire,
« Je suis très-péniblement affecté de la lettre que je reçois de Votre Majesté, qui m'inflige un blâme que je ne crois mériter à aucun titre.
« Je me suis toujours attaché à soumettre à l'Empereur les mesures que je croyais devoir prendre pour faire exécuter les règlements militaires, quand ils intéressaient la discipline ou quand il y avait lieu de faire l'application d'une disposition qui n'était que la conséquence même des ordres de Votre Majesté.
n Je ne m'attendais donc pas à recevoir les reproches qui me sont adressés aujourd'hui. Je vous demande la permission d"y répondre. Le décret du 1 5 novembre sur les réductions de l'armée ne devait Atre rendu exécutoire que le 2 janvier, par la raison trèssimple qu'il fallait avoir les procès -verbaux prononçant la dissolution des compagnies, escadrons oubat-
teries, avant de s'occuper d'appliquer les effets de la loi de 1834, puisque c'était seulement alors qu'il y avait des officiers à la suite. Or, ces procès-verbaux ne devaient être arrêtés qu'à la date du 1" janvier. Depuis, j'ai appelé l'attention de l'Empereur sur plusieurs décrets soumis à sa signature, en le priant de remarquer que j'entrais dans les prescriptions de la loi en donnant la moitié des vacances à l'avancement régulier, et l'autre moitié à l'extinction.
« M. le maréchal Regnault a paru à Votre Majesté opposé à la mesure qui rappelte la garde comme la ligne à l'observation des règlements en ce qui concerne la tenue. Je prie Voire Majesté d'interroger à ee sujet le général Caatelnau que j'avais chargé de prendre l'avis du maréchal avant de faire à la garde l'application de ladite mesure; le général pourra dire à l'Empereur la réponse qui lui a été faite lors de cette communication. 11 est vrai que, depuis, le maréchal a envoyé auprès de moi le général Lebrun pour me faire des observations qui ont été présentées à l'Empereur, au sujet de certaines garnisons des environs de Paris. Ma réponse a été que le maréchal ferait absolument comme il l'entendrait.
« C'est d'ailleurs la règle de conduite que je me suis tracée lorsqu'il s'agit de la garde ; je laisse à son chef toute latitude pour exercer son commandement.
« L'ordre donné aux officiers de se présenter à la place quand ils sont de passage dans la capitale ou qu'ils y séjournent en vertu d'un congé est de trèsancienne date, des mesures d'ordre et de police militaire en ont fait une règle sous tous les gouvernements. Mais il n'a jamais pu entrer dans la pensée de qui que ce soit de vouloir l'appliquer aux officiers venant à Paris accidentellement pour y passer la soi^
rée ou pour assister à un dîuerj ainai que le suppose l'Empereur. Je ne pouvais donc songer à en faire l'objet d'une exception.
a Quanta l'interdiction faite aux colonels de donner des permissions a leurs officiers pour venir à Paris, je ne sache pas qu'elle existe; mais, en tous cas, elle serait bien mal observée.
• Votre Majesté pense que la discipline n'a rien à gagnera des exigences trop sévères ou trop minutieuses. Je crais à la vérité de ce principe. iMais ce dont je suia également très-convaincu, c'est que nous sommes loin decetécueiletque nous nous trouvons bien plutôt'engagés dans une voie contraire; jamais peut-être la hiérarchie n'a été aussi effacée, et, par suite, jamais le principe d'autorité n'a été plus méconnu.
« Jel'ai ditàVotreMajesté, la réduction des cadres imposait une rude tâche au ministre de la guerre. Il devait en assumer la responsabilité, et, précisément parce que je ne me faisais aucune illusion sur ce que cette mesure avait de rigoureux dans son application, je me suis efforcé, par un travail assidu, d'en régler l'exécution en ménageant, autant que possible, les intérêts engagés. Mais il était au-dessus de ma volonté et de mes forces de ne pas susciter ces mécontentements qui ont trouvé accès dans l'esprit de l'Empereur et qui m'ont attiré l'expression de son mécontentement.
« Votre Majesté n'a même pas cru à la sincérité de ma déclaration en ce qui a rapport à l'application à la garde des ordres relatifs à la tenue.
« Dans une pareille occurrence, il m'est bien difficile de ne pas reconnaître que Votre Majesté n'a pas dans son ministre de la guerre la confiance qu'il croyait avoir méritée par un dévouement de seize an-
nées, et il ne me reste plus qu'à prier l'Empereur de vouloir bien accepter ma démission.
A cette démission l'Empereur répondit le jour même parla lettre suivante :
« Mon cher maréchal, j'ai toujours la même confiance en vous, et la preuve en est dans la franche expression de mes impressions momentanées. Personne n'est exempt d'erreurs, et, si je me trompe, je m'empresse toujours de le reconnaître. Je ne fais donc aucune atteation à la dernière phrase de votre lettre et je vous renouvelle l'assurance de ma "vive amitié.
« Signé : Napuléom. »
La sombre année 1 866 était commencée et la guerre se préparait entre les deux grandes puissances allemandes. Pour expulser l'Autriche des duchés Danois conquis en commun, la Prusse avait besoin d'une alliance, et celle des Italiens, ennemis de l'Autriche, qui détenait encore Venise et le quadrilatère, était naturellement indiquée. Dès le commencement d'août 1865, les négociations avaient commencé entre Florence et Berlin. La convention de Gastein (4 août) les avait arrêtées; mais cette convention n'était ellemême qu'un armistice sur la durée duquel on ne pouvait se faire d'illusion. Au moment du conflit inévitable, de quel côté serait la France ? Le comte de Bismarck avait essayé de le savoir, en se rendant, au mois d'octobre 1865, à Biarritz. Mais ni l'Empereur ni le comte n'avaient voulu s'engager à fond, et le ministre du roi Guillaume était reparti n'ayant rien promis et n'ayant rien obtenu. Il avait cependant
130 CINQUIÈME PABTIE.
emporté quelques paroles qui lui avaient donnô de l'aflBurance. L'empereur Napoléon, voulant achever son programme de 1859, « l'Italie libre jusqu'à l'Adriatique, > avait laissé voir son désir que le nouveau royaume pût ■ compléter son unité *. Or, il ne le pouvait que par une alliance offensive avec la Prusse et par une défaite de l'Autriche. Ce désir était donc comme une promesse de neutralité duraat le conflit qui s'apprêtait, dût la victoire assurer au cabinet de Berlin une augmentation d'influence au sein du corps germanique. Mais l'unité de l'Allemagne était une conséquence nécessaire de l'unité de l'Italie, et l'Empereur se résignait à ne pas contrarier au delà du Rhin les aspirations nationales qu'il avait favorisées au delà des Alpes. Toutefois, il était sous-entendu à Paris que cette victoire de la Prusse nous vaudrait quelque chose sur la Moselle, comme la victoire du Piémont nous avait valu la Savoie et Nice; et ce sous-entendu, trop naturel pour n'être pas évident, était compris à Berlin. Le comte de Bismarck, l'esprit le plus dégagé de préjugés qui fioit au monde, y aurait souscrit, mais son roi était bien résolu à ne rien céder du Vaterland. Dans ces dispositions, on ne précisait pas plus à Berlin qu'à Paris ; en attendant, la Prusse allait y gagner de pouvoir porter toutes ses forces sur l'Elbe sans en rien laisser sur le Rhin, puisque le palais Bourbon ■voulait la paix, les Tuileries, l'abstention ; et que, au Corps législatif, la majorité et l'opposition s'étaient mises d'accord pour imposer au ministre de la l^uerre une diminulion d'effectif.
Aussi, les négociations de la Prusse avec l'Italie reprirent en février 1800- Le 8 avril, un traité d'alliance offensive et défensive était signé à Berlin, et
le 12 juin le tniaistre d'État communiquait aux. Chambres françaises une lettre adressée la veille par l'Empereur à M. Drouyn de Lhuys pour proclamer K la neutralité attentive > que la France allait garder dans la guerre allemande, a La Prusse, disait l'Empereur, était mal délimitée, l'Allemagne veut sa reconstitution politique, l'Italie doit assurer son indépendance nationale. Nous ne pourrions songer à l'extension de nos frontières que si la carte de l'Europe venait à être modifiée au profit exclusif d'une grande puissance et si les provinces limitrophes demandaient, par des vœux librement exprimés, leur annexion à la France. »
Nous prenions donc décidément une position favorable à la Prusse, dans la pensée que, l'unité de l'Allemagne étant inévitable, il valait mieux pour nous que cette union se fît par la Prusse que par l'Autriche. Bans le second cas, pensait-on, c'était près de 80 millions d'hommes qui eussent été réunis sous le sceptre des Habsbourg, et la tentative en avait été faite quelques années auparavant par les propositions de l'empereur François-Joseph à la diète de Francfort. Dans le premier cas, ce n'était plus, au pis-aller, que 40 millions d'Allemands en face de 40 millions de Français ; la partie restait égale. On espérait bien d'ailleurs que cette union ne se ferait pas <t sans compensation » pour nous. Le raisonnement semblait juste, mais il partait de prémisses fausses. L'union de l'Allemagne par l'Autriche était impossible et les événements ont prouvé queTunion par la Prusse était fort aisée. Dans la question du Mexique, le gouvernement français avait vu aussi un cdté de la vérité,, comme il en voyait un autre dans la question allemande, mais, en politique, c'est la vérité tout entière
qu'il faut embrasser, et cette vérité complète, on ne l'a comprise ni en 1862 ni en 1866.
Cependant le Gouvernement français éiail bien renseigné sur les forces de la Prusse. Le maréchal avait envoyé à Beriin, comme attaché militaire, un officier de grand mérite, le commandant de Clermont-Tonnerre, auquel il écrivait le 1 1 octobre 1 863 :
H Commandant, j'ai lu avec intérêt vos lettres des 27 septembre et 3 octobre, par lesquelles vous me rendez compte des grandes manœuvres qui viennent d'avoir lieu sur le terrain compris entre Berlin et Francfort sur l'Oder^ et de l'ordonnance royale du 28 septembre dernier qui fait rentrer les réservistes dans la vie civile.
H Cette concentration de troupes vous a permis d'étudier sur place l'organisation et la tactique de l'armée prussienne, et je vous engage à persévérer dans cette voie et à me tenir au courant de toutes tes modifications importantes qui pourraient se produire dans les principes fondamentaux qui leur servent de base.
a Je vous renouvelle ici la recommandation que j'ai ftiite à votre prédécesseur, de m' envoyer, chaque fois que l'occasion s'en présentera, les ouvrages et brochures de quelque valeur militaire qui paraîtront à Berlin.
« Recevez, commandant, l'assurance de mes sentiments affectueux. »
De cette correspondance fort étendue, nous citerons seulement quelques fragments qui prouveront avec quelle vigilance le ministre suivait tous les faits militaires accomplis en Prusse.
Paris, le 5 janvier I86I1.
« Commandant, j'ai reçu les nombreuses lettres que vous m'avez adressées dans le courant de décembre et par lesquelles vous me faites connaître la composition des divisions mobilisées destinées à occuper le Holstein,
« Votre correspondance prouve toute l'attention que vous apportez aux mouvements militaires qui ont lieu actuellement en Prusse; c'est, en effet, le moment de suivre avec soin les transformations qui s'opèrent dans les corps et les administrations, pour passer du pied de paix au pied de guerre; pendant les rassemblements de troupes, il peut se présenter des questions spéciales dont 1 étude offrirait un intérêt particulier, en ce sens que certains modes d'opérer en Prusse seraient tout différents de ceux pratiqués en Ftance. Votre intelligence militaire vous les fera découvrir, et je me bornerai à appeler votre attention sur l'une de ces questions qui mérite d'être examinée : celle de la réquisition des chevaux destinés à l'artillerie et au train des équipages, que certaines provinces sont tenues de fournir à l'État.
« Cette réquisition frappe-t-elle tous les chevaux indistinctement? Ceux employés à l'agriculture, à l'industrie, les chevaux de luxe? Dans quelle -proportion ? Des indemnités, en cas de pertes, sont-elles accordées? Il me semble qu'il y aurait, à ce sujet, quelques renseignements intéressants à obtenir. ■
Paris, le 24 février 1864.
« Commandant, j'ai reçu votre lettre en date du 18 février, et j'ai pris les ordres de l'Empereur au
134 CINQUlftMK PAUTIE.
sujet du désir que vous exprimez de suivre les opé-
ratioDB de rarmée pruBsieone dans les Duchés.
rt M. le lieutenant-colonel Février, du 32' de ligne, ayant été désigné pour assister aux opérations de l'armée danoise, l'Empereur a décidé que vous pourriez sans retard rejoindre l'armée prussienne. Le ministre des aFTaires étrangères a été informé de cette décision, afin que notre ambassadeur à Berlin puisse prendre les mesures nécessaires à son exécution. « Je vous engage, pendant votre séjour dans les Duchés, à porter tout particulièrement votre attention sur l'armement des troupes prussiennes; elles ont généralement adopté le fusil à aiguille; sachez si l'armée entière en est pourvue; comment ce fusil se comporte en campagne, dans le tir et surtout au point de vue de l'entretien et des réparations; combien il existe de batteries de canons rayés de campagne; de quels calibres ; combien se chargeant par la culasse; comment se comportent-ils? Donnez-moi le plus de renseignements possibles sur ces questions quevous appliquerez également aux équipagesdesiége. « Informez- vous du système adopté pour les fusées des projectiles creux; sont-elles fiisantes, ou percutantes, ou mixtes? Quelle est la proportion des ratés? Qu'en pensent les officiers d'artillerie prussiens? Dans quelle proportion les approvisionnements contiennent-ils des obus à balles? Quels sont les effets produits par ce projectile ? De quelle espèce sont les équipages de pont? Vos remarques sur leur emploi. « Ce programme, fort étendu, servira de guide à vos observations qui devront porter principalement sur les résultats pratiques de l'emploi de ces armes, en un mot, sur les faits et non sur les appréciations théoriques de tel ou tel système.
« Je n'ai pas besoin de vous recommander d'étudier avec aoin la manière dont s'accompliasent les différents services de l'armée en campagne, tels que tes modes de distribution de vivres aux hommes et aux chevaux, l'organisation des ambulances et hôpitaux, le mode de campement, etc., etc.
H Rendez-vous compte de l'état sanitaire et des moyens employés pour l'améliorer. Vous noterez soigneusement, en cas de siège, les procédés de l'attaque, la distance à laquelle les brèches seront ouvertes et celle qui sépare ces brèches du point de départ des colonnes d'assaut.
H Réunissez également tous les renseignements que vous pourrez recueillir sur les différents points fortifiés, sur les travaux de fortifications de campagne et autres qui se feront sous vos yeux.
a Je vous engage, d'ailleurs, à mettre de la prudence dans vos communications directes, attendu qu'une surveillance rigoureuse est exercée, dit-on, sur les correspondances qui émanent du territoire occupé par l'armée prussienne.
« J'ai reçu les lettres et documents que vous m'avez adressés depuis le 15 janvier dernier; dans les circonstances où se trouve actuellement l'armée prussienne, qui n'a pas fait la guerre depuis longtemps, toute observation, tout renseignement comparatif à ce qui se fait en France peut offrir de l'intérêt.
ir Observez donc avec soin et faites-moi part de vos observations.
<i Recevez, commandant, etc.
« Le maréchal ministre de la Guerre,
« Signé : Randon. »
Cette lettre fut suivie de l'envoi d'un questionnaire auquel le commandant avait ordre de répondre.
Paris, 21 février 1864.
i . Quelle est la rapidité réelle du tir dans les feux de lignes et dans les feux de tirailleurs ?
2. Quel est l'effet produit sur l'ennemi par la rapidité du tir?
3. Après un tir prolongé, le soldat n'est-il pas plus fatigué avec ce fusil qu'avec un fusil se chargeant par la bouche?
4. [Le tir conserve-t-il sa justesse quand on l'exécute rapidement en face d'un ennemi qui ri-
5. La confiance des soldats prussiens dans leur armement paraît- elle augmentée par la possibilité de tirer plus rapidement que l'ennemi?
6. La manœuvre du fusil à aiguille et son chargement sont-ils faciles après un certain nombre de coups tirés?
7. Évaluer la consommation moyenne des cartouches par bataillon et par homme pendant une journée de combat et pendant la durée de la campagne actuelle.
8. Quel est le but-en-blanc; quelle est la justesse et la portée maxima du fusil à aiguille?
9. L'usage de la hausse est-il commode, les soldats s'en servent-ils bien?
10. La cartouche est-elle solide? se conserve-t-elle bien dans les transports et dans la giberne?
1 1 . A-t-on signalé des inconvénients résultant du contact de la poudre avec le fulminate?
12. La poudre fine dont se servent les Prussiens pour la confection de leurs cartouches est-elle préférable à la nôtre, sous les rapports de la conservation, de la balistique, de l'encrassemeat, etc. ?
13. Les ratés sont-ils fréquents? Quand ils se produisent, estril facile d'enlever la cartouche introduite et de la remplacer par une autre?
1 4. Les fuites de gaz à l'arrière sont-elles fréquentes? Se produisent-elles plus souvent avec le fusil depuis longtemps en service qu'avec les fusils neufs? Sont-elles inquiétantes pour le soldat?
15. La manœuvre de la pièce mobile est-elle gênée ou empêchée par l'encrassement résultant des gaz de la poudre, par la pluie , par la poussière, par le froid, etc.?
1 6. L'aiguille est-elle suffisamment solide, se casset-elle quelquefois? Gomment le soldat peut-il la remplacer quand elle se brise? Comment la redresse-t-il, si elle se fausse?
17. Le ressort à boudin qui lance l'aiguille agit-il toujours régulièrement? Est-on obligé de le remplacer souvent, soit parce qu'il se brise, soit parce qu'il perd de son élasticité?
18. Quand la cartouche est introduite et qu'on ferme le tonnerre, arrive-t-il quelquefois des accidents produits par l'échappement prématuré de l'aiguille qui fait partir le coup involontairement?
19. Le fusil, muni de sa baïonnette, est-il d'un maniement facile comme arme blanche?
20. Au point de vue de l'enlretien et des réparations en campagne, comment se comporte le fusil à aiguille? Quels soins spéciaux exige l'entretien du fusil en arrivant au bivouac?
La réparation des fusils en campagne demande-t-elle
un approvisionnement considérable de pièces de re-
chan{;c et d'outils particuliers?
21 . Les réparations se font-ellea au camp, dans les corps ou par les soinsd'un corps spéciald'armuriers?
2?. Quel est le prix de revient du fusil prussien en fabrication courante? A combien d'années estimet-on la durée probable du fusil et celle du système obturateur?
23. Quelle est l'opinion des officiers et des soldats sur la valeur absolue et sur la valeur relative du fusil à aiguille comme arme de guerre?
24. Quel est l'effet moral produit sur l'ennemi et quelle est la gravité des blessures?
25. Après avoir relaté tous les renseignements qu'il aura pu recueillir sur les diflïérentes questions qui lui sont posées, M. le commandant de Clermont- ■fonnerre émettra son opinon personnelle sur chacune d'elles en la motivant, et il mentionnera tous les faits qu'il aura observés et qui lui sembleraient de nature à éclairer l'opinion de l'artillerie française sur la valeur du fusil à aiguille comme arme de guerre.
Après ces questions sur le fusil à aiguille, d'autres furent envoyées sur l'artillerie.
1 . Quelle est la proportion, pour mille hommes, de l'artillerie de campagne dans l'armée prussienne du Sleswig-Holstein?
2. Quelles sont les proportions en bouches à feu en di visionnées?
Quelles sont les proportions en bouches à feu de réserve ?