DES LIBRAIRES-ÉDITEURS
JuE succès de la Collection des Mémoires relatifs à la Révolution française a passe notre espérance : soit que la grandeur des e'venemens qu'ils retracent et Fîntërêt des souvenirs qu'ils réveillent, soit que le nom, la cële'brité, le talent, les opinions diverses des auteurs qui les ont écrits, aient concouru à ce succès, nous n'en devons pas moins des remercîmens à l'accueil que notre entreprise reçoit du Public. A peine allons-nous livrer la seconde livraison, que déjà les Mémoires de madame Roland, dont se composait la première, sont presque entièrement épuisés. Ceux que renferment les volumes qu'on va lire, écrits dans un autre esprit et sous une autre influence, peignent une autre époque , et présentent un genre d'instruction tout difierent. Ils ajoutent à l'ensemble des faits et des opinions dont cette collection doit offrir un tableau fidèle^ ils montrent l'esprit d'impartialité qui la dirige.
ij AYI»
Députe de la noblesse aux états - généraux , le marquis de Ferrières siégea, dès Fouverture des états , sur les bancs où s'asseyaient les plus fermes soutiens, les orateiKS les plus éclaires du cote' droit. Sans paraître comme eux à la tribune, il adopta généralement leurs principes. Les doctrines qui tendaient à rendre au trône plus de pouvoir, à la religion plus d'empîre, ont ëtë constamment les siennes. Associe' par sa naissance aux inte'rêts des hommes dont il affectionnait la cause et le caractère , il n'approuve pas toujours leurs projets , quelquefois même il censure assez vivement leur conduite ^^ mais à toutes les e'poques, il joignit, dansl'Assemble'e , son vote à tous leurs suffrages , et si Thistorien juge quelquefois leurs démarches avec séve'rite', l'on voit aise'ment que le de'pute' les seconda toujours avec zèle.
Ses Me'moires se divisent en deux parties distinctes. L'une, que nous publions aujourd'hui, présente le tableau complet des ëve'nemens dont la France fut le théâtre , pendant la durée de l' Assemble'e constituante. L'autre partie des Mémoires de Ferrières se compose presque en totalité d'un manuscrit pre'cieux que nous devons à la bienveillance de madame la marquise de Messelière , sa fille. Cette seconde
DES LIBRAIRES -ÉDITEURS* iij
partie comprend depuis les premiers jours de l* Assemblée législative jusqu'à la grande et déplorable catastrophe du 2 1 janvier.
Avant de publier ce dernier morceau qui pourra former un volume ; avant de pénétrer au milieu des temps les plus orageux de la révolution, les e'diteurs ont cru devoir s'arrêter sur deux des scènes les plus importantes de ce drame , ou tant de grandeur et d'ëclat se trouvent mêles à des situations d'un tragique si sombre ou d'un intérêt si touchant. L'un des évenemens dont nous voulons parler, est le \^ juillet y l'autre est le départ du Roi pour Varennes. Ainsi les Mémoires du marquis de Bouille d'une part, de l'autre les Mémoires de Linguet, sur le régime de la Bastille, et ceux de Dusaulx sur la prise de cette forteresse, tels sont les elëmens dont se composera la troisième livraison.
On aurait grand tort de restreindre l'intérêt des Mémoires du marquis de Bouille ^ au récit de l'affaire de Nancy, aux circonstances qui ont accoDûipagnë le voyage du Roi» Le marquis de Bouille , homme d'une haute naissance, militaire d'un rare mérite , pouvait également servir son prince de ses conseils et de son épée : éloigné du foyer de la révolution par le çom-
iv Airis
mandement qui le retenait en Lorraine , mais toujonrs occupe des intérêts du trône ou des malheurs du Roi, ces deux constans objets de son affection et de son deVouement , il a considère le cours des eVënemens avec ce coupd'œil prompt et certain, avec cette fermeté d'ame qu'il eût portés dans un combat. Nuls Mémoires ne contiennent des particularités plus instructives sur les craintes et les projets cachés de la Cour, pendant les derniers momens de -l'Assemblée constituante; sur les intérêts, les intrigues , les vues généreuses ou les moyens de corruption qui divisaient les membres les plus marquans de l'Assemblée à k m^e époque. Depuis, il a partagé le sort des émigrés ; il a connu les desseins de la première coalition. Les dépositions d'un'éerivaîn si bien instruit, d'un témoin si respectable, sont d'un grand poids aux yeux de l'histoire.
A Fégard des Mémoires sur la Bastille , nous osons dire d'avance qu'ils sont faits pour piquer et pour contenter la curiosité. Plus de trente recueils consultés par les éditeurs , des pièces histcwpiques ou judiciaires, des registres, des manuscrits enlevés à la Bastille et dont eux seuls ont eu communication , leur ont fourni des notes curieuses , des révélations imprévues.
DE3 LIBBIIRES- ÉDITEURS. V
des détails jusqu'alors îguorës^ sur les abus de pouvoir, et sur le sort des prisonniers que les murs de ce chàteau-fort cachaient à tous les yeux. Us ont soigneusement repousse des erreurs, démenti des contes &buleux accueiUis et répandus par la credulitë populaire : quand il s'agit de la Bastille, la vérité suffit seule pour exciter un assez vif intérêt.
La publication de ces deux volumes, donnés dès ce moment à l'impression, n'éprouvera pas le moindre retard. Les Mémoires de Fer- Hères exigeaient un travail considérable : il fallait explorer toute l'histoire de l'Assemblée constituante. Les notes de l'éditeur qui a donné des soins éclairés à l'impression de ces Mémoires , portent en général sur des faits rapportés dans l'ouvrage > et très-rarement sur les jugemens prononcés par l'auteur. Cette livraison est accompajgnée comme les précédentes de documens historiques , devenus rares aujourd'hui. Plusieurs pièces, dont la grosseur des volumes nous a forcés d'ajourner la publication , paraîtront avec d'autres Mémoires.
Nous avions pris l'engagement de donner des volumes de trente feuilles : chaque volume de la première livraison en avait trente-trois; ceux-ci en ont aussi trente-trois chacun. Les
VJ AVIS DES LIBRAIRES -ÊmTEtJRS.
journaux de tous les partis^ les hommes ecIaîreV^ quelles que soient leurs opinions y ont e'te' d'accord sur Futilité' et l'importance de ce recueil. Aucun sacrifice ne nous paraîtra coûteux ; rien ne sera néglige par nous pour continuer de mériter le succès qu'il obtient.
Chaque jour nous recevons en communication, ou nous acquérons desjnanuscrits précieux qui paraîtront successivement ; et bientôt, pour certaines parties de leur travail, les e'diteurs auront à se féliciter de la coopération la plus utile. C'est ainsi que les Mémoires piquans dubarondeBezenval devront leur publication aux soins d'un écrivain plein d^eldgance, d'esprit, de finesse, et qui, de tous les gens de lettres de l'âge actuel, est celui qui a le mieux connu peut-être les mœurs et la société de l'âge pre'ce'dent ; c'est ainsi qu W littérateur du goût le plus pur et du talent le plus brillant écrn-a les notices place'es en tête dès Mémoires de Marmontel et de Rîvarol. Par-là , des Mémoires qui offrent de'jà tant d'intérêt , recevront encore un nouveau prix des mains qui les publieront : parlà, nous prouverons à nos lecteurs combien nous sommes jaloux de remplir leur attente et de justifier leurs isuffrages.