‹ Mémoires du marquis de FerrièresChapitre 24 sur 24 · ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES

M. de Favras était , dans le fait , encore indécis sar le parti qu'il avait à prendre ; avant de se déterminer à ses projets pour le Brabaot, dont l'événement pouvait être incertain, il désirait être tranquille sur le sort de son fils. Monsieur avait eu la bonté de lui accorder une place, à sa nomination, dans une pension militaire : M. de Favras souhaitait que ce bienfait fut assuré ; il prenait des arrangemens pour que son épouse et sa fille fassent bors d'inquiétude pendant son absence ; il faisait ses dispositions pour leur voyage en Auvergne, oii un ami les pressait de venir jouir du repos et de la tranquillité.

Ces préalables étaient indispensables pour un homme honnête, et qui a toujours connu les devoirs de père et d'époux ; il ne pouvait s'éloigner sans les avoir remplis.

Une circonstance lui ofirit le moyen d'accélérer, en partie , l'exécution de ses projets. Le hasard lui apprit que M. de Bar avait manqué la vente de contrats viagers appartenans à Monsieur, et que le prince désirait aliéner pour remplir ses engagemens : M. de Favras, d'un génie toujours actif, se proposa d'éviter à un prince , protecteur de ses enfans, l'aliénation de ses contrats, et d'y suppléer par un emprunt dont les conditions ne seraient point onéreuses.

Il se flatta d'y réussir ; m^is sa délicatesse lui prescrivit de ne faire à cet égard aucune ouverture , tant au prince qu'aux personnes chargées de ses intérêts , que dans le cas où il serait assez heureux pour être assuré du succès.

Ce fut dans le même temps oii M. de Favras s'occupait de cet emprunt , que Morel , inquiet de ses irrésolutions et dans l'intention de gagner sa confiance , lui dit : « Mais si c'était l'argent qui vous fût nécessaire, et que vous eussiez , une bonne caution , je pourrais m'en occuper auprès d'ua banquier de ma connaissance. »

Cette ouverture pouvait accélérer les vues de M. de Favras ; il autorisa Morel à s'occuper de l'emprunt pour lequel il donnerait les sûretés convenables; et deux jours après,

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Morel c(mcluisit M. de Favras chez M. Pomaret , banquier.

La négociation s'entama quelques jours après : Morel n'y fut point admis ; M. de Favras s'eiLpliqua , annonça à M. Pomaret que l'emprunt était pour Monsieur , et le pria de ne point en faire la confidence à Morel : mais peu de jours après, de plus grandes espérances, des conditions plus favorables déterminèrent M. de Favras à donner la préférence au sieur Chomel , autre banquier, qui lui fut indiqué comme plus en état de consommer cette opération. Les conventions déterminées avec le banquier Chomel , M. de Favras ( persuadé de la réalité de cet emprunt , qui cependant n'était que fictif et supposé ), s'empressa d'en faire parvenir les conditions^ a Monsieur. Il s'applaudissait d'une négociation propre à justifier à cet illustre protecteur de ses enfans toute l'étendue de sa respectueuse reconnaissance ; il était bien éloigné de soupçonner la vérité , de croire que le succès de cette négociation n'était qu'un piège qui devait assurer sa perte , et donner créance à des impostures dont l'absurdité aurait é^é reconnue sans la prévention.

La sécurité de M. de Favras était complète ; rien ne paraissait devoir la troubler ; tranquille sur le sort de son fils, il se disposait aux préparatifs nécessaires pour le départ de son épouse et de sa fille. Le jour de Noël était indiqué pour la consommation des opérations convenues avec le sieur Chomel , lorsque , le 24 décembre , à dix heures du soir , sortant de chez M. Morel de Chettiville, chargé , par M. de la Ferté , de toucher le premier paiement de 3oo,ooo livres, M. de Favras fut arrêté et conduit au comité des recherches. Les mêmes précautions furent prises contre madame de Favras. Une garde nombreuse , conduite par le sieur Massoa de Neuville , se transporta à son domicile , fit une recherche exacte dans son appartement, compulsa tous les papiers de son mari et la conduisit également à l'H6tel-de-Yille.

Surpris l'un et l'autre d'un pareil procédé , ils ne pouvaient en pénétrer les motift ; ils subirent séparément de très-longs

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interrogatoires ; ils répondirent à toutes les questions arec la sécurité d'une conscience sans reproches ; ils furent indignés des délations calomnieuses de deux scélérats aveuglés par le plus sordide intérêt ; ils se flattèrent que bieniôt la justice pénétrerait les caractères de l'imposture , et que leur innocence serait authentiquemeut reconnue.

Quelle était leur erreur ! La mort de M. de Favras était DÉJÀ RÉSOLUE ; en publiant sa détention, les faits qui lui étaient imputés furent annoncés comme des réalités par une déclaration du comité des recherches ; le peuple ne vit alors dans cet infortuné qu'un criminel coupable des plus horribles complots ; les plus grands s.uppHces ne paraissaient qu'une légère expiation de ses attentats : ses juges ( prévenus et peirsuadés que MM. Baillj, de La Fayette et le comité des recherches ne s'étaient déterminés à cet éclat que sur des preuves irrésistibles ) le pnvèrent de tous les moyens propres à faire connaître la vérité : M. de Favras leur fut livré ^ non comme un accusé dont le procès devait être instruit y mais comme un coupable dont la condamnation ne pouvait être problématique.

FIN DES ÉCLAIRCISSEMEPrS HISTORIQUES ET DES PIÈCES OFFIUELLES

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