‹ Mémoires du marquis de FerrièresChapitre 23 sur 24 · ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES

n'a fait que crier : A bas la calotte. Le clergé et la noblesse n'ont que le roi pour les sauver : ils achèvent de se perdre sans le vouloir ; leurs impuissantes et tardives tentatives entraîneront la couronne avec eux. M. de La Fayette m'a juré en route, et je le crois, que les atrocités avaient fait de lui un royaliste : tout Français le doit être jusqu'à un certain point ; il n'a pas à choisir. Nous nous sommes donné la main : je lui ai offert de le seconder dans le peu que je puis ; et quelque contraire que cela soit à mes goûts et à mon âge , s'il le veut et qu'il le trouve nécessaire, je lui tiendrai parole ; c'est à mon devoir que je Tai donnée. La dernière chose que j'ai dite au roi , et qui acquerrait quelque valeur si la reine la rappelait, c'est qu'il fallait avoir confiance dans M. de La Fayette , et l'en persuader. Je n'ai parlé qu'une fois d'affaire à M, Mercy : cette seule fois m'a suiE pour me convaincre qu'il pense comme moi ; il dirait, je crois^ de même s'il avait vu les mêmes choses.

Note (F) , pag^e 38^.

Le frère de Favras a publié , en 1791 , un écrit en deux volumes , intitulé : Justification de M. de Favras , prouvée par les faits et la procédure. Nous en avons extrait le récit des faits tels qu'ils sont présentés par l'auteur de cet écrit , persuadés que nos lecteurs ne le parcourront pas sans intérêt.

Exposé des faits , suivant la vérité.

M. de Favras est entré dans le corps des mousquetaires en 1755 ; il a servi six ans ^ans et corps : il fut du détache-

ET PIÈCES OFFICIELLES. ^gg

iment nommé pour la campagne de 1761. Au retour de cette campagne, il obtint une compagnie de dragons dans le régiment de Chapt, depuis Beizunce. En 1763, peu de temps après la réforme, il fut nommé capitaine-aide-major de son régiment ; il y a joui de Testime de son corps , et ne Fa quitté que par des vu s d'avancement. Il obtint , eu 1778 , ]a place de premier lieutenant des gardes-suisses de Monsieur ; mais des affaires importantes exigeant sa résidence à Vienne en Autriche , il prit le parti de donner sa démission.

De retour en France , il obtint la continuation de son service , à la suite; il sollicitait de l'activité; et pour se sous-* traire à l'inaction , il se livra à des occupations qu'il présumait utiles pour sa patrie , et dont le succès devait être avantageux à sa fortune , a ses enfans.

En 1785, les troubles de Hollande lui parurent une occasion favorable pour sortir d'une inaction totalement opposée à son caractère ; il conçut le projet de lever une légion pour le service des Provinces-Unies ; ce fut à cette occasion qu'il connut le nommé Tourcaty, officier recruteur, dont les soins pouvaient l'aider dans l'exécution de son projet.

M. de Favras se rendit en Hollande ; mais la pacification fut prompte, et ses vues ue purent se réaliser.

De retour à Paris , il reprit ses travaux pour la liquidation de la dette publique ; il les avait présentés au ministère ; une commission, chargée de leur examen, en avait rendu le compte le plus satisfaisant ; il s'empressa de les soumettre aux lumières de l'Assemblée nationale.

Dans ce même temps , les troubles du Brabant lui parurent une occasion favorable pour renouer le projet qu'il avait conçu en 1785; il pensait que son exécution serait utile à la France , mais il le subordonnait au défaut de réussite de ses plans pour la libération de l'État.

Ce fut dans cette fluctuation d'idées qu'au printemps de 1 789, le hasard lui fit rencontrer le n ommé Tourcaty qu'il

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ne voyait que rarement depuis l'irréussite de ses projets y. en 1^85 , mais qu'il traitait avec bonté , le regardant comme un militaire honnête : cet homme désirait des circonstances propres à lui procurer un avancement ; il s'entretint avec M. de Favras des troubles du Brabant , et lui demanda s'il n'y prendrait pas quelque part.

M. de Favras ne lui cacha point que le genre d'occupations auxquelles il s'était livré depuis quelque temps, y aiettait un obstacle; mais que , dans le cas d'irréussite,. il pourrait tourner ses vues du côté du Brabant ; ce fut alors que Tourcaty le pria de ne point l'oublier, et le prévint qu'il avait un ami qui pourrait lui être de la plus grande utilité pour ^'exécution d'un semblable projet.

Cette conversation resta sans suite : M. de Favras alla s'établir à Versailles, au mois de juin , dans l'espérance d'obtenir la discussion du plan qu'il avait présenté pour la reconstitution de la dette , plan sagement combiné , et sur la réussite duquel il pouvait sans présomption fonder quelques espérances.

M. de Favras, uniquement occupé de cet objet, oubliait Paris ; il n*y venait que rarement : il s'y rendit vers le mois d'août , et se trouva à dé jeûner chez M. de Levai , rue Royale , butte Saint-Roch , avec M. de Saint-Maurice , la fille de M. de Levai et une jeune demoiselle de ses amies , lorsque M. de Vérigny , ancien lieutenant-colonel de Tourcaty, amena ce'recruteur qui désirait savoir si M. de Favras était dans l'intention de donner suite à ses projets pour le Brabant, ou d'y renoncer.

M. de Favras n'eut aucune conversation particulière avec Tourcaty, qui ne tarda pas à prendre congé de la compagnie.

M. de Favras^ depuis cette époque, n'a point revu Tourcaty jusqu'à la fin d'octobre , temps oii les séances de l'Assemblée nationale , fixées à Paris , le déterminèrent à y revenir, toujours dans l'espérance d'obtenir l'examen et la discussion de sou plan.

Ce fut pen de temps après son retour que M. de Favras , perdant tout espoir de ce c6të , se résolut à tenter l'exécution de son projet pour le Brabant : sans entrer dans aucun détail, il fit pressentir à Tourcaty qu'il n'était pas éloigné de prendre un parti à cet égard. Cet homme lui demanda la permission de lui amener son camarade Morel *, M. de Favras y consentit, et la première entrevue avec Morel n'a eu lieu que vers le i5 novembre , le jour de la troisième représentation de Charles IX , sur les neuf heures et demie du soir.

M. de Favras trouva chez lui Morel et Tourcaty : ces deux hommes s'imaginèrent qu'il revenait de la comédie ; ils lui témoignèrent beaucoup de répugnance pour la pièce de Charles IX, et lui proposèrent de la faire tomber. M. de Favras était bien éloigné de pareilles idées : il venait d'apprendre des nouvelles inquiétantes : on parlait de mécontentemens, de dangers pour la personne du roi et de la famille royale. Son respect et son attachement pour son roi l'avaient déterminé à se rendre dans le faubourg Saint-Antoine pour connaître la disposition des esprits ; il n'avait rien entendu qui piit fortifier ses soupçons ; mais le souvenir des scènes des 5 et 6 octobre, dont il avait été témoin, lui faisait craindre le renouvellement des attentats qu'il avait eu le dessein d'arrêter dans leur principe. Il reçut très-mal la proposition de Morel et Tourcaty ; il leur observa qu'on ne devait pas s'occuper de pareilles futilités, lorsque l'État était teenacé des plus grands malheurs et des plus grands dangers.

Tel est , dans la plus exacte vérité , le résultat de la première entrevue de Morel et de M. de Favras.

Morel ne tarda pas à revoir M. de Favras ; il cherchait h pénétrer ses projets, il lui faisait des questions à double sens. M. de Favras ne s'ouvrait point à cet homme, qui ne pouvait le servir que d'une manière très -subalterne. Il se contentait de répondre : Les choses ne s'avancent pas , mais patience.

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