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ARCHEVÊQUE DE BESANÇON

L'archevêque prince de l'Empire. — Induit pour la nomination à l'archevêché.

Les archevêques de Besançon , et en cette qualité, et comme princes de Mandeurre (i), qui est une très-petite terre souveraine sur les frontières de Montbelliard , ont toujours eu voix et séance dans les diètes de l'Empire. Ils avoient continué dans ce droit et dans cet usage depuis le traité de Munster, en 1648, bien que, par un des articles, l'Empire eût cédé au roy d'Espagne la ville impériale de Besançon, pour le dédommager de Frankandal qu'il devoit restituer à l'Électeur palatin.

Il est vrai que le territoire, qui étoit occupé dans la ville par l'église cathédrale, par le palais de l'archevêque, par le cloître et par les maisons des chanoines, ne passa point sous la domination d'Es-

(1) « Mandeure était autrefois le chef-lieu d'une principauté, dont « la souveraineté appartenait à l'archevêque de Besançon, et qui « fut réunie au territoire de la République française en l'an VI. » (Girault de Saint-Fargeau , Dictionnaire, t. 11 , p. 477.)

pagne el demeura sous la souveraineté de l'archevêque, et immédiatement soumis à l'Empire. Mais lorsque le roy occupa la Franche-Comté en 1668, la citadelle dont Sa Majesté jeta alors les fondements, qui fut depuis continuée par le roy d'Espagne, et que Sa Majesté a achevée, lorsque cette4 province est retombée, en 1674, sous sa puissance, a embrassé la plus grande partie de ce reste de souveraineté.

L'archevêque et le chapitre avoient encore leur député à la diète de Ratisbonne, lorsque, par le traité de Nimègue , la Franche-Comté fut cédée à la France. H fut agité dans le conseil du roy si l'on continueroit cette possession et si l'on obligeroit l'archevêque à donner son pouvoir à une personne dépendante du roy, afin d'avoir indirectement en cette sorte un ministre de Sa Majesté dans les diètes de l'Empire.

Il paroissoit de l'avantage à cette pensée, mais elle étoit combattue par d'autres inconvénients. Les évèques, selon le concordat d'Allemagne, doivent être élus par les chapitres. Ils doivent à l'Empereur et à l'Empire un serment de fidélité qui marque leur dépendance, et qui ne s'accorde pas avec l'obéissance qu'ils rendroient à un autre prince.

Cet usage étoit contraire au dessein qu'avoit le roy, et auquel il travaillent fortement à Rome, d'obtenir un induit du pape, pour nommera cet archevêché, comme aux autres de son royaume (i). S'il y réussissoit , l'archevêque de Besancon auroit été obligé de lui prêter le serment de fidélité, et, comme il n'auroit pu le prêter en même temps à l'Empire, le défaut de cette formalité l'aurait empêché d'être admis clans les diètes. Le pape auroit pu même se servir du prétexte de ne pas soumettre un archevêque, prince de l'Empire, à la nomination de la France, contre l'usage du concordat germanique , et faire par là plus de difficulté sur l'induit. Ainsi il fut jugé à propos de ne point parler alors de cette prétention, mais de la réserver en un autre temps, selon les conjonctures qui s'en présenteroient favorables.

Les trois évêchés : Metz, Toul et Verdun, avoient

(I) Cet induit fut accordé le 20 mai 4686. Cependant le chapitre obtint un concordat en 1698, dans lequel il était stipulé : « Que « ledit chapitre continuera d'être sous la loi du concordat germa- « nique pour l'élection de ses députés et canonicats ; que la régale « n'aura pas lieu à la vacance du siège de Besançon, et que le « chapitre en aura l'économat et plusieurs autres droits particu- « tiers qu'on peut voir dans le concordat dont la teneur suit. » ( Durand de Maillane , Dictionnaire de droit canonique, t. ir, p. 70, et t. m, p. 304.)

le même droit de voix et de séance dans les diètes de l'Empire. Ils en ont été exclus depuis qu'ils sont passés sous la domination de la France. Il en a été de même de l'archevêché de Cambray, depuis que le roy d'Espagne en a été souverain.

Principaux ministres de l'Empereur. — Le chevalier de Grémonvilie, ambassadeur à Vienne. — Léopold Ier et l'Empire déclarent la guerre à la France en 1674. — L'Empereur ne profite point de ses avantages. — Forces réelles de ce prince. — Voisinage des Turcs. —Révolte des Hongrois.

Le roy ayant formé le dessein, en 167 1, de déclarer la guerre à la Hollande, jugea à propos d'engager l'Empereur par un traité à ne point donner de secours aux États-Généraux. Sa Majesté étoit déjà en des mesures assez étroites avec ce prince ; et comme elles avoient été ménagées par le chevalier de Grémonvilie (1), envoyé extraordinaire de Sa Majesté à Vienne, elle le chargea de cette négociation.

(1) Nicolas Bretel, sieur de Grémonvilie, commandeur de Malte, avait été déjà ambassadeur à Vienne, de 1643 à 4647, lorsqu'il fut envoyé de nouveau auprès de l'Empereur en 1 671 . Il déploya dans cette nouvelle mission une telle connaissance des hommes, une telle entente des affaires, un esprit si fécond en ressources, une dextérité si rare , qu'il se plaça au premier rang des diplomates du xvne siècle. Louis XIV récompensa ses services en lui accordant l'abbaye de Lire en Normandie et vingt mille livres de rente.

Le prince de Lobkowitz (i) avoit alors le premier rang dans les conseils de l'Empereur, et étoit bien intentionné pour l'alliance de la France. Le chevalier Oker (2) avoit auprès de son maître un grand crédit, qui paroissoit s'accroître tous les jours, et qui augmenta, en effet, peu d'années après, au point de perdre le prince de Lobkowitz et de l'éloigner des affaires.

Ce fut à ces ministres que l'Empereur commit le soin de traiter avec le chevalier de Crémonville. Il s'ouvrit à eux du sujet de mécontentement que le roy avoit de la Hollande , et de la pensée qu'il avoit de s'en ressentir. Le premier fondement de la négociation fut que Sa Majesté promettoit d'entretenir, dans toute leur force, les traités de Westphalie et celui d'Aix-la-Chapelle, et que s'il arrivoit quelque différend entre lui et l'Espagne , il vouloit bien s'en remettre à l'Empereur comme arbitre. L'Empereur s'obligeoit à ne point assister les Hollandois dans cette guerre qui devoit se faire hors des cercles et des fiefs de l'Empire, et se réservoit seulement la liberté d'exécuter les traités

(1) Ferdinand-Auguste-Léopold , duc de Sagan, prince de Lobkowitz, représenta l'empereur Léopold Ier à la diète de Ratisbonne. en 4 674 , où la guerre contre Louis XIV fut résolue.

(2) Le chancelier Hocher ou Oker.

qu'il avoit déjà faits avec divers princes pour sa propre sûreté et pour la défense de l'Allemagne.

Ces clauses firent perdre le fruit que Sa Majesté s'étoit promis de cette convention, qui fut signée à Vienne en novembre 1671, et qui devoit demeurer dans un extrême secret (1).

L'Empereur ne témoigna prendre d'abord aucun intérêt à la querelle des États; mais lorsque l'Électeur cle Brandebourg se plaignit de ses places occupées dans le duché de Clèves, et du dégât qui se faisoit dans son pays, il se joignit à lui, et donna commencement à la guerre. Elle ne parut d'abord qu'auxiliaire , mais elle fut déclarée ensuite à la France par tout l'Empire, lorsque Sa Majesté se fut emparée, en 1673, de l'électorat de Trêves et de la ville capitale. Ce fut à peu près dans ce temps que, dans le dessein de faire voir la mauvaise foi de l'Empereur, et que, contre sa parole, il se joignoit aux Hollandois, Sa Majesté rendit public dans l'Empire, mais principalement dans la diète de Ratisbonne, le traité de 1671. L'effet n'en fut point mauvais pour l'Empereur; il témoigna qu'à la vérité il ne se seroit point mêlé des guerres qui se feroient hors de l'Aile-

(1) Voy. Mignei, Succession d'Espagne, t. m, p. 548.

magne, mais que lorsqu'il avoit vu les armes de France agir contre l'Électeur de Brandebourg et dépouiller l'Électeur de Trêves, il avoit satisfait à son indispensable obligation de veiller à la défense de l'Empire.

Le roy avoit fait déclarer à Vienne, ainsi que dans les autres cours de l'Europe, qu'il n 'avoit pu s'empêcher de se rendre maître des places du duché de Clèves , qu'il avoit trouvées occupées par ses ennemis; qu'il promettoit de les rendre à l'Électeur de Brandebourg après la paix, et qu'il offroit de retirer ses armes au deçà du Rhin, toutes les fois que l'Empereur et l'Électeur de Brandebourg rappelleroient les leurs dans leurs États éloignés de cette rivière. Mais ces négociations furent inutiles, et l'Empereur fit signifier au chevalier de Grémonville, au commencement de 1674, qu'il eût à sortir de sa cour. Dès lors ce prince ne garda plus de mesures avec la France : il fit déclarer la guerre à Sa Majesté par une déclaration de la diète assemblée à Ratisbonne (1674). La diète arrêta de mettre d'abord sur pied une armée de 3o,ooo hommes pour la défense de l'Empire, mais qui devoit être doublée selon le besoin. La répartition des troupes nécessaires pour la composer, se fit par cercles selon l'ancienne matricule de

l'Empire, qui règle le nombre d'hommes que chaque prince et chaque ville impériale y doivent contribuer. Ce que chacun fournit pour former cette armée, tant en hommes qu'en argent pour leur subsistance, est si peu considérable, que rien ne peut servir davantage pour faire connoîtrela puissance de l'Empire. Tous les princes, même les alliés de Sa Majesté, y envoyèrent ce qu'ils appellent leur contingent, à l'exception de l'Électeur de Bavière, qui ne voulut jamais donner un homme contre la France.

Ainsi l'Empereur se trouva maître en même temps de sa propre armée, composée d'anciennes troupes toujours aguerries , et de celle de l'Empire. Mais ce qui le rendoit plus puissant, c'est qu'il avoit l'autorité de prendre des quartiers dans l'Empire, du consentement même de tous ces princes. Ses troupes, qui étoient nourries durant la paix dans les pays héréditaires, subsistoient abondamment en quartier d'hy ver dans les cercles de Souabe et de Franconie, après qu'elles avoient vécu pendant toute la campagne sur le Rhin.

En cet état, on ne peut douter qu'il n'eût pu faire de grandes choses, si par lui-même, ou par ses généraux, il eût été capable de les entreprendre. Mais quoique ce prince soit né avec de

l'esprit, qu'il parle bien d'affaires et qu'il assiste avec soin à ses conseils, la timidité naturelle qui l'empêche de se fier jamais à son propre avis, le rend toujours dépendant de ses ministres. Sa constitution délicate est peut-être cause qu'il est demeuré renfermé dans Vienne, qu'il n'a de sa vie paru aimer la guerre, et qu'il ne s'est point fait voir à la tète de ses armées. S'il eût pris ce parti, quand même il n'auroit pas voulu les commander en personne, qu'il se fût approché seulement des lieux où elles agissoient, et qu'il se fût porté avec la cour à Francfort ou à Mayence, il est certain qu'il y auroit été suivi de tous les princes de l'Empire, et qu'il auroit donné beaucoup de chaleur à l'action des ses armes. La bonne fortune du roy a fait que ce prince s'est trouvé lui être entièrement opposé, et qu'autant que Sa Majesté, par sa conduite, par sa présence, par les périls et par les fatigues auxquels elle s'est exposée, est redevable à elle-même de la gloire de tant de grands succès dans la guerre; l'Empereur, par son inapplication aux armes, par son peu d'expérience et par sa vie éloignée de l'action, a perdu les occasions qu'il a eues si favorables.

On peut encore regarder comme un des plus grands préjudices que sa foiblesse lui a causés,

qu'il n'ait pas sçu se servir des avantages qu'il avoit entre les mains, dans le défaut des généraux, qui étoit commun à tout le parti contraire à Sa Majesté. Le comte de Montecuculi étoit d'un rang peu inférieur aux plus grands capitaines de notre temps. Il en donna des marques dans les campagnes de 1673 et de 167 5, qui sont les seules qui aient été accompagnées de quelque bonheur pour les armes de l'Empereur; mais comme il préférait le repos de Vienne et la qualiié de président du conseil de guerre, qui lui donnoit la première considération auprès de son maître, aux fatigues des campagnes, il se servit du prétexte de son âge et de sa mauvaise santé pour ne plus revenir à l'armée. L'Empereur n'eut pas assez de force pour l'y obliger : il résista au désir qu'il lui en témoigna, et trompa les espérances que tout le parti mettoit avec raison en sa conduite.

Ainsi, tant de grandes armées, tant de moyens de les faire subsister, si l'Empereur ou ses ministres eussent sçu bien user des quartiers dont il étoit le maître et y faire vivre les troupes avec ordre, lui sont demeurés inutiles par le peu de capacité de ses généraux. Le duc de Lorraine, à qui il confia le commandement les dernières années de la guerre, a fait voir, avec beaucoup de bonnes

184 L'EMPEREUH.

intentions, une grande valeur accompagnée de beaucoup de travail et d'action, mais une science dans la guerre trop bornée pour être opposée à l'expérience et à la vigilance du maréchal de Créquy.

L'habileté de la cour de Vienne n'a pas paru davantage dans la paix. Le choix que les ambassadeurs de l'Empereur firent à Nimègue de l'alternative que le roy avoit offerte, ou que Philisbourg lui fût remis, ou que Fribourg lui demeurât en échange, a donné à Sa Majesté tout le Brisgaw, dont elle sera la maîtresse toutes les fois qu'il y aura guerre en Allemagne. Elle lui ouvre un chemin dans le Wirtembcrg et dans la Souabe, et lui donne une entrée dans l'Empire plus importante encore que celle de Philisbourg. L'on s'aperçut trop tard à Vienne de l'inégalité de ce choix, et l'on voulut remettre Philisbourg au roy; mais comme l'acceptation en avoit été faite solennellement, le roy tint ferme à ne le point changer.

Il sera difficile que l'Empereur se trouve jamais en Allemagne au point de puissance où il s'est vu dans cette dernière guerre. En des mains plus capables d'en profiter, la conjoncture auroit été la plus favorable que la maison d'Autriche pût es-

pérer contre la France. Les princes de l'Empire se sont plaints avec raison qu'il les a mal soutenus, et l'Électeur de Brandebourg lui pardonnera difficilement qu'ayant fait la paix sans lui, il l'ait nécessité de rendre, après la ruine de ses Etats, toutes les conquêtes qu'il avoit faites sur la Suède.

L'Empereur, par lui-même, ne sera jamais en état de rien entreprendre contre la France. Il ne sera considérable que lorsque l'Empire se joindra à lui. Alors il aura non -seulement beaucoup de troupes, mais facilité pour les entretenir. C'est ce qui faisoit dire à Walstein que l'Empereur, sans guerre, n'étoit pas capable d'entretenir une armée de 3o,ooo hommes; mais que, lorsqu'il auroit engagé l'Empire, il ne seroit pas en peine d'en foire subsister une de 200,000.

Léopold Ier, qui règne aujourd'hui, est le dernier de toute la maison d'Autriche en Allemagne. Il n'a qu'une fille de sa première femme, Marguerite, infante d'Espagne, sœur de la reine. Il ne lui en reste point de la seconde, fille du dernier archiduc d'Inspruck , par la mort duquel le Tyrol lui est revenu. Il a un fils de la troisième, qui est fille du duc de Neubourg.

Toute sa pensée est de pouvoir faire déclarer ce jeune prince roy des Romains. La chose paroît dif-

ficile, bien que l'on allègue un exemple d'une élection semblable en la personne d'un enfant.

Outre les difficultés qu'il trouvera toujours à entreprendre la guerre contre la France, par l'inégalité de ses forces avec celles de Sa Majesté, il en sera retenu par deux diversions, dont l'une est toujours naturelle et l'autre paroît devoir durer longtemps.

La première est la crainte du Turc ; la deuxième, le parti des mécontents en Hongrie. Le voisinage et l'expérience du passé lui font connoître qu'il doit toujours veiller contre les entreprises d'un voisin si dangereux; et la révolte des Hongrois dure depuis si longtemps, au milieu même de tant de négociations qui se sont liées et de tant d'amnisties qui ont été offertes pour l'apaiser, qu'il est difficile que la confiance se rétablisse jamais.

Elle a pris sa première source de l'intérêt de la religion protestante , mais principalement de la calviniste, qui est suivie plus qu'aucune autre dans la Hongrie. L'Empereur d'aujourd'hui, et les empereurs Ferdinand II et III, ses prédécesseurs, trop abandonnés aux conseils des jésuites, commencèrent à irriter les esprits. Les rigueurs et les persécutions furent grandes contre ceux de cette créance et furent suivies delà destruction de leurs temples.

Divers soulèvements en naquirent et furent apaisés de temps en temps. Mais, en 1667, l'Empereur ayant fait mourir les comtes de Serin, Frangipani, Nadasti et Tattenbat, accusés d'avoir voulu se soulever (1) et dépouiller l'Empereur de ce royaume, ceux de leurs amis, ou ceux qui avoient part à la conjuration , prirent les armes, ou dans le dessein de venger leur mort, ou dans la crainte d'un pareil traitement, et les ont conservées depuis. Ils se maintiennent dans quelques postes dont ils se sont emparés dans la haute Hongrie : ils en font de temps en temps des courses dans tout le royaume ; mais, parce qu'ils ne pouvoient résister aux troupes que l'Empereur envoyé souvent contre eux, ils se sont procuré une retraite assurée dans les terres de l'obéissance du Turc. Ils y laissent leurs femmes et le peu qu'ils ont de richesses, lorsqu'ils rentrent dans le pays où ils sont favorisés des peuples, dont une partie sont sujets des gens de qualité qui sont à la tête de ce parti.

(1) Serin, Serini ou Zrini, fut exécuté, le 30 avril 4674, dans la ville de Neustad, ainsi, que son beau-frère le comte de Frangipani , le même jour, Nadasti avait la tête tranchée dans l'Hôtel-de-Ville devienne, et quelques mois après, Tattenbach portait, à Gratz, la sienne sur l'échafaud. (Voy. V Histoire des révolutions de Hongrie, t. i, p. 85 et suit.)

Cette diversion, fortifiée de 3 à 4?ooo hommes, que le marquis de Bethune, ambassadeur du roy en Pologne, fit passer de ce royaume, en 1677, au secours des mécontents, et de l'argent que Sa Majesté y envoya , ne servit pas peu à déterminer l'Empereur à la paix qui fut conclue, l'année suivante, à "Nimègue (1). Ses troupes furent défaites en diverses occasions , et une partie des villes des montagnes occupées et pillées par les Hongrois, porta la terreur jusque dans le voisinage devienne. Mais les régiments, qui étoient sous le nom du roy, composés de diverses nations, Allemands, Polonois et Tartares, s'étant soulevés faute de payement contre le général Bohan (2) qui les commandoit, ayant entièrement été dissipés, et ce général s'étant retiré avec quelques officiers françois et peu de Polonois, chez le prince de Transilvanie, d'où il repassa ensuite en Pologne , l'on crut que le parti tomberoit après être si notablement affaibli , et l'Empereur prit cette occasion pour presser davantage les mécontents par les armes et par les offres d'un accommodement. Mais les comtes Tekeli , Teokeoli, Vesseliny et autres plus considérables

(1) On trouvera plus loin, dans le chapitre consacré à la Pologne, des détails circonstanciés sur les mécontents hongrois.

(2) Christophe Ballendtiy, marquis de Boham, général français.

de ce parti demeurèrent fermes, principalement après qu'ils furent assurés de la bonne volonté du roy par le retour d'Absalon qu'ils lui avoient envoyé.

Le roy promit par la paix de ne point assister les ennemis de l'Empereur, et Sa Majesté y satisfit, n'ayant plus de troupes en Hongrie. Elle a jugé toutefois à propos d'entretenir l'amitié et la bonne correspondance avec le prince de Transilvanie, Abassy (i), qui a toujours été uni aux mécontents. Elle lui envoya des présents sur la. fin de 1679, par le sieur Acaquia (2), qui fut aussi chargé de quelques présents et de quelques pensions pour les comtes ci-dessus nommés. Ainsi, conservant en cette sorte dans ses intérêts les chefs de ce parti, elle entretient une diversion toujours considérable à l'Empereur, et dont elle pourra encore se servir utilement si l'occasion s'en présente.

(4) Michel Abassy gouverna la Transylvanie de 4661 à 1690. 11 fut le dernier prince de ce petit État, dont l'empereur Léopold se saisit définitivement en 4690, après avoir obligé Abassy à recevoir, en 1 687, des garnisons allemandes dans ses principales places.

(2) Acaquia ou Akakia avait été secrétaire du comte d'Avaux au congrès de Munster. (Voy. La Hongrie, par Baldenyi , p. 470.)

Philippe de Schonborn, Électeur de Mayence, se fait le promoteur de la ligue du Rhin eu 1658. — Le roi l'aide à réduire Erfurt. — Ligue de 16G7. - Traité provisionnel avec l'Empereur. — L'Electeur envoie au roi le baron de Sclionborn. — Projet de médiation. — Mort de l'Électeur. — Meteruik lui succède. --. Ses bonnes intentions pour la paix. — Ses États ravagés par les armées françaises. — Sa mort. — Ses successeurs Van (1er Leyen et François d'Iugellieim.

Jean Philippe de Schonborn , Électeur de Mayence et évêque de Wirtzbourg (i) , tenoit , moins en quelque sorte par sa qualité de premier Électeur que par sa capacité et son expérience, le premier, rang dans l'Empire, lorsque le roy prit le dessein, en 167 1, de déclarer la guerre à la Hollande.

Il avoit toujours paru attaché aux intérêts de la France. C'étoit principalement par lui que la Ligue du Rhin s'étoit formée, en 1 658, lorsque le ma-

(I) Jean -Philippe de Schonborn, élu évêque de Wirtzbourg en 1642, devint Électeur de Mayence en 1647, évêque de Worms en 1663, et mourut en 1673. [Histoire ecclésiastique d'Allemagne,

réchal de Gramont et Lionne étoient ambassadeurs à Francfort pour l'élection de l'Empereur. Ce traité étoit en apparence une union des trois Electeurs ecclésiastiques, de l'évêque de Munster, de l'Électeur de Saxe , de l'Électeur Palatin, des ducs de Lunébourg, Neubourg et landgrave de liesse, et enfin du roy de Suède comme duc de Pomé raiiie et de Brème, pour maintenir les traités de Westphalie dans toute leur force, et pour s'opposer à ceux qui voudraient y contrevenir. Mais il étoit, en effet, une liaison contre l'Empereur, en cas que, contre les dispositions des mêmes traités, il voulût donner secours à l'Espagne contre la France.

L'Électeur de Mayence s'acquit par cette Ligue, dans laquelle divers autres princes entrèrent ensuite, un grand mérite auprès de Sa Majesté ; aussi reçut-il diverses marques du gré qu'elle lui en savoit; et elle lui en donna une très-particulière, lorsqu'en i663 elle envoya un corps de troupes considérable pour l'aidera réduire, comme il fit, la ville d'Erfort (Erfurt) sous sa puissance (i).

(1) « Les troupes françaises faisaient la police de l'Allemagne au « nom de l'alliance du Rhin : elles allèrent en Thuringe obliger la « ville d' Erfurt à rentrer sous la suzeraineté de l'Électeur de

dette même Ligue , qui avoit été signée pour trois ans, fut renouvelée en 1660 et dura jusqu'en 1666; mais lorsque le roy porta la guerre en Flandre, en 1667, une partie des princes qui la eomposoient firent difficulté de la renouveler, et entre eux l'Électeur de Mayence. Ils se contentèrent d'agir auprès de Sa Majesté, pour la disposer à la paix, et lui envoyèrent des députés, dont la négociation fut suivie du traité d'Aix-la-Chapelle, en 1668.

L'Électeur de Mayence s'étoit toutefois acquis un nouveau mérite auprès du roy et avoit eu beaucoup de part à empêcher que l'Empereur ne se mêlât dans cette guerre. Il avoit négocié un traité qui fut signé à Cologne, en 1667, entre lui, les Électeurs de Cologne et de Trêves, le duc de Neubourg et l'évêque de Munster. Il étoit dans le même esprit que la ligue du Rhin, et produisit le même effet.

Mais malgré ces services , il se trouva déchu quelque temps après de cette première confiance que Sa Majesté avoit en lui pour toutes les affaires d'Allemagne; et il eut lieu de croire, par le refroidissement qu'elle fit paroître, qu'elle n'é-

« Mayence, pensionnaire de Louis XIV (octobre 1 f>64 . » (H. Martin, Histoire de France, t. xv, p. 191.)

toit point satisfaite de sa conduite. Il attribuoit ce changement aux mauvais offices de Gravel , plénipotentiaire à Ratisbonne, et à ceux de son frère, l'abbé Gravel, résidant pour le roy auprès de lui; mais principalement à ceux des princes de Strasbourg et de Furstenberg , comme jaloux de la créance qu'il avoit eue jusqu'alors si entière dans l'esprit de Sa Majesté.

Il est vrai qu'il avoit fait depuis peu un traité provisionnel avec l'Empereur, dans lequel étoient entrés avec lui les Électeurs de Trêves et de Saxe et l'évêque de Munster. Ils s'obligeoient à joindre leurs troupes ensemble pour former une armée capable d'agir pour la défense de l'Empire, sans attendre la résolution de la diète de Ratisbonne, qui délibéroit sur ce sujet depuis longtemps. L'Électeur justifia cette liaison, et faisoit voir qu'elle n'étoit point contraire à la France, qu'elle étoit établie seulement pour la sûreté de l'Empire au dedans, et pour celle du dehors, en cas qu'il fut attaqué par le Turc. Toutefois, en même temps qu'il témoignoit accuser seulement les mauvais offices de ses ennemis du refroidissement de Sa Majesté, il se plaignoit hautement que, contre la promesse qu'elle lui avoit faite de sa garantie, elle ne le faisoit pas jouir de ce qui lui étoit ac-

iMAYENCE. 195

quis contre l'Électeur Palatin , par la sentence d'Hailbrun, dont elle avoit été médiatrice (i).

Le baron de Schonborn , neveu de ce prince , vint de sa part trouver Sa Majesté au commencement de l'année 1672. Il étoit chargé de ses justifications et des assurances de son affection ordinaire pour ses intérêts. Il témoignoit être dans le dessein de faire tout ce qui seroit en lui pour obliger l'Empereur à ne prendre aucune part à la querelle de la Hollande; mais, afin de se rendre l'Empire favorable , il conseilla à Sa Majesté d'y rendre publiques les intentions qu'elle avoit dans cette guerre.

Le roy, bien aise d'apprendre les sentiments de ce prince, l'invita à demeurer dans ces bonnes dispositions, et Sa Majesté l'assura qu'elle lui rendrait sa première confiance. Aussi suivit-elle ses avis et fit-elle connoître par ses ministres, dans

(1) Le jugement arbitral d'Hailbron, rendu par les délégués de Louis XIV et du roi de Suède, mit fin aux contestations que faisait naître sur tout le cours du Rhin l'exercice abusif d'un privilège appelé ivildfang, concédé jadis par les Empereurs aux Électeurs Palatins.

Le marquis de Pomponne parle avec détails du wildfangiat dans la relation de son ambassade en Suède et dans le chapitre où il traite des intérêts de l'Électeur Palatin. (Voy. plus loin Électeur Palatin.)

l'Empire, que la guerre qu'elle méditoit regardent uniquement les justes sujets qu'elle avoit de se plaindre de la Hollande, et qu'elle n'a voit rien plus à cœur que d'entretenir les traités de Westphalie, ceux des Pyrénées et d'Aix-la-Chapelle. Elle lui fit confirmer ces mêmes sentiments par le marquis de Feuquière , qu'elle envoya peu de temps après pour ce sujet vers la plus grande partie des princes de l'Empire, particulièrement auprès de lui, et ce voyage ne servit pas peu à le fortifier dans les bonnes intentions qu'il avoit pour Sa Majesté.

Il y persista toujours et il crut en donner une grande marque sur la fin de l'année 1G72. L'Empereur et l'Électeur de Brandebourg étoient lors en armes contre la France. Le premier paroissoit donner sa protection à un Électeur de l'Empire ; l'autre se plaignoit d'avoir été dépouillé par le roy de ses places du duché de Clèves; mais tous deux avoient, en effet, un traité avec les Hollandois. L'Empereur, moyennant les subsides qui y étoient spécifiés, s'obligeoit d'agir avec une armée de 16,000 hommes; l'Électeur, avec une de 20,000.

On n'oublioit rien à Vienne pour engager Y AU lemagnedans une querelle que l'on disoit être celle

de tout l'Empire. On y inspiroit la crainte que le roy, après la conquête de la Hollande, qui paroissoit inévitable si les États-Généraux n'étoient assistés, ne voulût étendre ses frontières chez les princes voisins, comme il avoit fait chez l'Electeur de Brandebourg.

La puissance de Sa Majesté, et les succès si surprenants de ses armes, la crainte que l'on avoit de sa domination, et la jalousie qui suit d'ordinaire la trop grande prospérité faisoient ajouter assez de foi à ces soupçons; et les ministres impériaux, entre lesquels particulièrement Lisola(i), homme de beaucoup d'esprit el d'habileté, prenoient soin de les répandre.

(I) François de Lisola, né à Salins en 1613, entra au service de l'Empereur en 1639, et se rendit illustre par ses ambassades en Angleterre, en Pologne, en Espagne, en Portugal. 11 écrivit contre la France le Bouclier d'État et de justice contre le dessein manifestement découvert de la monarchie universelle sous le vain prétexte des prétentions de la reine de France. Cet ouvrage eut un immense succès et fut traduit dans toutes les langues. « Lisola « mourut avant l'ouverture des conférences de Nimègue. Il y aurait « été sans doute plénipotentiaire de Sa Majesté impériale, et « peut-être aurait-il mieux réussi que ne firent ses successeurs à « reculer le traité de paix. Il était, dit-on, plus propre à faire « continuer une guerre qu'à la terminer : et il savait tellement « jeter l'alarme dans les esprits, qu'il animait à se liguer ceux « qui avaient le plus de passion de demeurer neutres. » ( Voy. Dictionnaire de Bayle, t. ix, p. 283.)

La commotion paroissoit déjà grande dans les esprits, et la continuation de la guerre pouvoit faire craindre que l'Empereur n'entraînât l'Empire dans son parti, contre le sentiment d'un petit nombre de princes qui conservoient encore de l'attachement pour nous.

L'Électeur de Mayence ne crut point de moyen plus propre pour empêcher les liaisons capabTes de se former contre Sa Majesté que de se rendre, avec quelques autres princes, médiateur de la paix.

Il envoya pour ce sujet, à Sa Majesté, sur la fin de l'année 1672, le même baron de Schonborn , son neveu, qui avoit été peu de mois auparavant auprès d'elle. Comme il agissoit avec son ancienne confiance, il lui fit remontrer les mouvements qui s'excitoient dans l'Empire et les vues qu'il avoit pour en empêcher les suites.

Pour cela, il proposoit, si Sa Majesté l'agréoit, de former un parti de princes qui s'offriroient pour médiateurs entre la France et ses ennemis; que, comme il en seroit le chef, il n'y admettroit, de concert avec Sa Majesté, que ceux qui ne lui seroient point suspects, et qu'il concerteroit avec elle les conditions qui lui seroient agréables; qu'une telle offre ne pouvoit être que d'un "fort bon effet;

que, si elleétoit acceptée par l'Empereur et par les États, elle engagèrent clans une neutralité nécessaire tous les princes qui y seroient entrés, parce que la qualité de médiateurs ne leur permettront pas de prendre parti; que, si elle étoit refusée, le sujet de mécontentement qu'en concevroient ces princes les attachèrent à Sa Majesté et les éloigneroit de l'Empereur; qu'il seroit alors plus aisé de leur faire connoître que ce prince n'avoit embrassé le prétexte d'une guerre étrangère à l'Allemagne que pour élever sa propre puissance et pour reprendre les anciennes vues de la maison d'Autriche sur la liberté de l'Empire; qu'en l'un et l'autre cas, Sa Majesté y trouvoit un fort grand avantage : ou qu'elle auroit une médiation qui lui seroit favorable, ou qu'elle formeroit un parti de princes mécontents de l'Empereur; et que, d'une manière ou d'autre, elle empècheroit une grande partie de l'Empire de se mêler dans la guerre.

Cette proposition paroissoit en effet fort avantageuse. Le roy étoit persuadé des bonnes intentions de l'Électeur, et ne doutoit point qu'il n'agît sincèrement; mais comme le vicomte de Turenne obligeoit alors, bien que dans le fort de l'hyver, l'armée de l'Empereur et celle de Brandebourg à se retirer devant lui, et que la même fortune

qui s 'rtoit déclarée pour le rov au co m men cernent de la campagne continuoit à le favoriser contre les États, on ne répondit que faiblement à cette proposition.

La réponse de Sa Majesté fut pleine de témoignage du gré qu'elle lui sçavoit de son affection, mais on donna des bornes à la médiation qu'il proposoit. On distingua celle qui touchoit les intérêts de l'Empire d'avec celle qui regardoit les États-Généraux. On lui fit voir que Sa Majesté ne pouvoil prendre des médiateurs dans l'Empire que l'Empire ne fut premièrement en paix avec elle ; qu'ainsi elle agréoitque l'Électeur de Mayenee et les princes qui se joindroient à lui offrissent leur médiation à l'Empereur et à l'Électeur de Brandebourg; que Sa Majesté étoit prête de l'accepter, et que lorsqu'ils auroient procuré en cette sorte la paix à l'Empire, elle les reconnoîtroit alors comme médiateurs entre elle et les États- Généraux; que, pour empêcher cependant que l'on ne lui put attribuer de séparer à dessein ces i\cu\ traités de paix, en n'acceptant présentement (pie la médiation de l'Empire, afin de réduire plus aisément les États en les privant des seuls alliés qui s'intéressoient pour eux, elle offroit une suspension d'armes jusqu'à la fin de may, durant

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laquelle le roy de Suède, déjà accepté de part et d'autre pour médiateur, pourroit s'entremettre de la paix de la Hollande.

Cette réponse fut rendue par écrit au baron de Schonborn les derniers jours de l'année 1672, mais elle ne satisfit point l'Électeur, son oncle. Il parut touché que le roy, ou ne prît point créance en lui, ou ne connut pas combien il lui étoit avantageux d'embrasser le parti qu'il avoit ouvert, afin de se conserver des amis en Allemagne et empêcher que tout l'Empire ne se joignit à l'Empereur. Surtout il fut persuadé que Sa Majesté ne vouloit point la paix, et que son dessein étoit seulement d'apaiser les mouvements qui s'élevoient dans l'Empire, pour être plus en état de continuer la guerre aux Pays-Bas.

Ce prince étoit dans ces sentiments ; et comme il désiroit la paix sur toutes choses, particulièrement celle de sa patrie; qu'il croyoit le roy éloigné des partis qui la pouvoient donner ; qu'il avoit plus de créance qu'aucun autre prince dans l'Empire, plus d'expérience et de capacité pour y conduire les affaires, il auroit été à craindre qu'il ne se fut éloigné dans la suite de Sa Majesté, et qu'il n'eût pu nuire beaucoup à ses intérêts. Mais sa mort, qui survint deux mois après, dans le

commencement de l'année 1673, laissa incertain le parti qu'il auroit pris, et s'il seroit demeuré constant dans l'alliance de Sa Majesté, ou s'il auroit contribué à la liaison générale de l'Empire qui se fit bientôt après contre la France.

Méternik, évêque de Spire et son coadjuteur à Mayence, lui succéda (1), homme doux, honnête, et qui avoit jusque-là fait paroître des inclinations d'autant plus favorables pour la France, que Sa Majesté avoit plus contribué à lui faire obtenir cette coadjutorerie. Aussi s'en promit-elle tous les sentiments qu'elle pou voit désirer pour ses intérêts ; et pour lui donner des marques de sa bienveillance, elle envoya le marquis de Dangeau auprès de lui incontinent après son entrée dans l'archevêché.

Outre les assurances qu'il fut chargé de lui donner de l'amitié de Sa Majesté, de la joie qu'elle avoit de lui voir occuper le premier électorat de l'Empire, et de la confiance qu'elle prenoit en son affection, il devoit lui faire connoître que Sa Majesté ne désiroit rien davantage que le repos

(1) Lothaire-Frédéric de Metternich et Bursclieid, évèque de Spire dès l'an 4 652, devint coadjuteur de Mayence l'an 4670, ensuite évêque'de Worms, et mourut en 1675. (Histoire ecclésiastique d'Allemagne, 1. 1, p. 49.)

de l'Allemagne, et qu'elle étoit portée à y contribuer tout ce qui dépendroit d'elle.

Il avoit ordre, pour cela, de lui rappeler ce qui s'étoit passé dans la négociation du comte de Saint-Géran (i) avec l'Électeur de Brandebourg, avant la guerre d'Hollande; la nécessité que Sa Majesté avoit eue d'occuper les places du duché de Clèves ; les offres qu'elle avoit faites et qu'elle faisoit encore, de les remettre après la paix, et la déclaration publique dont elle s'étoit expliquée et continuoit à s'expliquer toujours, d'être prête à retirer ses armes de l'Empire aussitôt que l'Empereur et l'Électeur de Brandebourg auroient fait repasser les leurs dans leurs États.

Après une telle explication des sentiments de Sa Majesté pour la tranquillité de l'Empire , il devoit inviter l'Électeur à y contribuer par son autorité et par ses soins. Ce que Sa Majesté lui demandoit sur ce point étoit d'agir fortement dans la diète de

(1) Bernard de La Guiche, comte de Saint-Géran, fut chargé de diverses missions diplomatiques auprès des Cours de Florence, de Londres et de Brandebourg. « Il étoit gros et entassé, avec de gros « yeux et de gros traits qui ne promettoient rien moins que l'esprit « qu'il avoit. Il étoit fort pauvre, presque toujours à la Cour, mais « peu de la Cour, quoique dans les meilleures compagnies. Sa « femme, charmante d'esprit et de corps, l'avoit été pour d'autres « que pour lui. » (Saint-Simon, Mémoires, 1. 1, p. 319.)

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Ratisbonne, où sa dignité lui donnoit le premier rang, d'y faire valoir les favorables dispositions de Sa Majesté, d'y appuyer le chagrin des princes, dont la marche de l'armée confédérée avoit ruiné les États, et d'y faire connoitre qu'après les offres de Sa Majesté, l'Empereur et l'Électeur de Brandebourg seroient seuls responsables de la continuation de la guerre.

Que, si ses affres étoient inutiles, le marquis de Dangeau avoit ordre de lui proposer un moyen plus assuré, pour éloigner la guerre de son pays. Il devoit le porter à négocier une ligue entre lui , l'électeur de Trêves et l'Électeur Palatin, et se joindre ensemble pour refuser toute sorte de passages sur leurs terres. Par là ils fermoient le Rhin aux confédérés, depuis Strasbourg jusqu'à Cologne, et leurs États n'étant point ouverts aux ennemis de la France, Sa Majesté n'avoit plus besoin d'en faire approcher ses armées.

L'Électeur n'étoit guère en état, et par son esprit, et par ses forces , de prendre une telle résolution , ni de conduire une aussi importante affaire, qu'il sçavoit devoir être mal reçue de l'Empereur. Aussi ne répondit-il bien précisément que sur la reconnoissance qu'il avoit de la part que Sa Majesté lui faisoit donner de ses intentions pour la paix et du

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désir qu'il au roi t d'y contribuer. Il offrit sa médiation et elle fut agréée par Sa Majesté.

Ces choses se passoient dans le mois de mars 1 673 et dans le temps que les armes du roy, sous le vicomte de Tu renne, avoient occupé les États de l'Electeur de Brandebourg jusque sur le Weser; que 'déjà même les fondements du traité qui fut conclu peu après avec ce prince, avoient été rejetés par le duc de Neubourg.

Sa Majesté prit cette occasion pour marquer davantage à l'Électeur de Mayence qu'elle seroit bien aise que la paix s'avançât par son entremise. Le marquis de Dangeau eut ordre de lui témoigner qu'elle consentoit à rétablir l'Électeur de Brandebourg dans tous ses États, à l'exception des places du Bhin qu'elle garderoit seulement jusqu'à la fin de la guerre, et qu'elle étoit prête à retirer ses armes de l'Empire, aussitôt que l'Empereur auroit fait repasser les siennes dans ses pays héréditaires.

Mais le traité que je signai à Wossem, avec Stratman et Menders (1), ayant remis bientôt après l'Électeur de Brandebourg dans ses États, l'Élec-

(1) Ce traité fut signé le 6 juin 4673. Stratman était vice-chancelier du duc de Neubourg, et Meinders secrétaire d'État de l'Électeur de Brandebourg. {Voy. de Saint-Prest, Histoire des Iraittz de paix, 1. 1, p. 492 et 493.)

teur de Mayence n'eut point lieu de se servir de la confiance que Sa Majesté vouloit prendre en lui. L'on avoit espéré que ce traité rendroit le calme à l'Allemagne; mais, parce que l'Empereur demeuroit armé, que Sa Majesté continua à faire vivre son armée chez les princes de l'Empire , et qu'elle fit entrer peu après ses troupes dans l'archevêché de Trêves, les affaires se portèrent plus que devant à la guerre.

Comme l'Électeur de Mayence s'étoit bien conduit avec Sa Majesté, elle voulut lui donner part des raisons qui laportoient à agir contre l'Électeur de Trêves. Elle envoya devers lui , pour ce sujet , le marquis d'Arcy au mois de juillet 1673. Elle lui communiqua les avis qu'elle avoit que ce prince devoit favoriser le passage des Impériaux au deçà du Rhin en faveur des Hollandois; que l'Empereur, qui s'avançoit à Egra, ne faiso.it marcher son armée que sur l'assurance qu'elle passeroit à Goblentz; que Sa Majesté n'avoit rien oublié pour prévenir de tels conseils; qu'elle avoit fait offrir des subsides à l'Électeur de Trêves, pour le rendre tellement maître de ses places, qu'il fût en état de n'y donner passage à aucun des partis ; qu'étant instruite de ses desseins et de ceux de l'Empereur, elle ne pouvoit s'empêcher d'aller au-devant du

péril qui la menaçoit, et qu'il étoit de sa prudence de s'assurer du pont d'Andernak sur le Rhin dans l'électorat de Trêves , pour secourir le vicomte de Turenne. Du reste, le marquis d'Arcy devoit continuer à témoigner à l'Electeur de Mayence que Sa Majesté agréoit son entremise, et celle de tout autre prince bien intentionné pour le repos de sa patrie, tel que l'Électeur de Bavière ; qu'elle offroit toujours de faire repasser son armée au deçà du Rhin, au cas que l'Empereur retînt la sienne dans la Bohême, si elle y étoit encore, ou l'y rappelât, si elle en étoit sortie.

Mais, parce que l'Electeur de Mayence paroissoit persuadé que l'Empereur auroit peine à donner cette parole à Sa Majesté même, et qu'il la donneroit peut-être plus aisément aux Électeurs et princes de l'Empire qui la lui demanderoient , Sa Majesté agréoit cet expédient, pourvu, toutefois, que ces princes lui en demeurassent garants. Le marquis d'Arcy s'acquitta de sa commission et passa avec les mêmes ordres auprès de l'Électeur Palatin .

Mais, parce que le séjour de l'armée de France paroissoit sans prétexte, lorsque l'Électeur de Brandebourg venoit de s'accommoder avec le roy et que l'Empereur n'étoit pas encore sorti de Bohême,

les esprits déjà irrités par l'occupation de l'électorat de Trêves achevèrent de s'aigrir par ce séjour et par les mauvais traitements qui avoient été faits à l'Électeur Palatin. Ainsi, les bonnes intentions de l'Électeur de Mayence pour la paix furent sans effet, et tout l'Empire mécontent suivit aveuglément le parti de l'Empereur.

Ce prince fut entraîné, contre son inclination, par le même torrent qui emporta tous les autres. Il ne put refuser, l'année suivante, le passage sur le pont de Mayence aux Impériaux, et les menaces de l'Empereur l'obligèrent , sur la fin de l'année 1674, de faire retirer de sa cour l'abbé de Gravel, qui y étoit depuis longtemps résidant de France.

Dès lors ses États furent exposés aux quartiers et aux contributions qui y furent établies par les armes de Sa Majesté, et le gouverneur de Philisbourg eut ordre de faire raser les châteaux de Bruxal et Lislau (1) dans l'évèché de Spire. La désolation de ses Etats obligea ce prince à écrire et à

(1) Bruchsal, ville du grand-duché de Bade sur la Salza, était la résidence de l'évèque de Spire. — Kisslow (voy. Atlas de Jaillot) ou Kislau S, hloss (voij. feuille 15 de la Carte des pays compris entre lu France, tes Pays-Bas et le Rhin , gravée au dépôt de la guerre. Pari?, 1848) est située sur la C.reirh.

envoyer à Sa Majesté pour la supplier de les épargner. Il lui rappeloit le souvenir de l'affection qu'il avoit toujours professée pour son service, et lui représentait que, s'il avoit été entraîné dans le sentiment général de l'Empire, il avoit cédé à une nécessité à laquelle il n'étoit pas capable de résister.

Sa Majesté, pour profiter de l'extrémité à laquelle il étoit réduit, prit résolution, au mois de may 1676, de lui envoyer l'abbé Gravel. Son pouvoir étoit de signer un traité aux conditions que Sa Majesté avoit demandées et auxquelles l'Électeur se soumettoit. Elles étoient qu'il s'obligeât de ne donner à l'avenir aucun passage ou assistance aux ennemis de Sa Majesté , de faire dicter dans la diète les mémoriaux qui y seroient présentés par les alliés de la France, et de recevoir l'abbé Gravel en la même qualité auprès de lui qu'il y avoit été auparavant. Sa Majesté ajoutait une autre demande. Le prince, pour se garantir de l'Électeur Palatin, avec lequel il étoit toujours en différend , avoit reçu 400 hommes de l'Électeur de Trêves dans sa place. Le roy souhaitoit qu'il les congédiât, et lui offroit mille écus par mois pour entretenir un pareil nombre d'hommes qu'il lèveroit.

Le voyage de l'abbé Gravel fut sans effet, parce que l'Électeur mourut presque dans ce même

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temps. Il eut pour successeur Van àet Leyen , frère de l'Électeur de Trêves (i). Comme ce nouvel Électeur se trouvoit encore plus fortement engagé par l'intérêt de son frère dans le parti général de l'Empire, il n'y a plus eu jusqu'à la paix aucune négociation avec lui ; et ses États ont servi par de grandes contributions à la subsistance des armées et des troupes de Sa Majesté. Ce prince est mort vers la fin de l'année 1679 et François d'Ingelheim (2) a été élu à sa place, d'inclination, à ce que j'apprends, favorable à la maison d'Autriche.

(4) Damien Hartard Van der Leyen , grand-prévôt des chapitres de Mayence et de Trêves, fut élu évêquede Worms et Électeur de îSayencè l'an 1675. Il décéda trois ans après. [Histoire ecclésiastique d'Allemagne, t. 1, p. 20.)

(2) Anselme-François-Frédéric, baron dTngelheim , archiprètre do Mayence et gouverneur d'Erfurt, élu le 7 novembre 1679, mort le 31 mars 1695, ne succédait pas directement, comme semblerait le faire croire le marquis de Pomponne, à l'Électeur Van der Leyen : ce dernier avait été remplacé le 9 janvier 1679 par Charles-Henri, baron de Metternich, Winnebourg et Beilsten, grand-prévôt de Mayence et chanoine de Trêves. Metternich mourut le 26 septembre suivant. {Histoire ecclésiastique d'Allemagne, t. 1, p. 20.

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