‹ Mémoires du marquis de PomponneChapitre 9 sur 21 · ELECTEUR DE BAVIERE · texte numérisé non relu

ELECTEUR DE BAVIERE

Ferdinand -Marie épouse Adélaïde de Savoie. — Il dépend de lui d'accepter la couronne impériale. — Crédit de l'Électrice. — Projet de mariage pour le Dauphin. — Le duc de Vitry, ambassadeur en Bavière. — Il signe un traité avec l'Électeur. — Mort de l'Électrice. — Le cardinal d'Estrées à Munich. — L'Électeur médiateur de la paix. — Sa mort. — Louis XIV veut marier le Dauphin. — Incertitudes et hésitations sur le choix d'une princesse. — Chanley est secrètement envoyé à Munich. — Son rapport. — Le roi se décide pour la princesse de Bavière. — Il veut faire épouser mademoiselle de Valois au jeune Électeur. — Intérêts de la maison de Bavière.

Ferdinand-Marie, Électeur de Bavière , gouvernent en 1672, lorsque le roy commença la guerre contre la Hollande. Il étoit fils de Maximilien, Électeur de Bavière, un des plus habiles princes de son temps, et qui avoit mis dans sa maison l'Électorat et le Haut Palatinat (1). Ils lui furent cédés dans le traité de Munster; et, durant toute la guerre d'Allemagne , il s'étoit rendu également considérable par ses armées et par ses conseils. Il avpit épousé Marie-Anne, sœur de l'empereur Ferdinand II (2),

(2) Elle était fille et non pas sœur do Ferdinand II. (Toî/.Moreri, Dictionnaire, t. 11, p. 204.)

et bien qu'il parût attaché par cette alliance à la maison d'Autriche, dont il avoit toujours suivi le parti, il tenoit toutefois la balance tellement égale qu'il paroissoit attentif à borner la trop grande puissance de cette maison, lorsqu'il la croyroit suspecte à la liberté de l'Empire. Mais la guerre si avantageuse que firent les Suédois en Allemagne ne le mit guère en état d'entrer en jalousie contre sa trop grande élévation.

Sa cour demeura, après sa mort, d'autant plus portée d'inclination pour la maison d'Autriche qu'elle étoit plus confirmée dans ce sentiment par l'Électrice, sa femme. Mais ces dispositions, contraires à la France, changèrent peu de temps après.

L'électeur Ferdinand Marie, son fils, avoit épousé Adélaïde de Savoye, fille de Victor-Amédée, duc de Savoye, et de madame Christine de France (i). Elle avoit pris de sa mère des sentiments favorables pour la France, et ils étoient augmentés par l'inclination particulière qu'elle avoit pour le roy. Elle étoit demeurée persuadée que si madame, sa mère, n'eût point précipité son mariage avec l'Électeur de Bavière, et qu'elle eût été encore à marier, lorsque le roy fut en âge de choisir une femme,

(1) Fille de Henri IV.

BAVIÈRE. m

elle auroit épousé Sa Majesté. En effet, comme elle étoit d'une fort grande beauté, la voix publique sembloit la destiner à un si grand avantage, et il lui étoit pardonnable de s'en flatter : d'autant plus que la princesse Marguerite, sa sœur aînée, dont la personne étoit beaucoup au-dessous de la sienne, y fut appelée quelques années après , et que son mariage se pouvoit dire conclu dans le voyage du roy à Lyon, en i658 (i), si l'intérêt de la paix avec l'Espagne et l'affection de la reine mère pour l'infante, sa nièce, ne l'eussent fait rompre. Mais, dans un âge qu'elle sortoit à peine de l'enfance, et qu l'on pouvoit hasarder quelque chose dans l'attente d'un si grand honneur, madame de Savoye l'accorda aux premières demandes de l'Électeur de Bavière pour le prince, son fils. Beaucoup ont voulu attribuer cette précipitation, qui ne parut pas tout

(1) La Gazette de 4 658 faisait suivre le récit de l'entrevue de Lyon des réllexions suivantes : «Au reste, comme l'union des « principaux planettes, avec de certaines constellations qui pa- « roissent favorables aux astronomes, en fait tirer des conséquences « de bon-heur, on n'a pu voir la rencontre de nos souverains et « de ceux de Savoye, sans en conjecturer des choses avantageuses : « et son premier effet, qui est la joye que nous en avons ressentie, « ne sçauroit avoir aussi de moindres suites, qu'une alliance plus « étroite que jamais entre eux, pour la prospérité commune de « leurs sujets, et mesmes de toute l'Europe.» (Gazette, année 4 658, p. 4198.)

à fait prudente, à la jalousie que lui causoit la trop grande beauté de sa fille, parce que l'on ne croyoit pas que cette princesse, qui avoit joint à un fort grand agrément naturel toutes les qualités qui font estimer les plus grands princes pour le gouvernement des États , eût tout à fait dépouillé celles qui sont naturelles aux personnes de son sexe, d'être bien aises de plaire et d'être aimées.

La jeune princesse étant passée en Bavière, y demeura sans autorité, tant que l'Électrice, sa bellemère, vécut. L'Électeur, son fils, avoit une déférence entière pour elle, et lui abandonnoit, et aux ministres qui avoient gouverné sous son père, particulièrement au chancelier Rurts (i), le soin principal des affaires. Ainsi cette cour demeuroit toujours fort autrichienne.

Mais le crédit que la jeune Électrice prenoit de jour en jour sur l'esprit de l'Électeur, son mari, et les inclinations qu'elle lui inspiroit pour la France s'augmentèrent considérablement en 1657, lorsque la diète, pour l'élection de l'Empereur, fut convoquée à Francfort, après la mort de Ferdinand III. Le maréchal de Gramont et Lionne, qui y étaient

(I) Curts (voy. Mémoires de Gramont, collect. Petitot. t. i.vi, p. 474).

ambassadeurs du roi, portèrent les choses au point qu'il fut à son choix d'accepter la couronne impériale (i); mais TÉlectrice, sa mère, ses ministres et toute sa cour lui firent tant de peur d'un poids qu'il ne seroit pas en état de soutenir, lorsqu'il se seroit rendu toute la maison d'Autriche ennemie, qu'il manqua une conjoncture qui faisoit entrer l'Empire dans sa maison.

Cette affaire servit toutefois à la princesse, sa femme, pour l'engager dans de plus fortes liaisons d'amitié et de reconnoissance pour Sa Majesté. L'Electrice douairière mourut quelque temps après (2), et, comme elle continua à se rendre plus puissante sur l'esprit de son mari, elle l'attacha de plus en plus aux intérêts de Sa Majesté. Elle y fut secondée par le landgrave Herman de Furstenberg, premier ministre de ce prince, frère de Tévêque de Strasbourg et du prince Guillaume, et qui avoit pris par eux le même attachement pour la France.

(1) « Gramont partit pour Munich, afin d'éclaircir la situation. « 11 trouva un jeune homme doux, timide et dévot, sans volonté « personnelle, poussé par sa femme, princesse de Savoie, pleine a de fierté et de courage, mais retenu par sa mère, archiduchesse « d'Autriche, et surtout par son ministre et par son confesseur. « Gramont reconnut qu'il n'y avoit rien à espérer et repartit sur- « le-champ, » (H. Martin, HisL de France, t. xiv, p. 451.)

(2) 25 septembre [1665.

Ainsi celle cour, de toute autrichienne qu'elle étoit, devint toute Françoise; mais un lien bien plus étroit et bien plus puissant acheva de l'unir tout à fait au roy.

Sa Majesté, par une double vue, et de choisir une princesse pour monseigneur le Dauphin, et de s'assurer d'un prince si considérable dans l'empire, dans le temps qu'elle méditoit la guerre contre la Hollande, jeta les yeux sur la princesse Marie-An ne- Victoire Christine. Elle étoit fille de l'Électeur et de l'Electrice de Bavière, et étoit âgée de près d'un an seulement de plus que monseigneur le Dauphin. Ainsi les âges étoient sortables, et les bonnes qualités qui paroissoient déjà chez cette princesse la rendoient plus agréable à Sa Majesté. L'Electrice, qui l'aimoit tendrement, ne souhaitoit rien si fortement à la princesse qu'un bonheur semblable à celui qu'elle avoit désiré avec tant d'ardeur pour elle ; aussi en avoit-elle déjà fait faire quelques ouvertures, et elles avoient passé par le landgrave Herman dans les mains du prince Guillaume, son frère.

Le roy se détermina, en 1670, à cette alliance, et envoya un pouvoir à Gravel pour la négocier. Il étoit plénipotentiaire de Sa Majesté à la diète de Ratisbonne; il passa à Mnnik et y fit un traité

d'alliance défensif avec l'Électeur. Par un des articles, le roy lui promettait son assistance pour le mettre en possession du royaume de Bohème, en cas que l'Empereur ne laissât que des fdles. Il prétendoit que le droit de succéder à cette couronne lui étoit acquis par l'Électrice sa mère, fille de Ferdinand II, à l'exclusion des fdles qui seroient nées de ses fils.

Mais outre le traité qui devoit durer dix années, durant lesquelles Sa Majesté lui donnoit un subside de 100,000 livres par an, Gravel en signa un autre particulier pour le mariage de la princesse, qui devoit avoir son effet sitôt que monseigneur le dauphin seroit en âge. Ce traité devoit demeurer secret; et pas un aussi ne l'a été davantage, puisqu'il n'a cessé de l'être qu'après le mariage accompli.

Une marque si considérable de l'amitié de Sa Majesté pour l'Électeur et l'Électrice de Bavière, et une si grande espérance les tenoient suffisamment attachés à la France, lorsque le roy commença la guerre contre la Hollande. Ainsi, il ne fut pas besoin de nouvelles liaisons pour s'assurer de ne l'avoir pas contraire ; il accorda même à l'Électeur de Cologne, qui étoit uni à Sa Majesté dans cette guerre , un régiment d'infanterie , comme pour

soutenir un prince de sa maison. La seule précaution qu'il y attacha, fut d'être assuré de la garantie de Sa Majesté, en cas qu'il fut inquiété en haine de cette assistance, et Sa Majesté la lui promit par écrit.

Mais lorsque, vers le mois d'août de l'année 1 672, l'Électeur de Brandebourg prit les armes, conjointement avec l'Empereur, sous prétexte des places occupées dans le duché de Glèves , Sa Majesté jugea à propos de faire connoitre ses intentions dans tout l'Empire, sur le dessein sincère qu'elle avoit d'entretenir les traités de Westphalie, et envoya, pour ce sujet, des ministres exprès dans les principales cours d'Allemagne. Le duc de Vitry, qui servoit alors de maréchal de camp dans l'armée de Sa Majesté, fut choisi pour celle de Bavière (1). Il devoity représenter les raisons indis-

('I) Le duc François de Vitry était fils de Nicolas de Vitry, capitaine des gardes de Louis XIII, qui avait assassiné le maréchal d'Ancre : il commença, comme son père, par la carrière des armes et devint, pendant la minorité du roi, un des généraux de la Fronde, sous les ordres des ducs d'Elbeuf et de Beaufort. Après le triomphe du pouvoir royal, il embrassa la carrière diplomatique dans laquelle il ne rencontra que des succès. Doué d'un génie vaste et profond , éclairé par des études sérieuses et par les leçons de l'histoire, il avait acquis une si grande capacité, que les ministres des autres puissances redoutaient de traiter avec lui.

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pensables de la guerre, qui avoit obligé le roy de chasser ses ennemis de ces postes si importants sur le Rhin. Il avoit pouvoir de promettre que Sa Majesté les remettroit à l'Électeur de Brandebourg, aussitôt que la guerre avec la Hollande seroit finie et pouvoit offrir de les déposer dès l'heure même entre les mains d'un prince de l'Empire ; et pour marquer plus de confiance à l'Électeur de Bavière, il étoit chargé de lui témoigner que Sa Majesté verroit avec plaisir qu'elles fussent mises entre ses mains.

Il lui devoit encore proposer la même ligue dont Sa Majesté faisoit faire l'ouverture dans les autres cours d'Allemagne. Elle devoit être formée à peu près sur celle du Rhin de l'année i658 contre les princes de l'Empire qui, en donnant secours aux ennemis de la France, contreviendroient à l'esprit des traités de Westphalie.

Le roy rejetoit sur la marche des troupes de l'Électeur de Brandebourg et de l'Empereur la nécessité où il étoit de maintenir une armée au delà du Rhin pour le secours de ses alliés, toujours prêt à la rappeler, lorsque ces princes retireroient les leurs dans leurs États.

La cour de Bavière fut la seule où l'on entra effectivement dans les pensées de Sa Majesté. Le

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