CHAPITRE Vffl
SOMMAIRE : L'exil de Menchikow; sa grande existence à Pétersboni^; les in&« mies commises par loi an pouvoir; son admirable eonrage dans le malheur; sa mort chrétienne. — Rappel de ses en&ns; mariage de -sa fille ayec le frère de Bieren. -^ Les fils et les petits>fils de Menchikow. — Le parti allemand, — Le parti rosse. — Les aspirations constitutionnelles à la mode suédoise. — Ce qu'était la constitution suédoise de cette époque. — Erreur du parti russe, toulant la liberté pour la noblesse aree le maintien du peuple sous le joug du serrage. — Influence des Dolgoroukow et leur égoîsme. ^ Genre de rie de l'ierre II à Moscou. — Ses fiançailles avec la princesse Catherine Dolgoroukow. -«- Tristesse du jeune empereur. — Les Dolgoroukow perdent la tête de joie et d'orgueil. — Maladie de l'empereur, d'abord bénigne, puis incurable. — Tristesse du peuple ; anxiété de la' noblesse. •— Folles visées des Dolgoroukow; ils ne veulent point écouter les s^es conseils du vieux maréchal. — Us confectionnent un testament impânal, et cocàr
. mettent un &ax« — Mort de Fleire IL .
Pierre II fit son entrée solennelle à Moscou le 4 février 1728; trois semaines après, le 25, ent lien la cérémonie du sacre impérial, et un mois après le sacre, le sort de Menchikow et de sa famille fut définitivement décidé. .
Le 24 mars, une lettre anonyme, adressée à Tempereur,. fut ramassée à la porte Spàsski, au Kremlin. Dans cette lettre Ton reprochait vivement à Tempereur Fexil de Menchikow dans sa ville de Raaenr hoorg, à 837 verstes de Moscou (aujourd'hui ville de-district de la province de Riazane); on lui conseiïlaît de restituer à nilûstre exilé te^ rênes du gouvernement, et Ton critiquait là conduite et les actes dq souvei^aio. Il est impossible de croire que Menchikow, si intelligent ef si rusé, ait pu commettre la faute insigne de faire écrire une lettre aussi maladroite; était-ce une faute commise par des amis privés de tact et ignorant le terrain de la cour, ou bien était-ce une machination atroce de la part des ennemis du généralissime disgracié, Ton n'a jamais pu arriver à éclaircir ce fait. Toujours est-il que les Dolgoroukow, redoutant Tesprit de Menchikow, et ne le trouvant point suffisamment éloigné de Moscou, profitèrent de cet épisode pour lui porter
4e dernier coup et le plus rude de tous : ils firent confisquer son impaense fortune*, et le firent envoyer en exil à 3,352 verstes de Moscou, à Bérêrow en Sibérie, où il mourut Tan suivant.
Le prince Alexis Dolgoroukow et son fils Ivan, alors à Tapogée de la faveur, ne se doutaient guère que deux années plus tard ils iraient remplacer Mencbikow à Bérèzow, le premier pour y mourir après quatre ans d'exil, et le second, pour y passer huit années, au bout desquelles on le ferait revenir pour le torturer et récarleler.....
La lettre anonyme fut reconnue pour être de la main du confesseur de la vieille czarine Ëudoxie, ce qui serait de nature à faire croire à Faction des ennemis de Mencbikow, dont le calcul, à celte occasion, se trouva juste. Pour ce qui en est du confesseur, abandonné par ceur qui l'avaient fait agir, il fut knouté et envoyé en Sibérie.
A la cour de Pierre I, Mencbikow avait une position spéciale, et pour ainsi dire bors de ligne du rang des simples sujets. Prince et duc d'Ijora, lui et sa femme avaient le pas. immédiatement après les membres de la famille impériale; ils jouissaient de pri villes 'et dis* tinctions inaccessibles aux simples particuliers, comme par exemple celles d'avoir des gentiisbommes de cour (kof-younker) et des pages de familles nobles.
La i^incesse Daria Miliaïlowna, née Arséniew, d'une famille •d^aneienne. noblesse f était une personne assez insignifiante, mais bonne et douce; en revanche, sa soeur Barbe, vieille fille non-mariée, petite, bossue, contrefaite, remplie d'esprit, mécrhante comme la peste, exerçmt, sur son beau-frère, une influence considérable et très-funeste à la Emilie, en lui attirant de nombreux ennemis par sa hauteur, son ton aigre, tranchant et ses implacables yengeances. Cette vieille, fille fat là mauvaise fée de. la famille. ^— Lors des fiançailles de sa niàçe ayee J-ençereur j nommée , dame d'honneur (obfir'tuifff^^rim)j elle, a^
^^ *. Cette fiirtiwe (Consistait en 90,000 serfs, les villes d'brinîenbanm, îyuntkhui^;'So«i j^orîif, Banenbonrg, Pétcliëp, Batburihe ; 4,^00^0 de roubles "(plus'de 25,000^000 d«, êt0ieitf^ inôxuude aetnelle) saisistsïiefc lui dans des teane«ii;xmnpli]i>d?OE; aies ;Qap|tainc peur une somme de 9,000,000 de roables (environ 60,000,000 de francs de monnaie aèfluefie) dépOBéS] a«K baiiqiieS de Londres et d'AmsI^vdaîni des/diams^jet olj^ts ^^aaMtkia. de diamans pour 1» talenr de plias de 1,000,000 de lt»ableft| 45 livres ({^èp 4é 20 kiloe) d'or en lingots; de la vaisselle d'or et.des.pbjets d'or pour le p9idt49 *^ livrea i'iS kilos); trois services en vaîSseUe d'af^ent àvJN doiw^^ ^riel^eii diaetiiirl'ua'de ces services avait été ooùf^tioimé jà 'lipudr^, «u^-ft!»^ à ^fifànbonrg, le txcÂaihmê à Angsbeiirg ; il venait d'eni commander nn <pi^trif^e> -IPWris, î^nr lequel il avait déjà payé des arrhes; enfin, un mobUier d'une magnlfieenqe teUe, que peu de-souverains en Europe en possédaient un pareil à cette époque.
f Ils sont issus d'un mourza tatar, Oslane, lequel se fit baptiser sous le nom de Proeope, en l'an 1389; il épousa Marie Zotovna Jitow, fille d'un gentilhomme de la chambre (stolnik) du grand-duc Bmitri Donskoy . De ce Proeope sont issus les Atsémew, les Somow, les Rtistchew; l'une des familles du nom de Jdanow et l'une d'entre les^nombreuses fiunilles du nom de Pavlov.
faisait baisser la main paar )es daines de ia coar!!!. Après la cholè de son beau^frère^ eNe fut exilée au ceavent de F Assomption dans là Tille d'Aiexandrow, à 164 verstes de Hoscoo, et contrainte d'y prendre le voile; elle y finit ses jours.
Ménchikcyw menait une existenee de souverain à Yassili-Ostrow, dans' son immense maison (aujourd'hui le premier gymnase militaire) au-delà de laquelle s'étendait un vaste jardin, avee des serres, des volières^ et un enclos pour bêtes à chasse. A cette époque, il n'y avaft point de ponts sur la Neva; pour se rendre de ce côté de l'eau, Menehikow U*aversait la rivière dans on grand bateau doré, à douze et parfois à vingt-quatre rameurs; les bancs de bateau se trouvaient tendus de velours vert. De ce côté de la Neva l'attendait une voiture dorée en forme d'éventail, à roues basses; sur l'impériale du carrosse se voyait une grande et haute couronne princièré; la voiture était attelée de six chevaux aux harnais de velours couleur amaranthe avec ornemeôs d'or ou d'argent. En avant marchaient les heydùques; ils étaient suivis par deux pages à cheval, en habits de velours bteu à galons d'or; deux gentilshommes de la cour du prince caracolaient aux portières de la voiture, et six dragons à cheval fennaient la marche.
Pierre H ne se souciait nullement d^épouser la princesse Marie Menchikow, laquelle, de son côté, ne pouvait souffrir son fiancé. L'on raconte que le jeune empereur s'était mis, un jour, aux genoux de sa Boeùr, la grande-duchesse Nataiie, pour la strpplier de faire opposition à ce mariage. — Menchikow espérait pouvoir fwcer la main au jeuiie prince, et en attendant, la fumée de la vaaité avait à uil tel pi^nl aveuglé le généralissime, qu'il hésitait à accorder sa Seconde fille, Alexandrine, au prince héréditaire d'Anhalt-Dessau, par la raison que la mère de ce prince était la fille d'un pharmacien : le fil» de pajfsj^ rex*pitissier, l'ex^nigaoïi redoutait de se mésallier...* : Lors de $m exil à Ranenboorg/ en septembre 1727, M^ ^eoriimit ia grande imprudence de qubter Pé(erd)oDarg avec luie j^ooipe^
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f Le prince d'Anbalt-DeMttiJdon tifigwittt^ Lé<^ld<n# «n 1679, inprt «« lU%i 4'iiii des pins célèbres d'entre les m«réclMuuE prussiens, «t ma%ré ses mùmiièiSQP iNrnbqaçs, Pan des phis populaires dans l'armée prussienne comme il Wfiitaiisil parmi ses propres sujets, ârait soccédé^à son p^ à l'âge de U ani. Seul rejetafi:^* la Imuiche de Dessau, il épousa, à Tftge de 19 ans, en mariage mor^suttatiqgto, Aonittr Iiooise Fosen, fille d'im pharmacien de la ville de Dessan, de deux années pJnsâgIto que lui; il en eut, en 1699, un fils appelé Guillaume-Gustave, et en 1700,^ un antve nommé Léopold-Maximilien. — Le 29 décembre 1701, l'empereur d'Allemagne Léopold I créa Amia-Louise Fôsen princesse du saint-empire; le mariage fut déclaré, et les deux fils reconnus princes, ils eurent ensuite encore trois autres fils et quatre filles. Ce fut pour le prince Guillaume-Gustave que Ton rechercha la main de la princesse Alexandrine Menchikow. — Sa descendance s'est éteinte; le duc régnant d'Anhalt est Vairière-potit-fils du prince Léopold-Maximilien.
un éé^ qui éblouirent le peuple, irritèrent ses ennemis et blessèrent rèmpereur; il partit en plein .jour, traversant la ville dans un carrosse magnifique, suivi d^nne file de carrosses, d'équipages de tous genres, de chevaux de selle superbes, et d'une suite de cent vingt^sept serviteurs. — On fit partir après liii un courrier, pour lui retirer ses décorations^ confisquer ses équipages et Tobliger à continuer sa routt» dans de simples charrettes couvertes (kibitjca)^ ce courrier le rejoignit à Tvèr, et 1- ex-généralissime traversa Moscou d'une, façon Mea différente de son: départ de Pôtersbourg, si. solennel et i^ pompeux.' ^
Au mob de décembre, le conseiller d'état actuel ivan Pléstchéi^Wv ami de la famille Dolgoroukow, fui envoyé à Banenboorg pour«|aire subir à Menchikow un interrogatoire, formulé dans les questimis suivantes : •;.•.,
1*" Quel était le texte littéral de sa correspondaïkce avec le séniatear suédois Dûcker, auquel il avait donné l'assuranee, pour la Suède, de n'avoir rien à redouter, l'armée se trouvant placée sous ses ordrea^ et au cas de ia maladie grave de l'impératrice, il sollicitait, au besoin, l'aide de la Suède. De quel aide parlait-il? Qui avait éërit ces lettres? Où se trouvaient les brouillons, de ces lettres, ainsi qUe les originaux de celles, à lui adressées par Dûcker?
2"* Comme il avait l'habitude de tenir l'ambassadeur suédois à Pé<* jter^urg, baron de Cëderkreutz, au courant des affaires secrètes d'étal, quelles commimications lui avait-il adressées à cet. égard?
3° Consent-il à avouer^ avoir reçu, de l'argent, de la Suède, et entre autres 5,000 ducats pour. la. Jettre ei-dessus citée, adressée à Dûcker? Par l'intermédiaire de qui cet argent lui avait-il été remis?
4'' Comment avait-îl osé frustrer la duçhe&;se de , Holstein • d'unç somme de 80,000 roubles sur 300,000, qu'elle > avait eu à tçpîher .du trésor avant son départ de Russie? -^ II, s'était emparé de. oe^e somme, en faisant... signer à la duchesse un reç^ d^ .^^0,^00 rp^ble^ l«adi$ qu/elle tf avaii reçu, en réalité, q]»e 220,000. roubles. f> . ^ .S?,.V«'9ipBreur ayani fait cadeau à fô tant^^la duchesse de ^ol^eiii» de la créance du trésor sur le négociant anglais Marssey, Menchikow 6Mîgea^ la duchesse à lui en 'céder ta moitié, et le 'baron Stambkfen, )ninislré liôlsiéinbis à Pétersbourg, avait prodaitun teçû'de 2,O0Oau: cats, signé, au nom de Menchikow, par son ai(îe-de-câmpM.e bafon de LieviÇii? ••;-.. .-'■■'. ,:..,..''.
' €etta enquête traîna fendant tout l'biver, et à ta fin de mars^ la feilfe anonyme dont j*ai parlé vint achever la perte du prince-duc.
Après lui avoir confisqué tout ce qu'il possédait, on le fit partir pour Bérëzow, avec sa femme, son fils et ses deux filles; on lui permit d'emmener avec soi dix serviteurs des deux sexes, et on lui assigna, pour son entretien, celui de sa famille et de ses gens, 6 roubles (envirpn 32 francs de monnaie actuelle) par jour. Il fit preuve d*u&
coarage imperturbable et d'une admirable présence d*esprit, mais 9 n'en fut point de même de sa femme : à force de verser des larmes» elle perdit la vue, tomba malade en route. et mourut au village d'Ooslone, à 12 verstes de Kazan, sur le Volga; elle n'avait pas 48 ans, et au cimetière de ce village Ton montre la tombe modeste de cette femme, qui avait passé sa vie au sein d'un luxe oriental. La famille exilée continua sa route.
Villebois, dont les Mémoires sont un triple extrait de blagues, raconte comment Menchikow rencontra en chemin des officiers qui ignoraient sa chute; comment à Tobolsk on lui jeta de la boue; enfin^ comment, après sa mort, ses enfans, à Bérëzow, eurent une conversation avec les Doigoroukow exilés. Tout cela ne sont que des mensonges^
La chute de Menchikow, arrivée Tannée précédente, ne pouvait aucunement être ignorée nulle part en Russie : elle équivalait, par son importance, à un changement de règne; le généralissime ayant été, .^uis la mort de Pierre I, le véritable souverain de Tempire* — Les exilés de distinotion envoyés en Sibérie se trouvaient, à cette épocfue^ toujours; acecmpagnés» d'un ofiioier et d'une escouade de scldats, ne ^èrotetlà&t à personne de s'approcher d^eux et encore mmns' de. leur adresser; U parole; personne n'aurait été asser osé pour enfreindre cet osiige,' dont ia vioâaiSoa pouvait c(Hidui're au knout et à une prison de {rfii6ieui^> années. Enfin, les enfans de M^chikowf ont quitté Bérëéomr avant FarriFée des Doigoroukow- La nduvelle de. la moci>de Meoicbi^ fcdwvparvint à. Moscou^ peu après Tavénemen^ d'Annerau trône, easnars t73&. Le'Tprfaiee "Alexis Shahovskey^ .mapié à une Arséniew, .parente ék»gnéd de- feue la princesse Menchikow, obtint sur^le-cbamp le.rappel.de ses enfant, tandis que les Doigoroukow,' exilés à la campagne en avril, 0ù Sibérie au mois de juin, n'arrivèrent à Bérëzow qu'en automne.
Menchikow, dans son malheur, fit preuve, je l'ai dit, d'une force d^âme immeAse et véritablemoit digne d'admiration. — Lorsqu'il donnait, l'année précédente, après les fiançailles de sa fille avec l'empereur, Tordit d'insérer dans Talmanacb officiel pour 1728, parmi les membres de la famille impériale de Russie, son nom à lui, ceux de sa femme, de son fils et de ses deux filles, il ne se doutait^ certes, point, que cetfe année 1728. le verrait exilé au fin fond de ia Sibérie, à Bérëzow, où l'hiver dure sept mois de l'année, le froid atteint 40'' Réaumur, avec un vent du nord très-vif; en été la terre dégèle seulement à la profondeur de trois quarts d'archine (54 centimèttes)^ en novembre et (Membre l'aube du jour se lève à dix heures du matin, et à trois heures de l'après-midi il fait nuit; mais en revanche, au mois de juin, le soleil disparait de l'horizon pour moins de deux heures; l'été dure moins de trois semaines; au printemps et en automne régnent d'épais brouillards, émanation des vastes marais dont Bérëzow se trouve en-* touré Là cet homme si dépravé dans les jours de sa prospérité
Sjiouîq et fabuleuse, perdu de vices, orgueiUeux, cru^l, côneussioQ* naire, s£uis foi ai loi, se transforma subitement en un modèle de pa« tience, de douceiur, de calme, de résignation; après avoir vécu comme un scélérat, il finit par une mort telle que le meilleur des chrétiens pourrait en désirer une pareille. — Avec Faide des quelques serviteurs dont il se trouvait accompagné, il se bâtit, maniant lui-môme la hache» une petite maison en bois, sur la rive escarpée de la Sosva; il bâtit paiement une église (détruite par un incendie en 1765); pendant le «ervice divin, il remplissait Toffice de sous-diacre et celui de marguillier, et après la messe, il improvisait parfois un sermon. Il dictait à ses enfans les souvenirs de sa vie; malheureusement. Ton ignore ce qu'est devenu ce manuscrit véritablement précieux. Le rude climat du nord raffermit sa santé, jusques-là a$sez délicate; il était maigre et frileux; dans son exil il prit de Tembonpoint et s'aguerrit au froid.
Sa fille aînée, Marie, Fex-fiancée impériale, tomba malade en 1729; il n'y avait point de médecin à Bérëzow, et Menchikow la vit mourir dans ses bras, à^Fâge de 18 ans. Il Tensevelit de ses propres mains, Jiprès avoir Juiriiiéme creusé la tombe de la pauvre leime fille. D.lui .»lirvé<{Ut de p§u : lue ioflammatio» se déclara; à Bérëzow il a*y ^Ydil^ ilpn-seulenieiit poim de chirurgien, niais pas môme de barbier ;,perft(MÔ# me pi]((.)^; saigner, il .mooriit le< 22 octobre i729, à Tâg^^de 86 ia% i6t fut enterré prè». de relise par lui bâtie, à ,iiwe yingtaûie. di»' mèMI 4ai)ord d0 la^rivi^. JLâ re^^oA^ cel hoonfie réritableoieni {ibéoomàitat <|ui fut grand par! se$^ t»ieiis, odieux -par sea Tices 4an8 les jours à» W prospérité; rgraad et 3yii^aKiiqa6 par «on courage ^el $a rteigoatiot daas le malbeur, ,qoi sort meonte^lablement de la ligne des beoimei ordinaires, et auquel il fut donné d'apparaître dans les annale» é» notre pays comme un éclatant météore, tantôt utile, tantôt malfaisaaii mais toujours lumineux...
Après la réception à Moscou de la nouvelle de la mort de Meneb^ kow, le prince Alexis Sbahovskoy, le mari de Tune des parentes éloignées de sa femme, lieutenant-colonel de la garde à cheval et Tùn des courtisans les plus assidus de Bieren, obtint de celui-ci le rappel des enfans de Tillustre exilé, Alexandre et Alexandrine. — Le prince Sbahovskoy s'y prit habilement Les banques de Londres, et d'Amster* dam, auxquelles le gouvernement russe avait réclamé les immenses capitaux déposés par le maréchal, avaient refusé de les restituer autrement qu'à ses héritiers légitimes. — Avec les procédés du temps, il n'y a nul doute que, sans l'intervention de Sbahovskoy, l'on aurait eu recours à la torture pour obliger le jeune Menchikow à faire les démarches légales nécessaires pour retirer ses capitaux de Londres el d'Amsterdam. Sbahovskoy persuada à Bieren de profiter de l'occasion pour marier son frère Gustave à la jeune Menchikow et s'emparer des immenses capitaux du jeune honune. C'est ce qui eut lieu^
Alexandre Mehchikow, âgé de 17 ans, fiit rétabli dans ses titres dé prince des deux empires de Russie et d- Allemagne et d'altesse, mais celui de duc dljora ne lui fut point restitué; des 90,000 serfs possédés par son père, on lui rendit près de 2,000 serfs, c'est-à-dire la cinquantième partie; il n'obtint rien des capitaux ni des immenses richesses mobilières de son père; et il fut nommé enseigne aux gardes Préobrajenski, après avoir été auparavant, à l'âge de 13 ans, lieutenant-géné* rai, grand-chambellan, chevalier de Saint- André et de F Aigle-Noir de Prusse. II fut obligé de placer à la disposition du gouvernement lés 9,000,000 de roubles déposés par son père aux banques de Londres et d'Amsterdam : 8,000,000 furent en partie confisqués par l'état, en partie volés par le favori fiieren, et le neuvième million fut donné à Gustave Bieren qui épousa la princesse Alexandrine Menchikow, cellelà même dont le maréchal prussien, prince régnant d'Anhalt-Dessau^ avait recherclié la main pour son fils aîné. Cette pauvre jeune femme fut très-malheureuse dans son mariage; elle mourut le 13 octobre 1736, à r%e dé 24 anSj sans laisser d'enfans.
r Le prince -Alexandre Menchikow devint plus tard général <m ch^^ «làjc^iâux gardes et cordon de Saint-Alexandre^ XTétait ismr bonâûê fÂffMte^iaiit nul; iHsànt la bêtise; rempli de morgee dans son aâ#- Jescektce,ant: jours dé la ioiite-putssabce de son père, îî était devemi, It'^oQ r^our de la Sibérie, poU et prévensutf envers tous. Il épousa a^e Gâtiisjriiey soeur consanguine de ma tri«aïeale, et moaml eil ITSè» lir l'âgé de &0 aQs, laisssmt deux filles et deux fils, dcmt l'aîné, Pierh^ '^^iir|)oii|t de postérité mâle*« Le plus jeune, le prince Serge, dam Hsa; jeaneèdO' aide-de*ca6a^ de Catherine II, et plus tard sénateur, moilr^ tk 1813, à l'âge dé 68 ans, laissant, de son mariage av^ une éafitsyné, jièWL flis et une fille, la princesse André Gagarine. Le fils aine da prince Serge, l'amiral prince Alexandre, ancien ministre de la marine et commandant l'armée russe dans la guerre de Criiûée, a eu pour vérits^Ie père le célèbre, comte Armfelt' (l'ami de Gustave III et le père du ministre secrétaire d'état de Finlande). Le prince Serge Menchikow avait hérité de la nullité de son père, et malheureusement, des goûts dépravés de son célèbre aïeul; il était d'autant moim excusable, qu'il se trouvait marié à l'une des plus belles femmes de la Russie.
Sous le règne de Pierre II, il y avait à la cour de Russie deux partis, sans compter celui de la famille Dolgôroukow, que nous ne ' * Le prince Pierre Menchikow laissa de son mariage avec nne Dolgôroukow {soenr consangnine du ministre de la justice et nièce de ce même prince Ivan^qui avait été l*un des principaux auteurs de Pexil et de la ruine de la famille Mendiikow) deux fiUes, madame Néiëlow et madame Kochélëw. Les deux soeurs du prince Pierre épousèrent : l'aînée, le czarévitch Alexandre Bakarovitch de Géorgie, petit-fils du czar Vahtang ; la plus jeune, Etienne Stépanovitch Zinoview, ministre de Russie à Kadrid sooa le règne de Catherine II.
pouYonis appeler dû nom de parti : c^était une coterie, et voilà tout Le devoir, souvent bien pénible, de Timpartiale vérité, nous oblige à dire que sous le règne de Pierre II les Dolgoroukow ne représentaient aucun parti, aucune tendance autre que celle des vues les plus personnelles, les plus égoïstes, ayant pour but, uniquement et excio^ sivement, d'abattre toute influence de cour pouvant rivaliser avec la leur, de s'enricbir, de jouir de la vie et de ses plaisirs, sans le moindre respect ni des droits, ni de la dignité d-'autrui. Le seul m^ite qu^ils aient eu, ce fut de n'avoir point été cruels; à Texceplion dé la terrible catastrophe de Menchikow, avec lequel c'était» pour eux, une lutte à 'mort, les divers exils du règne de Pierre II furent remarquables par leur mansuétude et aucune fortune ne fut confisquée, celle de Menchikow exceptée, il faut ajouter que les cruautés, les mesures violentes répugnaient, au caractère de Pierre II et encore plus à celai de sa soeur, la jeune grande-duchesse Natalie^ laquelle, si elle eut vécu, aurait pu devenir Fange-gardien de la Russie. En iTÈ9, le jeune empereur, en vertu d'une promesse faite à son adorable soeur au lit de jnort de ceUe-ci, abolit la terrible chancellerie secrète de Préobrajenski, océée par son bisaïeul le <îzar Alexis, et que ta féroce impératrice Anne ^ bâta de rétablir immédiatement après son avéhemelot au trône. . Les-réformês de Pierre I avaient é|é si fadicsdes, si vivaces, et slû osilietv d'une masse de souffrances individuelles, avaient déjà produit pouri l'état 4eS' t'ésnltats si importans, des résultats dont l'évidente utilité' éclatait d'une façon si incontestable aux yeux des hommes leé plus* prévenus contre ces réformes, que parmi les classes supérieuiies (les seules appelées, en ce temps*là, à exercer une influence sur la marcha des affaires), il ne pouvait plus être nullement question d'un retour aux moeurs, us et lois antérieures à l'époque du terrible, mais éi intelligent réformateur. Autant aurait valu essayer de remettre aux lisièf^es un garçon de dix ans. Personne ne pouvait songer à ressusciter un passé définitivement mort, mais la divergence, et une divergence radicale, portait sur la marche à suivre dans les réformes.
Le parti ■ nouveau, ^pelé aussi parti allemand, voulait continuer à marcher dans la voie tracée par Pierre I : maintenir l'absolutisme dans toute sa plénitude, faire une guerre incessante, impitopble aux vieux usages du pays, aux traditions nationales, à tout ce qui rappelait Tordre de choses antérieur à Pierre L Ce parti avait raiscm en affirmant que les usages et les traditions russes, à la fin du dix-septième eièele^ étaient un mélange de la barbarie mongole avec la pourriture byzantine; qu'il fallait régénérer la Russie par la civilisation européenne, et la régénérer à quelque prix que ce fût. Ce parti ne se trompait nullement en ajoutant que l'organisation politique de la Russie, au dix-septième siècle, était pourrie à un tel point que nous n'étions point de forée à faire la guerre aux Turcs, et deux fois .nous avicms, fort heureusement.
el grâce à Dlea,. été sauvés par le fanatisme, le manque de tact et rineptie politique du clergé catholique et des magnats polonais : ils avaient empoché le prince Ladislas de Pologne de ceindre la couronne de Monomaque en s'opposant à son changement de religion, et un demi-siècle plus tard, ils nous avaient sauvés encore une fois en obligeant, par leurs persécutions religieuses et aristocratiques, les Petits-Russiens à se jeter dans les bras de la Russie. Aux objections, adressées aux hommes du parti allemand, sur les, difficultés à conduire la nation, surtout la classe élevée, mise en contact avec la civilisation européenne, au moyen des procédés asiatiques de Pierre I, ces hommes répondaient que les élémens mongols et byzantins se trouvaient trop • fortement enracinés en Russie pour avoir rien à redouter à cet égard; que des individus se laissant, malgré leurs richesses et leur position sociale, paisiblement dépouiller, exiler, fustiger, knouter, mutiler, ne ressemblaient en rien à la noblesse européenne; qu'il n'y avait point
de joug dont la pesanteur put leur paraître insupportable L'histoire,
les événemens postérieurs, ont, hélas, trois fois hélas, donné raison aux hommes de ce parti...^
Le parti russe, appelé à tort le parti viettx-Tnss^^ hi-méme sHmaginant l'être d'ailleurs, comprenait aussi le danger et l'impossibilité de rétablir le passé dans son entier, dans tonte sa vétusté; il voulait développer la civilisation en Russie sans renoncer aux moeurs de la vie privée, et en accordant, à cet égard, une seule concession, d'ailleurs la plus importante de toutes, puisqu'elle était, à elle seule, toute une ^ révolution sociale : il ne prétendait point rétablir l'usage tout asiatique de la claustration des femmes, usage introduit en Russie sous le joug mongol et brisé par Pierre I. Le parti russe voulait se servir des étrangers; il en comprenait l'inévitable urgence, mais il ne voulait s'en servir qu'avec discernement, et sans laisser les étrangers arriver aux poste^ élevés de l'état, à moins de les voir embrasser la religion grecque et épouser des demoiselles russes, ainsi que cela avait eu lieu jusqu'à l'époque de Pierre L Enfin, la grande majorité du parti russe, lasse du joug écrasant des czars, voyant avec une jalousie insigne, et bien légitime, l'indépendance, poussée même à l'excès, deç gentilshommes polonais, ainsi que la constitution tout récemment établie en Suède ^près la mort de Charles XII, voulait poser des limites au pouvoir impérial.
L'influence exercée par l'exemple des institutions suédoises, sur la conduite de la noblesse russe en 1730, m'engage à dire ici quelques mots au sujet de ces institutions. En Suède, le parlement se trouvait composé, jusqu'à l'année 1865, de quatre chambres : 1"* la chambre du clergé, où l'archevêque d'Upsal et les divers évéques dégeaientde droit, et les autres ecclésiastiques par élection; 2'' la chambre de la noblesse, où siégeaient de droit tous les chefs des familles nobles sans
exception, divisés en trois sections, votant cliacune séparément : a) ta section des comtes et des barons ; b) la section de la noblesse ancienne et c) celle de la nouvelle noblesse; 3** la chambre des bourgeois; 4* la chambre des paysans; toutes les deux composées par élection. Enfin, un sénat viager de seize membres était le conseil du roi pendant les vacances du parlement.
Les rois Charles XI et Charles XII avaient cessé de convoquer ce dernier, s'étaient arrogés le pouvoir absolu le plus despotique, et avaient réduit le sénat à n'être plus qu'un bureau d'enregistrement. A la mort de Charles XII, les généraux proclamèrent reine de Suède sa soeur, Ulrique-Éléonore, mariée au prince Frédéric de Hesse-Cassel. Mais le $énat annula cette élection, convoqua le parlement, et de concert avec lui, élut cette même princesse Ulrique-Éléonore, mais à la charge, par elle, de régner aux conditions suivantes : 1** le pouvoir législatif, le droit d'établir les impôts, déclarer la guerre et conclure la paix sera exercé en commun, par le roi et le 'parlement; 2° la majorité du souverain sera fixée à 18 ans; 3"* le souverain gouverne le pays avec l'intervention du sénat; 4** les principaux fonctionnaires civils sont nommés par le sénat, à la majorité des voix; 9* les sujets du souverain, y compris l'armée et la flotte, prêtent serment de fidélité au souverain et à l'état.
Cette constitution subsista en Suède jusqu'en 1772; elle fut renversée par Gustave III, et le pouvoir absolu, rétabli, dura jusqu'en 1809, date de l'établissement, en Suède, de la monarchie constitutionnelle. — En Russie, les nobles les plus riches, les plus élevés en position sociale, visaient directement à l'établissement d'une constitution semblable à celle de la Suède, maïs la grande majorité de la noblesse se montrait bien plus modeste dans ses aspirations : elle voulait l'exemption des châtimens corporels, l'abolition de la confiscation, celle du service forcé et de ne pouvoir être ni exilée, ni condamnée autrement, qu'en vertu d'un jugement régulier.
Rien de plus légitime que ces aspirations, si la noblesse les avait formulées, non pour elle seule, mais pour tous ses compatriotes; au lieu de cela, elle voulait le maintien du servage, oubliant qu'en Suède, de môme qu'en Angleterre, la liberté politique n'avait jeté des racines inextinguibles qu'à cause de l'absence du servage; ignorant en même temps qu'une noblesse libre, investie de privilèges politiques, refusant ces privilèges aux autres classes de la société f foulant aux pieds la classe rurale réduite en servage, /Hwarche inévitablement à un aOme, où elle entraîne le pays avec elle~r c'est ce qui est arrivé en Pologne.
Cette prétention du parti russe à iavo$tir la noblesse de droits politiques exclusifs, en maintenant, en niénaê temps, la classe rurale sous le joug du servage, prétention aussi illogique et absurde qu'rflé était déloyale, inhumaine et barbare, mit obstacle à l'affranchissement
de la noblesse russe, laquelle, pour arpir voulu, jusqu'à une époque toute récente, maintenir en servage ses compatriotes, continue à patauger sofis le joug d^nn esclavage humilîaitf et viL... Le dernier des pauvres d'un pays libre, de la Suisse, de Tltalie, de la Belgique, da la Hollande, de TAngleterre est incontestablement plus libre, plus sûr de sa dignité personnelle, de sa dignité d'homme qu^un gentilhomme russe, qu'un prince issu de Rurik et millionnaire; Tautre est libre; ceux-ci ne sont que des esclaves privilégiés, pouvant être emprisonnés, exilés et fustigés à volonté.
Le parti allemand se composait de toute la noblesse des provinces baltiques, et de tous les étrangers au service de la Russie, parmi lesquels les plus influens étaient : le vice-chancelier baron Ostermann, le maréchal comte Bruce, le grand-maître de Fartillerie comte Mûnkh et le grand-écuyer lagoujinski. A ce parti se joignaient tous ceux d'entre les Russes que des services rendus à Pierre I, ou le hasard, avaient fait arriver à des positions plus ou moins élevées, et qui ne pouvaient espérer, ni personnellement, ni par leurs traditions de famille, d'occuper, dans le parti russe, une plape aussi avantageuse que celle, aujourd'hui occupée, par eux. Parmi ces hommes • nouveaux» ainsi qu'on les désignait, le plus éminent, par son mérite, son habileté eC son énergie, était incontestablement l'archevêque de Novgorod, Féofane Procopovitch, président du synode, le confident et le principal collabarateur de Pierre I dans ses réformes ecclésiastiques. Û y avait ensuite toute la famille des Golovkine, les généraux Roumiantspw, Tchemychew et plusieurs autres.
Le parti russe se composait de toute la noblesse, sauf, sous le règne de Pierre H, de la famille Dolgoroukow, laquelle, accaparant le pouvoir, ne songeant nullement au bien de l'état, préoccupée de ses calculs personnels, s'était placée dans un isolement complet.
L'homme le plus éminent, le chef reconnu et incontesté du parti russe était le vieux prince Dmitri Mihaïlovitch Galitsyne, frère aine du maréchal prince Michel. Le prince Dmitri, aussi respectable que son frère, avait sur lui l'avantage d'être doué d'une vaste intelligence, d'une immense énergie et d'une fermeté imperturbable.
n y avait encore, dans le parti russe, un homme d'une haute intel • ligence et d'une immense habileté, le baron Schafirow, l'ex-vice-chancelier. Par son origine étrangère, par son extraction si modeste, par sa opération si importante aux réformes de Pierre I, sa place se trouvait marquée aux premiers rangs du parti des hommes nouveaux^ mais il avait ,^té poussé d|ins le parti russe par la haine mutuelle régnante entre lui et Ostermann, son ancien secrétaire, dev^u son supérieur, et qu'il visait, Jrson tour, à renverser et à remplacer. Sa grande expérience politique, sa profonde connaissance. des hommes pouvaient être fort utiles à ses nouveaux amis. Allié, par sa belle-fiIle,
aux Izmaïlow; par ses gendres, aux Dolgoroukow, aux Saltykow, . aux Havanski, aQx Gagarine, il vivait dans rîùtimité de la vieille noblesse; rusé et insinuant, il avait trouvé le moyen, lui, Tancien ministre et favori de Pierre I, de gagner la confiance et la bienveillance de la vieille ciârine Eudoxie, cette victkne du terrible czar..... Schafirow •donna souvent aux Dolgoroukow des conseils sages et prudens, qui, : malheureusement, ne furent point écoutés...;. Si Pierre 11 avait vécu, nul doute que le vieux baron eût évincé Ostermann, et repris son ancien poste de vice-^hancelier
Le genre de vie, adopté à Moscou par le jeune empereur, ou plutôt celui que les Dolgoroukow lui avaient fait adopter, était de nature, non-seulement à Tenlever à toute occupation sérieuse, mais encore à ébranler sa santé. — Le jeune homïne avait du goût pour la chasse : Ton en profita pour le porter à des courses, ou plutôt à des voyages de chasse qui se prolongeaient, parfois, pendant des semaines entières. ,Les vastes forêts entourant, à cette époque, Moscou, et se prolongeant fau loin^ attiraient les chasseurs; Ton exploita à double titre la passion du jeune prince pour cet amusement : d'abord, on le décida à fixer sa résidence à Moscou, à renoncer à tout retour à Pétersbourg, au grand désespoir du parti des Allemands et des bommes nouveaux, lesquels se sentaient mal à Taise dans la vieille capitale, centre de la vieille Russie; ensuite, en poussant ^empereur à des absences continuelles de Moscou pour aller à la chasse, on Tenlevait aux autres influences de cour, et en Tentourant constamment, en ne le perdant point de vue, on arrivait à exercer sur lui une influence absolue. Ce système était poussé si IcHU, que Ton s'arrangeait de manière à empêcher tout entretien en téte-à-téte entre Tempereur et sa vieille grand'mère Eudoxie, à laquelle il témoignait beaucoup de respect et qu'il comblait de caresses ; il y avait toujours, au moinsj un témoin de leurs conversations.
Ostermann disait, les larmes aux yeux : < Ton agit avec l'empereur, » comme si l'on voulait [détruire sa santé et le faire mourir! » Ostermann était connu pour un homme pouvant pleurer à volonté, mai& dans le cas dont il s'agit ici, le vice-chancelier avait complètement raison, et son propos était celui d'un ministre fidèle et éclairé.
Dans le courant de Thiver de 1728 à 1729, l'empereur, à peine levé, montait journellement en traîneau, accompagné du favori et du père de celui-ciy et partait pour le château d'Izmaïlovo, près de Moscou, où il passait la journée entouré des Dolgoroukow et de leurs amis, entendant leurs lamentations sur la nécessité, venue à la suite des réformes de Pierre I, de souffrir la présence des étrangers et des Allemands dans les hautes fonctions de l'état. Le jeune soi^veraîn se trou- Tait devenu ainsi la proie exclusive d'une coterie égoïste et aVide, l'isolant de ses meilleurs conseillers, l'exploitant en vue d'intérêts personnels. Il avait pris en affeeti(m l'un de ses chambellans, le fils aine
da prince Dmitri Galitsyne, Sax!ge, un jeiiBe homme de 32 ans, parfaitement élevé et fort distingué. — Ponr éloigner ee concurrent dangereux, on. envoya le prince Serge à Berlin en qualité de ministre, et pour lui dorer la pilule, on le nomma conseiller privé, rang aujourd'hui prodigué à toutes sortes de paltoquets et complètement déchu, mais à cette époque fort apprécié et recherché.
Je trouve, dans les papiers de mon aïeul, une note indiquant les courses de chasse de Pierre dans le courant des années 1728 et 1729, avec l'observation que les chasses de moins de quatre jours n'y sont point indiquées, vu la difficulté de les enregistrer, tant elles étaient fréquentes :
En 1728, da 7 an 19 mai — 12 jours.
du 21 mai au 14 jaîn — 24 jours.
du 30 juin au 10 jaiUet — 10 jours.
du 7 septembre au 3 octobre — 26 jours.
du 14 octobre &y^ 7 novembre — 24 jours (cette chasse se ternit encore prolongée s'il n'avait reçu la nouvelle de la malfbdie grave de sa soeur Natalie, laquelle mourut le 22 novembre). En 1729, du 1 au 28 mars — 22 jours.
du 20 au 24 avril — 4 jours.
du 5 juiUet au 29 août — 55 jours.
du 31 août au 4 septembre — 4 jours* i
du 8 septembre au 9 novembre — 62 joui.
Ainsi, de février 1728 à novembre 1729, dans le courant de 21 mois, 243 jours, c'est-à-dire huit mois de grandes chasses^ sans compter les petites chasses de uni, deux ou trois jours! — L'on comprend qu'il ne s'agissait plus ni d'études, ni de travail avec les ministres : les membres du corps diplomatique ne voyaient presque jamais l'empereur et s'en plaignaient avec aigreur; le seul duc de Liria, rusé intrigant, faisant platement la cour aux Dolgoroukow, parvenait, de temps en temps, à voir l'empereur, invisible à peu près pour tout ce qui ne faisait point partie de la société intime des Dolgoroukow.
Pierre II s'était épris d'une telle passion pour la chasse, que l'un de ses plaisirs consistait, non-seulement à voir manger ses chiens, mais encore à préparer lui-môme leur nourriture, et c'était un jeune homme de quatorze ans, rei^pli d'esprit et d'une mtelligence fort au-dessus de son âge!
Dans le sein de la famille Dolgoroukow se produisaient des mésintelligences sérieuses.
Le vieux maréchal prince Basile Yladimirovitch, nn homme fort arriéré dans ses idées, mais du caractère le plus droit et le plus loyal, intimement lié avec la vieille czarine Eudoxie, pou^ la cause du fils de Y laquelle il avait tant souffert, aurait voulu voir le jeune empereur se ^ laisser conseiller et diriger par sa grand'mère, ou, en d'autres termes, par le baron Schafirow : la vieille czarine ayant fort peu d'esprit et ne comprenant rien aux affaires.
Le prince Basile Loukitch, un homme si intelligent, mais si peu .sûr, , cultivait, lui, soigneusement Tamitié de son cousin le prince Alexis et de son neveu le prince Ivan : connaissant l'incapacité politique de tous les deux, il espérait arriver à les dominer et à réaliser ses rêves d'ambition. Il ne redoutait, en réalité, que le frère du prince Alexis, le prince Serge, d'autant plus que celui-ci se trouvait conseillé par son beaupère Schafirow; aussi avait-il organisé, avec l'aide du duc de Liria et des jésuites, tout un vaste réseau d'intrigues souterraines, parmi lesquelles l'une des plus graves consistait à vouloir rétablir le patriarcat, en élevant à cette dignité le prince Jacques Pétrovitch Dolgoroukow (le frère de mon trisaïeul), un imbécile que l'on espérait pouvoir mener et diriger à volonté.
Mais ce qu'il y avait de plus extraordinaire, de plus incroyable, c'était de voir le prince Alexis Dolgoroukow pousser la bêtise jusqu'à être jaloux du crédit de son propre fils, le pritice Ivanî Le père et le fils étaient fort mal ensemble depuis le commencement de la grande intimité du dernier avec l'empereur. Le prince Ivan n'accompagnait pas toujours son souverain à la chasse; il lui arrivait de rester à Moscou et il profitait de ce temps pour se livrer à l'existence la plus désordonnée et la plus odieuse. La nuit, entouré d'une troupe de mauvais sujets armes, il courait à cheval les rues de la capitale; il entrait de force dans les maisons; il déshonorait les femiries et lès filles, et personne n'osait opposer de résistance, ni porter plainte contre le favori de l'empereur! Pendant ce temps, son père, lequel ne lui reprochait point son odieuse conduite et ne trouvait même rien à redire à ces exploits (moladéichéstvo), comme il s'exprimait, mais jalousait le crédit de son fils, tâchait d'attirer la faveur impériale sur son second fils, Nicolas, âgé de quinze ans, d'une nullité qui touchait à la bêtise, et fort aimé par son père.
Le prince Ivan s'oubliait à un point inimaginable. Parmi ses maitresses, se trouvait la princesse Nikita Troubetskoy, fille du chancelier Golovkine. Un jour, ayant une pointe de vin dans la tête, se trouvant chez la Troubetskoy, il se prit de dispute avec son mari (plus que complaisant d'ailleurs) et il aurait jeté lé prince Nikita par la fenêtre, si Etienne Lapouhine ne l'en avait empêché!
La mort de la grande-duchesse Natalie (22 novembre 1728), soeur de l'empereur et si aimée de son frère, en faisant tomber le dernier obstacle qui pouvait faire ombrage au crédit des Dolgoroukow, suggéra aux princes Alexis et Ivan l'idée de marier l'empereur avec leur fille et soeur, la princesse Catherine. Elle avait dix-huit ans; par conséquent elle était de quatre années plus âgée que l'empereur^. Elle était
• Pierre II était né le 12 octobre 1715, quelques jours avant la mort de sa mère, la princesse Charlotte-Sophie de Bnmswick-Wolfenbuttcl. L'on a inventé un roman sur le compte de cette dernière : Ton a raconté qu'elle s'était sauvée et une étran-
grande, belle, élancée, d'une taille sveUe, avec de magnifiques ebeveux bruns, et des yeux expressifs, pleins de volupté. — Elle ne manquait point d'esprit, mais elle était fière, orgueilleuse, bautaiue, insolente, dure, d'un caractère entier, énergique, méchant, et plus tard, à Bérëzow, son inconduite contribua pour beaucoup aux malheur^ de sa famille. Elle aimait le comte de Millésime, secrétaire de l'ambassade autrichienne à Pétersbourg, et parent de l'ambassadeur comte Wratislaw*; il était question de leur mariage, mais, pour son malheur, son père et son frère formèrent d'autres visées.
Pendant la dernière grande chasse à laquelle assista Pierre H, chasse dont la durée atteignit deux mois ^e rendez*vous central des invités était à Gorenki, terre appartenante au prince Alexis Dolgoroukow; la famille de celui-ci s'y trouvait; les dames accompagnaient souvent l'empereur à la chasse, et dans l'une de ces parties, au mois do septembre, à la suite d'un copieux repas, l'on s'arrangea de manière à laisser la princesse Catherine et le jeune empereur en téte-à-téte... Pierre II agit en homme d'honneur; il se décida à épouser la jeune personne à laquelle il avait enlevé ce qu'il n'était plus en son pouvoir de lui restituer-}-. Le projet de mariage s'ébruita : l'on en parlait à Moscou; le public était mécontent; les ennemis des Dolgoroukow terrifiés; enfin, le 9 novembre, l'empereur revint à Moscou. Le 19, il
gère aurait cté inhumée à sa place; il s'est trouvé, pliis tard, une aventurière pour usurper, dans un demi-jour mystérieux, le nom de cette princesse. — Tout ce roman n'est qu'une blague. EUe n'avait nul besoin de se sauver pour échapper à son mari qui la tourmentait, la brutaliflait et lui rendait l'existence insupportable : elle n'aurait en qu'à s'adresser à Pierre I, dont elle possédait l'affection et l'estime; à sa première demande il aurait âiit enfermer le czarévitch dans un couvent. Pierre I aimait beaucoup sa belle-fille ; il pleura sa mort, et malgré son titre de luthérienne, U la fit inhumer (par une exception unique en Russie), dans la cathédrale de Pierre-et-Paul, à la forteresse de Pétersbourg. Plus tard, lors de la tcconstruction de cette cathédrale, les tombes de la princesse Charlotte et de son mari furent encloses dans^ les piliers de l'édifice, et ne sont plus visibles de nos jours.
* Les Millésimo, établis en Bc^ême, et éteints en 1852, étaient une branche de l'antique maison italienne del Caretto, marquis souverains de Savone, de Finale et antres lieux au quatorzième siècle, créés comtes do Millésimo et du saint-empire en
t Le Fort, ministre de Pologne et de Saxe à Pétersbourg, écrivait à sa cour le 17/6 avril 1730 :
'* La chaste promise du défunt czar est heareusement accouchée, mercredi passé, d'une fille, digne production d'nn chevalier-garde, nommé Mictérow. "
Le Fort avait été Induit en erreur par les partisans de Timpâtitrice Anne. La princesse Catherine n'avait point ** heureusement accoucha, " Elle avait fait une fausse couche, et mis au monde un enfant mort-né, âgé d'environ six mois. Cet enfant était <îelui de Pierre II, et aucun chevalier-garde n'y avait contribué. La princesse Catherine, non par vertu, mais par fierté et orgueil, n'aurait point accueilli, à cette époque de sa vie, les hommages d'un Mictérow. D'ailleurs, son père et son frère savaient fort bien h. quoi ils se seraient exposés, si l'empereur, en épousant leur fille et soeur, 8e serait aperçu avoir eu un prédécesseur.
manda au palais les ofiSciers-générauK et les fonctionnaires civils des quatre premières classes, ce que Ton appelait alors ghénéralitett, et leur annonça son intention d'épouser la princesse Catherine Doïgoroukow. Deux jours après, le grand-maître des cérémonies, baron d'Habichstahl, fut envoyé chez les chefs de missions étrangères pour leur annoncer cette nouvelle, et le lendemain, le corps diplomatique vint porter ses félicitations à Tempereur ainsi qu'à sa fiancée. Le comte de Millésimo ne s'y trouvait point sous le prétexte d'indisposition, et quinze jours après (le 6 décembre), Tambassadeur d'Autriche comte Wratislaw le fit partir pour Vienne, en courrier.
Le 24 novembre, jour de la Sainte-Catherine, fête de' la fiancée, toute la cour, le cor[)s diplomatique et la société de Moscou allèrent lui porter leurs félicitations au palais Golovine^ assigné pour sa résidence et celle de sa famille.
Le 30 novembre eurent lieu les fiançailles solennelles, au palais Le Fort, habité par l'empereur.
Un oukaze prescrivit de donner à la jeune personne les titres de Fiancée impériale (Oosoudarynia Néviesta) et d'altesse impériale. — On lui nomma des demoiselles d'honneur.
Les Doïgoroukow connaissaient parfaitement le fâcheux effet produit par ce projet de mariage; ils n'ignoraient point le mécontentement des nobles, Firritalion générale existante contre eux, et à tout événement ils prirent des précautions militaires pour la solennelle journée des fiançailles, le 30 novembre 1729. Ce jour-là l'on fit venir au palais Le Fort un bataillon de Préobrajenski, douze cents hommes, avec fusils chargés et^gibernes garnies de balles, et l'on fit entrer la compagnie des grenadiers de ce bataillon, au nombre de cent cinquante homines, en partie dans la vaste salle où la cérémonie devait avoir lieu, en partie dans les pièces contiguês. Le prince Ivan avait pris toutes ces mesures sans en dire même un mot au doyen des lieutenans-colonels du régiment Préobrajenski, le vieux maréchal Doïgoroukow, dont grand fut l'étonnement de voir le palais rempli ainsi de soldats de son régiment. Le prince Ivan en avait donné Tordre (sans avoir le moindre droit d'en agir ainsi) au plus jeune des lieutenans-colonels de Préobrajenski, le lieutenant-général et sénateur prince Grégoire loussoupow, et ce plat courtisan, lequel permettait au père du prince Ivân de l'interpeller en public: eh/ le Tatare! (ey! ty, Tatarinef)^ s'était obséquieusement empressé d'exécuter Tordre si illégal du jéonë favoris
Dans Taprès-dînée, à trois heures, la cour, les officiers-généraux et le corps diplomatique se réunirent dans la salle du palais Le Fort. Au milieu de cette salle se trouvait- étendu un immense et magnifique tapis de Perse, sur lequel était placée une table recouverte d'un drap en pourpre d'or. Au milieu de cette table Ton voyait un plat d'or avec une croix, et deux assiettes d'or, avec les bagues nuptiales, enrichies de magnifiques diamans.
La fiancée arriva, da palsûs. Golovine au palais Le Porta av^c le cortège suivant; touS; les carrosses étaient à six chevaux:
Deux carrosses occupés par les chambellans. .
Un carrosse occupé par le grand-chambellan (prince Ivan Dolgoroukow).
Quatre coureurs, à pied, .Deux huissiers de la chambre, à cheval.
L'écuyer de la cour (Kochélew), à cheval.
Quatre grenadiers aux gardes, à cheval.
Quatre postillons impériaux.
Le carrosse, où se trouvait assise, au fond^ la fianc^ ayant sur h devant sa mère et ses deux soeurs, Anna, âgée. de 19 ans, etHélèoe^. âgée de 14 ans*. Le carrosse était entouré de beyduques à pied, de pages et de pages de la chambre à cheval.
Plusieurs carrosses avec les dames de la famille de la fiancée.
Plusieurs carrosses où se trouvaient les demoiselles d'honneur de la fiancée et les quatre dames à portrait ; la baronne Ostermann, née, Stréchnew, madame lagoujinski, née comtesse Golovkine; la princesse Tcherkaski, née princesse Troubetskoy, et madame Tcbemychew, née Rjevski.
Au monpient où le carrosse de la fiancée, ayant sur l'impériale une grande couropne, roula sous la porte d'entrée de la cour du palais^ la couronne heurta le poteau transversal de la porte d'entrée, tomba sur le pavé et se brisa en morceaux. Le peuple amassé en foule autour de cette porte, cria : « mauvais présage; ce mariage n'aura point lieu! »
La garde du palais porta les armes à la fiancée, laquelle, à la descente de l'équipage, fut reçue par le maréchal de la cour Schépélew et le grand-maître des cérémonies baron d'Habichstahl. A son entrée dans la salle, elle fut reçue par la czarine grand'mère de l'empereur, par la grande-duchesse Elisabeth, la duchesse de Heeklembourg, la czarine Prascovia et la petite princesse Anne de Mecklembourg (depuis la régente princesse de Brunswick). — La fiancée et la czarine grand'mère prirent place sur des fauteuils; les quatre autres princesses de la famille impériale sur des chaises; la mère de la fiancée, ses soeurs, tantes, cousines, arrière-cousines, ses demoiselles d'honneur et les quatre dames à portrait se placèrent derrière le fauteuil de la fiancée, et se tinrent debout pendant toute la cérémonie, ainsi que toutes les autres personnes présentes, y compris les hommes et les dames du corps diplomatique, sans en excepter môme les trois ambassadeurs f.
* La princesse Anna monrut en 1758, sans avoir été mariée; la princesse Hélène, an retour de l'exil, épousa le prince George louriévitch Dolgoronkow, neveu du- maréchal. £lle vécut à Moscou, oh elle mourut en 1799, à Page de 84 ans, 70 ans après les fiançailles de sa soeur.
t Le comte Wratislaw, ambassadeur de l'empereur d'Allemagne; le duc de Lîrîa, ambassadeur d'£spagne, et le baron de Westphalen, ambassadeur de Danemarck^
Le corps diplomatique se trouva placé vis-à-vis des dames, à droite du fauteuil destiné à Fempereur; à gauche de ce fauteuil se tenaient les maréchaux Galitsyne, Troubetskoy et Bruce; les membres du conseil suprême : prince Dmitri Galitsyne, princes Basile et Michel Dolgoroukow, les conseillers privés actuels comté Moussine-Pouchkine et prince Romodanovski; le général Matiouchkine; le grand-écuyer lagoujînski; les huit sénateurs*; tous les DolgoroukoW présens à Moscou, et plus loin tous les officiers-généraux présens à Moscou.
A côté de la table, placée au milieu de la salle, se tenait Je président du synodOj Féofaue Procopovitch, entouré de prélats et d'archimandrites. Il avait célébré, deux ans et demi auparavant, les fiançailles de Pierre II avec la princesse Marie MenchikoMV, dont on venait seulement d'apprendre la mort à Bérêzow.
Il est aisé de se figurer les sentimens, les émotions qui devaient, régner dans Fàme de la czarîne Eudoxiel Elle avait 57 ans; après 29 années de cloître, de prison, de malheurs, elle se trouvait à la cour, à la première" place, ayant le pas sur tout le monde, mais condamnée à voir, tout près d'elle, la grande-duchesse Elisabeth, la fille de la prostituée qui avait pris sa place à elle, Elisabeth, ce souvenir vivant de ses infortunes, des horribles souffrances que Pierre I lui avait fait endurer I Élevée dans les vieilles idées, dans l'aversion pour les étrangers et les usages européens, elle en voyait le triomphe en Russie et se trouvait obligée d'accepter les faits accomplis!
L'empereur, averti par le grand-chambellan, arriva accompagné du maréchal Dolgoroukow, du prince Alexis, du chancelier Golovkine et du vice-chancelier Ostermann. Il prit place dans le fauteuil à lui destiné, vis-à-vis de sa fiancée, et après être resté ainsi quelques inslans, il vint, avec la fiancée, se placer sous un dais admirablement riche, tenu par six généraux-majors : le prince Barîatinskif, de Wenedigher, Bibikow*, Izmaïlowf, Keith et îéropkine, commandant de place à '
• Lieutenans-généraux : Ivan Mamonow, prince Grégoire lonseoupow, Simon Sàltykow; les conseillers privés : prince Michel Galitsyne le jeune, Fcdor Naoumow et prince Alexis Tcherkaski; les conseillers d'état actuels : Ivan Boutourline et Basile Novossiltsow.
f Gendre do chancelier Golovkine, et trisaïeul du maréchal Bariatînski.
• Ivan Ivanovitch, plaident du coUégé du contrôle, l'un des hommes les pins Intelligens et les plus rusés de son temps. Il fut, sous le règne d'Anne, président de Fadministration dos revenus (kamnier»kolléghia)t et sous celui d'Elisabeth, lieutenantgénéral, sénateur et gouverneur de la Fatite-Russîe. Il êiait marié à Agrippine Avtamonovna Ivanow, fille du secrétaire d'état de PieiTe I (voyez page 216). La fhmille Bibikow, fort illustre dans l'histoire de Russie, est issue de Dmitri Jidimirovitch, boyar dans le grand-duché de Tver au quatorzième sièolei un mourza tatar baptisé.
f Léon Vassiliévitçh, ancien ambassadeur en Chine, oncle do cet Izmaîlow qui trahit son ami Pierre III, et aîoul du général Izmaïlow si tristement célèbre par ses extravagances, ainsi que par ses cruautés envers ses serfs et ses voisins pauvres.
Moscau*. L'archeyéqao Féofane dit les prières d'asage, et procéda à la bénédiction des bagnes nuptiales; ensuite» Fempereur et sa fiancée,, après avoir embrassé la czarine grand'mère, lui avoir baisé la main et reçu sa bénédiction^ se firent baiser la main par tout le monde sans exception. La grande-duchesse Elisabeth^ la duchesse de Meeklembourg^ sa fille et la czarine Prasoovia, obligées de faire bonne mine à mauvais jeu, vinrent, le dépit dans le coeur, baiser respectueusement la main de la princesse Catherine, laquelle conserva, pendant toute la durée de la cérémonie, un air de hauteur et de dédain, aussi inconvenant qu'il était impolitique, le tout mêlé d'une apparence de lassitude et de fatigue. Pendant le baise-main on tira des salves de coups de canon; ensuite eut lieu un feu d'artifice; puis le bal commença; il ne dura guère longtemps ; la fiancée se sentit trop fatiguée et demanda à se retirer; pour cette même cause il n'y eut point de souper solennel; chacun put aller se placer et manger aux nombreuses tables dressées et servies.
La fiancée fut Reconduite au palais Gplovine avec le même cortège et le même cérémonial qu'à son arrivée, seulement, à son départ,, les tambours de la garde du palais battirent aux champs, et le grandécuyer lagoujinski accompagna, à cheval, celle qui paraissait destinée à devenir sa souveraine.
Le mariage fut fixé à sept semaines de là, au 19 janvier 1730.
Le jeune empereur paraissait triste. et abattu; toute belle que fut sa fiancée, il ne l'aimait point, n'avait nul désir de se marier, et malgré son âge si jeune de quatorze ans, il agissait comme aurait pu le faire un homme d'un âge mûr, décidé à réparer, par le don de sa main, un moment d'entraînement sous l'empire duquel il avait ravi à une jeune personne ce qu'il n'était plus en son pouvoir de lui restituer...
La conduite de Pierre II à l'égard de sa fiancée ne saurait être assez louée et admirée, et cela d'autant plus que la princesse Catherine ne le méritait guère... L'empereur lui parlait peu, semblait indifférent pour elle, mais la traitait avec les plus grands égards. Il arriva au jeune souverain, pendant les cinq semaines écoulées entre ses fiançailles et sa dernière maladie, de se laisser aller à dire qu'il avait le pressentiment d'une fin prochaine, et que d'ailleurs il ne tenait point à la yie... Et ces propos échappaient à un adolescent de quatorze ans^ bien supérieur à son âge et par l'intelligence et par la santé, fort, ro* buste, avec cela le maître absolu du plus vaste des états de l'Europe... Terrible et eflTrayant revers de la médaille des grandeurs humaines...
Le peuple aimait Pierre II, connaissant son bon coeur; se plaisait à admirer sa prestance belle et noble, produisant toujours tant d'effet sur les masses ignorantes. Le peuple aimait en lui le dernier représentant
• Le père de ce célèbre léropldné, qui fut gouverneur-général à Moscou sous le règne de Catherine U.
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mâl6 de la dynastie régnante sur la Russie depuis plus d'un siècle; il mmait en lui le souyeraiil connu par son aversion à Tégard de ce Pétersbourg abhorré de la nation russe, et par son aiTection pour noire mère Moscou aux blanches murailles (nacha matouchka Moskva biélokammnma), ainsi que le peuple appelle cette vieille capitale si chëre au coeur de tout véritable et bon Russe. Ignorant des intrigues de cour, ne connaissant point le caractère de la princesse Catherine, ni celui des membres de sa famille, le peuple se réjouissait sincèrement de voir son souverain, Tunique rejeton de la lignée de ses czars, son éclatant soleil (krasnoié solnychko)^ sobriquet donné par le peuple à Pierre II, épouser une Russe, une orthodoxe, et fixer sa résidence à Moscou
Mais il en était autrement dans le sein de la noblesse. Contente de voir la résidence du souverain transportée a Moscou, elle était littéralement ahurie par la nouvelle du prochain mariage de l'empereur avec la princesse Catheriife. — L'égoïsme des Dolgoroukow faisait craindre pour l'avenir d'un gouvernement dirigé par eux; leur arrogance inouïe irritait et exaspérait la noblesse, et d'autant plus, qu'il fallait refouler , au fond des coeurs ces sentimens amers et cuisans, et faire bonne mine à mauvais jeu.....
Dans la famille Dolgoroukow régnait une joie, une jubilation qu'ils ne se donnaient point la peine de dissimuler. Le prince Alexis avait reçu de l'empereur douze mille familles de serfs (12,000 krestianskih dvorow), c'est-à-dire environ 40,000 serfs. L'ambassadeur d'Allemagne, comte Wratislaw, désireux de conserver à son souverain l'alliance de la Russie, s'était chargé d'obtenir, pour le prince Alexis, avec un diplôme de due et prince du saint-empire, le duché de Kozel en Silésie, promis à Menchikow aux jours de la toute-puissance de celui-ci. La joie se manifestait avec plus ou moins d'arrogance, suivant le plus ou moins de capacité intellectuelle de chacun des membres de la famille; comme il arrive toujours en pareil cas, les moins intelligens se montraient les plus arrogânsrle prince Alexis, toujours si bête, se laissait baiser la main par les gentishommes venant lui faire visite...
La catastrophe approchait à grands pas...
Le mardi 6 janvier 1730, jour de TÉpiphanie, à la cérémonie habituelle de la bénédiction des eaux, les deux régimens des gardes, ceux de Préobrajenski et de Sémënovski, se trouvaient rangés en parade sur la glace de la Moskva, sous le commandement du maréchal Dolgoroukow. La princesse-fiancée vint assister à cette cérémonie; elle arriva dans un traîneau doré attelé à six chevaux; l'empereur se tenait debout derrière son traîneau (na zapiatkah). Ils étaient accompagnés d'une suite nombreuse de dames en traîneaux, d'officiers-généraux à cheval et de l'escadron des chevaliers-gardes au grand complet. — L'empereur monta à cheval et alla se placer à la tète du régiment Préobrajenski. — La cérémonie et la parade durèrent long-temps ; le froid était vif et un vent aigu du nord souffla pendant tout ce temps.
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La veille, Pierre II avait noaunô le prince Ivan. major aux gardes Préobrajenski; ce fut la dernière fav^r par lui accordée à son favori.
De retour au palais, le jeune empereur se plaignit d'un violent mal de tête. Le lendemain, mercredi matin, la petite-vérole se déclara, assez bénigne d'abord.
Le jeudi 15 janvier une note fut adressée au corps diplomatique, et des dépêches expédiées à tous. les nainistres russes à Pétranger pour annoncer Theureuse éruption de la petite-yérole et déclarer l'empereur hors de danger; mais dans cette même journée le jeune souverain ayant commis l'insigne imprudence d'ouvrir, le ; vasistas de la fenêtre pour humer l'air froid et vif de janvier, la petite-vérole rentra, et. il n'y eut plus aucun espoir de sauver l'empereur. Le peuple était consterné; la noblesse préoccupée, inquiète des chances de l'avenir; Jes Dolgoroukow étaient terrifiés.....
Dans l'après-midi du samedi 17 janvier, le prince Alexis, son fils Ivan, les deux frères d'Alexis, 3erge et Ivan, et Basile Loukitch, se trouvaient réunis, au pala-is . Çolovine, au rez-derchaus&ée, dans la chambre à coucher du prince Alexis; préoccupés, soucieux, ils causaient entre eux de la maladie de l'empereur, de sa fin inévitable et des éventualités de l'avenir. .
»Qui faudrait-il élever au trône?* dit. le prince Alexis.
lA qui pensez-vous?» demanda Basile Lpakitcb.
« Il faudrait, répondit Alexis, rédiger un testament, en vertu duquel
> Fempereur... lui léguerait la couronne, à &/&,» ajouta4-il en désignant du doigt le hel étage du palais, occupé par sa fille la princesse GalAerine.
tLa nation ne voudra point ajouter foi à un testament pareil, reprit »le prince Basile; c'est là une entreprise bien dangereuse et pouvant » mal tourner. »
€ Moins dangereuse que vous ne le pensez! » s'écria le pruice. Serge.
Alors le prince Basile, redoijLtant de se compromettre par son of^esition aux vues de ses cousins, dit ; « Il est vrai que j'ai à vous faire » part d'une lettre, à moi adressée par l'ambassadeur de Danemarck^. » Il m'écrit : l'on parle de l'état désespéré où se trouve l'empereur. Si » l'on venait à le perdre, qui monterait sur je trône? L'avènement do
> la princesse Elisabeth serait fort désagréable à sa majesté Danoise f.
• Vous auriez dû faire monter sur le trône la fiancée de l'encreur,
• votre nièce. Après la mort de Pierre I, Menehikow et Tolstoy ont » biep, fait mon(e|r sur le trône l'impératrice Catherine. ».
* C'était nn baroi^ de Westphalen, homme d'espnt, éradit, mais d*ime crasse ararîce. B s'isolait de ses collées et de la société ro^se pour, économiser smr ses frall * de représentation, et par cet isolement il arrivait à être assez mal au courait de9 choses.
' t ï^ <îotïr de Danemarck redoutait, avec raison, qu'en cas de l'avénemcnt d'Élîsa- ^)eth an trône, le beàn-frère de cette princesse, le duc de Holstein ne sç troavât en jposition de reprendre les états de ses eSeax, à Ini enlevés par le Danemarck.
Cette lettre joua TefTet de la goutte d'eau faisant déborder le vase : les Dolgoroukow se décidèrent à rédiger un faux testament, et si Ton ne parvenait point à le légaliser en obtenant la signature de Tempereur, à le faire signer par le jeune prince Ivan^ sachant imiter assez bien la signature de son souverain. L'on invita le prince Basile à rédiger un testament dans le sens voulu, mais Thabile diplomate était beaucoup trop fin et trop rusé pour vouloir écrire de sa main un acte aussi compromettant; il prétexta sa mauvaise écriture illisible, et le testament fut écrit sur-le-champ, à deux exemplaires identiques, sous sa dictée et celle du prince Alexis, par le frère de celui-ci, le prince Serge,
Pendant que cette coupable conférence avait lieu chez le prince Alexis, Ton y vit arriver le vieux et loyal maréchal Dolgoroukow, accompagné de son frère Michel. Ils trouvèrent leurs cousins occupés à la confection d'un faux.
cQue faites-vous là? s'écria le maréchal, vous voulez une chose » impossible! La princesse Catherine ne peut monter sur le trône; elle 1 n'est point la femme de l'empereur ! »
«Elle n'est point sa femme, dit le prince Alexis, mais elle est sa
• fiancée, et cela suffît. D'ailleurs, ajouta-t-il avec une suffisance qui » prouvait bien son ineptie, vous êtes lieutenant-colonel du régiment
• Préobrajenski, mon fils en est le major; à vous deux vous pou- »vez entraîna ce régiment; nous pourrons travailler aussi le r^i- »ment Sémênovski; nous inviterons Golovkine et le prince Dmitri
. » Galitsyne à être avec nous, et s'ils s'y réfusent, nous les ferons » tuer. »
Le vieux maréchal, indigné, s'écria : t vous radotez comme des en- » fans (tchto vy rébiatchiié vrè'té) : comment voulez-vous faire une chose » pareille? Comment puis-je entraîner mon régiment à un acte de ce
• genre? Mais si je lui en touchais un mot, non-seulement je serais
• agonisé d'injures, mais encore assommé sur place! Où avez-vous vu » que des choses pareilles puissent se passer : une fiancée monter sur
• le trône? Mais personne ne voudra lui prêter serment de fidélité:
• ncm-seulement le public, mais encore nous, les membres de la famille,
• nous nous y refuserons! •
«Coounent cela?^ s'écria le prince Alexis, pâle et blême. . « Oui, continua le maréchal ; je vous dis la vérité : je préfère vous
• la dire en ce moment, plutôt que de vous induire en erreur. Je n'ai
• point l'habitude de mentir, ni de tromper les gens, et encore moms j»mes parensl^ Sur ces mots, il se leva et s'en alla, suivi dé son frère.
Les sages paroles du vieux et loyal maréchal n'exercèrent le moindre effet sur ces imprudens. Le prince Basile Loukitch et le prince Serge, hommes d'esprit, comprenaient le danger du jeu terrible joué par eux,
mais aveuglés par Tambition, par la soif du pouvoir, ils couraient à Tabîme de gaieté de coeur.
La seule chance, et encore assez incertaine, pour les Dolgoroukow de faire monter la princesse Catherine sur le trône, aurait résidée dans une entente à Tamiable avec la noblesse, dans une large constitution offerte à la noblesse entière. Cette chance, la seule existante, fut repoussée par eux : ils voulurent s^emparer du pouvoir absolu, illimité; ils eurent pour lots la Sibérie et Téchafaud, et leur catastrophe, les terribles malheurs venant s^appesantir sur eux, ne leur ont valu la moindre commisération, la moindre sympathie : châtiment terrible» mais bien légitime d'un essai d'usurpation, provoqué par Tégoïsme et Tavidité, par des vues exclusivement personnelles!
Le prince Ivan fils signa au bas de Tun des deux exemplaires le nom impérial, Pierre, commettant ainsi un faux incontestable. Il partit pour le palais Le Fort, emportant avec soi les deux exemplaires, dans le but de faire signer Tun d'eux à Fempereur, et dans le cas où il en serait empêché, de produire l'autre exemplaire, signé en faux.
Il échoua complètement dans son projet de faire signer le testament par l'empereur. Dans la soirée du samedi et pendant la nuit, Ostermann ne quitta point la chambre du malade; dans la journée du dimanche l'empereur perdit connaissance : la mort approchait à grands .pas, jet le lundi, 19 janvier 1730 (vieux style), le jour même désigné pour la. célébration de sa noce, Pierre II rendit le dernier soupir à une heure et demie du matin, en présence d'Ostermann et du prince Ivan. — Il était âgé de quatorze ans et trois mois; son règne avait duré deux ans et huit mois. Avec lui s'éteignit la dynastie Romanow, après cent-dix-sept années de règne.