‹ Mémoires du prince Pierre Dolgoroukow (volume 2)Chapitre 18 sur 39 · ST · texte numérisé non relu

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Berlin, à la cour de Frédéric II, poste éminent ei brillant^ maïs fort diiBeile: Tbabileté et l'astuce de Frédéric égalaient son génie. L'impé* ratrice appela à ce poste le célèbre prince Nicolas Répnine, Tun des hommes r les plus remarquables de son temps, mais peu de mois après^ elle confia à Répnine, une mission encore plus importante: celle de mi» QÎstre à Varsovie. L'ambassadeur russe en Pologne, le comte Keyserlingk, devenu vieux, infirme et n'ayant d'ailleurs jamais brillé par l'énergie, se trouvait, malgré son grand esprit, insuffisant en présence de l'éventualité prochaine de la mort du vieux roi Auguste 111, dont la couronne était convoitée par Catherine pour son ancien amant Poniatowski* Le prince Répnine, intelligent, rusé, énergique et souple à la fois, fut envoyé à Varsovie^ le prince Vladimir Serghéiévitch fût avancé comme colonel et nommé, ministre auprès de Frédéric II. Il occupa ce poste important pendant vintg-cinq années consécutives, jusqu'après la mort du «élèbre roi^ qui lui témoigna toujours estime et bienveillance.

Je vais narrer ici une anecdote fort connue dans son temps, et je la transcris «ans l'accompagner d'aucun commentaire. La bigoterie catholique de ma trisaïeule la princesse Irène, les extravagances com* mises par elle dans ce sens, avaient eu le résultat ordinaire produit^ par des exagérations) sur l'esprit des membres de la famille, témoins rapprochés et intimes de tout ce qui a lieq. Les fils de la bigote princesse Irène, les élèves de j'abbé Jubé étaient , à l'exception du seul prince Alexandre, complètement incrédules. Le prince Vladimir, la veille de son départ de Pétçrsbourg pour Berlin, soupait avec le jîrince Alexandre, lequel faisait ses préparatifs de voyage pour Madrid, où il allait se rendre en qualité de chargé d'affaires de Russie. Les deux frèfes se donnèrent parole à ce que le premier d^entr'eux venant à mourir, viendrait avertir l'autre de ce qu'il en est au*delà de la tombe» Plusieurs années après, mon aïeul, attaché à la légation de Russie à Berlin, vit un matin son oncle singulièrement affecté, triste et préoccupé; Il lui demanda s'il n'était point indisposé, et reçut pour réponse, que la. nuit, étant éveillé, il avait vu apparaître l'ombre de son frère, et avait entendu ces paroles : mon frère, il faut avoir de la foi (brate, ver). Plus tard, la poste de Madrid apporta la nouvdle que le prince Alexandre y était décédé après une courte maladie, et décédé dans \k nuit même de la vision ! J'ai connu des personnes qui avaient entendu raconter ce fait au prince Vladimir lui-même*.

Après la mort de Frédéric II, le prince Vladimir, ne se trouvant guère en bons termes avec le nouveau roi Frédéric-Guillaume 11, sollicita son rappel, d'autant plus que devenu septuagénaire, il aspirait au repos. Il vint se fixer à Moscou, et il y finit ses jours en 1803, à l'âge de 86 ans. 11 avait adopté les enfans de son frère Nicolas, mort en 1781 ;

• Ma grand'màrc, ma tante Korsakow, le comte Pierre Tolstoy, enfin le vieux Mouraview-Apostoll, le père des décembristes.

Serge et Pauline. Celle-ci fut recherchée en mariage par un officier aux gardes dont le prince Vladimir ne voulut point entendre parler, ne le considérant point comme un parti sor table pour sa nièce; cet officier aux gardes devint plus tard le célèbre comte Rastaptchine. La prin"cesse Pauline épousa un Latchinow, et devenue veuve, elle se remaria avec Jacques Lanskoy*. Je parlerai pltis loin du pritice Serge, marié à une comtesse Vassiliew, et connu sous le sobriquet de calemhourg^ vu qu'il abusa toute sa vie de ce genre d*esprit, à la longue si fatigant pour les auditeurs. Le prince Yladimir lui légua sa for^ne et sa bibliothèque, dans laquelle se trouvait un journal manuscrit de sa vie. Ce journal est aujourd'hui entre les mains du fîls du prince Sergé, le prince Alexandre; celui-ci, un plat courtisan et borné comme une toupie, n'a jamais voulu communiquer à personne ce manuscrit, dont l'impor-* tance historique ne pourrait être mise en doute : le prince Vladimir ayant beaucoup vu dans sa vie; ayant été à même, par sa position et son esprit, de bien juger les hommes et les choses.

Le plus jeune des frères de mon trisaïeul, le prince Vladimir Pétrovitch, était un homme d'esprit. Fort jeune encore, il avait épousé une princesse Hilkow, unique rejeton de la branche cadette de cette famille, et à ce titre, une riche héritière. Sous le règne d'Elisabeth, il fut géuvemeur de Riga, et après Ja mort du vieux maréchal Lascy, gouverneur de Livonie et d'Eslhonie. Il mourut à Riga en 1761, à l'âge de 54 ans. Il avait eu deux fils, Basile et George, deux hommes fort distingués» dont je parlerai par la suite, et quatre filles f.

• Prère du favori de Catherine II. Do son premier mariage avec Latcbinow eUe eut deux fils, dont l'un a été marié à une comtesse Tolstoy. De son mariage avec Jacques Lanskoy elle eut un fils, beau comme un Adonis, tué en duel au moment oH il allait épouser la belle princesse Sophie Ouroussow (aujourd^ui la princesse Léon Badziwill), et deux filles : madame Kaîssarow, qui habite Fans, et la comtesse Cons* tantin Suchtelen, qui habite Naples.

t 1) Catherine, maiiée k Pamiral Ivian lacovlévitch Barsch, dont le père, danois d'origine, était entré dans la flotte russe sous le règne de Pierre I, et mourut viceamiral en 1755; 2) PauHne, mariée à Ivan Ivanovitch Mélissino, d'origine grecque, un homme fort distingué, curateur de l'aniversité de Moscou pendant un quart de siècle (1 771-^1795) r 3) Alexandrine, mariée au prince Jacques KoadoTski (nncoiisîn^ germain du Kozlovski, chef de brigands à Xostroma (voyez page 272) ; enfin, 4) Na> talie, mariée au maréchal prince Saltykow^ et dont j'aurai à parler par la suite.

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