‹ Mémoires du prince Pierre Dolgoroukow (volume 2)Chapitre 8 sur 39 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

SOMMAIRE : Le hetman Apostoll, sa famille. — Les Monravîew-Apostoll. — Le» Grouchetski ; leur alliance avec la famille des czars. — Causes de leur disgrâce et de la prospérité des Apraxine. — Les Pachkow ; double origine de leur fortune^ due, en partie à de loyales occupations industrielles, et en partie à l'espionnage. — Le village du sang, — Le sort tragique de ses propriétaires. — La famille Foltavtsow.

— Les Dëmîdow ; origine honorable de leur immense fortune ; opinion de Pierre I au sujet du fondateur de cette f tmille. — Trois autres familles de Toula éierées et enrichies par des travaux industriels aussi probes qu'honorables : les Batachow, les Louginine, les Massalow. — ^Étrangers au service de la Russie. — Keîth ; ses grands talens et ses vertus éminentes. — Il introduit la franc-maçonnerie en Russie. — Un coup d'oeil sur la renaissance de la franc-maçonnerie au dix-huitième siècle. — Départ de Keith pour la Prusse. — Le général Henning ; sa probité et sa droiture.

— Le comte de Weisbach. — Le général de Giinther. — Les frères de Brigny. — Ganniball, le nègre de Pierre I ; son existence agitée ; ses talens ; ses qualités ; son caractère fougueux. — Les fils de Ganniball. — Origine des comtes, de Vier.— Le premier comte Santi et son existence orageuse. -*• Le métropolitain Etienne lavorski. -— L'archevêque Théodose lanovski. — Le célèbre archevêque Féofane Procopovitch. — Luttes pour le patriarcat. — Intrigues des jésuites. — L'évêque Léon lourlow ; son existence agitée. — Les archevêques George Dachkow et Féofilakte Lopatinski ; les malheurs de celui^^i

Sous le règne de Pierre II, les Petits-Russiens avaient obtenu la restauration de la dignité si importante de hetman, à laquelle Pierre I» après rixfôurrection de Mazeppa; avait fait élever le faible et insignifiant Skoropadski, et après la mort de celui ci, en 1722, il avait laissé le hetmanat vacant. L'élection eut lieu en 1727, et le choix tomba sur Daniel Pavlovitch Apostoll, colonel du régiment de Mirgorod, âgé de 68 ans.

La Petite-Russie se trouvait divisée en districts; la milice de chaque district formait un régiment, ayant à sa tête un colonel électif, à la fois chef militaire, administrateur civil et juge dans son district, comme les chefs d'escadrons (essaouU) et les centeniers (sotnik) Tétaient dans leurs cantons respectifs, sous la haute main du colonel. Toutes ces fonctions étaient électives, et les colonels, à leur tour, élisaient et le hetman, chef de Tétat sous la suzerameté de la Russie, et les di-

gnitaires d'état (ghénéralnaïa starchina), avec le conseil et l'avis desquels le hetman administrait le pays*.

Le père du nouveau hetman, Paul Apostoli, valaque d'une famille distinguée et dont la mère était une Catardji, d'une ancienne famille moldave, ayant été persécuté par les Turcs, vint se fixer en Petite- Russie du temps de l'immortel Bogdane Chmielniçki. Il fut élu colonel du régiment de Mirgorod et mourut en i 668. Il était si populaire dans son district, que les cosaques du régiment, par une dérogation aux usages, dérogation unique dans l'histoire de la Petite-Russie, élurent et proclamèrent colonel son fils Daniel Apostoli, un enfant âgé pour lors de neuf ans seulement (il était né le 4 décembre 1658) et appelèrent au poste de colonel par intérim (nakaznoy polkovnik) le cosaque Ivan Doubiagha, jusqu'à l'époque de la majorité du colonel-enfant.

Devenu majeur, Apostoli fut placé à la tête de ce régiment de Mirgorod, qu'il gouverna pendant un demi-siècle. Brave et inifépide à la guerre, bon, probe et intègre dans la vie privée, paresseux et indolent en temps de paix comme un vrai Petit-Russien, il était, en politique, d'une ruse et d'une finesse qui s'arrêtaient aux limites de' la fourberie, et d'une prudence timorée, aboutissante à celles dé la puéillanimité. Lorsque Mazeppa se mit à conspirer, entra en relation avec Charles XII et Stanislas Lesczynski, Apostoli, fin comme il l'était,, ne pouvait ne point avoir vent de cette intrigue : sa fille aînée se trouvant mariée au fils d'Ivan Lomikovski, grand-maître de l'artillerie petite-russienne, marié lui-même à une soeur de Mazeppa. Kotchoubey, Iskra et plusieurs autres portèrent les intrigues du hetman à la connaissance de Pierre I ; Apostoli les approuva, les conseilla dans cette démarche, mais se garda bien de signer leur lettre au czar.

J'ai raconté de quelle façon le chancelier Golovkine et le vice-chancelier Schafirow, tous les deux à la solde de Mazeppa, chargés de l'enquête dans cette affaire, le justifièrent et livrèrent à sa vengeance les fidèles sujets de la Russie. M"*^ Lomikovski s'entremit auprès de l'oncle dé son époux et obtint la grâce de son père a elle.

Le vieux Mazeppa, dans une lettre au czar, s'exprimait ainsi :

< Apostoli est d'origine valaque; c'est le fils d'un homme qui a • rendu de grands services au pays; c'est un brave guerrier, le doyeti » de nos colonels, un homme de grande naissance, aimé et honoré dans »tous nos régimens. — Ses filles sont mariées aux fils de l'oboznyi

♦ Ces dignitaires d*état portaient les titres suivans : Ghénéralnyi -oboznyi, ou grand-maître de l'artillerie, id. soudita, ou grand-juge,

id. p<M&ft<irWt, ou grand-trésorier, • .,

id. pissar^ ou secrétaire d'état,

id. essaoul ^ officiers-généraux, chargés du commandement des

id. horounjii > troupes en temps de guerre, et conseillers du id. bountchoujnii } hetman en temps de paix.

iLomikovski, du grand-juge Tchouikévitch et du colonel du régiment >de Prilouki*. Le colonel du régiment de Loubny est son oncle; celui »du régiment de Néjine est son beau-frère f; tous nos autres colonels » et les hommes les plus considérables du pays lui sont unis par les » liens de la parenté ou ceux de Taffection »

Ceci avait lieu en juin 1708; en octobre Mazeppa jetait le masque, et se présentait au camp de Charles XIÏ, suivi de plusieurs régimens, parmi lesquels se trouvaient ceux de Mirgorod et de Prilouki, conduits par Apostoll et Galagane!!! Les amis de ces deux colonels s'empressèrent de leur écrire pour les engager à revenir, le czar ayant promis amnistie. Tous les deux s'aperçurent bien vite de la faiblesse des forces suédoises, de l'invincible aversion des Petits-Russiens pour la suzeraineté polonaise, par laquelle Mazeppa voulait remplacer la suzeraineté russe; ils revinrent au camp russe; se précipitèrent aux pieds de Pierre I, furent graciés et marchèrent au combat contre les Suédois et leurs alliés.

Lorsque, en 1727, le maréchal prince Michel Galilsyne, commandant les troupes russes dans le midi de l'empire, conseilla au gouvernement de rétablir la dignité de hetman, en faisant tomber le choix sur un homme dont la faiblesse de caractère ne pourrait inspirer le moindre ombrage, l'on envoya dans ce pays, en mission extraordinaire, le sénateur Fédor Vassiliévitch Naoumow, un homme fin et rusé; il convoqua les dignitaires d'état et les colonels, tous si désireux de voir le rétablissement du hetmanat, et leur en fit la promesse, à la double condition, pour eux, d'élire Apostoll, et pour celui-ci, d'envoyer à la cour, à titre d'otage, son fils Pierre. Cela eut lieu, et le vieux Apostoll, élevé au hetmanat, se montra d'une nullité complète; il passait son temps à la chasse, à tenir table ouverte et à se promener dans les vastes jardins de sa terre de Sorolchintsy, où il mourut le 17 janvier 1734.

Il avait trois fils : Ivan, Pierre et Paul, et quatre filles; la plus jeune, Pauline, épousa Michel Ivanovitch Skoropadski, fils du hetman de ce nom. Ivan Apostoll mourut jeune, laissant un fils, Paul, mort célibataire en 1742. Le plus jeune des trois fils du hetman, Paul Danilovitch fut élu, lors de l'élévation de son père au hetmanat, colonel du régiment de Mirgorod, poste devenu ainsi héréditaire, de fait, dans la famille Apostoll. Il servit, avec ce régiment, sous les ordres de Munich, et fut tué dans la campagne de Crimée, en 1736, sans laisser d'enfans de son mariage avec une Engelhardt.

Le fils puîné du hetman, Pierre Danilovitch, l'aïeul maternel de mon aïeul à moi, avait reçu, de même que ses deux frères, une excellente éducation; il parlait six langues : le russe, le polonais, le latin, l'allées * (Grégoire Ignatiévitch Galagane.

f Jacques Jourahovski, le frère de madame Apostoll.

laa&d, le français et Thalien. Il arait été pris en otage' à la çôar lor^ de Télection de son père au hetmanat, mais trois ans après, à Pavénement d'Anne au trône, lorsqu'on eut acquis la conviction bien arrêtée de la soumission absolue de son vieux père aux volontés de la cour, il obtint Fautorisation de retourner en Petite-Russie. Il y fut élu colonel du régiment de Loubny, et occupa ce poste pendant plusieurs années. Lors de l'annexion définitive du pays à la Russie, et de la troisième et dernière suppression du hetmanat par Catherine II, en 1764, mon vieux trisaïeul fut nommé brigadier. — Il avait eu, de son mariage avec une Khrapoviçki, un fils, Daniel, et deux filles; l'aînée épousa le général-major Mathieu Artamonovitch Mouraview l'aîné*, et la plus jeune, Sophie Pélrovna, épousa le prince Pierre Serghéiévitcb Dolgoroukow ; elle a été ma bisaïeule.

Daniel Pélrovitch ApostoU, petit-fils du hetman et frère de ma bisaïeule, occupa l'un des postes d'officier-général dans les troupea petites-russiennes (ghénéralnyi horounju)^ et après l'annexion définitive du pays à la Russie, en 1764, il fut nommé brigadier. — Il laissa un seul fils, Michel, qui ne fut point marié, et obtint d'Alexandre I un oukaze transmettant le nom d'Apostoll à son cousin-germain Ivan, Matvéiévitch Mouraview. Celui-ci fut, ministre de Russie à Hambourg et à Madrid, habita Florence pendant une vingtaine d'années, et revint ensuite se fixer a Moscou, où il mourut le 12 mai 18S1, à Fâge de 89 ans. — C'était un homme d'esprit, fort versé dans les littératures anciennes; faisant des vers grecs, mais les affaires pratiques de ce monde furent constamment du grec pour lui; il mangea la plus grande partie de la fortune si considérable à lui léguée par son cousin Michel Apostoll.

Ivan Matvéiévitch était un homme charmant dans un salon, causeur agréable, doué d'une mémoire prodigieuse; impossible d'être plus aCimable; avec cela, d'une bonté et d'une loyauté parfaites. — De sa première femme, Anna Séménovna Tchemévitcheva, il eut deux filles, M"*» Bibikow et M"* Kapnist, et trois fils, Mathieu, Serge, Hippolyte; les noms de tous les trois resteront à jamais cbers aux amis de la liberté russe, tous les trois ayant pris une part active à ce complot décembriste qui se trouvait destiné à doter la Russie de la liberté civile et politique, et dont nous aurons à parler longuement dans nos Mémoires, avec l'affection et le respect dûs à ces nobles décembriste»

* On l'appelait l'aîné, pour le disfingner d'au frère pins jeune, également nommé Mathieu. Celni-ci fut le grand-përe de la comtesse Cancrine et du décembriste Artamon Mouraview, mort au village de la Petite- Razvodnaïa près d!Irkontsk, le 4 novembre 1846. Les deux Mathieu Mouraview avaient un frère aîné, Nikita Artamonovitch, sénateur, aïeul des décembristes Nikita et Alexandre Mouraview, dont Paîné, l'un des hommes les plus distingués de son temps, mourut au village d'Ourikovskoîé près d'Irkoutsk, le 28 avril 1843, et Alexandre mourut à Tobolbk en 1852.

/(fixcçjptioû ..faîte, de i?eux cpii depuis pm faibli et faî|li; il ^'esttroi^vé, ifOi^pier paripi .^ux, quelques drôles de cette espèce).

.I«!ai>é, 4es.,trpis .Mouraview-Apostoll, Mathieu Ivapoviliçli, aujourd'^i ;aa vi^iltojd vénérable et. vénéré, après trçnte années 4*exil.ep gïbérie, habite, la, :yille de Tver; Serge fut pendu par, ordre de l'empereur Nicolas^ ;le .13 juillet. i826^ et Hippolyte fut tué dans le cpmbat d'Ous- ;tînovHa, le ;9 Janvier 1826. — Leur père, devenu.; veuf en ,18i0, sfi .remaria, deux ai^^ plus tard, à Pipasçovia Yassilievna Grouchet^ki, laquelle,, devenue ; veuve et déjà septuagénaire, prit le voile dans up couvât jde:N.ovgorod, ail elle. est naorte il y quelques années. De ce 'Becpp4 W^^^ I^^ Matvéiévitçh eal i^n fiJs, Basile, le propriétaire ;.acUi6l fie, .Sprotçhiptsy, marié àM"*Gourko, et deux filles,, dont l'aînée, Eudoxie, ijnarji^e ^u prjr^ce Havanski, est morte en. couches en 1^0, et la seconde se prouve mariée à un étranger.

, Xe. viens de..prpfionçer Je nom des Grouchetçki. Cette famille^ éteinte

en 1839, s'était aHijée à. la oraison impérijje : le czar Fédor lU, qjûi

ne pouvait avoir d'epfans, ^vait épousé, le 18 juillet 1680, Agafia

:,S^menavna (f rouchetski ; elle devint .enceinte du. fait de l'un dés

i.çporlisî^ns» ^ accoucha, je H |uillet.i68t, d'un fi|s, nommé ,Ëlie,

devenu . l'héritier présomptif de la couronne. Trois joju^ ^près ses

, couches, la.cz^rine mourut, et le 21 du même mois, mourut le petit

i.^li.e. .En Janvier su^vapt,, Fédor. épousa Marfhe A^^raxipe, mais oelle-ci

con^erv^ ^précieusement sa virginité au milieu de. toutes les embûches

de ^or tendues à une femme, jeunç, belle et robuste. Aussi Pierre ï^*

..témoignMil ;les |)lus grands égards à. sa belle-soeur Marthe, et une

jn^ij^e bi^ve^lianee. au^ Apraxine, frères de. la çzarine, tandis, ^que

vindi(|atif comgoe 41 l'était, il 9e pardonna jamais; aux Çrouchet^ki la

faute d'ort^r/^he (ainsi ,que.je di^it une fçmme de beaucoup

,d'e$prit^ feue ia maçqpise de Vil/ereau,^ née comtesse Apraxine) commise

par la czarine Agafia, et grâce à laquelle «faute d'orthographe» la

couronne de*^ Russie avait pensé lui. éehapper^. à luL .Getjte czarine

n'avait pdint eu dé frères, mais une soeur aînée, mariée à on

[gentilhomme de boime maison, Zybfnë, et déjà veuve au moment du

mariage de sa soeur, La czarine Agafia avait des. oncles et des coùsifîs,

d4^xquels .pierre F l^mpigna çohstanimont u^eaversiou signalée,' ^et

cette disgrâce. de cour. empêcha les Grouchetski d'arriver, à la mié^e

position sociale élevéei, que les autres familles alliées 'à la nuuâon

impériale*. . ^

* Karp EvBtafiéyitch Groachetski, gentilliomme Uthnanien, vint 8*établîr en Ënssie sotts le règne de F.édor I (1594 - ]ô98> Son petit-fils, Fédor Iliitch, eut plusieurs fils, et U c^arine^ Agafia Sémenovna était la fille dé Pun d'eux. Un eousin-genuain delà . czarine, Michel ^okitch, fyt mari^ trois fois : à une princesse Yolkonski; une Voiei^ow, et avec ^i^na Vassilievna Izutaîlow. De ce dernier inariage il eut deux filles, mariées, Tune à un prince Gagarinc, l'autre à un Manoonow, et deux fils : Basile, général-

La famille Pachkôw se trouve redevable, du commencement dé sa fortune,, aux faveurs de Pierre I, acquises, je dois le dire à mon profond regret, par respionnage. Plus tard, cette fortune a été, il est vrai, considérablement accrue, qùadruplée par un mariage accompagné d'une dot immense, frttît d'énergiques et nobles travaux indusiriels.

Au seizième siècle, sôiis le règne d'Ivan-le-Tefnble, un lithuanien, nommé Grégoire Paszkowski, vint s'établir eh Russie, où ses descendans portent le nom de Pachkow. Son petit-fils Philippe hanovitch, surnommé istoma, \o\X3l un rôle dans les troubles qui agitèrent la Russie dans les premières années du dix-septième siècle; son fils Atbanase Philippovîtch, voïévode à lénisséisk, fut chargé de la construction de là ville de Nertchinsk; c'était un homme d'une cruauté, d'une férocité sans pareilles; serviteur zélé du gouvernement, il persécuta avec acharnement les dissidens religieux; le célèbre Avakoume eut, entre autres, beaucoup à se plaindre de ses mauvais traitemens. Il était en même temps un concussionnaire effréné. Il laissa sept fils, dont l'ainé, Jérémie, fut le père de la comtesse Zotow; Léon fut le père de Théophanie, abbesse du couvent de Saint-Alexis à Moscou au dix-huitième siècle; Ivan l'aîné ivLt le père de George, dont je vais parler, et Ivan le jeune fut le grand-père d'Alexandre Iliitch, souche des Pachkow actuels.

George Iv'dnovitch Pachkow, un homme intelligent et capable, m'ais un drôle de la dernière espèce, colonel sous le règne de Pierre I, fut employé par ce prince à toutes sortes de missions de confiance, y compris celles de l'espionnage. Il fut chargé par le czar de se rendre en Sibérie, pour y faire une enquête sur l'administration du prince Matiiieu Gagarine et découvrir les papiers, cachés par celui-ci, à tout événement, chez des hommes sûrs. Cette mission ayant été remplie avec une grande dextérité et un succès complet, Gagarine ayant été pendu et ses biens confisqués, Pierre I"" fit don à Pachkow de plusieurs

major, mort célîkiiaire, et Vladinûr (né en 1710, moi*t en 1754 ), «ommissaîie-général des ga^rres sous le règne d'Elisabeth, marié à Anna Alexandrovna.MUpsiaTBki, petite-fille, par sa mère, du malheureux Alexis Sakovnine, martyrisé par Pierre !• I)e ce mariage naquirent : une fille, Catherine, mariée à Alexandre Ivanovitch Levachow (l'oncle du premier comte de ce nom), et deux fils : Michel, mort célibataire^ et Basile, conseiUer privé actuel et sénateur; il mourut septuagénaire, en 1813, après avoir survéou à son fils unique, et avec sa mort s'éteignit cette branche de la fiimiUe ' Gronchetski. Il avait été marié à une fille du prince Dolg^roukow de la Crimée; il en avait eu un fils, Basile, lieutenant-général, mort en 1804, à l'âge de 37 ans, et trois filles : Anastasie, qtli fiit.la première femme de Jacques Lanskoy, firère du favori de Catherine II, et mourut jeune; Anna, mariée à Nicolas Alexandrovitch Tchirikow, et madame Mouraview-Apostoll*

Un autre cousin-germain de la czarine ' Grouchétski avait en un peiât-filis, Serge Ivanovitch, lequel, de son mariage avec Anna Matvéievna Voieïkow, laissa une fiUe, Marie, qui épousa Michel Latchinow, et un fils, Vladimir, sénateur, mort en 1839, à l'âge de 77 ans, sans avoir eu d'enfims de son mariage avec Anastasie Alexandrovna Okounew. Avec lui s'éteignit la famille Qrouchetski.

milliers de serfs ayant appartenu au prince Ifathieu, et le principal village de cette propriété (dans la province actuelle de Tambow), appelé Gagarino, porte dans .le pays le nom de viUage du sang (selo krovi)^ en souvenir de la fin tragique i\x prince Mathieu. Cette propriétér suivant la tradition populaire, se trouve destinée à porter malheur à tous ceux qui la possèdent, et il faut ajouter que cette croyance, depuis plusieurs générations, se trouve avoir reçu son accomplisse* nient le plus exact et le plus déplorable.

George Ivanovitcb Pachkow, sous le règne de Pierre H, se trouvait membre du collège de. la guerre avec le rang de brigadier, lorsqu'il fut compromis par sa correspondance politique avec la princesse Agrippine Yolkonski, dont il partageait Taversion pour les duchesses de Cûurlande et de Mecklembôurg, et les intrigues fortement nouées dans le but de nuire à ces deux filles du czar Ivan Y. Il fut exilé dans ses terres, et Ton pense bien qu'Anne, montée sur le trône, ne le tira point de cet ei^il. — Son fils unique et héritier, Pierre, n'ayant point d-enfans de sa femme Pédossia Ivanovna (fille d^Ivan Afanassiévitch Schipow, lieutenant-général sous le règne d'Elisabeth), légua^' par testament, toute sa fortune à son cousin issu de gennaîn,..Alexandre Iliitch Pachkow, mon bisaïeul matemeh

. Ce Pierre légorovitch bâtit à Moscou le superbe hôtel Pachkow, aulûurd'hui occupé par le musée et la bibliotlièque publiques. Lors de la eonstmction de ce n^agnifique hôtel, il se trouvait déjà perclus de jambes, et se faisait conduire dans un fauteuil à roulettes; néanmoins il songeait à se remarier et avait même trouvé une fiancée, une jeune personne très-coniLue, il est vrai, par son incroyable avidité et son peu de scrupules en matière d'argent : c'était la princesse Barbe Nicolaîevna Dolgoroukow, morte en 1849, à l'âge de 85 ans; elle était la , nièce de la fiancée de Pierre II*.

Alexandre liiitch Pachkow, dans sa jeunesse pauvre officier de ligne et sans aucune éducation, devint immensément riche par son mariage avec Daria Ivanovna Miasnikow, fille et nièce de ces paysans ihtelîigens et loyaux, ayant acquis, par un travail probe et heureux, une

* Lors des guertes d'Alexandre I contre Napoléon I, Ton avait besoin de soldats. Le doux et libéral Alexandre I, d'après le conseil dn comte Araktcheiew, avait rendu nne ordonnance portant que tout propriétaire, fonmissant à Parmée une recme pris^ parmi ses seris, aurait droit à une indemnité de plusieurs centaines de roubles. — La prince^ Barbe Nieolaïevna achetait des terres avec des serfs; vendait tons les hommes valides au gouvernement pour servir de recrues, et ensuite elle revendait au premier venu les terres avec les serfs non-valides. — EUe fut imitée par Catiierine Pavlovna fioutourline, née Lotarew, ainsi que par la comtesse Irène Ivanovna Yorontsow, née Izmaïlow. Cette traite des blancs, Jointe encore à une usure effrénée, fuient la source des immenses fortunes aujourd'hui possédées par le fils de la première, le . général Nicolas Alexandrovitch Boutourliue, et le petit-fils de la seconde, le ooisite Vorontsow-Dachkow, aide-de-camp de l'empereur.

fortune fabuleuse (voyez paigè 8!9). ■— 'Dàriâ Iviinôvna dvaît apporté ^à

éôn rnarî, èii idôt, ùnè usiné de fer, une iaiuire 'de OurVire, ët'dix-iïeàf

'mille serfs, le, quart de Hïéritage'^pateriiy, dWisë ëillre "Quatre feoeiirfe.

Pendant le temps -àé* îa i^ecohsiracilori; 'à Aloséou, dii 'théâttre-t)ublic

dévoré par un incendie,' 'Alexandre Iliitcb avait riais; à'îa'iifspbsitîon

'de la troupe des acteurs et de celle du baHet', We ^parliè^'dè Soh'îm-

inensê 't)otér'(ruriiversité actuelle). Pour éh agir ' ainsi, 11' a^v^t dû soù-

, tenir une lujto fort, vive conire.sa fèmmë ; celle-ëi, piréfe^sant en secrtt

,1e culte des dissidèns, considérait le tbéâtré 'comme tin âiBÙseJÀient

" sataniquè.' Son inarî lui lit entrevoir la fthaWce d'être ■ré'^otopeiiâé, pddr

sa munificence, par la croix dé Saint- Vladimir dé 8™* classé, que je

^gouverpeur-généràl de Moscou avait promis de hiî ïHiré rfbténir.Daria

Ivanovna, placée ainsi entre la crainte du diable fet le désir d'une

^ croix pour son époux, céda à ce deriiier sentiment: le détnèn eût un

. pied de nez^ fes acteurs obtinrent leur fealle, et JPatfhkôw ^sâ èroft,

'réconipense âujoùrd'hiii prodiguée à toute la éânailîe bui^lâùcratiqùe,

mais sous le'règn^ de Catherine tl fort ' appréciée et' ï'eéb'erchée hiôme

, par des officiers-généraux*. ' » . : =

Àfexandre Iliitch s'était' réservé une Ibge'd'âVarit-scèiie; il y venait en robe de chambre, avec la croix à son cott; grand àraàtëur d'hydromel, dont il réunissait le naeilleùr clans 'sèfe caves, 'il' 's'en faisait 'apporter da-ns sa logé. Si le jeu d'un acteur ou céliii" 3\[ûe kctrî'ée J captait sdn suffrage, il leur envoyait en présent' une bbUtèîlle d'hydrô- '^'mel; mais si une danseuse exéèùtâit un pas dont ' la hardiesse' vienne à froisser ses préjugés étroits et raidés de Kiisse de là viêiHe rochîe, 'alors il crachait hors de sa logfe en s'écnaùt :' «oh! l'effrontée! fd/ bezstydnitsaf). ' ' - - * ; ,

iïaria fvâriovna n'allait poînt au théâtre; elle passait le' temps cfu ^spectacle dans ses appartemens, entourée'd'ùne collection de jon^lw^aW, /c'est-à-dire de femmeis recueillies dans la maison par charité, suivant l'usage àdôpfé en Russie, au di^L-huîtlème siècle, par les gens fiches. 'Ùesprijivatki étaLiGni logées, nourries, assez mal véîtlies,* très-bien groAdées; elles ' avaient lé devoir de porter a là connaissâhce des maîtres de :1a liaison ' tous les commérages en circulation, dans la ville, pu, si '.cela se. passait à la c^^ipagAO, dans le district; en cas d,e disette de commérages, elles ne se faisaient guèr« faute d'en iny^^ter, et des mieux 'iîmigihés!

'Alexandre Iliitch et Daria Ivânovna curent deux fiWés : M** Arséniew ! etM^'.Renkéyilch, et trois fiîs : Ivan, mon aïeul maternel et la çoiiche de la branche aîpée des Pachkowj Basile, souche de la branche ca- ' dette, et Alexis. •

... *. Et, néanmoins \e nopobre dç ceux-ci était incomparablement inférieur au chiffre des officiers-généraux actuels. L'on (lit anjouid'hni' dans le peuple: ^to reoei)a,ii Oesi BBtaAu -— KopoBa ôesi a

lyan .A.lexafli|[|r9YUch possédait deux qualités fort belljQS.jet qjue l'on ijfi.sj^ur^it a^se^, louei; ; celle du désintéressement et celle de la mui^ifice^ce ^ plus large envers se$ amis, ses parens et ceux dé sa f^mme,^ qpi était Eudoxie. Nicolaïévna lafimovitch , d'une famille de Stuolensk., de petite noblesse et pauvre. Lcxrs de la mort de M'*'''Arsé-^ niew, décédée sa,ns enfaiis, son mari se trouvait appelé^ par la loi, à hériter de la septieme.part.de sa fortune; le reste devait être, partage* entre les. trqjs frères de^ la, défunte; Ivan Alexandrovitch fit^ don, de sa part, à son beau-frère Arséniew. Celui-ci épousa ensuite une Bibikow, la soeur d^ l'ancien ministre de l'intérieur, et il faut dire, à l'honneur' de. 5J. Açséniew et de ses trois fils du. second lit, qu'ils n'ont jamais oubUé ce noWe procédé.

Ivan Alej^androvitch avait reçu l'éducation la plus négligée. Sévère d'aspect, au regard dur, à 1^ parole rude, femme, enfans'et serviteurs, tout le mo^de dans la maison tremblait devant lui. Fndépejadant pjai* caractère et par fortune, il se retira de bonne heure du régiment des gardes, où il, avait servi en quajité d'officier, et vint se fixer à l^oscou. Il eut neuf .enfans, sans compter les marmots décodés au berceau. Sa femme^ î^uue santé délicate, (ce qui ne l'empêcha point de mourir septuagénaire), se trouvait ejiceinte tous les ans. Ivan Alexandrovitch, de son côté, était doué d'une complexion à ne pouvoir imiter saint Antoine, fut-ce même pour 48 heures. Il avait, comme dans toutes les. nuisons riches de la vieille Russie, un nombre immense de serviteurs (dvorovyié)^ ayant femmes et filles, lesquelles, chez fui, se trottvaieat obligées, à tour de rôle, de comparaître le soir devant leur inaîlre; si l'une d'elJes se montrait récalcitrante, le valet de cliànfibre {a saisissait par les cheveux et la traînait dans rappartement de mbnsieur.,.v Le jour où l'âge obligea Ivan Alexandrovitch à devenir vertueux malgré lui, il tomba dans une espèce de semi-idîptisme, et mourut au. bout de quelques années, en 1828, presque septuagénaire.

Son frère, Basile Alexandrovitch Pachkow, était d^une bêtise à nulle autre p^reilte^ mais i| arriva à devenir grand-maréchal du palais, ensuite grand-veneur pt membre du conseil de l'empire, grâce à Fesprit d'jntrigue et ^ l'outrecuidance effrontée de sa femme, la comtesse Catherine Alexandrovna Tolstoy, soeux du loyal et respectable comte Pierre Tolstpy, ambassadeur de Russie auprès de Napoléon I.— Hommassp d'a^<^pect, outrecuidante, insinuante avec ceux qui . pouvaient lui être utileis, grossièf^ ^vec tous les autres; îl y a d'elle bien des anecdotes que j'aurai à ipentionne^ plus loin dans ces Mémoires. Je me bornerai ici à nfirrer deux faits.

. Le prince y^si|tcl|ikow, marié en premières noces à une comtesse Pratassow, pariait, en 1814, pour l'étranger, avec sa femme, déjà condamnée par le3 riipdecifts. Il vjnt, avant son départ, faire une visite à M"' Pachkow, et dit à celle-ci, en parlant dé sa fille aînée : « madé-

• moiselle Tatiana est bien belle; je suis persuadé que vous êtes » assaillie de demandes en mariage.* M"^ Pacbkow lui répondit, en le tutoyant suivant l'usage russe de la vieille roche : • mon cher, f at- «tendrai que tu deviennes veuf, et alors je te la donnerai en mariage!» Quelques mois après, M"** Vassiltchîkow mourut, et son mari, après deux années de veuvage, épousait M"* Tatiana Pacbkow.

M"* Pacbkow avait obtenu, en 1830, le cordon bleii pour son inarî, malgré que pendant trois années consécutives, la santé valétudinaire de ce dernier lui eut permis seulement de fort rares apparitions au conseil de Fempire, dont il était Tun des membres les plus nuls et les plus ridicules. Ce cordon bleu fit crier au scandale même à la cour servile de Tempereur Nicolas. Au palais, le jour de Pâques, Ton causait de cette promotion si inattendue dans un groupe, où se trouvait le prince Menchikow, ministre de la marine. — « Cette nomination ne doit point

• vous étonner, messieurs, dit le prince; elle a été sollicitée par le » ministère de la marine. » — • Comment? s'écria-t-on, mais Pacbkow > n'a jamais été marin!* — «Vous oubliez, messieurs, continua le

• prince MencHikow, que depuis voilà trois ans il passe son temps sur

• son soudno » (en russe, le mot saudno sert à désigner, à la fois et un bâtinient de navigation, et un certain meuble, aujourd'hui avantageusement remplacé par les water-closets).

Le plus jeune des trois frères, Alexis Alexandrovitch Pacbkow, était un fort vilain drôle; du vivant de son père, il s'était fié avec l'intendant de celui-ci ; il en avait fait son compagnon de table, et avec son aide, il commettait des escroqueries au détriment de son père; de plus, voulant semer la zizanie dans la famille, il était parvenu à irriter le vieillard contre son frère Basile, de la manière la plus injuste, et à l'irriter à un tel point, que le vieillard avait maudit son fils puîné.

Basile Alexandrovitch, qui habitait Pétersbourg, accourut à Moscou, exposa la vérité à son père; une explication franche et respectueuse s'ensuivit, et le vieillard, non-seulement retira sur-le-cbamp sa malédiction, mais encore, en présence de toute la famille, il se jeta aux pieds de son fils Basile pour lui demander pardon.

Alexis Pacbkow, lors de la mort de son père, s'empressa, aidé de son ami l'intendant, de s'emparer de la riche argenterie patomelle et d'un grand nombre d'objets de prix; ses deux frères, pour évitor un scandale public, lui abandonnèrent tout ce qu'il avait volé. Lors du partage de la fortune, l'usine de fer échut au fils aine; l'usine de cuivre, au puiné, et la grande terre de Tambow, k village du sang^ k Alexis Pachkow. Il alla s'y établir, et donna libre cours à ses passions violentes, sauvages et désordonnées. II avait un équipage de chasse et une meute nombreuse. Le jour où il se fâcbsût contre un voisin pauvre ou peu fortuné, il lui inDigeait le châtiment d'arriver chez lui avec ses chiens, ses chevaux, ses nombreux piqueurs et va-

lets de chasse, €t le pauvre diable se voyait obligé de nourrir toute cette horde d^hommes et de bêtes pendant nn, deux ou trois jours, suivant le bon plaisir de Pachkow. En cas de refus, il y avait dévastation immédiate de la propriété du pauvre voisin, et aucun tribunal n'aurait osé accueillir la moindre plainte contre un homme aussi riche, aussi méchant, aussi outrecuidant. U faisait fouetter ses domestiques, ainsi qu^il s'exprimait lui-même, à une pipe, ou à deux pipes (na troubkou, na dvé troubki), c'est-à-dire que Ton fouettait le malheureux pendant que le barbare, là présent, assis dans un fauteuil, achevait dé fumer une pipe, dans le premier cas, et deux pipes dans le deuxième cas. — Aussi les serfs de Pachkow mirent-ils le feu, une nuit, à sa maison, dans Fespérance de le faire périr dans les flammes^ il y échappa, mais Tune de ses filles n'eut point le temps dé se sauver et fut consumée vivante. Voyez, disaient les habitans du pays d'alentour, la malédiction attachée à la possession du village du sang

Son fils unique, Fédor Alexéiévitch, était un excellent jeune homme : bon, loyal, aimé et estimé de tous. -- Il épousa une jeune personne d'une bonne famille, Yéra Ivanovna Anitchkow, vertueuse et douce comme un ange; ils avaient deux charmans enfans : un garçon et une fille. Tout à coup Fédor Pachkow tombe malade; un mal incomp^réhensible se déclare; les médecins n'y comprennent rien; leur science reste impuissante; l'excellent jeune homme meurt, et la douleur de sa jeune femme fut si poignante, qu'en une seule nuit ses cheveux blanchirent... Peu de temps après, moururent les deux enfans

Alexis Alexsmdrovitch avait encore deux filles, outre la victime de l'incendie. L'une, Elisabeth, épousa le général-major Ëti^ne Stépanovitch Andréievski, commandant du régiment des lanciers de la garde; son mari fut frappé d'aliénation mentale et mourut fou. Leur fille épousa Alexandre Gerstenzweig. A peine ce mariage avait-il été conclu, que le père de l'époux, le vieux général Daniel Gerstenzweig, chef d'un corps d'armée au midi de la Russie, ayant été désavoué par l'empereur Nicolas pour avoir fait entrer, dans les provinces danubiennes, Içs troupes russes en vertu d'ordres précédemment reçus de l'empereur lui-même, crut voir, bien à tort, sa loyauté personnelle compromise par ce désaveu, désaveu purement politique, et se brûla la cervelle dans l'été de 1848. Treize ans après, son fils Alexandre, le mari de M"' Andréievski, se trouvant à Varsovie en qualité de gouverneurgénéral, se tira plusieurs coups de pistolet à la suite, dit-on, d'^un duel à l'américaine avec le vice-roi de Pologne, comte Charles de tiainbert, et expira, au bout de quelques jours, dans des souffrances atroces...*

L'autre fille d'Alexis PaehkoW) Daria, était fort belle, et se trouva

* On appelle "duel à l'américaine " lorsque les deux adversaires, an lieu de se rendre en champ-clos^ tirent au sort pour décider lequel des deux se brûlera la cervelle.

recherchée en mariage par ua petit propriétaîrë du voisinage, rjjîcoïaà PétroVitch'Poltavtsow, uii butor grossier, béte et répulsif. Cette famille' est issu,e d'un certain Ignace Poltaylsow, valet àe chambi^e d'ÉlisâbetK^ sous lé' règne de laquelle il fut' nfommé huissier de chambre S la'cciùr et anobli. — Pachkow, quoique n^étant nullertie'ùt un MàniniSt^ùéf fui-riiéme, se montra fort blessé de cette demande eu mariâg'él Nôiiseulement il répondît par iih rél'us, ûiais encore il fit! ibtérdire^'à *P6Itavtsow ràccès de sa maison, le Menaçant', s'if osait enf^éînrfi-é' cétte^ défense, dé lè' Caire saisir, conduire' à l'éciiHè et éliille'r à 'cotij)S fleJ fouets. Quelque temps après, Pachkow, se troùvatit à là chaè^e,' rencontra Poltavtsow, cliassianf également, acrompàgûé' de' d'eux chiénfs^ àagnifîquès' i) ïuï envoya' FuA dé ses piqfaeiirè pour hé^ocièr fâchârf àé ces chiens; Tautre répondit • «je ne vendrais ces' chiens à' âùcùrf • prix, maïs le jour de mon mariage, je les ottViràjs èh' cârfeati a inètf » beau-père. » — Un an après, les deux chîehs faisaiéfnf partie de U meute de Pachkow, et IVP^* Daria était devenue madame PpltaVtscFW. Elle eut, dé son butor légitimé, deux fils è\ toute une côàvée de filles; L'aîné des fifs pr'onlettaîl de réussir : il tnôdrut; le second, Serge, resté vivan(, est tiri ci^étin, placé sous tutelle pour Wuse d'îdioftisme.

Plusieurs" dès filles de M™' Poltavtsow éont mortes; l'ÙBlè se iroiivd atteinte d'aliénation iftenlale; les autres soiit mariées : (Hgà âVec ÎH. ékobélëw'; Elisabeth, avec lé comte Nicolas Barànow; Csttberine,* âVéc lè coiûte' Alexandre Adlérberg, l'ami intime de l'empereur, et ht plus jieune, avec M. Nicolas Jérébtsow*. — Depuis leur aifianee aveë lès famille? des Adlérberg et des BaraùoW, si influentes à la cour, ces dames, dont* la position primitive, dans le mokidô, était des plué humbles et dés inoins enviables, se trouvent prises d'uiiè vanité incommensurable : elles auraient bien voulu joiier le rôle dé gratidès iames, mais l'éducation, l'élégatice et la distinction des dânîères leuir faisant défaut, elles en sont réduites à faire paradé d'uà orgueil, èi d'une morgue des plus ridicules, et grâce auxquelles elles se trouvent devenues la fable des deux capitales de là Russie...., ' •

La fortune colossale des Démidbw provient d'une sotïrc'e éniîûeWi ment honorable, et son éclat se trouve encore rehaussé f)ar lé dlgiié et noble usagé que plusieurs d'entre lés membres de cette familie; véritablement illiistre, ont fait des immenses revenus à eux départie par le sort. '

Démid Grigoriévîtch Antoufééw, paysan de. la couronne et inarêchalferrant au village de Pavchino, dans le distrM d'Aléllbe (proviiice'dé

' * II ne faut point' lé confondre âyéc un antre M. Nicolas Jé^btsow, auteur d'an livre fort banal, intitplé : Histoire de la civilisation en Russie, Celui-ci, se trouvant Pun des rédacteurs cl*un mauvais petit journal publié à Paris en 1860, la Oatàte du Tfordy j faisait insérer des articles, où un certain Bt rtrand. Bopp (pseudonyme) Privait que M. Jérébtsow unissait le style de Tacite à la profondeur de M. Ouizot;

TAutaQ- âti' dix^sieplièlriiè -sîèliîlë, viiit ^étâHii» a Tdiilâ avec' s<5s frères/ dbrit les defeceûdahs; les A'ntoiiféeW, exfàtetit^ ettcofe dans la botïrgèoi-' siè dé cette viHbJ WeMd avait- ntt fils, Nîkifet, né à Tonlà, eu lem,' el^ dôtt là féirifeié, Euflotïe; était la fille d'uîl' atWarier d'armes à Teu ^afààpdhiîà) it Tbiila,' hoamè Tédôte. ' / -;

En rattie79; fe ^èi^ et lèfil^/DêMid-ét'Nikita; se firent agréget^ aè cbrpâ' dies' artnôrîéirs' de dém vlHè, et àc^irent uÉfe grande répa-' tâfroh'dlé savoir-faire et dfe proMté. Le vieubt Béàiid iftburut en* 1690/ laissante à'-son fils lih établissement parfaitement bien tnôn!é,àvec de; riomfbrewî ouvriers et un'câpitaFnasseK rond. •

Piètfé Pvîht à Toula en 4694,'et dans' sa suite se trouvait lé Jeune* Schïififr'oW (dëpûis^ 'vicé-chanceliér), chaëseûf passiôntaé et-exc|elfent tiréut; n voulût donner 'à raccomlnoder nii pisliSet de Kuchfent^iter, etsiii* le conséît dès habîtarts de' la Vilfe, iî fe confia à Nikïta Atitoufé«w. Géltti-c?, au boiit de* qoelque terftfps, rapj)ortà à Sdhafirbwsbn pistolet, àfccemfpagné d'un autre semblable, en ffevitâût à vouloir îbien décider" si le sien n'était point aussli excellent que céluî dé Kxichénreiter.'

Cette anecdote fit conilattï^e Nikîta Antôufé^w au czar, lequel, se rendant à Vcfronèje au momérit de la guerre avètî Tes tu'hîs, en 1896,' s'irrèta à'Tôlila, ^our y faire une éommïtndè d'armes aiî oifvriers de celte Ville. Nikîtà se préèeûtâ atec^ beàticou|i d'autréà armuHersj Pîerré I, voyant cet honmié grand' et robuste, dit : «il' feirait' bien » bonne figure parmi mes grenadiei^s de Prêèbrajenékl. »' NiWtà se jeta. 4 ses :{rileds/:eiir)e suppliant de ne point Tenlever à sa vieille inère, dont: il: était le fils unique. « Ne crains ri«ny dit>le ezsur;. eoAfeetioBilewi imïDÎ seulement trois «-ente hallelmrdesj d'après le^ modèle qtie •Voïcij » et apporte-les moi à Voronèje. » — « Sire, je les feraî meilleures que nô* •"Test èë modèle, » réplfqiia Nîkita, et il tînt parole. Lé czar le paya âu-dëssus du prix convenu,. et Jui fit cadeau d'un^ coupe eh. argent.

En revenant à Moscou^ le czar. s'arrêta à Toula» alla déieoq^r :Cbe2. Nikita, et '^percevast sur la table du^ vin du Rbtn, il Jui. en- fit d^s reprochés, disant qu'il ne' seyait guère à «n ouvrier de boire du vi» du RbiiiJ qtr'il fallait S^eii tetiîr à l'éau-de-vie rusàe. — ^Sire, répondit

• Nîkîla, je lié bois ni vin, ni eau-de-vie,' mais j*aî Voulu irôgaler coti-

• venablëraent mon souverain. » — «i)ans ta maison, clit.le czay, je jftveux boire du yin russe* (c'est-à-dire de reau-de-vie de grain).;

• fais m'en servir; ^ rouskùva vina^ nacheva rauskova pfvstidka,» telles fUreiit IdS paroles textuelles de Pierre I. fl accorda à i'intelHgent ouvrier le droit de construire; près ,de Tbiila, une usine àvôc des machines hydrauliques, et lui fit don de plusieurs centaines d'arpëns de terre. I. En 1696, Ton découvrit une mine de for sur la rivière Néviia (•pravioee actuellô dePerm),. et l'on y entreprit la construction d'une usine, appelée Néviianàfcaïa.

Nikitâ, au commencement de là guerre avec la Suède, s'étant en-

gagé à fournir des fusils à un prix inférieur à celui des autres armuriers, et ses fusils étant les meilleurs de tous, fut invité, dans un voyage fait par lui. à Moscou, en février 1702, à se présenter au palais; il y vint avec son fils Akinfiy, tous les deux en habits de paysan, et fut admis, avec son fils, à dîner, avec le czar. Pendant le repas, il sollicita et obtint le don de Fusine Néviianskaïa, à la charge, par lui, d'y confectionner des armes et des munitions de guerre à des prix convenus d'avance çt avsmtageux pour le trésor de Tétât II obtint également le don, en propriété, des mines de fer et de cuivre, dont la découverte pourrait être opérée par lui dans ce pays de TOural, avec la clause, en cas 4e découverte de mines d'argent, d'en réserver l'exploitation à l'ét^. -^ Le czar lui accorda aussi de vastes terres avec des serff; lui octroya, le 21 octobre 1707, les droits de la noblesse personnelle, sous le nom de Démidowy et l'investit de la noblesse hérédir. taire, le 21 sef^tembre 1720. Lui-même y tenait si peu, qu'il mourut sans s'être fait délivrer le diplôme nobiliaire, signé, plus tard par Catherine I au profit de ses enfans, le 24 mars 1726.

Il fit la découverte de plusieurs mines, et fonda les magnifiques usines : de Schouralinsk, en 1716; de Yyngorsk et de Verhnétagilsk, en 1718, et. de Nijnétagilsk, en 1725*. Il fonda également dans la province actuelle de Kalouga, près de l'ancien emplacement de la ville antique de Luboutsk, l'immejise usine de Doughensk (aujourd'hui la propriété de M. Lavrow, négociant).

* LHisitie de yijnitagUsk appartient actaellemént, en indivis, à M. Panl Démidoir et à aon oncle M. Anatole Démidow (le mari de la princesse Mathilde), Cette usine donnajt annuellement, de nos jours, jusqu'à 25 ponds (près de 400 kUos) d'or, et de 60 à 100 ponds de platine.

Les trois autres usines ci-dessus dénommées, ainsi que celle de Néviiansk, n'appartiennent plus à la famille Démidow. L'aîné des petits-fils de leur fondateur, Prokofiy Akinfiévitch, mécontent de ses fils à lui, vendit ces quatre usines à lakoylew, dont la Ibrtnne a été également n rapide et si prodigieuse.

Sara lakoylew, né dans la Tille d'Ostachkow, province de Tver, avait une pêéherie tme le lac SéKger et un vaste commerce de poissons. D était le fournisseur du prinoe Potemkine, grand gastronome de son temps. U gagna la bienveillance du prince en lui envoyant des poissons magnifiques; il obtint, de sa protection, des fermages d'eauxde-vie et des fournitures de vivres pour l'armée; s'enrichit énormément, fut anobli, acquit de Frokofiy Démidow les quatre usines dont je viens de parler, et acheta au comte Simon Vorontsow la magnifique usine de Verhnéissetsk, fbndée par l'état en 1726, et donnée par l'impératrice Elisabeth, en 1755, au père du comte Simon, ce comte Roman Vorontsow si connu par sa bassesse et ses concussions, lui aérant valu, de ses contemporains, le sobriquet de Romane — bokkoy^karmane (c'est-àrdire Roman à la poche large).

Le fils et le petit-fils de Sava lakovlew, Ivan et Alexis, par leur sordide avarice, accrurent considérablement l'héritage de leur père et aïeul. L'arrière-petit-fils actuel de Sava, Ivan Alexéiévitch lakovlew, avait, il y a une dizaine d'années, un revemi annuel d'environ 80 ponds (1,280 kilos) d'or, 15,000 ponds (240,000 kilos^ de, enivre e| pluq-d'un demi-million de pouds de fer.^ Il possédait treize usines, 650,OOQ aipens

Démidow alla se fixer à Névîiaiisk, «t il fut habilement aidé, dans ses travaoK et ses découvertes, par son fils aîné Akinfiy et son intendant, un homme fort intelligent, Simon Batacbow, ex-armurier de Toula, dont la famille est aussi devenue immensément riche; il eut beaucoup à se louer du savant et loyal directeur des mines de l'Oural, le génial Henning, qui le protégea contre les concussions de Basile Tatistchew.

Un jour, le grand-amiral Apraxine disait à Pierre I, qu'il aurait été heureux pour l'empereur d'avoir une ou deux douzaines d'hommes pareils à Démidow. — c Je me serais estimé heureux d'en avoir une «demi-douzaine,» répondit rempereur.

Pendant sa campagne de Perse, il envoya à Démidow son portrait, et lui écrivit une lettre toute cordiale et afSectueuse, en l'engageant à employer tous ses efforts pour tâcher de découvrir des mines d'argent.

En généra], Pierre I éprouvait une vive sympathie personnelle pour son Démidyich, comme il l'appelait; le caractère gaf et jovial de celuici, son vaste esprit naturel, sa probité, sa profonde connaissance du coeur humain, enfin, son tour d'esprit satirique et mordant plaisaient fort au ôzar.

Démidow, se sentant vieux, remit ses affaires à son 6U aîné, et revint mourir dans sa ville natale, Toula, où il décéda le 17 novembre 1725, à l'âge de 68 ans, et fut enterré près de la vieille église ^e Saint-Nrcolas, située derrière ta grande église élevée depuis par ses descendans. Ce qui fait peu d'honneur à ceux-ci, c'est de ne plus voir, de nos jours, la moindre trace de la sépulture de cet homme énergique et respectable, le fondateur de l'immense fortune, et par consé-quent de la brillante position sociale de leur famille.

Démidow laissait trois fil§ : Akinfiy, Grégoire et Nikita; la descendance de ce dernier s'éteignit, en 1833, avec la mort de son; arrière-petitfils, le général Nicolas Ivanovitch Démidow, personnage ridicule et méprisable, auquel Tempereur Nicolas, tout en se moquant lui-même de cet individu, avait confié la direction supérieure de l'école des pages et des corps de cadets!!!

Grégoire Nikititch a été le père du fondateur du lycée de laroslaw, et le trisaïeul de la comtesse Armfelt, ainsi que du jeune Démidow institué, il y quelques mois, héritier du nom et du titre de son grandoncle le prince Lapouhine (frère de son aïeule). Grégoire Nikititch eut aussi une fille, mariée à un noble de Toula, nommé Danilow.

(700,000 hectares) de terre, et de pins, tin capital de près de €leux cents miUtom de francs, U n'est point marié; U a une fille unique, nuiriée au i»i|ice Dmitri Saltykow, et sa soeur, la comtesse douairière de Stenbock-Fermor, a trois fils et trois filles, héritteris de Pîmmense fortune foncière de leur oncle*

n ne &ut p(Hnt confondre ces lakovlew avec une autre fiimiUe de ce nom, ftppaf* tenante ^ l'ancienne noblesse russe.

Akîn% rWtititch.' (né en 1678, ; mori, &ù 1748), Ipmla ^con^ de 1725 à .1730^ six ujinea- Il avî^it Write de re^prit.eiHrej^eiïaBt .etdo, caûraeitère énergique de son pèire, oiais non de^ sa, droiMiijre, ni(,de.$oa' intégrité. Dans les^ mioes de K,olyva»ej par W dàjoujveçtes .en .1725^ il' y avgiili.de l'argeBt jqu'il exploita; spus. Iç, npip de cuivre;, au moyenj de, pofs-rdp-yin.iaçgqment di^tribaé^. aux; emplpy^égi des mifte?, il pa^viut; à soustraire ce fait à la connaissance du savant et probe Hennii^g^r^t augmenta considéfral^lement sa fqrtmie.— Après plusieurs années d'^xplûitaUpn illicite, il signala au trésor rexistence. de çiette i?aine dWgent; à titre, de. découverte .nouvelle.

Il fut marié deux fois à des filles de maireh^nds de Tpula^ de sa^ première femij^e, Eudoxie^Tar^s^ev^a Karal)kpw, il eu^ deux fil? : Prolfpfiy, si célèbre par se^ extr^-yagances, et Grégoire ; de sa seqo^d^^ femme, Euphéipie Ivjanovna Paltçow, il eut une fille, Eupbémie, mariée à, un marchand de Toula, nommé ArMikow?. et un fils, Nikila, Taïeul de M. Anatole Cfémidow.

.Nous aurons encore, dans le cours dé ces Mémoires, à parle^ pli^s, d'une fois des Démidow.' du dix-huitième, siècle et de ceux de nos» jours. Ici, à propos de cette famille aujourd'hui placée, à juste titre, parmi les plus notables de la Russie, nous citeroij^ plusieurs autres familles de Toula, dont |a fortujie^ .sans atteindre les propprtjons çor lossales de la richesse des ,J)émidow, prend sa source dans? une origine tout aussi honorable, et se trouve être le fruit de. travaux indua-, triels persévérons et probes, couronnés d'un légitime succès. Ce spp^ les Batachow, .le^ Loi^ginine, les Massalo^^

. lyan Timojféiévich Batachow, armurier, après ;avoir été ouvrier à I^ fabrique d'armes de Démidow, fonda lui-même, avec l'aide d'im caîpi-; tal à lui accordé par Pierre I, une usine de fer à Lipetsk, eu I7DÔ, et une autre près dé Touja, en 1716. — Son fils Rpdione, anobli' par rimpérâlrîce Elisabeth en 1742, fonda, de 1740 à 1759, six usines êi) différences, prpyinces, entre autres l'immense usine de. Gousse vsk, sur la petite rivière de Gousse, près de l'Oka (province actuelle de Vladimir). Ses deux fils, Ivan et André, se donnèrent Tinsigiie ridicule .de se faire fabri(]uer une fausse généalogie, en se faisant remonter à uû certaiîi Ivan Andréiévitch Batachow, dernier réjeton d'une famille éteinte sous le règne du czar Miéhel. Ils offrirent uii pot-de-vin au gouyerneiir-gênéral de Toula, Micher Krétchetnîkow, si connu par ses concussions; celui-ci leur obtint de Catherine II, en 1783, un df^lôme, où cette mythologie se troufaït consignée,' 'et quelques années plus tard, ils admirant leurs cousins : Alexandre, Abraham et Pfokofiy Baiaehow à SB ridiculiser par cette même mythologie*.

* n ne faut point confondre .oette todU^ avee, les BaVuîhowy mw 4e J^xjK^ufsfj^ JSalaehoWj Tfm de ce«^ solduto du régiment de J^fiéobcaj^P^ki 4opt rinsuiTÇctiqn ^da Elisabeth, en 1741, à renverser la maison de Bnis^wic^ et à mQ}i|;$j: pur Iç t$9^^ 4^

lilàfltlale 'PoHiliôvitéh Ms^saloW, armurier dé 'To»la, ^oustruisîl, en il 7%, rUsine de Mychinsky sur l'Oka aa dktrieide TorouBSe (province *dë Kalooga)*) et' l'an suivant, rasine de Douben8k> ^osséujiée. par ses deseeddans (district d-Oddîew, province de ToaJà)^ Massalow (ut .anobli

• pstr Fimpôratrioe Élisabeth'f, eteoiistrtiisit encore* plusiêurâmsinea.

HSlarion LoUgimney paiement.. armurier à Toula, b4lit,.en 1749; une •'gfaxide''labriquei)de' toile ail' viUag6'dePokrovi9kii*Aléehno, à2S.ver$t/es àe'Touliai, surila rouite de Kaloaga..£n 1731, il aequit des.Ma^alqw une usine bâtie* par eux dans la provinee- adu^e d'Ore^boujrg*— rLes 'désiceiidan^ de <Louginine, aboblis par Catherine II, sont aujourd'bui au nonibre des plus riebes d'entre les propriétaires nobles.de b; province

• de Kostroma**. •

Parmi les étrangers au 'service de < Russie^ sous le règne do Pieite II,

outre ceux dont j'ai déjà parlé, il faut citer éoeore leâ géniaux:

Keith, HeriHing,' Weigbateh, Gunther, les defux ./rères de Urigny, enfin

le ttègre Gannib^lll. Les comtés dé Yier et SanCi langùisëaiént enwxil.

lames Keith, ' le - fondateur de la^ franc-maçonnérie en AuBsie, Tun

^des hommes les pllis distingués et lee plttsrespeetablesde' son! temps,

'naquit en 1696, dans te Cômté de 'Kincardinê en Ecosse. U avait «u

pour père Guillaume, lord Keitlt, comtes-maréchal béiièditaire du Teyaume

d'Éeos.^e, et p6ur grand-père maternel, lerd «Perth, charicelîer idu-ioi

'^labques'H. Amsi,''jâc6bite de père et de mère, il seijeta^-eriii^tôjidans

• Je parti du pt*ôteiidant,- lorsque celui-ci débarqua ^n Ecosse sdus sle nom de laoqûes^ ill. Le jeune Keith fut l>tessé àia bataille de Shôrff- 'mldr, et après Téchec du prétendant^ obligé >dQ fuir sur le contideiltt.

Rus^e. il fut anobli avec tous ses .coinplices. Son petit-fils, ministre de la police sous le règne d'Àlexandrâ I, se rendit célèbre par sa. finesse, son és|>rït d'intrigue et ses 'Concussions. ' ' . . ■ < -4 •

* Cette vsiiieitit Vendue par les) xLescendans de Matsalotv, eii ISOS, àAlexandre Tcfaesmenskiy^fils ni(tur&l du comte Alexis ^r^|w; el^ aj^partint ensuit^ à. aa iwuye, zemariée à jp monsieur Bibarsow, qui s'intitulait prince. . .

f II existe encore une autre famille du nom de Massalow, d'origine tatarè.

• La femme de l'amiral prince Menchikow, née comtesse Pratassow, avait eu ' pour' mère une Lon^nine, mariée, sous le règne de Câthei-inè 11^ à Alexandre

^Stépanéviicii Pmtassow, i'tm des frères de Taiabie de l^impâiatrice, Anna l^panovaa. C'éteiti qine peAiliB-fiJQe on unearrière-petitef-fiile d'Hilarion Lougiuine.

f U avait on frère aîné, de onze, années plus figé que lui» George Eeith, si connu au dix-huitième siècle sous le nom de milôrd-mcwéchai. Celui-ci avait aussi pris part . au soulèvement, occasionné par l'expédition du prétendant Jacques III; il frit égalenient prosôtit et obfigé de friii'. -^ Après avoir passe quelques années au service = 'd' Espagne,' ilvint, après l'avènement de fVédéric II: aa trône de Prwse, se fixer près ' de Fotsdam, ohil se lia avec le roi d'une éudite amitié, et obtint par sou intervention, du roi d'Angleterre George II, une amnistie complet^ pour lui et pour son frèra James, ce qui pednit à George Keith de faire des voyages dans son pays natal. 11 fut, pendant quelque temps, gouverneur de Neuchâtel, où il protégea Jean-Jacques Rousseau ^ôhtre seô' persécuteuri. Il mourut oètogëilairè, près dé'Potsdanii, dans mie iniibon que Tr^étit II loi avait fait bâtir.

Réfti^é en Franee, il se lia avec le célèbre Haupertiïfe et fnl reçu membre de l'académie des sciences de Paris, à Tâge de 21 ans; . il voyagea ea plusieurs pays de TËurope; se lia, à Madrid, avec le duc de Liria, et par son intervention, il obtint le commandement d'nn régiment irlandais au service d'Espagne. Hais sa qualité de protestant ne lui permettait points dans cette fanatique et ignare Espagne, d'arriver au rang de général. — Le dnc de Liria, nommé ambassadeur à Pélersbourg, en 1728, obtint par le crédit du jeune prince Ivan DcJgoroukow, l'admission de Keith au service de Russie, à tïtare de généralmajor. Il servit avec éclat dans l'armée de Mûnicb, monta le premier sur la brèche à la prise d'Otchakow, et à la mort de l'impératrice Anne, il était généra] en chef, aimé et respecté de tous : ayant accompli une belle carrière sans s'abaisser, ni ramper devant Bieren, fait extraordinaire et phénoménal en ce temps-là.

Pour apprécier sa présence d'esprit, il faut raconter les anecdotes suivantes. En 1742, après l'avènement d'Elisabeth au trône, et pendant la guerre contre tes Sué lois, Keith commandait, sous les ordres du maréchal Lascy, un corps d'armée dont faisaient partie plusieurs bataillons et escadrons de la garde impériale, fort irrités contre les Allemands et les étrangers, par suite du souvenir, encore tout récent, de la tyrannie de Bieren dont ceux-là avaient été les soutiens et. l'appuL

Pendant que l'armée campait sous Vyborg, les Suédois envoyèrent un bas-officier et un tambour avec des lettres pour le maréchal Lasey. Le baron George de Lieven, lieutenant-colonel de la garde à^ cheval, et de service au camp ce jour-là, se trouvait aux avant-postes au moment de l'arrivée des deux Suédois : il prit ces lettres et les porta lui-même au maréchal. Les soldats et les sous-officiers des régimens Préobrajenski et Sémenovski se mirent à crier, que les étrangers vendaient la Russie et correspondaient avee l'ennemi. Quatre cents d'entre eux s'ameutèrent, se portèrent à la chancellerie de Lieven» saisirent les deux Suédois et Taide-de-camp du général, un gentilhomme livonien, et les maltraitèrent grossièrement, en criant qu'il fallait tuer tous les officiers étrangers. Ceux-ci se cachèrent; les officiers-généraux russes perdirent la tête; mais Keith accourut, suivi d'un petit groupe d'officiers; il se précipita avec intrépidité au milieu des mutins; leur en imposa par son énergie; calma l'insurrection et fit arrêter leis principaux rebelles.

Lors de l'envoi, par l'impératrice Anne, en 1735, du maréchal Lascy sur le Rhin avec un corps auxiliaire de dix mille hommes au secours de l'Autriche, Keith, lieutenant-général, commandait en second ces troupes. — L'empereur d'Allemagne n'avait point encore reconnu le* titre impérial de la cour de Russie, et le commissaire autrichien^ feld- maréchal -lieutenant baron Hasiinger, ayant, dans un discours adressé aux officiers russes, affecté de donner à l'impératrice Anne

sealement le litre de clarine, Keith/ dans sa réponse, affecta de n'appeler Charles VI qa'archiduc d'Autriche. Hasiinger en fit son rapport à Vienne, et l'empereur d'Allemagne se décida à reconnaitt^ le titre impérial de Russie. — La cour de Vienne, si orgueilleuse, n'oublia jamais le procédé de Keith, et lui témoigna constamment une malveillance insigne.

Keith était franc-inaçon à son arrirée en Russie; tl y trouva tfn compatriote et un frère en maçonnerie : le savant et respectaWe maréchal Bruce, dont l'appui, l'influence, les conseils, la vieille expérience et la profonde connaissance des hommes et des choses en Russie, furent éminemment utiles au jeune Écossais. — Keith affilia bien de» personnes à la maçonnerie, mais le règne d'Anne, le régime de Biefen n'étaient guère propices à l'institution régulière d'une loge; aussi il s'abstint d'en organiser une jusqu'à l'époque de ta régence de fa princesse de firunswick, si pleine de bonté et de mansuétude. Ce fut en 1741 que la grande loge d'Angleterre, en séance solennelle, déféra à Keith le titre et les pleins-pouvoirs de grand-maltre provincial de la francmaçonnerie en Russie.

Le bigot et intrigant duc de Liria ne se doutait guère qu'en introduisant Keith en Russie, il ouvrait Taccès de notre paya à cette francmaçonnerie si détestée par les cagots, les obscurantistes et tous tes amis des vieux abus.

La franc-maçonnerie est d'origine antique; ses commencemens se perdent dans la nuit des temps et l'on retrouve tes emblèmes maçonniques dans les bmemens des plus belles d^entre les cathédrales du moyenâge. Les guerres de religion, doitt les papes et leurs sectateurs furent tes principaux fauteurs, et qui vinrent ensanglanter les seizième et dixseptième siècles, étaient tout ce qu'il pouvait y avoir de plus contraire et de plus répulsif à la maçonnerie, dont le but a toujours été d'arriver à l'établissement de la paix, de la concorde et de la fraternité entre les hommes, de la charité, de l'indulgence mutuelle pour les défauts inhérens à l'humanité (en tant que ces défauts ne se trans- ' forment point en vices foulant aux pieds Thonneur et la vertu), enfin tous ces principes d'amélioration morale de l'humanité, dont la source première et intarissable réside dans les maximes préchées par notre divin Sauveur pendant son séjour sur cette terre, dans les évangiles à nous transmis par ses disciples, dans les écrits à nous légués par les pères de l'église. La maçonnerie, à la suite des guerres de religion, commençait à tomber en désuétude. Dans les premières années du dix-huitième siècle, l'Ecosse seule en avait encore conservé l'organisation régulière. Il y avait des francs-maçons en bien des pays; mais il n'existait qu'une seule loge fonctionnant régulièrement, celle d'Hérédom, à Kilwinning en Ecosse, loge dont l'origine se perdait dans la nuit des temps, et que des hommes fort instruits affirment avoir été fcmdée par

tpom,à EdiQt)o^rg en 1744, et $e,fiinjdit,.,e9!l^7,,dft|isj^.grai|(lejc>ge .^wss^ise çle ^ainf-Jean). ., : i, ; / ■

;La.r^4;>catjon de.J'^it <()6 Notâtes Qt ,|esr odieuses .p^r^éc^tio^s doçt -^ll^;.f^taçpompagnée,. affligèrent ;les;Cppups (fetou?. Içs .hqpmes c|e

bien en Europe, et en ce moment même la glorieuse et.^pairabte répYiOlialion.aBglais^ d^ i688 v^i^it, ,p^ Je,;c(mtrastey làfire f^prè<;jiep. les

bi^tti^its in^mQnsQs fie la liberté civile, et ]ppIitiqpiQ« [\n qpajrt.j^ siëç(e •.après 1688, ravôpemeut 4^ la maison; ^Heqaande, do Hanayrei aff trôi^e

britannique amenait ein Angleterre unnoimbre con$idéi;abl6 d'AHen^nds; aplu^ieiirs .d'entre e^x, réunis è^ 4^s Anglfiis,.deS; écossais, des Irl^mdajs -ptoteetsips^ réorganisèreflfl la irai^Crmaçoç^peqe^ui: des.b^çeg plfi^jjarges, iplus.î^ppropriées à re§pi?it.du terpps,^n;lui imprin^ant , une i^pulsiqn -fJuSiJforte enpore.vers les,sentiiwens,de tolérance univ^ïts^lle». de charité f,et de fraternité,. buts, de, cette grande i»j5titutipii. JLa . prjçiji^jèrje. s.éançe rde,la,grandeJQge. d'Angleterre Q\itli9u le ,24 juin 1717, ^t Q^ljeideda

graftda I(>gei :d:|r)«flde, .e» .17S3. i , ,

En 1725, lord Derwentwaier, le chevalier .HfasJt^Ijpe -çt jM.. d'jjé- -,gue)lyi introdijisireût JIa rit maQpnniqijie écossais. , ^n. Pr^mce. , Le Bupif ême

conseil de ce rit fut, fpndéje 7 mars 1729, et en 1,756 il ,se .déclaya , indépendant de la 9iaçûnnene>anglaise«iP^mi.les prinqipa^K jtfppag^-

teurs de ce rit, il faut compter le grand-chancelier ^^ei.çe/Supyêtne, Cjon^il

éco$s£^is de FraiH^e, un catholique, mai^ m !oath(4iqu6 épj^iré,e(|tc4éfani, r»in disciple do Fén^lon,; le cf l§bre et je/sfp^ctable «hpy^lierj BaflEv^ay*

.^he, 30 avril 1733, J^ viçpmte Montaguer jgrand-imajto-e.idô h r^^¥M' >n^ievî^nglaisei nomma .Henry. Priée grandrmaîprç provincial 4^ ^la.ma-

jçOABerie d^ps UAjmérique du nord, et ja grande loge;, de Ça^tfJ^fn^à 'rJ^ton. fut ouverte, le 30.juille( ide la ^ja^me {f^m^ée. XJae..^i^)f,e,j,]oge, -leetle de. Sainte Ajadré,. fut fondée, à Boç^u en 4752, en vpi^udcjiçftr^s ' ^'Jnstiitutiqn délivrées ;pajr. Charles. Douglas,, gre^ndrxnaitre de la fnaçqn- ,. nerie. iécossajae. . ■ , . •'••..-..-■::'..•..

• Andrë-iVfîchel Bamsky, né à Àyr eh Ecosse, le 9 janvier 1686, mort en Franèe, 'iâ 8àiRt>^.nnain éti Laye, teô mai 1743/ fut d^abôrd hietédule, et seferquva conirerti parFéoélon, en 1709, 4» .catholicisme,.. mais. an ca<;^ol|c}fipie>i:ai«onpablQ, t^lui|)e}le , , oompi]|Bo^it.et le .pcaiiquait cet ,0mlnçnt .pré}at Après avoîr^ été. le gouYerneur 4es enfans .du duc de Bouillon, petit-nevçu du maréchal de Tu];enne, Eamsay fat appelé, en 1724, à Rome, pour y être le gouverneur des éiifans du prétendant Jàc4tie'8 ÏII (depuis Charles- Edouard et le cardinal d'York, les demierâ réjetoù's de ïa maison ' iroyalé' des Stnarts); - Maia - son esprit éclairé, sa tolérance, son a^rsion fwur Ip bigo- 'ilerielefiTeiitjeha8ser.de Rome;. il obitint un. iSf^uf-cpudail poin* reptrer en, pci^sBC; deiqeara ;ch,ez. le duc d'Argyle^, fat reça,.e!n 1730, docteiir 2^ l'université d^Oxfofrd; ; . son t\tre de catholique seniblait un obstacle infranchissable, mais le principal du collège de Sainte,-Marie, King, fit cesser toute opposition en s'écriant : **je Vous présente "un élève dé Fénélon; ce seul titre répond à tout! " Peu après, il* retourna cw France pour si'y' -fixer définitivement et : Gohtrilxm beaucoup à Id pi\)pagatioa 'de l»<A:anci n^açonneide. i , : . ^ ,

En 1735, faraii onvôrtes : en Hôllaîiide, la loge de f Union royale, à La Haye, et en Sénégambie, la loge de Saint-Jean, à Bathurst.

En 1736, eut lien Pouvertnre : en Ecosse, de la grande loge écossaise de Saint-Jean, à Édinbourg; en Allemagne, de la grande loge de Hanlboni^, et d'une loge au Cap de la Bonne-Espérance.

En 1741, Keith organisa la maçonnerie en Russie, et la même année vit Fouverture de deux loges en Allemagne : la grande loge de Saxe, à Dresde, et la loge du Soleil, à Bayreuth*.

La probité de Keith ne lui permettait point de glaner dans le champ des concussions, champ si largement exploité par la plupart des officiers-généraux de cette époque. Ses revenus étaient modiques. Le chancelier Bestoujew, qui ne pouvait le souffrir, mettait obstacle, par ses intrigues, aux dons de terres que les services de ce général au,raient rendu si légitimes. Le vieux maréchal Dolgoroukow, présideAt da collège de la guerre, parrain de Timpératrice, abhorrait les étrangers, sans exception. — Keith sollicita^pour son frère aîné, milord maréchal, Padmîssion au service de Russie, avec une position convenable à un homme de ce rang; il reçut un refus sec et dur; il apprit que Timpératlrice Elisabeth avait dit : ta quoi diable ce maréchal nous sera-til bon?» (na koy tchortt nam étoU maréchal^), et il accepta les offres du roi de Prusse. Il entra an service prussien avec le grade de général d'infanterie, fut bientôt nommé^ gouverneur de Berlin, et promu au rang de maréchal. Il fut emporté par un boulet à la bataille de Hochkirchen, en 1758, et sa mort causa des regrets universels, .

* Voici, pour autant qn'U nous a été possible de nous renseigner i eet ^ardâ des sonroes authentiques, les dates de Fintrodoction de la maçonnerie dans plunedrspays: 1744. Prusse : la grande loge des Trois Globes, Suprême Orient intérieur, à Qeriin; . 4aa8 oette même ville furent fondées : en 1753, la grande loge nationale d'ÀUe«

mi^e, rit Zinnendorf, et en 1765, la grande loge Royale York de PAmitié. . : 1753. Suède : la grande loge de Suède, à Stockholm.

176U Rit Fiançais en France. Ce rit fiit fondé par le franc-nlaçon Laoome; il cessa ses travaux en 1767, et se réorganisa, en 1772, en Grand-Orient de France; l'installation en eut lieu le 24 décembre, et le 5 mors 1773 le Grand-Orient de FranOs ^lut pour grand-maître le duc d'Orléans, si connu depuis sons le nom de Philippe- Égalité, et pour adjoint du grand-maître, le duc de Luxembourg (Anne-Charles- Sigismondde Montmorency, duc de Luxembourg et de Ch&tiUon 8urXoing,')6 m^e qui présida la noblesse aux états-généraux de 1789). 1762. Francfort-sur-Mein : la grande loge de PUnion édectique. 1773. Le rit des Philalèthes ou Chercheurs de la vérité, généralement désigné sons le nom de Rit Martiniste, parce qu'il professait la doctrine de Saint-Martin. Cette loge fut fondée par Savalette de Logis et Court de Gebelin* 1786. Danemarck : la grande loge de Komos, à Bllseneur.

1789. Nouvelle- Grenade : le Suprême Conseil du Grand-Orient, à Carthagène. ^ 1789. Louisiane : la loge de la Louisiane, à la NouveUe-Orléans. 1^91. Suisse :1a grande loge du Suprême Directoire Helvétique RomandyàLansinme* 1793. Canada : la grande loge du Bas-Canada, à Québec et à Montréal.

MiloFd-maréchalécrivlait.à H"^ Gôoffirin : «Mon frère mlsi laissé on «noble héritage :. après avoir mis toute la Bohème à coBtribatioi^ à fa »tôte d'un0 grande armée, je n'ai trouvé que soixante-dix ducats dans » sa bourse. »

Après le départ de Russie du respectable Keith, la franc-màçonnerie russe trouva bientôt un protecteur dans un jeune homme, dont le crédit de cour dura jusqu'à la mort d'Elisabeth, uni jeune homme, gui .sut, par ses qualités, par les éminens services rendus à la cause de la civilisation, relever et môme ennoblir le poste, peu flatteur en soimême, d'amant d'une impératrice, belle encore, il est vrai, mais de 18 ans plus âgée que lui. Ce jeune homme, le célèbre Ivan Ivanpvitch Schouvalow, le fondateur de l'université de Moscou, l'ami de Lomonossow, par son amour pour l'humanité, pour le bien de ses semblables, pour la civilisation, ainsi que par son^ admirable désintéressement, fut bien digne de figurer aux premiers rangs de la franc-maçonnerie dont il fut, en Russie, le protecteur si éclairé.

Je parlerai de lui à l'époque du règne d'Elisabeth, et pour ce qui en est de la franc-maçonnerie russe, j'y reviendrai sous le règne de Catherine II, alors que cette noble institution atteignit l'apogée de son développement en Russie.

1601. Guyane anglaise : la grande loge de Saint^Jean, à Strabock. 1803. Hesse-Dannstadt : la grande loge de la Concorde, à Dannstàdt. 1805. Portagal : le Grand-Orient Lusitanien, à Lisboime.

— Porto-Rico : le Grand-Orient de Porto- Rico. 1807. Egypte : la grande loge du Caire.

— Jamaïque : le Grand-Orient de Kingston.

1809. lies- Marquises : la grande loge de San-Pedro. ";

.1810. Indoostan : la grande loge du Bengale, à Agrah. 181 1« Guyane hollandaise : la grande loge de Saint-^ean, à Paramaribo.

1816. Fondation du Rit Oriental de Memphis, à Paris, transporté à Londres en 1852.

1817. Belgique : le Grand-Conseil de Belgique, à Bruxelles; se transforme, en 1832,

en Grand-Orient Belge.

1821. Guinée supérieure : la grande loge de Saint* Jean, à Sîerra-Leone. 1823. Iles-Canaries : la grande loge de Saint- Jean, à Ténériffe. 1825. Pérou : la grande loge de Saint-Jean, à Lima. -— Bolivie : la grande foge Chapitrale de Bolivie, et la grande loge de SaintrJean,

toutes les deux à La Plata.

1827. Terre-Neuve : la loge de Sfûnt-Jean, à Saint-John. 1831. Guyane française : la grande loge de Saint-Jean, à Cayenne. 1835. Uruguay : la grande loge de Saint- Jean, à Montevideo. 1839. Paraguay : la grande loge de Saint-Jean, à l'Assomption.

— Guatemala : la grande loge de SiM^t-Jean, à Caracas.

— Australie : la loge de Saint-Jean, à Sydney. ** 1841. Ile de Cuba : le Grand-Orient de la Havane.

1842. Hé de Diémén : la grande loge de Hobart-Town.

1843. Ile de Haïti : le Grand-Orient de Saint-Domingue. 1845* République Argentine : la grande loge de Buenos-Ayres. 1848. Espagne : la grande loge des Disciples de Pythagore, à Madrid.

L*un des plus respectables parmi les étrangers au service de R^ssio fut Geçrge Henning» originaire d'Utrecht e«i Hollande, présenté et recommandé à Pierre I, lors de son premier voyage dans ce pays, par van Witsen, bourgmestre d'Amsterdam. Henning fut un savant chimiste et métallurgiste^ un homme d'un caractère probe et droit, d'une loyauté à toute épreuve : aussi fit-il en Russie une carrière bien moins belle que des intrigans experts dans les roueries de cour. II fonda, en 1722, la ville de Catherinenbourg, dont il fut l'administrateur; il fonda plusieurs usines pour l'état; il protégea celles des particuliers, toujours avec une probité parfaite; il couvrit le célèbre Démidow de son égide contre les vexations, et, pour trancher le mot, contre les concussions de Basile Tatistchew. Il occupa long-temps le poste de chef de l'administration des mines dans le pays dé l'Oural; il entretint, avec Pierre I, une correspondance remarquable par sa franchise et sa véracité; il fut promu lieutenant-général le jour du sacre de Pierre H; reçut de l'impératrice Anne le cordon de Saint-Alexandre, mais sous le règne d'Elisabeth, son origine étrangère* lui valut la froideur de la cour. Il mourut en 1750, plus que septuagénaire, sans avoir été apprécié par le gouvernement à sa juste valeur, mais emportant dans la tombe l'estime de tous les honnêtes gens.

L'on ne saurait en dire autant du comte Weisbach. — Jean-Bernard dé Weisbach, gentilhomme d'une famille établie dans le royaume de Bohême et officier autrichien, prit du service en Russie en 1707. Sans talens, sans capacité, rempli d'orgueil et d'outrecuidance, se croyant le premier général de l'univers, avide d'argent, d'une avarice sordide, il fit sa carrière en se constituant l'espion de Menchikow d'abord, de Bîeren plus tard. A l'armée, sa bravoure elle-même était révoquée en doute. Après l'avènement de Catherine I au trône, Menchikow, sachant que le maréchal prince Michel Galitsyne, commandant les troupes en Petite-Russie et aux environs de Kiew, se trouvait sous l'influence de son frère aîné le prince Dmitri, hostile à Catherine et partisan d'une monarchie limitée, nomma Weisbach commandant en second des troupes placées sous les ordres du maréchal, dans Je but de surveiller et espionner celui-ci, en môme temps qu'il fit conférer à Weisbach le grade de général en chef. — Bieren employa Weisbach dans le même sens; lui fit octroyer le cordon bleu et lui obtint, de l'empereur Charles YI, le titre de comte du royaume de Bohême. Il mourut en . 1735, sans avoir eu d'enfans, et sa mort ne suscita aucun, regret.

Jean de Gûnther, grand-maître de l'artillerie' sous le règne dé Pierre II, allemand admis au service de Russie sous Pierre I, fût promu à ce poste important sous le «règne de Catherine, après que le célèbre Bruce eut pris sa démission du service. . ,

Gûnther était un artilleur fort instruit; un homme de mérite, probe, d'un caractère sûr, par conséquent fort aimé de ses amis, mais orgueil-

leax, hautain, méchant et très-vindicatif à Tendroit de ses ennemis. Il mourut eh février 1729w

H y avait encore, parmi les étrangers, deux frères, aimés et estimés de toiis, ne se mêlant point d'intrigues de cour, braves au combat, loyaux dans la vie privée ; c'étaient MM. André et Adrien d^ Brîgny, d'une très-ancienne famille française, admis au service russe sous Pierre I. André se trouvait, sous le règne d'Anne,' lieuténant-général, et Adrien, général-major. — Après Favénement d'Elisabeth, la disgrâce, venant envelopper la plupart des étrangers, n'atteignit point les frères de Brigny, qui , s^étaient fait généralement aimer : Adrien fut promu lieutenant-général, et les deux frères reçurent le cordon de Saint- Alexandre. ■' ■

Eh parlant des étrangers établis en Russie à cette époque, il serait injuste de passer sous silence GannibsJl, l'excellent et loyal nègre de Pierre I, devenu plus tard l'un des officiers-généraux russes les plus instruits. Il racontait lui-mômè, dans sa .vieillesse, ses souvenirs d'enfance; le plus jeune des vingt fils de son père, il en était, le favori, et se rappelait avoir vu ses dix-neuf frères amenés à leur père les mains liées derrière le dos, tandis que lui seul, libre et tranquille, se reposait à l'ombre des palmiers, à côté de la fontaine, dans la cour de la maison paternelle; il se rappelait, le jour de son enlèvement du pays natal, avoir vu sa soeur bien-aimée, appelée Lagane, se jeter à la nage et, pendant un certain temps, suivre ainsi le vaisseau qui emportait au loin et à jamais son frère chéri. 11 s'appelait Ibrahim, né en 1696*, enlevé de son pays en 1703, amené à Constantinople, il fut acheté par le comte Tolstoy, ambassadeur de Russie, et envoyé par lui, avec deux autres petits négrillons, en présent à Pierre I, en 1705. Deux ans après, en 1707, pendant le séjour du czar à Vilna, le petit Ibrahim fut baptisé : le czar lui servit de parrain, et la reine de Pologne, électrice de Saxe (Christine-Éberhardine de Brandebourg- Êayreuth) — de marraine. Il fut appelé Pierre Pétrovitch Ganniball, mais il regretta si vivement son nom d'Ibrahim, qu'il reçut bientôt l'autorisation de s'appeler Abraham Pétrovitch. — D'abord garçon domestique, il couchait à côté de là porte de la chambre du czar, envers lequel son dévouement et sa fidélité ne se démentirent jamais.

Pierre I*' dînait à midi, parfois même à onze heures; il avait l'ha- Ibitude, fort usitée en ce temps, de se reposer après son dîner, et ne pouvait souffrir d'être troublé dans sa méridienne. — r Un jour que le czar passait sa journée sur un vaisseau, et se reposait après soi^ repas, plusieurs personnes, entre autres le chirurgien Lestocq, plus tard si célèbre, firent du bruit sur le pont; entendant arriver le czar, ils furent

• Les dates relatives à la biographie de Ganniball m'ont été données par M» EarabaiionKr, fjoà les tenait du fils aîné du célèbre général nègi'e.

pris de frayeur, se sauvèrent et se cachèreat;, le jeune nègi:^, qui n^avait fait le moindre bruit, resta seul sur le pont. Pierre !•' arriva, furieux, sa grosse canne à la main, |avec laquelle il asséna unç rude yoiée au pauvre Gannibalî. Ayant appris la non-culpabilîfé du jeune.; homme, il Ini dit : c Je te tiendrai cette correction en à-compte pour le » cas de ton premier délit futur. »

Ayant remarqué Tintelligence vive et déliée de son nègre^ et spécialement sa passion pour les mathématiques, le czar lui lit faire de bonnes études, et Tenvoya, en 1716, à Paris pour y compléter son instruction et faire ses débuts d'ingénieur. Gannîball, admis au service de France, fit la campagne de 1720 contre les Espagnols, r^çut une blessure à la tète, fut nommé lieutenant, suivit les cours de Fécole d'ingénieurs, et en .1723 il quitta le service de France avec le gr^^e de capitaine. De retour à Pétersbourg, très-bien accueilli par le czar, ilfut nommé lieutenant dans la compagnie des bombardiers dès gar4es Préobrajénski , rang correspondant à celui de inajor en second dans les troupes de ligne. Il se maria et il épousa la fille d'un né^oc>ant grec, une fort belle personne. Elle accoucha . d'une fille, blonde, saiîis aucun des symptômes de la race nègre. Gannibalî, doué d'une jalousie violente^, obligea sa femme à prendre le voile daos. le couvent de. Tîhvine; il fît donner une bonne éducation à la petite Polyxène, la maria, la dota, mais ne voulut jamais la vofr.

Après l'avènement de Catherine au trône, Gannibalî fut chargé de donner des leçons de mathématiques au jeune grand -duc (depuis Pierre If). Après l'avènement au trône de celui-ci, en 172.7, Menchi-, kow, qui n'aimait guère le nègre si loyal et d'un caractère si emporté,, le chargea d'aller en Sibérie reconstruire la ville de Sélepginsk sur^ un emplacement nouveau. C'était un exil déguisé. Gannibalî, ennuyé de son séjour dans un pays sauvage, partit, en 1729, sans en avoir, obtenu la permission, pour Moscou où se trouvait la cour, comptant sur la protection du prince Basile Loukitch Dolgoroukow, qu'il avait connu en France, et avec lequel, dans le temps, il avait fait le voyage de Paris en Russie. Il fut arrêté et envoyé à Tomsk pour y être détenu sous bonne garde, avec une pension alimentaire de dix roubles par mois. Il écrivit au prince Basile, et par l'intercession de ce der-, nier, il obtint son élargissement et sa nomination comme major dans! là garnison de Tobolsk. Après l'avénemenl d'Anne au ?rône, il obtint, par l'intercession de Munich, qu'il avait connu à la cour de Pierre I, et. auquel il se trouvait rattaché par une similitude de goûts pour la science du génie militaire, sa translation dans le corps de cette arme, mais pour y être employé en Sibérie. L'année suivante, ennuyé de son séjour dana ce pays éloigné, il n'y tint plus, et ^ans aucune permission il se mit en roiitè pour Pétersbourg. Plus heureux qu'il ne l'avait été deux années^ auparavant, Il arriva a sa destination, et se présenta devant Munich.

La cour se trouvait encore à Moscou. Munich cumala-it les fonctions de gouverneur-général d^ Pétersbourg et celles de président du collège de la guerre; il accueillit Ganniball à merveille, et après Favôir bien sermonné sur sou imprudence, l'engagea à chercher refuge et asile à ta campagne, à s'y faire oublier, pendant que lui, Munich, trouverait moyen de masquer son équipée et de lui obtenir sa démission du service. Ce fut seulement deux ans après, en 1733, que le crédit de Munich obtint cette démission si impatiemment attendue par le fougueux nègre: Pendant son séjour à la campagne^ dans une profonde et studieuse retraite, il se mit à écrire les Mémoires de sa vie, en français, mais un jour, entendant résonner la clochette d'un équipage de voyage, il s'imagina qu'on arrivait pour le saisir et l'emmener, et il jeta au feu son manuscrit.

Après avoir obtenu sa démission, Ganniball se fixa dans une terre qu'il possédait en Esthonie, et il y épousa Christine-Régine de Sahaesberg, dont il eut cinq fils, tous mulâtres, dont le type africain constatait l'irrécusable légitimité.

En 1740, après la chute de Bieren, Mtinich fit nommer Ganniball lieutenant-colonel de rartillerie dans la garnison de Réval. — Un an après, Elisabeth montait sur le trône, et l'ancien serviteur de son père lui adressait une lettre, où il lui répétait les paroles du bon larron à Jésus-Christ : t ne m^oubliez^ point dans votre royaume. • Cette lettre eut un plein succès; le 18 janvier 1742, le lieutenant-colonel Ganniball fiit promu au rang de général-major et nommé premier commandant de la place de Réval. Dix ans après, il fut transféré derechef dans le corps des ingénieurs; promu lieutenant-général (2S décembre 175S), nommé directeur-général du génie militaire; promu général en chef (23 octobre 1759) et reçut, l'an suivant, le cordon de St-Alexandre.

Sous le règne de Pierre III, il donna sa démission du service, se retira à la campagne, et y mourut en 1781, dans la 86r* année de son âge.

Abraham Ganniball a fourni la preuve la plus éclatante de l'injustice de l'odieux préjugé, infligeant à la race nègre une réputation d'infériorité sous le rapport intellectuel et moral. II avait immensément d'esprit, une prodigieuse facilité pour l'étude, une rare capacité pour les mathématiques et les diverses branches des connaissances humaines, auxquelles les mathématiques servent de science-mère. II était également doué d'un caractère noble et élevé et d'une incorruptible probités Ses défauts consistaient en une violence de caractère poussée à ses dernières limites, en une jalousie effrénée et une avarice sordide.

H avait eu, de son second mariage, cinq fils : Ivan, Pierre, Janvier- Joseph, Isaac et Jacques; les deux derniers moururent jeunes. Pierre Avramovilch, au contraire, vécut long-temps ; né en 1740, il vivait encore en 1824. Avec sa mort» s'éteignit la famille Gann'd)aII.

JaUTÎer, plus eonna sous le nom de Joseph Avraniovitcb, avait été baptisé sous le nom de Janvier, mais celai-oi se prononçant en rasse lanauarii, sa mère, aitemande de naissance et d^édaeation, pariant mal le russe, le troava d'une prononciation par trop difficile et déclara vouloir appeler ce fils : Joseph, Ce fut un grand mauvais sujet. Marré à ufiÀ femme très-estimable, Marie Alexéievna Pouchkine; en ayant eu une fille, Nadine (qui fut plus tard la mère du célèbre poëte Pouchkine), il voulut se remarier du vivant de sa femme, et il accomplit cette illégalité, au moyen d'un fatix certificat du décès de son épouse. L'im- : pèratrice Catherine fit déclarer ce socond mariage nul et non-aven^, mais à la sollicitation du frère aîné du coupable, dont je vais parier . tout-à-rheure, elle borna le châtiment du faussaire-bigame à un exil à la campagne, où il mourut en 1806, d'une mort à la François I, n^algré ses 64 ans.

Le fils aîné du général nègre, Ivan Avramovitch, fut un homme de mérite, un homme bien distingué et tout à fait respectable. Lieutenant- général daûs Fartillerie de la marine, il se signala, dans la campagne de Morée de 1770, par la prise de la ville de Navarin, et par sa conduite au fameux combat de Tchesmé; plus tard, il commanda la flotte russe dans la mer Noire, et fut chargé par le prince Potemkine, en 1779, de la construction de la ville de Kherson. — Lors de l'acte de bigamie, accompli par son frère, il se montra admirable d'affection et de teadresse envers sa belle-soeur et sa nièce; toutes les deux trouvèrent dans sa maison un asile aussi affectueux qu'honorable; il soigna l'éducation de sa nièce, la dota et la maria à Serge Lvovitch Peuchkine. Il mourut en 1801, à l'âge de 66 ans.

Sous le règne de Pierre II, les comtes de Vier et Santi languissaient eà exil, en Sibérie.

Le premier comte de Yier était issu d'une famille d'Israélites portugais réfugiés, nommés dt Yier, établis en Hollande. Son père s'était fait baptiser sous le nom d'Emmanuel, et le fils, baptisé sous celui d'Antoine, se trouvait, encore enfant, en qualité de mousse sur un vaisseau, où Pierre !•' l'aperçut et le prit à son service. D'abord page et? mignon, œsuite aide-de-camp (àenstchik) du czar, il devint son aiderde-camp*général et grand-maître de police à Péiersbourg. Exact et ztié au service^ d'une intelligence médioc^re, il n'avait aucun principe de morale ;^ avec cela agréable, insinuant, d'un caractère gai, il fut toujours le bien-venu à la cour. Il vint demander à Menchikow la main de sa soeur Aiina; l'orgueilleux maréchal, oubliant que son origine à lui ne surpassait nullement celle de de Yier ni en illustration, ni en respectabilité, se montra si blessé, si courroucé de cette demande, qu'il appela ses gens, fit saisir le jeune homme, lui fit lier pieds et mains, fit apporter des verges et lui administra une verte fustigation. Le fustigé alla porter plainte au souverain : le czar.se fâcha :

et ordonna. de conehii:^' le mauriage. — Menchikow elde Vler, '({aovqQe beaux-frères, deviprent ennemis mortels;

Sous le règne de Catherine I, de Vier fat promn lieutenamt^ffénéral/ créé comte, et malgré la toate-pnissiaace. de Menchikow, il jouit d'ufte ' faveur signalée.

J'ai raconté (page 9) de quelle façon Menchikow, gagné par Tempereur Charles YI, séduit par laidauble perspective de plaoér sa* fille • sur le trône de Russie et de se voir lui-même admis au collège des ' princes souverains du saint-empire, travaillait à décider Catherine à léguer, la couronne au jeune grand-duc Pierre. — De Vier, par haine ppur son beau-frère qui continuait à le traiter avec on. dédain méprisant, se joignit à ceux qui, ayant pris une part plus ou moins active * à Ja. catastrophe du czarévitch Alexis, le père du jeune grand-duc, redoutaient une réaction de cour et les vengeances des exilés de 1718, • spécialement celle de la vieille czarine Ëudoxie Lapouhine; victime d'un martyre si long et si immérité, et aïeule du jeune prince. Ceux < qui redoutaient le plus Tavénement de Pierre II étaient les ^ux chefs de la chancellerie secrète : le vieux comte Tolstoy, dont les conseils et les intrigues avaient décidé le retour en Russie du malheureux czarèvit(5h, retour devenu la source de sa fin déplorable, et le générai Oucbakow; ensuite le procureur du sénat Grégoire Skomiakow-Pissa* rew, ancienne créature de Menchikow, ce même drôle qui, en. 171S, envoyé au couvent de Souzdal pour y arrêta la czarine Eadbxie et ramener à Moscou, avait fait fouetter plus de cinquante nonnes de ce> couvent, et en avait fait expirer plusieurs sous les verges. A eux se joignirent deux grands seigneurs froissés par les façons hautaines el insolentes du, maréchal, dont Tinsolence et la hauteur se trouvaient véritablement dignes d'un parvenu comme il Tétait : le vieux général Ivan Boutourline et Alexandre Narycbkine; ceux-ci tâchaient d'indisposer le jeune grand-duc contre Menchikow et se. servaient à cet effet du crédit naissant de l'un des gentilshommes de cour (hof'gunker)dn grand-duc, le prince Ivan Dolgoroukow, un jeune homme de 18 «os à peine.

Ils profitèrent d'un voyage de Menchikow à Mittau, où il s'étail rendu, dans le but de travailler à son élection comme duc de Cour*lande, et ils décidèrent l'impératrice à. signer un ordre d'arrestation du maréchal, lui représentant, que son ambition désordonnée à la re<chercfae du trône de Courlande pouvait entraîner la Russie dans une guerre avec la Pologne; lui afiîrmant comme si l'indignation populaire ' ét^ût montée contre Menchikow au point de (aire courir dé isérieux' daiïgers à l'impératrice et à ses deux filles. Le duc de Holstein obtini la révocation de cet ordre d'arrestation. Ce prince, par bonté de coeuv avait l'habitude de solliciter pour tout le monde, et son absence complète, d'esprit ne lui permettait,, ni de bien juger une situation poli-

tiqae, îii méihe de' comprendre 'toute' la portée de ses aétes. — Des écrivains ont préiehthi' qu'il avait suivi, en 'ceci, les avis de son ministre et principal conseiller comte Bassewîtz. Pfeut-étrè ce deriiîer, après la victoire de Menchikow sur ses ennemis, s*était-il attribué, aux yeux du vainqueur tout-puissant, le privilège ffun service d'une portée aiisst immense, mais il nous est impossible de croire que BàssewitZf si intelligent, si habile, sr sincèrement dévoué au duc de Holsteîn, ait pu lui donner un conseil aussi maladroit et aussi funeste. — Uordre d'arrestation révoqué, Menchikow revint à Pétersbourg plus puissant que janiais.

Pendant la dernière ^maladie de Catherine, de Yier tint la conduite la plus inconvenante et la plus imprudente. Au palais môme, il disait à haute voix, et à des personnes de l'entourage de rimpérâtrîcé': « qu'il » tfy ^^^"^ ^^'f® raison de verser des larmes. » Assis dans un salon du palais, causant et riant avec les personnes qui s^y trouvaient, îl vît entrer la duchesse de Holstein les larmes aux yeux, et sans se lever de sa place, il eut' l'audace de lui dire en riant : «pourquoi vous »Bvrer à Tàiffliction? Prenez un verre de vin pour vous réconforter.» Il dit au jeune grand-duc : « allonS faire un tour de promenade en » calèche : bientôt vous serez libre. » — Il ne voulut point se lever de sa chaise en présence de la grande-duchesse Elisabeth; enfin, s^approchant ^e Sophie Skavronski, la nièce de l'impératrice, il voulut la faire valser, lui disant :'« cessez donc de pleurer : allons danser! » — Évidemment, le grand-maître de police était ivre ce jour-là.

Arrêté par ordre de Menchikow, de Vier fut mis à la torture; la douleur lui arracha des aveux, qui amenèrent l'arrestation de ses amis politiques du moment, et immédiatement après le décès de l'iiûpératrice, Narychkine, Ouchakow et Boutourline furent exilés à la campagne; ïvân Dolgoroukow fut épargné sur Fintercéssion larmoyante du jeune empereur; le comte Tolstoy et son fils aîné furent exilés au couvent de Solovetsk sur là mer Blanche, après avoir été dépouillés de feurs titres et biens; de Vier et Pissarew furent knoutés en place publique, leur fortune fut confisquée et ils furent exilés en Sibérie; dé Vîer^ dépouillé de son titre de comte, fut envoyé à Ohotsk. Sous le règne d'Anne, il fut chargé dé l'administration d'Ohotsk, mais il n'obtint une amnistie complète qu'après l'avènement d'Elisabeth au trône. Alors il fut rappelé à Pétersbourg, fut rétabli dans son grade de lieutenant-général et dans son titre de comte; se *vit restituer celles d'entre ses terres qui n'avaieiit point été octroyées à d'autres, et fut promu, peu après, au rang de général en chef. Il mourut en 1748.

Son fih unique, le comte Pierre de Vier, se trouvait, au moment de l9i catastrophe paternelle, page de la chambre à la cour de la duchesse Anne de Holstein, quMl accompagna à Kiel après ^on départ de Russie. Après la mort de la duchesse, de Vièr servit, en

qualité d*ofBçier, dans rartillerie holstoinoise; il fat nomni/$, en 173S, > gentilhomme de la chambre du duc, mais il préféra retourner en Russie, en 1736. Sous le règne d'Elisabeth, il devint lie^tenant-général^; et jouit de Taffection de l'ivrogae et demi-idiot grand-duc héréditaire (Pierre III), lec[ue], après son avènement au trône, lui conféra le grade de général en chef et le cordon bleu. C'était un homme nul, adonné à la boisson, d'un caractère plat. Il laissa deux fils, Antoine et Michel, devenus, des brigands célèbres dans les annales du midi de la Russie, et j'emploie ici l'expression de « brigands » nullement au figuré! J'aurais à narrer plus loin les brigandages des deux frères, cçmtes de Vier. ;,^

Fr2.nçqis de §anti, gentilhomme piémpntais, un véritable . avei^turier, compromis à Paris dans la conspiration de Cellamare, avait trouvé un asile à la petite cour de Hesse-Hombourg. Il y avait fait la coa* naissance de ce mauvais drôle de prince Louis de Hesse-Hombourg, général russe, dont j'ai parlé plus haut; grâce à sa protection, il avait été admis au service de Russie, et nommé héraut d'armes auprès du sénat. . Il fut chargé de composer des armoiries pour les familles nobles; il en profita pour se donner à soi-même le titre de comte, long-temps porté irrégulièrement par ses descendans, et légalisé enfin par l'empereur Paul en 1800. U connaissait plusieurs langues, il étai( fort intrigant et il se lia intimement avec le premier comte Tolstoy, . grâce auquel il obtint,, après l'avènement de Catherine au trône, la place de maître des cérémonies à la cour, mais aussi cette amitié avec Tolstoy fut la cause de son long et dur exil. Après l'arrestation de Tolstoy et son envoi au couvent de Solovetsk, Sauti fut également arrêté, et envoyé à Iakoutsk en Sibérie, où dans les premiers temps de son séjour, il fut chargé de chaînes aux pieds et aux mains. Il fut ' ensuite transféré à Verholensk, et en 1734, le vice-gouverneur d'Irkoutsk, Sytine, permit au malheureux de venir habiter Irkoutsk, libre et . tranquille; il y épousa la fille d'un ancien fonctionnaire de cette ville, (podiatchiy sprijnsiou)^ nommé Tatarinow. Au bout de quelques mois,, arriva l'ordre de Bieren d'envoyer l'infortuné Santi au petit hameau (zimovié) d'Oustviléisk, à 3,500 verstes au-delà d'Irkoutsk, pour y être détenu sous la garde de soldats commandés par un sous-offîcier, et d'y être détenu isolé de tous, sans plumes, ni encre, ni papier* Il passa plusieurs amiées, sous ce climat rigoureux, dans une maison non-chauffée, où il n'y avait même point, de poêle, souffrant du froid, chargé de chaînes ; manquant souvent de pain, et nourri alors de farine délayée dans de l'eau froide : l'absence de poêle mettant obstacle à la cuisson du pain. Ëlisabetli, après son avènement au trône, le fît revenir de cet affreux exil, ie nomma grandi-maître des cérémonies aveoale rang de conseiller privé et lui fit cadeau d'une belle terre en Livonie. Le vieillard payait les domestiques de la cour pour lui redire

les propos, qae . Timpératrice et les principaux personnages de son ^ entourage pourraient tenir sur son compte à lui; un jour, Elisabeth, à dîner, répéta cette phrase française si connue et si hanale : «çanté n'est •pas. sans tj mais maladie est sans <». Le domestique payé par Santi, ignorant la langue française, prit le mot de maladie pour le mot russe niolodoy (le jeune), et alla faire son rapport au vieillard^ lui racontant que S. M. avait dit à tahle : < Santi n'est plus un Santi, mais voilà, le » jeune Santi! » Lé vieillard s'écria : « si je suis, moi, un homme fini, » au moins mon fils a-t-il la chance de faire une belle carrière! t

Devenu vieux et complètement infirme, Santi obtint, en 1757, le cordon de Saint- Alexandre, et' deux mois après, Tautorisation de s& retirer du service avec le rang de conseiller privé actuel. Il mourut bientôt, laissant deux fils et quatre filles. L'un de ses petits-fils a long-temps résidé, à Weimar, en qualité de chargé d'affaires de Russie. ,

Sous le règne de Pierre II, le haut clergé russe comptait dans son sein, à défaut de pères de l'église éminens par leurs vertus, plusieurs princes de Téglise remarquables par leur intelligence et dévorés d'ambition. C'étaient : Féofane Procopovitch, archevêque de Novgorod et président du spode; Féofilakle Lopatinski, archevêque de Tver; George Dachkow, archevêque de Rostow.

Pierre I, après la mort, en 1699, d'Adrien, dernier patriarche de Russie, avait laissé cette dignité vacante et avait appelé à l'intérim des fondions de patrfarcbe (blustitél patriarchaho prestola) un prélat dont il cônnai:>sait la soumission et l'obéissance a ses volontés, Etienne lavorski, élevé par lui à la dignité de métropolitain de Riazane. Rencontrant dans le clergé une violente opposition à ses réformes, opposition parfaitement' digne de mépris, puisqu'elle prenait sa source dans des calculs d'intérêt personnel, et dans le désir de continuer l'exploitation fort lucrative de la superstition si répandue à cette époque, Pierre !•' ne s'arrêta devant aucun moyen pour briser cette opposition. Si jamais le terrible czar a mérité, sur un point quelconque, l'absolution la plus complète dé la part de la postérité, ce fut dans la conduite si dure, mais si éminemment intelligente, tenue par lui envers ce clergé, qui lui-même avait été si dur et si cruel dans les temps de son pouvoir; ainsi, au dix-septième siècle encore, le clergé russe faisait arracher

les narines aux fumeurs de tabac, et ainsi de suite Si Pierre n'avait

point brisé, à quelque prix que ce fût, l'opposition du clergé, nous aurions été en ce moment une nation asiatique

Pour tenir sous sa main ce clergé, qu'il avait écrasé au point de ne . plus permettre aux moines d'avoir, dans leurs cellules, ni plumes, ni encre, ni papier, en les obligeant, s'ils avaient des lettres à envoyer, à les écrire dans le réfectoire du couvent, pour ainsi dire sous les yeux du public, pour tenir le clergé dans les liens de cet assujettissement si complet, il fallait à Pierre t' un homme soumis et ob^ssant : il

l'avait trouvé dans la personne d'Etienne lavorskî, né à Lvow (Lemberg) et dont les pârens étaient venus se fixer à Néjine, en Petite-Russie, lavorski, un homme fort intelligent et très-instruit, avait fait ses études à Kiew et voyagé en Pologne; sans avoir précisément des sympathies prononcées pour le catholicisme romain, il n'éprouvait point pour lui la même hostilité qu'à l'égard de la religion luthérienne, contre laquelle se trouve spécialement dirigé le plus célèbre d'entre ses ouvrages : « La pierre de la religion orthodoxe » (knmêne véry pravosîavnoy). H ambitionna la dignité de patriarche, mais Pierre était trop habile pour commettre une faute pareille. Après la conclusion de la paix avec la Suède, en 1721, Pierre I, plus libre dans ses mouvemens à l'intérieur du pays, profita du moment solennel de cette paix si brillante pour procéder définitivement à l'abolition officielle de la dignité de patriarche, vacante depuis 22 années et pour la remplacer par l'institution d'un synode dont les membres, amovibles et révocables à volonté, ne peuvent d'ailleurs prendre aucune décision sans le contre-seing approbatif du procureur du synode, c'est-à-dire d'un fonctionnaire laïc révocable à volonté. Cette mesure si grave était indispensable à l'époque où elle fut prise, et sans elle il aurait été impossible de continuer à marcher dans la voie des réformes et de la civilisation. Mais depuis, l'organisation du synode a fait son temps, et comme toutes les institutions,, jadis utiles, mais arrivées à se survivre, elle ne saurait ôtrè que nuisible. De nos jours, le besoin de liberté se fait sentir partout, et, le clergé russe, lié et foulé aux pieds par le pouvoir temporel de nos empereurs, se trouve redevable, à cette organisation du synode, et de sa position humiliante, avilie, et des vices, qu'une position humiliante tend à faire germer et à développer. De nos jours, la liberté complète rendue à Téglise russe, mais alliée à une tolérance absolue et illimitée pour tous les autres cultes sans exception, pourra seule relever notre clergé si déchu et le placer dans une position digne et respectable.

Lors de la création du synode en 1721, lavorski en fut nommé le président; il mourut l'année suivante, à l'âge de 64 ans, et il eut pour successeur, dans la présidence du synode. Théodose lanovski, alors archevêque de Novgorod. C'était un prélat fort peu estimable, avide et simoniaque, sans tenue ni dignité personnelle, insolent et grossier lorsqu'il pouvait se le permettre, mais ne reculant de\ant aucune platitude, aucune bassesse en vue de ses intérêts matériels. Pierre I** avait fait sa connaissance lorsqu'il était archimandrite de l'antique couvent de Houtynskoy à Novgorod et il l'avait transféré, en la même qualité, à Pétersbourg, dans le couvent nouvellement fondé d'Alexahdre- Nevski. lanovski avait pris une part active aux orgies du czar; il avait figuré dans le conclave (voyez page 140); cette basse et vile conduite lui avait valu la dignité d'archevêque de Novgorod, de viceprésident du synode lors de la création dé celui-ci, et après la mort'

de lavorski, la présidence du synode. II avait dévalisé plusieurs d'entre les églises de son diocèse, enlevé lés diamans qui ornaient lés images et les vêtemens pontificaux. Il avait pris une part active à ravénement de Catherine I, et il se croyait tout permis. Trois mois après la mort de Pierre I, il voulait traverser en voiture un pont sur fe petit canal à côté du palais, dans un moment où le passage de ce pont se trouvait interdit à tous les éqciij)ages, vil la proximité de la chambre à coucher de rimpératrice qui dormait, et ne voulait point être troublée dans son sommeil; le factionnaire placé à côté du pont, observant la consigne donnée, ne voulut point laisser passer l'équipage du prélat : celui-ci, furieux, sortit de sa voiture, leva sa crosse épiscopale sur le fonctionnaire, et traita de « brebis galeuse » le capitaine aux gardes Brédihine, de service ce jour-là, accouru au bruit de ce scandale. Quelques jours après, à la cathédrale de la forteresse, après un solennel service funèbre * en mémoire de l'empereur, le grand-maître de la cour de l'impératrice, Mathieu Olsoufiew s'étant approché de lanovski pour Pinvîter, ainsi que les autres prélats, à dîner chez l'impératrice, reçut la réponse, trèsgrossièrement formulée, qu'il n'acceptait point et ne remettrait plus les pieds au palais. Le lendemain il fut arrêté, jugé, dégradé de son rang épiscopal et il finit ses jours, en qualité de simple moine, dans un couvent éloigné (Nicolskoy Korelskoy Arhangelshoy monastyre), enfermé dans une cellule et gardé à vue par des soldats préposés à cet effet*. Il eut pour successeur, dans la chaire archiépiscopale de Novgorod et dans la présidence du synode, le célèbre Féofane Procopovitch, celui de tous les ecclésiastiques russes de son temps qui brilla le plus par sa haute ifite)ligence, et en môme temps se signala par l'absence la plus complète des vertus apostoliques, et même celle des sentimens ehrétâens.

Féofane Procopovitch, fils d'un bourgeois de Kiew, naquit dans cette ville en 1681, étudia dans une école grecque-unie; acheva son éducation à Rome; de retour dans son pays, il embrassa la religion grecque; devint moine et professeur de poésie à l'académie ecclésiastique de Kiew. Il fut présenté à Pierre !•*" en 1706, à la suite d'un sermon pr(Mioncé par lui en présence du czar, lors d'un séjour de ce dernier à Kiew. Pierre, frappé de son intelligence, le prit avec soi, en 1711, lors de son départ pour la campagne du Prouth. H s'agissait de soulever les sujets slaves du Sultan, au nom de la similitude de religion entre eux et les Russes ; le czar comptait beaucoup sur Fintelligence, l'activité et Fénergie de Féofanel Après l'échec de la campagne, Pierre nomma Féofane recteur de l'académie ecclésiastique de Kiew et professeur de

* Ce couvent, aujourd'hui tomb^gb en ruines, avait été fondé, en 1471, par la célèbre Marthe Borétski, veuve du poasadnik novgorodien Isaac Borétski, eu souvenir de deux de ses fils, qui s'étaient noyé? pendant qu'ils faisaient une tournée dans les immenses propriétés de leur famille.

théologie. — PeudaiH ce temps le czar songeait adonner une nouvelle organisation au clergé russe; il méditait Finstitution du synode;, il trouvait lavorski trop viqux et surtout un peu enclin aux tendances catholiques; il avait observé, dans ses conversations avec Féofane, Faversion profonde pour le catholicisme que ce dernier avait rapportée de son séjour à Rome, où il avait été à même d'en voir de près les vices, les mensonges, Thypocrisie, les simonies dégoûtantes et Tidolâtrie de la personne papale, idolâtrie si complètement opposée aux premières notions de la vraie religion chrétienne; il savait que Fesprit éminent et sérieux de Féofane, esprit d'examen, de critique, d'investigation, le portait aux tendances luthériennes. Pierre ^' n'avait aucun sentiment, religieux; sur son lit de mort, en recevant la sainte communion, à ce moment solennel, où l'homme se voit en présence de l'éternité s'il possède la foi, du néant s'il est incrédule, à ce moment suprême Pierre répétait : « mon Dieu ! venez au secours de mon incrédulité » (Gospodif pomogki mûéfnou néviériiuf). Ce qu'il voulait dans un prélat, c'était rinlelligence nécessaire- pour dominer les âmes et gouverner les esprits, et Tabsence de toute tentative pour arracher le clergé au joug qu'il lui avait imposé, joug indispensable à cette époque db réformes et de transformation en Russie. Sous ce rapport, les tendances luthériennes lui convenaient à merveille, et Féofane était son homme, Féofane si intelligent, si énergique, avec cela si habile et dans toute la force de l'âge. — En 1716, il le nomma évoque de Pskow et de Narva, et le prit pour principal collaborateur dans ses réformes ecclésiastiques. Au moaient de la création du synode, en 1721, il en fut nommé membre^ avec le titre d'archevêque, au grand désespoir de lavorski, qu'une haine mutuelle et ardente séparait du rusé prélat. Après la mort de lavorski, nommé vice-président du synode, il contribua pour beaucoup, par son esprit entreprenant et son habileté, à Favénemenl de Catherine au trône. Trois mois après, lors de l'exil de Théodose lanovski, il le remplaça et dans le poste d'archevêque de Novgorod et dans la présidence du synode.

Rarement il fut donné à un homme de posséder une intelligence aussi vaste, un savoir aussi varié, aussi encyclopédique. Il écrivait avec la même facilité des livres de théologie, d'histoire, de politique, des sermons, des oraisons funèbres; il faisait des vers dans ses momens de loisir; il unissait les talens d'un homme d'état à une ambition démesurée, et les capacités d'un habile administrateur à l'esprit d'intrigue le plus fin, le plus délié. Mais son caractère moral se trouvait au-dessous de toute critique : envieux, méchant, sans foi ni loi, perfide et cruel en môme temps, il fut<rcapable de toutes les noirceurs; il ne recula jamais devant aucune scélératesse.

Sous le règne de Pierre II, il eut bien de la peine à empêcher le rétablissement de la dignité patriarcale, recherchée à la fois par Tarche-

Yêque Dachkow, soutenu par lé favori Ivan Dolgoroukow et son père; par rarchevô(|ue Lopalinski, soutenu par les Galilsyne; dignité à laquelle Basile ' Loukitch Dolgoroukow, appuyé par le duc de Liria, voulait élever le prince Jacques Pétrovitch Dolgoroukow (qu'il ne faut point confmidre avec le célèbre' et respectable sénateur prince Jacques Fédorovîtch, niort en 1720). — Xe prince Jacques Pétrovitch, frère de mon trisaïeul, était, sauf le respiect que je dois à sa mémoire, une -espèce de demi-idiot. Devenu veuf dans un âge jeune*, il s'était pîong;é dans l'ascétisme et dans une existence monacale.

Tai parlé (page 6) de la conversion de ma trisaïeule au catholicisme et- du fanatisme de néophyte dont elle se trouvait prise; j'^ai raconté (page 8) comment le prince Basile Loukitch Dolgoroukow, lequel, lui, ne croyait ni à Dieu, ni au diable, avait conclu un pacte avec les jésuites, en vertu duquel pacte il s'engageait à procurer. aux catholiques, en Russi«, toutes sortes de droits et de privilèges, et les pères de l'ordre de Jésus s'engageaient à le pousser, par leurs intrigues, au poste de premier ministre, et à l'y soutenir par leur influence.

L'on aurait engagé le prince Jacques Pétrovitch à se faire moine, ce qui n'eut souffert la moindre difficulté de sa part; une fois devenu moine, on l'aurait élevé au patriarcat, et l'extrême étroîtesse de son intelligence aurait permis de le dominer et de le faire manoeùvreir comme un^ marionnette.. Le duc de Liria, très-expert en fait d'intrigues, appuyait beaucoup celle-ci, dont U cheviJte ouvrière était l'abfeé Jubé, à ja fois aumônier de l'ambassade espagnole en Russie et gouverneur des fils de ma trisaïeule, dans la maison de laquelle il habitait

Féofane, Procopovitch, voyant la chaire patriarcale assiégée ainsi de trois côtés à la fois, se servit, pour en défendre l'accès, du moyen le plus habite, et en même temps le phis simple : celui de mettre les concurrens aux prises entre eux, et de les paralyser les uns pa? les autres. Grâce à ce manège, conduit avec toute l'habileté dont il se trouvait doué, et son habileté, je l'ai dit, était immense, il parvint, pendsmt la durée du règne de Pierre II, à empêcher le rétablissement du patriarcat. Si Pierre II avait vécu et s^l avait épousé la princesse Catherine Dolgoroukow^ jl est assez probable que l'archevêque Dachkow aurait fini par triompher et serait arrivé à ceindre la mitre patriarcale, mais la mort prématurée du jeune empereur donna la victoire à Féofane.

Dans les diverses combinaisons surgies parmi les différons partis, après la mort de Pierre II, pour limiter le pouvoir impérial, aucune place n'était faite au clergé, dans aucune de ces combinaisons. Féofane en profita pour instiguer le clergé en faveur du rétablissement de i'ab-

• n avait eu une seule fille, Marie, qui épousa Te czarévitch George de Géorgie, fils du C2ar Vahtang Y. Elle eut ané seule fille, Anna, mariée au prince Alexis Oalitsjne, et aïeule du comte Alexis de Saint-Prîest

8oIutîsme, Ces intrigues lui valurent la, fa-veqr de l'impéralrice Anne; ses tendances luthériennes lui attirèrent la bienveillance intime de Bieren,.des Loewenwolde, Mengden, Korff, Albrecht et autres Allemands affamés, empressés à se précipiter sur la Russiç, pour trair*»

cette vache immense Le crédit de Féofane devînt plus puissant que

jamais, et il donna libre cours à s§s haines, à ses rancunes, à se»« vengeances implacables et cruelles.....

Léon lourjpw, évêque de Voronèje,. fut dégradé du rang épiscopal, knouté et envoyé comme simple moine dans. Ift couvent de la Croix à Arhangelsk ; le «rime du malheureui consistait en ce que le courrier du synode, expédié à Voronèje pour annoncer Tavénement d'Anne, étant arrivé un ou deux jours après le courrier du sénat expédié au gouverneur de la province (Féofane, président du synode, ayait combiné et arrangé ce retard), il fut impossible à Tévôque, et cela atup termes de la loi, de chanter le Te Deum au moment où le gouverneur lui en avait fait la demande*.

Varlaame Vanatpvitch, archevêque de Kiew, ancien aumônier de la flotte russe sous Pierre I, sur la simple accusation de n'avoir point ofiSciô lui-môme un Te Deum le jour de la fête de Ton des membres .de la famille impériale, fut dégradé du rang épiscopal et exilé, à titris de simple moine, au couvent de Saint-Cyrille, à Bélozersk.

Tous les deux, lourlow et Vanâtovitch, restèrent ea exil jusqu'à Favéneineilt au trône de l'impératrice Elisabeth, en 174i. — EMe leur • restitua la dignité épiseopale, mais l'un et l'autre refusèrent les diocèses qu'on feur offrxûL lourlow se retira au couvent de Znamenskoy à Moscou, où il mourut en 1755, et Vanatevitch, à celui de Tihvine, qu'il avait administré jadis avec le rang d'archimaDdrite (1719 à 1722); il y finit ses jours dans une profonde retraite (cxBMOHaiOiii) en 1751.

* UexMence de ce pr^at fut des plas agitées et des pins eittraordinaires. Laurent loiirlovTy d'une £unille de bonne noblesse, se tronvait page de la czarine Marthe Ai^raxine. -^ Un jour, la csarine, Pierre J. et plnsieurs seigneors de la xx>ur ae trouyaient, à Moscou, à un grand festin chez le marchand hollandais JSope^ trèsaimé du czar. Hope avait l'habitude, lorsqu'il lui arrivait de recevoir le czar dans sa maison, de lui oi&ir du vin dans une superbe et éléganle coupe d'argent, spécialement destmée à cet usage, et appelée la coupe du czar. Ce jour-là, pendant le fbstin, la coupe disparut, et lourlow <%alement, Pierre I se douta de la chose, et dit it sa belle-soeur de faire envoyer au palais, le lendemain matin, son page lourlow^ La csarine, de retour à la maison, transmis cet ordre au page, qui se jeta à ses. pieds, et avoua le vol commis par lui. ** Malheureux! qu'as-tu faiti dit Pexcellente czarine. *' Le czar te fera knouter, et te fera matelot, ou au moins soldat à vie 1 " -^ Elle lui donna quelques ducats, et l'engagea à chercher son salut dans la fhite. Il se sauva k Vologda, se fit moine sons le nom de Léon, et après plusieurs années d'une existence des plu^ exemplaires, il avoua sa véritable origine» Il fut nommé archimandrite du couvent de Goritskoy, dans la ville de P^réiaslaw-Zaléski (à 130 verstes de Moscou), et en 1727 il fut élevé à la dignité d* évêque de Yoronèje.

En même temps Ignaee Stdoift, évèqiiè de Ealemna, prélat d'une rigide putetô de mdeurs, que l'on avait été obligé, en 1727, de faire scrrlir à peu près par force du couvent de Nilow, où il s'était retiré, de son plein gré, pour se livret à la èontemplation religieuse, en 1722, après avoir occupé, pendant trois années, le poste éminent ié tnétropolîtain de Kroutitsy (Kroutitskoy, Sartkoy i Podonskoy), Ignace Smola^ rien que pour avoir refusé de trouver Pévôque lourlow cou* pâble de dégradation et dû knout pour s'en être tenu à la lettre de fa loi^ fut également dégradé de son rang épiseopàl et exilé, comme simple moine, au couvent de Sviiajsk à Kazan. L'archevêque Dachkow finit également ses jours comme simple moine, et la destinée de Lopatînski fut affreuse.

Arrivé au but de ses voeux, de son ambition, maître absolu du clergé russe courbé à ses pieds, ^çrès avoir exilé, emprisonné, martyrisé ses ennemis, Féofane mourut à Pétersbourg, le 8 septembre 1736, à l'âge de 55 ans. Sa fin fut agitée et pénible : l'aspect de l'éternité le terrifiait. Sur son lit de mort, portant la main à son front, il s'écria : ■ oh! ma tète, ma tête^^- après avoir largement bu à la coupe de l'in- » telligence, où iras-tu te reposer? (o golova, golova^ razouma oupivsiOy Il g dé préklonichsiaf) ' ■ ' '

Mais tous les vices de Féofane, ses crimes eux-mêmes, ne pourront jamais effacer ses titres à la reconnaissance éternelle de la Russie, pour les immenses services, par lui rendus à la cause de la civilisation dans notre pays. L'intelligence, les sciences, les lettres trouvèrent en lui le protecteur le plus zélé, le plus actif, lé plus énergique. — Noo^eul^Bfient il protégea Antiochus Cantémir contre les rancunes du clergé, blessé par tes Vers satiriques du jeune Grec, mais encore il leva les obstacles qui s'opposaient à la continuation des études de -Lomonossow; il se fit le protecteur de cette haute intelligence destinée h devenir l'une de nos gloires nationales les plus grandes et les plus belles,, destinée à devenir le Pierre .1 de la science et de la littérature en Russie. — Saos' Féofane, la Ru^ie n'aurait peut-être jamais eu Lofnonossow, et ceci seul constitue déjà un titre ineffaçable à. la re^ connaissance de la postérité.

Pendant qu'il occupait le poste d'archevêque de Pskow, Féofane avait pris, dans cette ville, pour maîtresse, la femme de l'un des chauffeurs de poêles (istopnik) du palais épiscopal^ il en eut un fils auquel il donna le nom de Grégoire Nicolaïévitch Téplow; ce fils devint l'un des hommes les plus iatelligens, les plus instruits et les plus fourbes de son temps. Il fut le gouverneur du maréchal-hetman Razoumovski et sénateur sous le règne de Catherine II.

George Dachkow*, archevêque de Rostow et de laroslaw, issu d'une

- • Ktie ÛLXkt pDÎnt' confondre cette famille avec les princes Dachkow, issus de Kurîk, éteints en 1807, et dont le nom a été transmis à la branche cadette des Yorontsow.

famille de bonne [noblesse, ayai^ commencé par le métier des arnieg, et jeune encore, il s'était signalé, par sa bravoure, au siège d'AzoW, sous les ordres du boyar Schéine*. — J'igaore la cause ayant amené ce vaillant militaire à entrer dans un couvent, et cela à une époque, où le clergé, brisé sous la main énergique de Pierre I, voyait déchoir et sa position et son influence. Nous ne saurions attribuer la grave détermination prise par Dachkow à des tendances d'ascétisme ou de mysticisme, à des élans vers le ciel : Tardeur déployée par lui dans la poursuite de la dignité de patriarche, les moyens tout mondains auxquels il eut recours en cette occasion, nous interdisent toute possibilité de placer cç prince de l'église parmi les pères de l'église. — Anciennement lié avec la famille Dolgoroukow, il se trouvait appuyé par le favori, prince Ivan, et par le père du favori, le prince Alexis. Il faisait tout son possible pour capter leur bienveillance; le père et le iSIs, à l'instar de la plupart des hommes de l'époque, étaient des concussionnaires éhontés; il leur envoyait des cadeaux fréquens et de haut prix; l'on parla surtout beaucoup, dans ce temps, de deux magnifiques attelages de six chevaux chacun, à eux envoyés par lui. La mort de Pierre II vint mettre à néant toutes les espérances de Dachkow, qui finit ses jours dans un couvent comme simple moine, et dans la retraite la plus profonde (cxHMOnax^).

Fédor Lijpatinski, en religion Féofilakte, originaire de Volhynie, étudia dans les écoles grecques-unies, et acheva ses études à l'académie ecclésiastique de Kiew. Il avait quitté le rit-uni pour la religion i)rthodoxe, mais il conserva dans son coeur, sa vie durant, un vieux /levain catholique destiné à devenir plus tard la cause de ses atroces souffrances. Après avoir rempli, pendant quatorze années, les fonctions de recteur à l'académie ecclésiastique de Moscou, il fut nommé, en

La famille dont il est question ici, est issue dn monrza tator Dachek, lequel se fit baptiser, sous le nom de Daniel Dachkow, dans les premières années du seizième siècle, et Pun de ses arrière-petits-fils, Jacques Avksentiévitch, se signala pendant l'admirable défense du couyent Saint-Serge, assiégé par les Polonais de 1608 k 1610* Dmitri Vassiliévitch Dachkow, viinistre delà justice sous l'empereur Nicolas, et l'un des hommes les plus distingués de son temps, oârit le phénomène — véritable phéno-. mène — d'un ministre sachant conserver PindëpendanCe de son caractère dans une cour célébré par sa bassesse et sa servilité abjecte et hideuse. Son neveu-germain est aujourd'hui ministre de Russie à Stockholm.

♦ Alexis Séménovitch Schéine, boyar et général d'infanterie, fut Pun des meilleurs généraux de Pierre I. Issu d'une très-ancienne famille et fort riche, il mourut en 1700, sans laisser de postérité. Il avait un frère, Basile, perclus et retiré à la cam* pagne. Ayant appris la mort du général, Basile Schéine partit pour Moscou, dans lé but de recueillir l'héritage fraternel, mais en route, il mourut à Serpouhow, laissant un fils enfant, nommé Ivan. Lorsque cet Ivan parvint à l'âge de la majorité, il ne restait plus de traces de l'héritage de soa oncle, et les descendans divan Schéine vivent, de nos jours, dans une position des plus médiocres, dans le district de Novossil, province de Toula.

t723, archevêque de Tver et de Kachine et membre du synode, à la vice-présidence duquel il fut élevé deux ans plus tard. C'était un prélat fort intelligent, savant, ambitieux, mondain, élégant, aimant la société, la causerie, la bonne chère; grand amateur de musique, ayant chez soi un orchestre excellent, orchestre dont on parla beaucoup trop, en racontant quHl arriva à Tarchevèque de donner des soirées dansantes et même de prendre part aux danses.

Sans vouloir affirmer en rien cette tradition restée à Tétat de simple écho, il faut dire que sous le règne de Pierre !•' les distractions musicales, et môme chorégraphiques, d'un prélat ne pouvaient lui nuire aux yeux du czar, pourvu que son obéissance à la volonté souveraine fût immuable et complète. — Mais le public en jugeait autrement et avec sévérité. Féofilakte, élevé en Pologne, en avait rapporté des tendances aristocratiques, grâce auxquelles il se rapprocha et se lia intimement avec le célèbre prince Dmitri Mihaïlovitch Gaîitsyne, le chef du parti aristocratique en Russie. Ce dernier goûtait beaucoup la personne, la conversation et les lumières de Féofilakte, tout en lui reprochant amicalement ses tendances mondaines, surtout sa passion pour la musique et son orchestre. Ennemi décidé du luthéranisme, il devint l'antagoniste le plus marquant de l'archevêque Féofane, lequel, appuyé sur le crédit toutpuissant des luthériens Bieren et Loewenwolde, dénonça les tendances de Féofilakte comme opposées à l'absolutisme du pouvoir impérial (la véracité du fait dénoncé ne rachète en rien l'infamie de la délation).

En août 1732, il fut arrêté dans son diocèse, amené sous escorte à Pétersbourg, détenu et interrogé à la chancellerie secrète. La modération relative de Charles-Gustave de Loewenwolde obtint son élargissement, mais en 1735, à peine Loewenwolde fut-il mort, que Féofilakte, de nouveau arrêté à Tver, amené sous escorte à Pétersbourg, fut jugé par le synode, sous la présidence de son ennemi acharné, Féofane; il fut dorade du rang épiscopal; exclu du clergé, et sous le nom du laïc Fédor, envoyé à la chancellerie secrète, où le serviteur zélé de Bieren, Ouchakow, le fit fustiger et torturer sans merci. Il passa trois années dans un cachot obscur; en 1738, il fut frappé d'apoplexie, et lé seul soulagement que Bieren ait bien voulu lui accorder, fut la translation dans une caserne de la forteresse de Pétersbourg, où sa caj^ivité fut seulement un peu moins dure. Il y languit encore pendant deux années. Après la chute de Bieren, en novembre 1740, la r^ente le fit élargir et rétablir dans sa dignité d'archevêque ; il pouvait déjà à peine marcher et parler, et mourut le 6 mai 1741.

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