CHAPITRE X
SOMMAIBE : Exil du prince Baaîle Lonkitch, du prince Alexis Dolgoronkow, de ses fils et firères; confiscation de leurs biens. — Mariage du jeune prince Ivan. — La princesse Katalie Borissovna. — Son enfance ; son mariage ; bassesse de ses parens, qui l'abandonnent complètement. — Les courtisans russes de cette époque, de même que ceux d'aujourd'hui, se distinguent par une bassesse mongole doublée de lâcheté byzantine*
Souvenirs du mariage et du départ pour l'exil de la princesse Natalie Borissovna Dolgoroukow, écrits par elle-même, traduits du russe.
Le parti allemand guidé par Bieren et Charles-Gustave de Loewenwolde avait, je Tai dit, formé le projet très-habile de brouiller entre eux les DolgoroukoW et les Galitsyne, afin de les écraser successivement. Le 6 mars, le jour même de Forganisation de la nouvelle cour, au sein de laquelle les Galitsyne obtinrent une position si considérable, ce jour-là môme les lieutenans-généraux Ouchakow et prince loussoupow reçurent Tordre de rechercher et reprendre les objets de prix, chevaux, chiens de chasse, etc., appartenant à la cour, dont s^étaient emparés le prince Alexis et son fils Ivan aux jours de leur toute-puissance. Ils avaient, il est vrai, mis la main sur les magnifiques diamans confisqués à Menchikow, sur plusieurs autres appartenant à la couronne, sur une partie de la vaisselle de la cour; ik avaient fait passer dans leurs écuries les plus beaux d'entre les chevaux et les meilleurs d'entre les chiens de chasse de la cour impériale. C'était là, incontestablement, une infamie, mais leur prédécesseur dans la toute-puissance, Menchikow, n'avait fait que cela sa vie durant, et sur une large échelle; Bieren, qui venait d'hériter de leur influence, poussa la concussion et le pillage à un degré inouï avant comme après lui. Ce n'était, certes, ni à Bieren, ni aux courtisans russes à jeter la pierre aux princes Alexis et Ivan : ceux-ci étaient coupables devant la loi, et, qui pis est, devant l'honneur, mais les lois, en Russie, ne sont jamais observées par les grands, et l'honneur, pour la presque totalité des courtisans russes, a toujours été un mot vide de sens.
Le choix des deux commissaires était significatif. Oachakow, privé par Menchikow de la dignité, importante à cette époque, de major aux gardes Préobrajenski, en avait désiré la restitution; les Dolgoroukow s'y étaient opposés, sous le prétexte de la part prise par lui à la catastrophe du czarévitch Alexis, mais en réalité parce qu'ils redoutaient son intelligence et son fin esprit d'intrigues. loussoupow avait été le plus plat d'entre les courtisans des Dolgoroukow aux jours de leur toute-puissance; il venait de se constituer le valet de Bieren, et il tenait à se faire pardonner par lui ses anciennes platitudes, en accablant ceux qui en avaient été les objets : c'était un homme qui, pour gagner de l'argent et du crédit à là cour, aurait torturé son propre père...
On savait que la jeune princesse Catherine Dolgoroukow se trouvait enceinte du fait de Pierre II; l'on attendait ses couches pour procéder, ensuite, à des mesures de rigueur contre la famille. Enfin, le mercredi 1 avril, elle mit au monde une fille mort-née, et une semaine après l'orage éclata. Le 8 avril le prince Basile Loukiteh fut HorttBjé gouverneur de la Sibérie; le prince Michel, frère du maréchal, fut nommé gouverneur d'Aslrahan; le prince Ivan, frère d'Alexis et de Serge, fut nommé voïévode à Vologda, et deux amis de la famille Dolgoroukow furent également éloignés : Ivan Volpski fut envoyé à Nijni en qualité de vice-gouverneur, et léropkine, premier commandant de place à Moscou, reçut l'ordre de rejoindre les troupes cantonnées sur les frontières de la Perse. Le lendemain, 9 avril, le prince Alexandre, autre frère d'Alexis et de Serge, fut nommé voïévode de la petite ville d'Alatyr, à 617 verstes de Moscou, et les princes Alexis et Serge forent exilés dans leurs terres les plus éloignées ; le prince Alexis, notamment, reçut l'ordre de se rendre dans sa terre de Nikoldioïé (dans la province actuelle de Penza).
Le 14 avril, le prince Basile Loukitcii fut exilé également dans une terre éloignée; un manifeste spécial, violent et outrageant, fut publié contre la famille Dolguroukow, et le 8 mai, le prince Michel, lequel fie se pressait point de se rendre à son nouveau poste, fut exilé dans suk terre, au district de Borovsk.
Le prince Alexis, avec sa femille, était parti pour sa terre de penia; il voyageait, suivant l'usage du temps, à petites journées, avec ses propres cheviaux, accompagné d'une centaine de serviteurs, et suivi d'une meute de chiens de chasse; il s'était arrêté, pour se reposer et pour chasser, dans l'une des terres de sa femme, située à^peu près à mi-chemin, non loin de Kassimow. Ce repos de ({uelques semaines était d'autaat plus indispensable, que la princesse Catherine ayant îaÂi une fausse couche douze jours avant leur départ, sa santé exigeait des ménagemens. Mais Bieren représenta à l'impératrice ce séjour {Hrovisoire comme une désobéissance formelle à ses ordres, et le 12 juin parut un nouvel oukaze. Le prince Alexis, avec sa famiUe> était exilé
à Bérëzow pour y être tenu en prison, dans la captivité la plas étroite. Ses frères, les princes Serge et Ivan, étaient exilés avec lears familles, le premier à Ranenboorg, le second à Pouslozersk*; le prince Basile Loukitch fut envoyé au couvent de Solovelsk sur la mer Blanche; le plus jeuoe des frères du prince Alexis, Alexandre, fut envoyé sur la flottille de la mer Caspienne pour y servir en qualité de simple lieutenant de marine; leur soeur, M"* Sallykow, mariée à Toncle maternel de rimpératriee, mais séparée de son époux, cpii la battait et la martyrisait, fut enfermée dans un couvent, dans la ville de Nijni, avec assignation de 80 copécs par jour pour son entretien.
Le 15 juillet, nouvel oukaze. — Les biens el propriétés du prince Alexis, de ses fils, de ses frères Ivan et Serge, et du prince Basile Loukitch, furent confisquées**. L'on assigna, à eux et à chacun des membres de leurs familles un rouble par jour pour leur entretien, et un rouble par jour pour les serviteurs de chaque famille. Leurs propriétés furent réunies au domaine de Fétat, sauf quatre terres situées près de Moscou et annexées au domaine privé impérial : c^étaient les terres de Gorenki***, Volynskoïé et Halougne, appartenantes au prince Alexis, et Nekludovo, propriété de Basile Loukitch.
* Le petit fort (ostrog) de Poustozersk avait servi d'exil à deux hommes célèbres dans les «nnales de la Russie : Artamon Matvéiew et le prince Basile Galitsyne, deox adversaires politiques. H est situé sur la rivière P^tchora, non loin de son embouchure dans la mer Glaciale, à 1,980 verstes d'Arhangelsk, lequel se trouve luimême à 1,104 verstes de Pétersbourg.
•• Le prince Basile Loukitch s'attendait si peu à cette oonfification, qn'en route pour SoloTietsk il avait rédigé à Arhangelsk, le 23 juillet, un testament par lequel s
1) il léguait tonte sa fortune foncière à son neveu le prince Jacques Alexandrovitch;
2) affranchissait tous ses serfs domestiques (dvorovyié), et 3) prescrivait à son neveu d'organiser un hospice pour l'entretien de dix vieillards infirmes.
Le couvent de Solovetsk, qui allait lui servir de lieu d'exil pendant neuf années consécutives, est l'un des plus célèbres dans l'histoire de la Russie. Fondé au quinzième siècle, possédant de vastes propriétés foncières, des usines, des briqueteries, des pêcheries magnifiques, des salines, vendant annuellement jusqu'à 130,000 ponds (plus de 2 millions de kilos) de sel; ayant réuni entre eux, au moyen de canaux creusés à ses frais, cinquante-deux d'entre les lacs du nord de la Russie } il avait fait des sacrifices Immenses chaque fois que l'invasion extérieure mettait la patrie en danger; sons ce rapport, il ne le cédait qu'au couvent de Saint-Serge près de Moscou, encore plus riche que lui. Au dix-septième siècle, le couvent de Solovetsk devint le centre de l'opposition contre les réformes relig^uses, et soutint, contre les troupes du czar, un siège en règle d'environ neuf années. Lors de sa prise, en 1677, l'on y trouva un trésor de 29,000 roubles, somme immense pour l'époque, et dans ses greniers, une réserve de 9,600 tchetvert (20,000 hectolitres) de seigle. Lors de la guerre de Pierre I avec la Suède, ce couvent fit transporter, à ses frais, des rives de la mer Baltique sur le lac Ladoga, à travers les lacs et les canaux, deux yachts avec canons, qui contrit huèrent à la prise de Schliisselbourg. En 1812, quoique bien déchu de son ancienne opulence, ce couvent of&it un don national de 5,000 roubles et deux ponds d'argenterie.
*** Gorenki fut donné par l'impératrice Elisabeth au comte Razoumovski, et plus tard vendu, par les Razoumovski, à Nicolas ApoUonovitch Yolkow. J'ignore le^nom dn propriétaire actuel.
LHntervention du vieux baron Schafirow obtint pour son gendre le prince Serge DoJgoroukow, le 9 novembre de la même année, la restitution de Tune de ses terres, celle de Zamotrino.
Le jour môme où se décidait la destinée des Dolgoroukow, mercredi 8 avril, le prince Ivan, l'ancien favori de Pierre If, épousait, à Gorenki, la comtesse Natalie Borissovna Schérémétew, le modèle de toutes les vertus, une véritable sainte.
Natalie Borissovna était née, le 17 janvier 1714, du second mariage du célèbre maréchal comte Boris Pétrovitch Schérémétew, alors sexagénaire, avec Anna Pétrovna Saltykow (veuve, en premières noces, de Léon Narychkine, oncle maternel de Pierre I). Elle avait cinq ans lors de la mort de son père, et fut élevée par sa mère, qu'elle perdit à rage de 14 ans. Elle resta orpheline dans la maison de son frère le comte Pierre, d'un an plus âgé qu'elle, mais ne lui ressemblant ni intellectuellement, ni moralement. Le comte Pierre était un sot, gonflé de vanité, n'ayant ni coeur, ni principes, capable de toutes les bassesses. La jeune Natalie, au contraire, belle, séduisante, douée d'une âme tendre et aimante, remplie d'esprit, était bien le type de la beauté physique et morale. Elle avait 15 ans lorsque sa main fut recherchée par l'homme tout-puissant à cette époque, le grand-chambellan prince Ivan Dolgoroukow, âgé de 21 ans et beau de sa personne. Elle s'éprit de lui, et fut heureuse d'accéder aux conseils de ses frères, de ses soeurs, de tous ses parens, lesquels, par ambition, désiraient vivement ce mariage, destiné à rendre la comtesse Natalie la belle-sœur de la future impératrice de Russie. — Les fiançailles eurent lieu à l'hôtel Schérémétew (rue Vzdvijenka), le mercredi 24 décembre 1729, en grande pompe, en présence de l'empereur, de la cour et de la société de Moscou. Toute la famille Schérémétew, tous leurs parens, leurs amis^ étaient aux pieds de la fiancée, lui prodiguant encens et flatteries, se
réclamant d'avance, pour l'avenir, de sa protection et de ses bonté-s
- Le 19 janvier Pierre II descendit dans la tombe; le crédit du prmce Ivan s'éteignit et bientôt éclata la disgrâce des Dolgoroukow. — Alors toute la famille de la comtesse Natalie se mit à la persécuter afin de la décider à rompre ce mariage : la noble et courageuse jeune fille resta ferme et inébranlable. Ses frères, ses soeurs, ses beaux-frères, tous ses parens (à l'exception de deux veuves âgées, faisant partie de sa parenté éloignée) refusèrent d'assister à la noce. Le surlendemain du mariage, les Dolgoroukow reçurent un ordre d'exil; personne ne voulut aller . prendre congé de la jeune femme; son frère le comte Pierre, si immensément riche, eut l'infamie de garder pour soi la dot
promise à sa soeur, et il lui envoya mille roubles.
' Il n'y eut que l'ancienne gouvernante de. la princesse Natalie, une étrangère, et une femme de chambre attachée à son service depuis f enfance, qui l'accompagnèrent dans son voyage jusqu'au moment où la force les en sépara. Ces deux personnes, si nobles, non par la
généalogie, mais, ce qui vaut bien mieux, par le coeur et les senti'^
mens, tinrent une conduite admirable. Leur attitude, leurs procédés
furent un soufflet véritable, et parfaitement légitime, appliqué aux pa-
\ rens et alliés de la princesse Natalie, à ces vrais courtisans russes,
\ c'est-à-dire les véritables types de la bassesse et de la lâcheté
Une pareille bassesse, une pareille lâcheté auraient été impossibles en Europe, dans un pays civilisé : elles sont naturelles en Russie! Quatre siècles de despotisme, succédant à deux siècles de joug mongol^ formant un total de six cents années d'un esclavage humiliant et ab* ject, ont laissé une empreinte flamboyante de lâcheté et de bassesse sur le raractère d'une partie de la noblesse russe, mais spécialement sur le caractère de la très-grande majorité de la fraction de la noblesse, vivant à la cour, ou gravitant autour de la cour, qu'elle ^ploite sans pudeur, ni vergogne. Ces gens-là, parce qu'ils sont riches, décorés, pour la plupart titrés, s'imaginent être des aristocrates, oubliant que le premier symptôme distinctif d'un aristocrate, c'est l'indépendance de son caractère et de ses allures, alliées à la dignité des manières et de la conduite. Ces gens-là ne sont que des valétocraies^ rampans là où ils peuvent gagner quelque chose, et s'empressant de tourner le dos aux personnes disgraciées par la cour
Les Russes sont doués, en général, d'un brillant courage militaire; sur le champ de bataille ils font preuve d'une valeur admirable, mais le courage civil leur fait défaut : peu de nations, dans la vie publique et privée, sont aussi plates, aussi lâches, aussi rampantes devant le pouvoir, aussi tremblantes de se compromettre par leurs relations avec les personnes ayant encouru la disgrâce du gouvernement. Les Russes aiment à faire preuve d'enthousiasme et de dévouement, à la condition que ce dévouement, cet enthousiasme ne les brouilleront point avec le pouvoir, et si, par hasard, l'expression de ces sentimens est de nature, dans les circonstances du moment, à leur rapporter des avantages quelconques, alors ce dévouement, cet enthousiasme arrivent aux proportions d'un véritable délire I Alors vivats, banquets, toasts, fêtes, adresses surtout (il n'en coûte qu'une signature : c'est si vite fait, et point de dépense), rien n'est omis dès que la yeîne de leur bassesse se trouve piquée par la tarentule du calcul personnel Les exceptions sont d'autant plus honorables qu'elles sont rares, et parmi la valétocratie pétersbourgeoise elles sont même rarissimes
Je puis également citer, pour ma part à moi, des faits assez cuirieux, et je crois de mon devoir de le faire.
Arrivé en Suisse en mai 1865, j'appris qu'à Vevey résidait en ce moment une personne avec laquelle je m'étais trouvé en intimes relations d'amitié (la nièce d'un général célèbre, mort il y a cinq ans)» J'allai lui faire visite, et il parvint à ma connaissance qu'après mon départ elle aurait dit : Mon Dieu! si Von apprend, à la cour^ que Pierre
ihlfforoukow est venu me voir, cela me fera du tort! Propgs et sentîmei» plus dignes, en vérité, d'une fille d*auberge que d'une demoiselle d'honnear de la cour de Russie!
Le prince Pierre Troubetskoy, marié à la princesse Bélosselski, s'était trouvé avec moi en relations fort intimes, en Russie comme après mon émigration. Dans l'automne de 1865 il vient à Genève, et il évite de me voir, par la raison que, postulant la place de maréchal de la noblesse du district de Pétersbourg, il redoutait le refus du gouvernement de confirmer son élection!
Pendant mon séjour à Interlaken en 1868, arrive le prince Nicolas Dolgoroukow, marié à une princesse Lvow (il est l'un des fils du feu ministre de la justice). Maître des cérémonies à la cour de Russie, il évita soigneusement de me voir et de me rencontrer, môme à la promenade.
En mai 186S, je passai quelques jours à Bade-Baden, et j'allai voir M. Ivan Tourghénew, le romancier, que je ne trouvai point à la maison. J'avais été avec lui, en Russie comme après mon émigration, dans les meilleurs termes. Il ne me rendit point visite et évita soigneusement de me rencontrer à la promenade. Le courage civil de M. Ivaa Tourghénew se trouve, au reste ,^ complètement au niveau de son courage physique. Voyageant un jour sur un bateau à vapeur qui vint à prendre feu, il courait. éperdu sur le pont, criant à tout venant: au nom de Dieu, laissez-moi me sauver, je suis le fils unique d*une vieille mère! il avait un frère aîné!....
A Interlaken, en 1865, arrive M. Alexandre Golovnine, à cette époque ministre de l'instruction publique en Russie. Nous nous étions beaucoup connus , et nos entretiens avaient porté souvent sur des sujets bien inléressans^ en Russie comme à Paris, où il était venu me voir à deux reprises en 1861. Mais depuis, il avait été mis en possession d'un portefeuille ministériel, et arrivé à Interlaken, il évita de me voir. Je le rencontrai sur la promenade du Hoeheweg, et m'approchai en lui adressant un bonjour. Il eut l'air de ne point me reconnaître. Je lui dis : Vous ne me reconnaissez point f Je mis Pierre Dolgoroukow, Alors le Golovnine, étant son chapeau, me dit : nou^ ne sommes plus connus. Je lui répliquai : ah! drôle que tu es! (ah! ty! padletz!). Il continua tranquillement sa promenade, et deux jours après il quittait Interlaken.
Voilà cinq faits de bassesse mongole, doublée de lâcheté byzantine! C'est de la bassesse véritablement russe!
Si les princes Troubetskoy et Nicolas Dolgoroukow, MM. Tourghénew et Golovnine me faisaient un procès, je les préviens d'avance que je livrerais à la publicité toutes les conversaticms que nous avons eu ensemble, sans en rien taire.
En janvier de cette année, j'adressai à la Société historique de Moscou une lettre où je lai proposai de lui envoyer des documens et notes historiques, dont je possède d'assez curieuses, ainsi que le savent bien les principaux membres de cette Société. Ma lettre ne pouvait s'égarer, ayant été expédiée chargée (ce qu'en Angleterre l'on appelle registered). Je n'ai pas reçu un mot de réponse. Le gouvernement russe aurait-il eu recours à la mesure asiatique d'interdire à la Société historique de Moscou de répondre à ma lettre, ou bien cette Société elle-même aurait-elle donné une preuve de bassesse mongole doublée de lâcheté byzantine? Je l'ignore, et j'aurais été charmé de pouvoir éclaircir ce fait
Mais voici qui dépasse toutes les bornes.
Le sort m'a affligé d'une cousine-germaine douée d'une sottise pommée et d'une incroyable vulgarité de manières : la comtesse veuve Alexandre Panine, née Aline Tolstoy, fille d'une soeur de mon père. Cette cousine-germaine, pour faire la cour à des personnages influons, a porté un faux témoignage y a faussement et mensongèrement déclaré avoir reçu, à Moscou, ma visite, à une époque où, au su de tous, je me trouvais à trois cents verstes de là, à ma terre de Toula, voyant les propriétaires des environs et recevant la visite des officiers d'un régiment qui revenait do la guerre de Crimée. Ma cousine-germaine n'a point été la seule à commettre cette infamie : son gendre, le prince Nicolas Mestcherski (petit-fils, par sa mère, de l'historien Karamzine), a également porté le même faux témoignage!
Voilà les résultats, pour la noblesse russe de cour, de six siècles d'un esclavage humiliant et abject
Je reviens maintenant à la princesse Natalie Borissovna Ï)o1goroukow, née comtesse Schérémétew. Dans sa vieillesse, en 1770, un an avant sa mort, retirée depuis treize années au couvent de Saint- Froll, à Kiew, elle jeta sur le papier, pour son fils aîné et sa bellefille*, les souvenirs de ses fiançailles, de son mariage et de son départ pour l'exil. Je traduis ici ce récit ingénu et touchant f.
* La princesse Anna Kicolaiema, née baronne Stroganow, tante du respectable comte Stroganow qni fat ambassadeur k Constantinople et mourut presque ncmagé» aaire en 1857. Elle «tait la seconde femme du prince Michel Ivanovitch Dolgoroukow^ lequel n'avait point eu d'en&ns de son premier mariage ayec la pi^cesse Anna Mihaîlovna, Galitsyne.
f J*ai placé, au bas du récit, quelques petites notes explicatives pour les lecteurs étiÂngers.