CHAPITRE XII
SOMMAIRE : L'impéralaîcé Anne; son caractère, ses habitades; son genre de YÎe.
— Jj'istopnik Mîlntine. — Les six bouffons de cour : Balakirew, Lacosta, Pedrillo, le prince Kikita Volkonski, le prince Michel Galitsyne, le comte Alexis Apraxinc.
— Mariage de Pedrillo avec nne chèvre. — Cruelle destinée de Galitsyne; soû mariage avec nne femme sauvage. *-^ Ta tnaison de glace sur la Neva. ^- La position de ces malheureux bouffons de cour. -<» La princesse Anne de Brunswick^ nièce de Pimpératrice. — Son mari le prince Antoine-UIric. — Bieren, sa naissance, sa carrière, son mariage. — De quelle façon il est élu duc de Courlande. — Sottise et hauteur de sa femme. — Mauvaise éducation de ses enfans, qui sont les enfans de l'impératrice Anne. — Sa lettre au maréchal duc de Biron et réponse de celuiHîi. — Le caractère de Bieren, sa rapacité, les adulation» dont il est entouré. *- Les ftères de Bieren. — Son fils aîné; le troisième msriage de cilni<icL
— La descendance de Bieren,
L'impératrice Anne était d'une taille au-dessus de la moyenne, forte, grasse, hommasse dans son maintien, ses allures, seâ pï'opoâ et ses goûts; ainsi elle avait la voix masculine et dure; elle aimait l'exercice du cheval, la chasse, et en été, à Péterhoff, elle avait toujours, dans sa chamhfe, des fusils chargés : elle se mettait à la fenêtre, et tirait aux moineaux, aux pies, aux hirondelles. Dans la cour du palais d'hiver (situé sur l'emplacement du palais actuel; l'ancienne maison du grand-amiral comte Apraxine, léguée par lui à Pierre II, et fort agrandie par l'impératrice Anne, qui l'hâhitait en hiver), elle avait fait arranger non-seulement un tir, mais encore une espèce de manège pour la chasse, dans lequel on lui amenait des hôtes sauvages
Ainsi, la Gazette de Saint-Pétersbourg du 14 mars 1737 annonce que « l'avant-veille, S. M. 1., notre très-gracieuse souveraine, a daigné • s'amuser à donner la chasse à une femelle de sanglier {dikaïa svi- » niia)^ qu'elle a hien voulu tuer de ses propres mains. » — Le 28 juillet suivant, le même journal annonce, que la semaine dernière avait eu lieu, sous les yeux de l'impératrice, un concours pour le tir aux oiseaux; les prix consistaient en bagues d'or, ornées de diamans. — Le 27 avril 1738, le même journal annonce que l'impératrice avait tué de ses mains un sanglier et un jeune cerf. — Le 8 août 1746,
deux mm ayant la mort de J'impératrice, le méoie journal annoiice qae pendant le séjour de S. M. à Péterfaoff (c'est-à-dire en trois mois), il ayait été tué aux chasses impériales : 9 cerfs, 16 cbeTreoils, 4 sangliers, nn loap, 374 iièyres, 68 canards sauvages, 16 grands^ oiseaux de mer, etc.
L'impératrice poussait la passion de la chasse au point de contraindre sa nièce, la douce et flegmatique princesse Anne, à y prendre part dès Tadolescence; ainsi en 1737, lorsque cette jeune princesse se trouyait encore dans sa dix-neuvième année, la Gazette de St-Pétersbourg imprime, dans son N"" du 2i février : « S. M. I., notre très-gracieuse t souveraine daigne s'amuser à peu près tous les jours, pendant une • heure avant son diacr, dans son palais d'hiver, à la chasse au loup » ou bien à celle de Tours. Avant-hier S. M. L s'est donnée le plaisir » de se faire amener un cerf douze cor$> que S. A. la princesse Anne »a tué ensuite d'une balle de fusil.»
Des oukazes de l'impératrice prohibaient, sous les peines les plus setères^ à tous les particuliers sans exception, et pendant toute l'année: 1"* la chasse aux environs de Pétersbourg et de Péterhoff; 2"* la chasse aux lièvres à cent verstes de distance, et 3^ la chasse aux perdreaux gris à deux e^ts verstes de distance de Pétersbourg et de Péterhoff. L^expression : < les peines les plus sévères > sous le règne de la < très- V gracieuse » impératrice Anne, équivalait à celle d'être knouté et se voir les narines arrachées.
Altière, méchante, cruelle, l'impératrice Anne s'était attirée l'aversion et même la malédiction de sa mère, laquelle lui avait pardonné seulement sur son lit de mort, grâce aux instances de Pierre I et de Catherine. Elle se levait entre sept et huit heures du matin; sa toilette de propreté ne durait guère longtemps; impossible d'être plus sale qu'elle ne l'était, mais elle avait la passion du luxe, et après avoir pris le café, elle examinait ses étoffes et ses bijoux. A neuf heures venait l'un des ministres, ou le secrétaire du cabinet f eUe signait des papiers, le plus souvent sans les lire, et se rendait au manège de Bieren, où elle avait une chambre, spécialement à elle destinée; dans ce manège, elle montait à cheval, examinait les chevaux, donnait des audiences. Ensuite elle s^amusait à tirer aux animaux ou bien aux oiseaux; à midi elle rentrait au palais, et se mettait à table avec la famille Bieren; les jours de gala elle dînait en public, sous un dais, avec sa nièce la princesse Anne, et la grande-duchesse Ëlisabetb, mais dans les dernières années de sa vie, elle avait cessé de dîner en public. Dans ses appartemens intérieurs, elle portait d'ordinaire une longue robe de chambre à l'orientale, couleur bleu-claire ou vert tendre, et sur la tète, au lieu de bonnet, un mouchoir rouge noué comme le font les femmes de la petite bourgeoisie en Russie. Après son dîner, elle se couchait pour se reposer sur son lit, avec Bieren à côté d'elle; madame Bieren et les enfans
se retiraient chez eux. Après une heure environ de sieste, elle se levait) ouvrait la porte de la chambre voisine, dans laquelle se trouvaient assises ses demoiselles d'honneur, travaillant à raiguille, et leur criait : < allons, filles, chantez! » (Non, dévki^ poytéf) et les demoiselles d'honneur devaient chanter jusqu'au moment où l'impératrice leur criait: assez! (Voyez, à la page 120, l'anecdote relative aux deux demoiselles SîJtykow). Dans la soirée, il y avait souvent des réceptions à la cour^ ee que l'on appelait alors courtag; l'on y jouait un jeu effréné au pharaon et au quinze; des sommes de dix et quinze mille ducats pas* saient de main en main dans une seule soirée. L'impératrice tenait elle^ même une banque de pharaon; les personnes qu'elle invitait à pointer pouvaient seules le faire; elle faisait payer sur-le-champ ce qu'elle perdait et ne réclamait jamais l'argent de son gain, aussi la faveur d'être admis à pointer à la banque impériale était-elle ardemment recherchée et vivement jalousée.
Malpropre dans sa personne et dans son intérieur, elle avait une passion effrénée pour le luxe, d'autant plus que Bieren adorait le luxe, et les goûts, comme les antipathies de ce misérable faisaient loi pour l'impératrice : elle aimait ce qu'il aimait, elle détectait ce qu'il détestait; elle était gaie lorsque lui se montrait gai ; elle tombait dans la tristesse lorsque Bieren devenait triste. Le favori aimait les couleurs voyantes; aussi les habits noirs étaient-ils proscrits de la cour. Arriver à la cour revêtu d'un habit de couleur sombre, c'était s'exposer à recevoir un fort mauvais accueil; aussi tout le monde portait-il des vétemens de couleurs voyantes; l'on n'apercevait que le bleu clair, le vert' pâle, le jaune, le rose. Des vieillards, comme le prince Alexis Tcherkaski et le vice-chancelier Ostermann, arrivaient au palais en habit couleur rose tendre; le vice-chancelier, avare et peu soigné dans ses vétemens, aVait -des habits d'une médiocre propreté, et pour faire sa cour à l'impératrice, il prenait part, lors des bals, à la danse, ou plutôt à la promenade au son de la musique, appelée la polonaise; il se traînait avec effort et douleur sur ses jambes goutteuses , mais toujours le sourire à la bouche et le visage épanoui.
Il y avait souvent spectacle à la cour; l'on y jouait des comédies allemandes et italiennes; l'impératrice aimait surtout celles où l'on se donne des coups de bâton; alors elle riait, de sa grosse voix, à gorge déployée. Elle fut cependant la première à introduire l'opéra italien en Russie : ceci eut lieu en 1736.
Personne n'osait arriver jusqu'à l'impératrice sans en avoir obtenu l'autorisation de Bieren; malheur à l'audacieux qui eût essayé de le * faire à l'insu du favori. Tous les hommes du service de la cour, depuis le grand-maréchal du palais, comte Reinhold de Loewenwolde, et jusqu'aux derniers chauffeurs de poêles, étaient des créatures de Bieren; il les plaçait et les changeait à volonté. Le chauffeur des poêles des
appartemens iatimes (kômnatnoy istopnik) était Tune des créatures les plus dévouées du favori; il entrait, pour allamer les poêles, dans la chambre à coucher de l'impératrice pendant qu'elle et Bieren dormaient encore; ensuite, il y rentrait pour soigner le feu; alors Fimpératricô et Blerén venaient de se lever. Il fut d'usage, à la cour de Russie ^ et cela jusqu'à Tavénement au trône de Catherine II, que tout serviteur de la cotir, entrant dans la chambre, fût-ce pour apporter un verre d'eau, devait baiser la main de l'impératrice. Mais Yistopnik, vu ses fonctions auprès des poêles, était trop malpropre poul* être admis au baise-main; trouvant l'impératrice levée, il se prostennait, lui baisait le pied, et accomplissait ensuite la même cérémonie à l'égard des pieds de Bieren. Cet istopnik fut anobli le 3 mars 1740, et reçut des armoiries parlantes : trois couvre-poêles (viiouchki) d'argent, entourant un chevron d'or en champ d'azur. 11 s'appelait Alexis Milutine; de ses arrièrepetits-fils^ l'un est aujourd'hui ministre de la guerre, et un autre ministre secrétaire d'état du royaume de Pologne.
La veille des grandes fêtes, le ghénéralitet, les personnes de la cour et les officiers aux gardes venaient féliciter l'impératrice; ils lui baisaient la main, et elle présentait à chacun d'eux un verre de vin. Le 19 janvier, jour anniversaire de l'avènement de Timpératrice au trône, était consacré aux libations ; plus on buvait et plus on témoignait de sa joie, par conséquent l'on se montrait sujet fidèle. Nul ne faisait preuve, ce jour-là, d'un dévouement plus ardent à sa souveraine que le grandécuyer prince Alexandre Kourakine, l'un des premiers ivrognes de son temps*.'
L'impératrice Anne aimait les bouffons; elle en avait six, dont deux avaient encore rempli ce métier à la cour de Pierre I : Balakirew, un homme d'une bonne famille, et Lacosta, un Israélite portugais baptisé, auquel Pierre I avait, par plaisanterie, fait cadeau d'un îlot inhabité sur la mer Baltique avec le litre de « czar des Samoyèdes. » Les "autres quatre bouffons étaient : le prince Michel Alexéiévitch Galîtsyne, son gendre le comte Alexis tétrovitch Apraxine, le prince Nikita Fédorovitch Volkonski, enfin, un italien nommé PedriHo, venu à Pétersbourg en qualité de violon d'orchestre théâtral, mais ayant jugé plus lucratif de se constituer bouffon de la cour. Il gagna, à remplir ce métier pendant neuf années consécutives, une petite fortune assez ronde, et après la
* Ce &it me rappelle qu'il y a une trentaine d'années de cela, le prince Boris loussonpow, si connu par sa mauvaise éducation et par son talent pour l'usure, s'était, à un grand dîner au club anglais de Pétersbourg, grisé au point qu'on le retrouya ensuite sans connaissance dans l'endroit le plus écarté du club. L'empereur Nicolas, rencontrant loussoupow, deux jours après, sur le grand quai, lui dit d'une voix sérère : ''tous tous êtes grisé au club; c'est inoonyenant" — loussoupow répondit : *Sire, l'oa m'avait proposé de boire à la santé de V. M., et dans ce but je suis prêt à vider un tonneau de vin. " — L'empereur sourit gracieusement et passa son chemin.
mort de Timpératrico Aime, lors de la suppression des bouffons par la r^ute ^uehe&se de Bruuâwioki Pedrillo se retira ea Italie, où il vécut fort à son aise. Lui et Lacosta étaient tes bouffons favoris de rimpératrice ; elle ayait institué pour eux une décoration spéciale, appelée Tordre de 'San*BenedeUo; ce n'était, ni plus ni moins, que la croix en lainiature d'Alexandre Nevski suspendue à la boutonnière à un ruban rouge (le Tubaaa de la couleur de cet ordre), ce qui devait médiocrer ment flatter les généraux et les dignitaires décorés de Tordre d'Alexandre Nevski.
Un jour, Bieren dit à Pedrillo: « est-il vrai que tu es marié avec 4iae ôhèvre? » — « Monseigneur, non-seulement je suis marié, mais encore ma fonme est enceinte, et j'espère que l'on me donnera assez 4^arge^t pour pouvoir bien élever mes enfans ? > Quelques jours après, il vient annoncer à Bieren que sa femme la chèvre est accouchée, et il sollicite que suivant l'ancien usage russe, l'on vienne faire une visite à l'aecouchée et lui présenter un cadeau d'un ou de plusieurs ducats, suivant la fortune de chacun. L'on dressa , sur le théâtre de la oour, un lit, où Ton coucha Pedrillo avec la chèvre attachée à ses côtés; Timpératrice, la cour, les oflSciers aux gardes vinrent chacun saluer la <hèvre et lui faire un présent. Cette ignoble bouffonnerie rapporta à Pedrillo plus de 10,000 roubles (environ 65,000 francs de monnaie actuelle).
Le prince Nikita Fédorovitch Volkonski était un homme d'une cinquantaine d'années, beau-frère d'Alexis et de Michel Bestoujew-Rioumine ; il avait été condamné à remplir l'office de bouffon par une vengeance personnelle de l'impératrice; celle-ci avait voulu le punir de la guerre acharnée faîte, par la femme de Volkonski, à elle et à ses soeurs, c'està-dire aux trois filles du czar Ivan V. Le prince Nikita avait deux fils déjà officiers; Tainé des deux, Michel, un homme fort distingué, fut .plus tard, sous le règne de Catherine II, ambassadeur en Pologne et gouverneur-général de Moscou. (Le prince Michel a été le beau-père 4u maréchal prince Prozorovski et le grand-père maternel de la princesse Théodore Galitsyne).
Pour se bien faire une idée de la bassesse de la noblesse russe et de tout ce qu'dle est prête à endurer, il faut se représenter que les beaux-frères de Volkonski, Michel et Alexis Bestoujew, occupaient les postes diplomatiques les plus élevés, et dans la dernière année du règne d'Anne, Alexis Bestoujew fut appelé, à Pétersbourg, aux fonctions les plus éminentes de ce temps : celles de ministre du cabinet, tandis que son beau-frère se trouvait contraint de remplir à cette même oour le rôle de bouffon, conspué et maltraité par chacun!
Le bouffon prince Michel Galitsyne était le petit-fils de ce célèbre prince Basile Galitsyne, le premier ministre et l'amant de la czarine Sophie, exilé par Pierre I au fm fond du nord de la Russie, où il mourut
àprëâ 24 années de Texil le plus dnr. Avec Ini avait été exilé soa fib aîné Alexis, marié à aneKyacbninef celui-ci tomba dans une mélancolie profonde, et précéda son père dans la tombe. Le prince Michel était né Tannée même de la terrible catastrophe venant atteindre son père et son illustre aïeul, en 1689; devenu adolescent, il avait été enrôlé comme simple soldat, et à Tâge de 40 ans passés, il occupait le rang fort modeste de major dans un régiment de ligne. Il avait épousé une demoiselle Hvostow, dont il eut un fils, Nicolas, plus tard marié et décédé sans laisser d'enfans, et une fille, Hélène, qui épousa le comte Alexis Apraxine. Devenu veuf, le prmce Michel avait vojtagé; en Italie il avait épousé une personne du pays, et sous son influence, il avait embrassé le ca* tholicisme. Cette personne étant d'une naissance fort ordinaire, il m^avait osé déclarer ce mariage, craignant les reproches de sa parenté, composée de gens riches et haut placés dans la société russe. Revenu m Russie avec sa femme, il Tavait logée à Moscou, au quartier allemand (niémétskaîa sloboda), et ce fut seulement en 1736 qu'à la cour Ton apprit son mariage et le lieu de séjour de sa femme. Depuis la mort du maréchal 6alits3me, Bieren et les Allemands avaient commencé leors persécutions contre cette famille si haut placée en Russie, et ils far^ enchantés de lui infliger un sanglant afl'ront. Le prince Michel Alexéiéviteh fut condamné à remplir, à la cour, Tofiice de bouflbn; le céurage lui manqua de se soustraire, par la mort, à ce rôle abject. Sa fenmie fut arrêtée à Moscou, conduite à P^rsbourg, et remise entre les mains de la chancellerie secrète; j'ignore ce qu'elle devint, mais le mariji^e fut cassé et déclaré non-avenu. Dans la dernière année du règne d'Anne, l'impératrice ordonna de marier ce malheureux Galitsyne avec une kamtchadale, ou quelque chose d'approchant; cette femme, âgée de 30 ans, laide et sale, s'appelait Ëudoxie Ivanovna; elle n'avait pas même de nom de famille; on lui donna celai de Boujéninova (en l'honneor de la bowjénina^ l'unMes mets favoris de l'impératrice). Le mariage fat célébré en février 1740, au milieu de la réunion de représentans d'un grai^d nombre de peuplades sauvages, convoqués exprès à cette ocea^ sion; les nouveaux mariés furent conduits à l'église dans une cage placée sur le dos d'un éléphant. Les invités les suivaient dans des traîneaux attelés de boeufs, de chiens, de rennes, de boucs et de porcs; il 7 eut un grand festin dans le vaste manège de Bieren; puis un bal où chaque nation dansa les danses de son pays au son de sa musique nationale: ce fut un vacarme et un tintamarre à nul autre pareils. Ensuite les nouveaux mariés furent contraints de passer la première nuit de leurs noces enfermés à clef dans une maison de glace, construite sur la Neva, Le 24 novembre suivant, Eudoxie Ivanovna mit au monde un fils, appelé André, la souche de la branche aînée actuelle des princes Galitsyne.
L'infortuné prince Michel avait reçu, à fa cour, le iKèriquet de
keamAs ^t Toici à qadie occasion : un jour, Timpératriee ayant dôiBfliidé un verre de kms^ en but la moitié, et versa Tantre sur la tête du malheureux. Les courtisans, comme de raison, trouvèrent cette in* fâmie d'un comique délicieui; et charmant, et Galitsyne fut salué du sobriquet de kmsnik, quMl conserva jusqu'à la fin de ses jours. Après ravénement de la duchesse de Brunswick à la régence, en novembre 1740, le malheureux Galitsyne obtint Fautorisation de se retirer à Moscou. Sa femme sauvage y mourut en 1742, après avoir donné le j0ur à un second fils, nommé Alexis (mort célibataire). Le prince Michel se remaria une quatrième fois : il épousa encore une Hvostow, dont il eut trois filles, et mourut en 1775, à Tâge de 86 ans. "Le comte Alexis Apraxine avait été enrôlé parmi les bouffons de cour pour le punir d'avoir secrètement embrassé le catholicisme sous rinfiuMiee de son beau-père Michel Galits]me. Il était le neveu du grandamiral et du grand-échanson comtes Apraxine. Le fils du grand-échanson ta le cousin-germain du bouffon, le comte Fédor, le trisaïeul des comtes Apraxine actuels, le même qui avait joué un rôle si honteux en 1730, supportait tranquillement cet affront infligé à sa famille et remplissait platement ses fonctions de chambellan sans sourciller. A la même épo^ que faisait son apparition sur la scène politique Etienne Apraxine, depuis maréchal, Tunique représentant des véritables Apraxine. Il avait été élevé dans la maison du comte Pierre, le père du malheureux bouffon, et il ïie prêta jamais à ce dernier Tappui de son crédit, crédit pourtant bien influent, puisque la mère d'Etienne Apraxine se trouvait remariée an comte Ouchakow, che^ de la chancellerie secrète, et Tun des plus puissans personnages de Tépoque. Mais en Russie, pays de platitude et de bassesse, la di^âce de cour brise, à peu d'exceptions près, et les liens de famille et ceux de la reconnaissance; sous ce rapport, comme sous bien d'autres, la Russie est encore TAsie, et ne cessera de l'être qu^ le jour où se lèvera pour elle l'aurore bimfaisante d'un régime
Gonsûtutionnel
Les dimanches, lorsque Timpératrice Anne et sa cour, après avoir oui la messe au pied de l'autel de ce Dieu de bonté et d'égalité qui prodanie les hommes frères entre eux, leur prescrit l'amour mutuel et ordonne aux puissans la bienveillance envers lés faibles, — traversaient les salles du palais pour rentrer dans les appartemens intérieurs, les malheureux bouffons étaient obligés de se trouver dans l'une des salles sur le. passage du cortège. Us devaient rester accroupis par terre, dans la position de poules pondant des oeufs, et crier couGOurkou. Les courtisans s'amussûent à leur tracer sur le visage, avec un morceau de charbon, des moustaches, des favoris, etc. Us devaient supporter tout cela! Dans le cort^e se trouvaient des parens de Volkonski, de Galitsyne, d' Apraxine ; ces misérables, voyant prodiguer à leurs parens outrages et insultes, ne se doutaient même point que la honte, la flétrissure en retombaient sur les noms qu'ils oortaient.
L'un des grands plaisirs de h sauvage jmpérauiee et de sonodi^ui; fayori consistait à (aire ranger cinq d'entre les bouffons ci^ntre le mur et à ordonner au sixième de leur appliquer à chacun un croc-^-jamlje pour les faire tomber à terre sur le dos ; d'autres fois (m l^ur orçlon* nait de se battre entre eux ; ils s'assénaient des coups violons, se frappaient au visage jusqu'au sang; Timpératrice et fiieren riaient à gorge déployée. Les malheureux bouffons se prêtaient à tout, obév^ saient sanâ murmurer. Un jour, Balakirew se sentant indisposé et sionffranl, ne voulut point se prêter à la plaisanterie des croes^^jambe; Bieren et Fimpératrice entrèrent en fureur et donnèrent Tordre de le faire fouetter sans miséricorde (néstchadno); le malheureux, à la suite de cette fustigation, resta couché deux jours entiers sans pçmvoir ni se lever, ni se retourner dans son lit.,...
L'impératrice Anne avait une telle passion pour les boufiomieries et un tel mauvais goût en général, qu'ayant appris l'existenoe d'une pièce de vers semi-érotique, semi-bouffonne, composée par ce Trédia* kovski, si célèbre pour ses mauvais vers, elle le fit venir pour en entendre la lecture. L'imbécile Trédiakovski le raconte ainsi dans l'une de ses lettres : fai eu le bonheur de lire ces vers à Vimjératriee^ prés de la cheminée^ me tenant à genoux devant S. M. L, et après la fin de la lecture^ fai eu la faveur de recevoir un gracieux sùu^et de la propre main de S, M, L*.
L'impératrice Anne avait adopté sa nièce, la fille unique de sa soeur aînée la duchesse de Mecklembourg. Cette jeune princesse, née le 18 décembre 1718, avait été baptisée sous les noms d'ÉIisabeth-Çatherine- Cbristine; elle avait quelques mois lorsque sa mère fut obligée de quitter, son marif et vint en Russie, où sa fille embrassa la religion grecque et prit le nom d'Anne. C'était une blonde à figure p^u expressive, ayant l'air toujours ennuyée et fatiguée, avec une assez belle laille, assez gracieuse, nullement dénuée d'esprit, mais ayant une profonde aversion pour toute occupation, pour tout sujet sérieux, aimant à passer son temps sans se gêner, en déshabillé, avec cela sensuelle et lascive malgré sa nonchalance. L'impératrice lui chercha un fiancé parmi les princes allemands, et l'on peut croire que les caniU^s ne firent point défaut : il y a toujours en Allemagne un trcHipeau de princes de maisons souveraines, les uns plus affamés que les antres, et avant la médiatisation de 1806, ce troupeau était trois ou quatre fois plos
* Hntui cHacTie ^aiaib rocy4apua'fi HunepaTpHi^'fi, y icaMejfl, ctoh oà Boiteflxi nepeji Eh HiinepaTopeRflMi» SejunecTBOHi, h oo oKOfl^aala ooaro Treaiii, yAwatOKMCA noiy^iHn, wn coôCTueBBiixi fia HiinepaTDpciaro BeiH^ociBa pyBi, BceiiajutciBB'l^inyio oueymaBy.
t Charles-Lêapold, duc de Mecklemboarg-Sohweriny Vun des plus odieux tyrans qui aient jamais r^^és ; chassé de son pays par ses sujets, il fut interdit par la diète de l'empire. Il avait déjà été marié en premières noces avec une princesse de Nassau- Dietz, dont il s'était sépaié après deux années de mariage. Son frère, le duc Chrétien-Louis, a été la souche de la maison grand*ducale de MeckJeaibourg- Schwerin.
nombretix que de nos jours. Le comte Charies-GnstaYe dé Loewen^ woide fat envoyé en Allemagne eispressément à la recherche d'un mari pour la nièce de rimpératriee; il fallait, une fois le choix fixé, faire venir lé jeune homme en Russie; sinon lui faire apprendre la langue rnsse (ce <|ue les Allemands jugeaient inutile), au moins le mettre à même de comprendre Tidiôme du pays sur lequel sa femme et ses fttlors enfaas se trouvaient appelés à régner. Il fallait un jeune homme qui ne fût point par trop désagréable à sa future compagne, et eût assez de facilité de caractère pour échanger, sans trop de regret, les moeurs européennes contre les moeurs semi-asiatiques de Pétersbourgf il fallait un homme appartenant, par sa naissance, à nne maison sou^ Yeraine, capable de faire beaucoup d'enfans et mcapahle de gouverner; SI Tocatioa spéciale et exclusive devant consister à assurer la sooeessbndu trône de Russie au moyen d*une postérité nombreuse. La coor de Vienne paya largement Loewenwolde pour faire pocher la balance en faveur du prince Anloioe-Ulfic de Brunswick-Bevem, né le 17/28 août 1714*, neveu, par sa mère^ de Fimpératrice d'Allemagne, femme de Charles YL Le prince Antoine-Uiric était un excellent garçon, el nen de plus; il avait un très*bon coenr, point d'esprit et nuUe énergie : c^était ce qu'il fallait. Son oncle et sa tante, ainsi que toute sa famille, ereyaient faire merveille en faisant tomber le chdx sur ce jeune tomine : ils ne se doutaient guère qu'ils l'envoyaient à sa perte et le eondamnaient k finir ses jours en prison après trente-cinq années de captivité. On le. fit venir en Russie, et pour le faire connaître un pea aux gens du pays, ainsi que pour le mettre en contact avec l'armée, on l'envoya servir sous les ordres de Munich, qui faisait la guerre aux Turcs. Bieren traversa tant qu'il put ce projet de mariage : il s'était mis en tête de faire épouser à la princesse Anne son fils Pierre, de cmq ans plus jeune qu'elle, et de faire monter ainsi sa postérité sur le trône de Russie. L'influence de Bieren sur l'impératrice était si puissante que l'on ne saurait répondre du succès possible de ses machhiations, si elles n'avaient été traversées pat Ostermann, qui s'était constitué le protecteur et le conseiller d'Antoine-UIric, et par la comtesse Michel Golovkine, laquelle aimait beaucoup la princesse Anne. La eomtesse Golovkine surtout contribua considérablement à faire échouer les audai'ieuses visées de Bieren. Les enfans de celui-ci étaient, je l'ai dit déjà, les enfans de l'impétatrice; ainsi, Pierre Bieren se trouvait être, en réalité, le cousin-germain de la princesse Anne; le mariage entre cousins-germains, môme de nos jours en Russie, n'est point en* eore permis à tout le monde; il faut, pour cela, ou une autorisation spéciale du synode, comme ce fut le cas pour la grande-duchesse Catherine Pavlovna, deux fois mariée à des princes, ses cousins-germains
* L^arrièro-grand-OQcle du duc de Brunswick actael.
à eiié, et de plus cousins-germain» entre eux *, ou bien une toiéraⅇ spéciale du souverain, comme c'est le cas, de nos jours, pour les enfans'du prince Nicolas lonssoupow et du baron Modeste Korff**. Mais à Fépoque dont nous parlons, le mariage entre cousins-germains paraissait une monstruosité en Russie, et la comtesse Michel GdoTkine sut. mener avec un tact exquis c^tte manoeuvre si délicate et si épineuse. Elle contribua également à décider la princesse Anne à épenstf Â&toine-Ulric. La jeune princesse épronviût de Féloignement pour ee prince; la comtesse Golovkine lui fit comprendre que ses tergiversations, amenaient des délais favorables aux chances du succès des intrigues 4e Bieren, et qu'en définitive, une fois tout sentiment d'inclination personnelle étranger à son mariage, il n'y avait point à hésiter entre unprince de Brunswick, d'antique race souveraine, allié aux plus grandes maisons régnantes de l'Europe, et un Bieren, devenu prince héréditaire de Courlande, il ost vrav, mais un arrière^petit-liîs de palefrenier! Le comte Ostermànn, toujours si plat valet de Bieren, agit peur^ tant, en c^te occasion à rencontre du tottt^puissont favori. La princesse Anne ne dissimulait nullement son éloignement pour les deux partis qui s'offraient à elle, et disait aux personnes de son entourage : il est bien singulier que la nièce et la fille ad^tive de la puismnte autocratice de toutes les Russies ne puisse seulement se marier d'après le choix de sen eôeur^*^. Pendant qu'elle était la fiancée du prince Antoine-Uhâc^ la jeune personne disait à Volynski, celui d'entre les ministres du cabi-^ net avec lequel elle se trouvait dans lés meilleures relations^ et qui s'informait pourquoi S. A. était si ùiste? Vous ffutres^ maudits mvmstres^
*, La duchesse d'Oldenbourg, mère du premier mari de la grande-duchesse Catherine, était une princesse de Wiirtemberg, soeur de l'impératrice Marie Fédorovna, Le rot Guillaume de Wurtemberg, second mari de la grande-duchesse Catherine,' était le fib d'un frère de l'impératrice Marie Fédorovna et de la duchesse d'Oldenbourg.
*.* I^e prince Nicolas lonssoupow — dont le père^ le prince Boris, était le fils dn second mariage de mademoiselle Tatiana Engelhardt — a épousé la comtesse 1?atiant Ribeaupierre, dont la mère est la fille du premier mariage de mademoiselle Engelhardt avec Michel Potemkine, et par conséquent la soeur utérine du père de son gendre. Le baron Modeste Korff et sa femme, née baronne Olga Korff, sont cousins-germains t et de père et de mère. Leuirs pères à tous les deux, deux frères, avaient époue^ deux soeurs, les demoiselles Smimow. Le baron Modeste est aujourd'hui préâident du dépaiiement de législation au conseil de l'empire : peut-être a-t-il été appelé à cette place pour le récompenser d'avoir dpublement violé les lois du pays en épousant une personne qui est sa cousine-germaine et de père et de mère. De plus, le fr^re de la baronne Modeste Korff, le baron Nicolas Korff, est marié à sa cousine-germaine la baronne Elisabeth Korff, soetkif du baron Modeste, c'est-à-dire que deox hommes doublement cousins-germains, ont épousé, chacun, la soeur de l'autre ! Notis doutons qu'il fût possible de rencontrer un second exemple d'un pareil chassez-croisé matrimonial ?
*** M. Karabanow, dans sa jeunesse, avait entendu raconter ces détails par la comtesse Golovkine, retirée ^ Moscou, où elle mourut nonagénaire en 1791.
tmùs avez amené les choses au point que je vais épouser un homme, dont je ne voulais pas : vous agissez toujours par calcul. Volynski répondit, que m lui, ni le prince Tcherkaski n'avaient été consultés à cet égard, et qttô selon tonte probabilité, Osfermann avait mené toute cette affaire, et demanda à son tour: quel grief S. A. peut avoir contre le prince? // est tellement paquet (méchok); il a peur de chacun; il est bête, Volyûski répliqua : « si le prince a quelques imperfections, en revanche V. A. a » été richement douée par Dieu ; vous aurez assez de sagesse pour » diriger votre époux; Thonneur et la dignité de V. A. exigent de ne
* point témoigner, ni faire voir aux autres le mécontentement que vous' !► pouvez éprouver. Plus le prince est doux de caractère, plus il sera «soumis et obéissant à vos conseils; cela vaut mille fois mieux que » d'épouser le prince Pierre Bieren, lequel est encore pire que son père, fc puisqu'il a encore moins d'esprit et il est tout aussi méchant. D'ail* » leurs le prince de Brunswick est un prince véritable^ un homme de
* naissance (tchélovek rodovityi), le neveu de l'empereur d'Allemagne; » son frère est marié à la fille du roi del^russe; son oncle est le beaur » frère de notre impératrice*.»
' La princesse Anne se soumit à épouser l'bomme que lui indiquait? la Volonté de sa taate et mère adoptive; mais, malgré sa bonté na* furelle, elle fut la moins alfectueuse et > même la moins aimable des épduses. Elle passa toute la pretnièrè nuit de ses noces à se promener *ffis le 'jardin da palais d'étéf. Il fallut de sévères arfmonestafronsde rîmpérdiriee, m^alfière et si rude, pour amener la jeune princesse de ]foui](^wick à l'accomplissement de ses devoirs conjugaux ; les demoi*^. seilles d'honneur impériales qui sô trouvaient dans la chambre voisine du cabitiet de l'impératrice, virent/ à travers la porto entr'ouverte, eëlle-ci souffleter sa nièce,'
Maintenant, je parlerai de Bieren et de sa funeste toute-puissance sur les affaires de la Russie.
Jean-Ernest Bieren, qui se faisait appeler Biron, né le i3 novembre 1690, avait eu pour grand-père un palefrenier du duc de Courlande, Jacques III. Le fils de ce palefrenier avait commencé son service aux
• Le frève ^é d'Antoîne-Ulric, Charles, duc de Brunswick, était marié à la princesse Philippine- Charlotte, fille du roi Frédéric-Guillaume I de Prusse, et soeur de Frédéric IL L*oncle du prince Antoine-Ulric, le prince Emest-Perdinand de Brunswick-Bevem, était marié à la princesse Éléonore-Charlotte de Courlande, soeur de Pavant-dernier duc de Courlande de la maison Kettler, Prédéric-GuiUaume (le mari de l'impératrice Anne).
t lié palais d^ôté, construit en bois sous Pierre I, fut encore une fois reconstruit en \^ia par .!«► régente, laquelle n'eut point le temps de l'achever, ce qui eut lieu souq le règne d'Elisabeth. Il se trouvait sur la Fontanka, sur l'emplacement actuel de Pacadémie des ingénieurs (ancien château Michel). Le jardin d'été s'étendait bien plus loin qu'aujourd'hui ; il entourait le palais d'été, et occupait l'espace où se trouve aujourd'hui le jardin du palais Michel.
écuries du fils du duc Jacques, le prince Alexandre; il raeeompagBaea H(mgrie, et après la mort du prince, en 1686, de retour en. Courlande, fut nommé capitaine des chasses ducales (jaegershauptmann). 11 avait concussionné et s^était passablement rempli les poches» ce qui lui permit de faire l'acquisition de la terre de Kaienzeem. Il laissa trois fils : Charles, Jean-Ernest et Gustave.
Jean-Ernest Bieren avait été envoyé par sou père à Ppuivarsité de Koenigsberg : au lieu d'étudier, il faisait le vaurien. Ayant triché au jeu, il fut rossé par ses camarades et obligé de fuin II revint en Gourlande; entra, à titre de majordome, chez Tun des riches propriér taures du pays; ensuite, en 1714^ il se rendit à Pétersbourg pour y solliciter une place de gentilhomme de la chambra à la cour de la princesse héréditaire, femme du czarévitch Alexis, Ayant essayé un refus brutal, il ea conçut, pour la .Rj^sie et les Russes, une hd.m sans pareille, et qu'il lui fut donné, plus tard, d'assouvir do la façon la plus atroce. De retour à Mittau, il se constitua le flatteur de Pierre Miliaïlovitch Bestouîew-Rioomine, grand^maitre de W cour de la duchesse douairière Anna Ivanovna; bien découplé et fortement bâti, il sut attirer l'attention de la duchesse elle-même, et, ea 1718^ admis à $a cour avec le rang de gontilhomme de la chambre, il devint son amant. Sa nomination comme gentilhomme de la diambre blessa vivement les deux Courlandais déjà investis de ces fonctions : Keyserlingk et Yietinghoff; ils se récrièrent hautement de se voir as* 4ocier le petit-fils d'un palefrenier, et> ce qui pis est, un homme rossé pour escroqueries. Keyserlingk donna sa démission. . Le premier acte de la vie de cour de Bieren fut d'intri^poer ccMitre çon bienfaiteur Bestoujew : il le brouilla avec la dujchesse, sur l'esprit de laquelle le nouveau favori avait acquis, dès le prenûer moment^ un. empire extraordinaire. La duchesse envoya le baroQ Korff à Pétersbourg porter plainte à son oncle Pierre I contre Bestoujew:, et confia à Bieren, avec le titre de secrétaire et le rang de cbambeUan, Vadministration de sa cour et de ses. affaires privées. Lorsqu'elle^ vmt à Moscou, en 1724, pour assister au sapre de rimpératrjçe, Bieren l'accompagnait, et co fut lui encore qui se trouva chargé, en 1725, de la^.mission d'aller complimenter l'impératrice Catherine mr son avénegient au trône.
Chargé, un jour, par la duchesse, de.se rendre à Koenigsberg pour faiire des emplettes, il y passa son temps à boire et à jouçr, ,Ay^^ fait du bruit dans les rues, il se trouva mêlé à une rixe avec Jes soldats, fut empoigné, rossé et, les habits en lambeaux, confit à la prison de la ville, où on l'écroua. Il dut payer une forte somme (aux frais de la duchesse) pour obtenir sa liberté et échapper à un procès. Un cri d'indignation s'éleva contre lui en Courlande; mais la duchesse, aveuglée par la passion, fit la sourde oreille aux plaintes lé-
gUrmes de tous les honnêtes gens réclamant le renvoi de Bieren, et signalant sa présence à la cour comme une honte et une flétrissure pour toute la noblesse courlandaise.
Anne pressa Bieren de se marier, afin de donner une position aux énfans qu'elle aurait de lui. U demanda la main de Tune des demoiselles d'honneur de la duchesse, Bénigne Gottlibe, fille de Guillaume de Trotta de Treyden, d'une famille d'origine hessoise établie dans les provinces baltiques depuis le quinzième siècle. C'était une personne de 20 ans, laide, sotte, vulgaire dans ses manières, d'une santé rachitique (ce qui ne l'empêcha point de vivre jusqu'à l'âge de 8S ans), et complètement incapable de mener la vie conjugale. Cette dernière considération contribua surtout à fixer le choix de la duchesse^ Le père Treyden ne voulait point entendre parier de cette union; le mariage eut lieu (en 1723) sans son consentement, et les nouveaux mariés eurent bien de la peine à obtenir ensuite leur pardon de sa part.
Dès le premier jour, le couple Bieren et la duchesse menèrent une existence à trois, qui dura dix-sept années, jusqu'à la mort d'Anne. Ils dînaient et soupaient ensemble, et les devoirs conjugaux de M"*' Bieren consistaient à porter un coussin sur le ventre à chaque grossesse de la duchesse. Célle-cî accoucha, en 1724, d'un fils nommé Pierre, qui fut le dernier duc de Courlande (l'aïeul maternel du duc de Valençay actuel)^ en 1727, d'une fille nommée Hedwige-Élisabeth (depuis la baronne Alexandre Tcherkassow), et en 1728, d'un second fils appelé Charles, l'aïeul da prince Bieren actuel.
Une fois marié, Bieren voulut se faire admettre dans le sein de la noblesse couriandaise, se faire immatriculariser^ comme l'on dit dans les provinces baltiques; mais ses démarches, non- seulement échouèrent, mais furent encore rejetées avec mépris, surtout après l'épisode de la rixe dans les rues de Koenigsbèrg. Il eut beau être appuyé par la duchesse, ainsi que par un personnage fort important, le maréchal du pays (landmarsckall)^ le baron de Brackel, un foh mauvais drôle, — ses sollicitations furent rejetées. Enfin, après l'aVénement d^A>^ne an trône de Russie, et l'octroi à Bieren, par l'empereur Charle^VI, d^un diplôme de. comte du saint-empire, la noblesse courlandaise,' à la suite des démarches de Brackel et de quelques familles, dont plusieurs meflibrés, admis au service de Russie, se constituaient les courtisans de Bieren, envoya à ce dernier une patente d'immatriculation dans tine boîte de vermeil. Les intrigues et la platitude de Brackel, à cette occasion, lui valurent, de la part de l'impératrice, le cordon de Saint- André, et peu après, l'admission au service de Russie avec le rang de conseiller privé actuel et de forts émolumens.
En 1737 s'éteignit la branche de la maison Kettler, qui régnait sur la Courlande depuis rércction de ce pays en duché vassal de la Po-
logne, en 1562. Pour les princes besogneux et affamés, si nowhnm en Allemagne, où véritablement ils pullulaient, le petit* trôiïe de Courlande constituait un véritable paradis, aussi les prétendais y étaient-ils nombreux, et d'ailleurs chaque grande puissance avait le sien. L'électeur de Saxe, roi de Pologne, Auguste III, vo^Wt y {jacer son frère naturel, le célèbre comte Maurice de Saxe, maréchal au service de France, et, il fut appuyé par la cour de Versailles. L'empereur Charles VI aurait eu envie d'y mettre l'un des princes de Brunswick- Beveru, neveux de sa femme, et ce clwix se trouvait également appuyé par l'Angleterre, où régpait la branche cadette de la maison de Brunswick; enfin, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume I, postulait la couronne de Courlande soit pour son neveu le margrave de Brandebourg- Schwedt, soit pour l'un des margraves de la branche cadette delà maison de Brandebourg, celle de Bayrçuth. Mais Bieren trancha la question aa moyen des troupes russes, qui entrèrent en Courlande et occupèrent Mittau; le commandement de ces troupes se trouvait confié au beaufrère de Bieren, le général-major Auguste de Bismark, prussien d'origine, appartenant à une famille d'Allemagne très-ancienne, mais trèsnombreuse, et par conséquent fort pauvre. Il avait cherché fortune dans un mariage avec une soeur de M"* Bieren, et grâce à la protection de son beau-frère, il fut admis au service de Russie, où il devint général en chef.
La noblesse courlandaise se réunit à Mittau pour procéder à l'élection d'une dynastie nouvelle. Les troupes russes occuperait la ville et le pays ; l'on avait préparé un assez grand nombre de kibilki (charrettes couvertes). Les agens russes .disaient aux nobles courlandais que l'impératrice désirait fort l'élection de son grand-cbambellan, son excellence le comte de Biron; au reste, chaque gentilhomme avait le droit imprescriptible de voter suivant sa conscience; seulem^ ceux qui voteraient contre l'élection du comte seraient placés dans les tibitki et conduits en Sibérie. Ce système électoral, pl^s ou moins franchement imité de nos jours en certains pays, obtint un succès prodigieux : la noblesse courlandaise, avec cette insigne prudence politique (pour s'exprimer poliment) si particulière aux habilans des provinces baltiques, élut pour son souverain l'homme qu'elle avait refusé pendant bien des années d'agréer pour confrère, l'escroc rossé à Koenigsberg! Les Courlandais, qui avaient fait une si vive opposition au dernier Kettler, le duc Ferdinand, qui l'avaient contraint à quitter 1q pays et à vivre à Dantzig, où il termina ses jours, firent preuve d'une obéissance passive, rampante même, envers le petit-fils du palefrenier qui tenait les voyages en Sibérie à sa disposition. Bieren les traitait avec une grossièreté inouïe; non-seulement il se faisait baiser la main par eux, mais encore, dans ses momens d'emportemens si fréquens, il les agonisait d'injures, et des plus grossières ; le mot de verflugler
4fai9»i9i paraissait presque anodin parmi )e^ autres expressions et.épi- Ibèies dont son Altesse, «e servait à Fégard de ses fidèles sujets. Jkf^'' Sierea se montrait encore plus, fière et plus hautaine que son «mari; : sotte et vulgaire, elle donnait ses audiences 8ur:uné espèce, de •trône, assise dans un fauteuil doré placé sur une estrade, sous un baldaquin aurmontô d'un^ couronne ducale; elle présentait aux hommes et aux dames ses deux mains à: baiser» et de, fâchait si Ton n'en baisait qu'une seule!
Les epfans de Bieren ét^ent parfaitement mal élevés, et tout jeunes qu'ils étaient^ ils se signalaient par leur hauteur, leur grossièreté et la vulgarité de leurs .manières. Le maître d'hôtel de Bieren, un nommé Kirdch, s'étant un jour plaint à la nouvelle duchesse de ee que. ces Igamin» l'outrageaient et J'inyuriaient, fut envoyé à la maiscMi de force^ 4)ù il se trouva revôtu d'un sale habit tout en haillons, et conU'aîat à travailler avec les i»al£aiteurs. Ces vilains gamins forent déooFés par rônpéra^rice de Tordre de Saint-André, Fainé, Pierre^ à Tage de seize .um, avec le rang de lieutenant-colonel à la garde à cheval, et le plus jeune^ Charles, à Tâge de douze ans. Un de leurs .grands plaisirs consistait à verser dU- vin sur les habits des courtisans et 9. ae glisser 4firrière' eux pour cracher leurs perruques. Un jour, le petit Charles, âgé de neuf ans, parc^mrait les sMes du palais avec une verge : à la main, frappant sur 1^ jambes des courtisans* Il voulut frapper ainsi le gr«and-maréehal c^mte Reinheld de Loewenwolde, lequel sauta, sur uà: pifiA pour esquiver le coup.; ensuite, le vilain gamm alla frapper les jambes du général en chef prince Ivan Fédorovitch Bariatinski. Eh ce moment, Ton vit entrer le père Bieren; Bariatinski, d'auleurs son courtisan très^ssidu, lui porta plainte sur la conduite de son fils,, disant qu'après cela il serait impossible de venir à la cour. Les. yeux de Bieren s'allumèrent de eolère; il toisa le prince de. la tête , aux pjeds,' et d'une voix hautaine et méprisante, lui- dit ; si vous êtes mé* content^ vous n'avez qu'à demander votre démission; je vous frimets g^'^Ue vo^s sera accordée! Et il passa son chemin. . Bariatinski ne donna point sa démission, et l'affaire en resta là.
Less petits Bieren avaient pour gouverneur un nommé Schwartz; eelui-oi, ne savait que . fair^ avec ces détestables petits vauriens. Un JQqPy Je petit Charles, en se promenant dans les jardins du palais^ se m^ k lusmger énormément, de fraises; le gouverneur lui ayant ordcuané de cesser, le gamin lui montra un pied de' nez et continua à se bourra de fraises. Le lendemain» il se trouva indisposé; l'impéiratricc^.qui ado-> rait cet enfant, accable le gouverneur d'injures, et sans vouloir écouter ses explications, le fait traîner à la maison de force, et ordonne de l'obliger à balayer les rués. Bieren fit reconduire ce malheureux k h frontière, en lui donnant mille roubles, pour toute indemnité. . /-.,-.
La fille de Bieren avait à peine dix ans, que déjà le père et l'imr.
pâratrice sbng^Ment à lui préparer un établissement, m hpM^smmt Vnn des petits trônes d'Allemagne ; ils ne se doataient guère que eede eitfaûl se trouvait destinée à épouser Tun des fils de ce Tebmiiàssow qu'ils tenaient dans Texil. Ils avaient jeté leur dévolu sur le prinee héréditaire de Hesse-Darmstadt, lequel fut depuis le landgrave Liouis IX; mais ce jeune prinee, non plus que son père, depuis le landgrave Louis VIII, et son aïeul le landgrave Louis VII, qui vivait encore, ne se laissèrent séduire par Tappât d'une riche dot, et préférèrent avec digniié arranger un mariage avec une princesse Palatine, fille du prince Christian des Deux-Ponts, plutôt que de s'allier, pour de l'argent, avec un duc-escroc, petit-fils de palefrenier*. La promesse d'<*lenir la main de la fille de Bieren fut ardemment recherchée pir le due de Saxe-Meinungen; mais comme il était connu pour xm tot mauvais sujet et criblé de dettes, il essuya un refus. Un jour, Timpé^ ratrice Anne reçut une lettre du duc de Holstein, qu'elle ne pouvait sèâf" frir. Ce prince, le gendre de Pierre I, écrivait se trouver dans la débine d'argent la plus complète; il sollicttait un cadeau de emi milie roubles, et proposait de convenir d'un projet de mariage entre la petite Bieren et son fils à lui (depuis l'empereur Pierre lU). L'impératrice, après avoir donné cette lettre à lire à Bier^, la reprit ^ disant : cet ivrogne s'imagine, par cette proposition, obtenir de moi cette eomme d'argent! et jetant la lettre dans la cheminée, elle ajouta : wttd h cas que je fais de lui et de sa famille. Mms Bieren n'était nullement de cet avis : devenu régent, il reprit ce pr<^t; mais la rapidité de sa chute ne lui Isûssa le temps de faire aucune démarehe 1^ eet égard.
Cette fille de Bieren était laide, d'assez petite taille et bossue, mais elle avait beaucoup d'esprit, des yeux expressifs à force d'étiré ftpèsintelligens; elle était fine, rusée, msinuante et imrlgante au plus haut degré. Lors du long exil de son père à laroslaw, ennuyée de cette vio d'exil en province, se trouvant mal à l'aise entre deux persanes d'un aussi mauvais caractère que l'étaient son père et sa mère, elle voulut s'échapper et prendre son vol vers la capitale. Fort rusée, Mnsi que je l'ai dit, elle eut recours à un moyen très-habile. Connaissant la bigoterie de l'impératrice Elisabeth, elle se sauva un jour de lamaiscmel se réfugia chez la femme du voïevode de laroslaw ^ M»^ Bdbristchcrw- Pcmefakine, en lui affirmant quo ses parens, ayant appris son dessein d'embrasser la religion grecque, y mettaient obstacle et la persécutaient de^ toutes façons. M"* Bobristcbew-Pouchkine l'emmena à Pétersbenrg
. * J>Q oe miffûige wree une pnnoeM^^FulatîQe naquirent : U grande«diioh^^ |l4tatie, première femme de l'empereur Paul; le premier gnmd-dac de Hesse, Taîenl dq graDd-dnc actuel ; la grande-duchesae Louise de Weimar, l'amie de Goetbe, 1» reine da Prusse, aïeule du roi régnant, et la princesse de Bade, beUe-mère de l'empeieur Alexandre L
él la oondoîsit chez la eomlesse Pierre Schoavi^w, d^ffiie à portrait et eenfidente de l'impératrice, à laquelle la princesse de Gonrlatide fut présentée. L'impératrice, enchantée de ce désir de conyersien, lui fit alijiurer le luthéranisme dans la chapelle de la cour, fut sa marraine, «C loi donna un logement au palais parmi ceux des demoiselles d^hon^^ nenr. La spirituelle bossue voulut tourner la tète au grand-duc, depuis PîenrelU, auquel, jadis, son père s'était flatté de pouvoir la marier; elle réussit dans ses coquetteries pour un certain tempd, mais ensuite elle fut supidantée par la qomtesse Elisabeth Vorontsow. Après plusieurs années de séjour et d'intrigues à la cour, voyant décliner la santé de l'impératrice, laquelle avait beaucoup de bontés pour elle; craignant, à la suite d'un changement de règne, de voir ses parens la réclamer et la fsûre revenir ehez eux, elle chercha à se marier, et y travailla de toutes ses forces. Dans la position d'exilée où se trouvait sa famille, il n'y avait plus à songer aux princes allemands de maisons souveraines.; à Pétersbourg môme, aucun des grands partis ne se souciait nullement de devenir le gendre de Bieren; force fut donc à sa fille de se rabattre sur un parti fort ordinaire, le baron Alexandre Ivaaovitcb Tcherkassow, qu'elle épousa en 1759 (elle ét^dt âgée, pour lors, de trente-deux ans). Tcherkassow était le fils aîné du secrétaire de Pierre I (voyez page 217), et petit-fils d'un laquais de la cour; mats la prmcesse de Ciourlande étant elle-même l'arrière-petite-fille d'un pa- Mpenier, ne pouvait y regarder de si près. Le baron Alexandre Tcher-^ kassow était, au reste^ un homme parfaitement bien élevé, instruit, d'un esprit très-fin, un aimable causeur et fort agréable dans un salon. Plud tard, sous le règne de Catherine II, devenu président du collège de médecine et conseiller privé actuel, il fit partie de la société intime et journalière de l'impératrice, qui appréciait beaucoup son esprit et sa ccmversation. Ils eurent un fils dont la lignée mâle s'éteignit en 1844, et une fille, M"^ de Pahnenbach *.
Devenu duc de Gourlaade, Bieren se donna le ridicule d'écrire au duo de Biron, pair et maréchal de France, chef de la maison de Contant, pour lui demander un certificat portant qu'un membre de la famille Biron avait jadis émigré en Allemagne, et que le duc de Gouriande se trouvait descendre de lui. Le maréchal répondit : t Dans les archi- » ves, ni dans les souvenirs de notre famille, il n'est nullement question ■* de l'émigration d'un Gontaut-Biron; mais si un souverain étranger • se déclare issu de notre maison, c'est un honneur qu'il fait à toute > la noblesse de France. » En môme temps venait de mourir le gendre du maréchal, le marquis de Bonac, l'un des diplomates les plus capables de son époque. Pendant son séjour à Gonstantinople en qualité
• Lo baron Alexandre Tchexlcassow avait deux frères : Vvoï, liras, n'eut point fl^éhfiuM de son mariage arec nne BéloBselski, grande-tante du prince actael do ce nom ; l'antre, Pierre, fut raîcnl des barons Tcherkassow actuels.
d^a^j^tassâdeof de Fj^anee, il airait ea ToecasioB cPétra chéidi poar «mé* diatenr entre Pierre I et la Porte-tOttoifaane, et avait reçu de Pierfei le cordon de Saint- André. Le maréchal pria Bi^ren dè.solHcitw de Fimpératriee la transmission de ce cordon à son petit-fils, le fils aûié du défunt Bonac. Bieren ne crut pouvoir rien refuser à son cousin le maréchal duc de Bironj et tout-puissant sur l'esprit d'Anne, il obtint d'elle de commettre la sottise d'autwiser le jeune marquis de Bonac, âgé de diX'huit ans, à porter le cordon de Saint- André *.
Ge maréchal duc de Biron ayant appris qu'un pharmacien d'une petite ville de Lorraine avait usiirpé le nom de Biron, se mit à rire aux éclats. Une dame de la cour lui demanda s'il ne comptait pomt faire poursuivre en justice le pharmacien? «Dieu m'en préserve, ma^ » dame, répondit le maréchal. Il est fort plaisant, qu'à la mèam époque, j dans le nord de l'Europe un aventurier devenu souverain,* et en Lor- » raine un pauvre diable vendant des drogues, se soient avisés de » s'affubler de mon nom? Cela me fait croire qu'ils n'en ont point trouvé »de plus beau, et j'en suis très-flatté. »
Bieren, sans être grand, était d'une taille fort au-dessus de la moyenne; dans sa jeunesse il avajt été élancé et gracieux, plus tard, en prenant de l'embonpoint, il conserva cependant une ^rtaine gràee dans ses façons et sa manière d'ôtre, de marcher, de se retourner. Il avait des yeux superbes, un regard perçant, mais charmant vis-à-vis des personnes auprès desquelles il voulait s'insinuer. Ce même regard, une fois dirigé, sur ceux qui dépendaient de Thomme, devenait dur et désagréable, et dans les momens de colère, d'emportement, ce ri^ard flamboyait et semblait vouloir dévorer les gens. Il en était die mèmà du son de la voix : elle était sonore, mais charmante et l'on peut dire musicale pour ceux vis-à-vis desquels il tenait à être gracieux; sèche et raide vis-à-vis des autres, cette voix, dans les momens d'en^portèmens, atteignait un diapason effrayant, et ses. éclats retentissaient au tein. En général, il y avait, dans cet individu si étrange et si complexe, trois hommes : le Bieren insinuant, le Bieren maître et dominateur, et le Bieren en courroux; le premier était charmant, le second dur et insupportable, le troisième faisait trembler..... .
: Il n'avait guère beaucoup d'esprit, mais doué d'une immense finesse^ trçsrhabile à s'insinuer, consommé en l'art d'intrigues, il savait parfaitement plaire à ceux qu'il ne pouvait terrifier. Son éducation avait été fort négligée, mais une heureuse mémoire lui permettait de se rappeler de ce qu'il avait lu; il est d'ailleurs si aisé, aux souversûns et .aux ministres, de ne point être pris pour des ignora^as : ils peuvent toujours donner à la conversation l'impulsion qfii leur convient, Bieren avait la passion des chevaux : il passait des heures entières dans son
* L'une dès filles de ce maréchal duc de Biron, une soeur delà mar(|uise de Bonac, fut toarife au comte de Bonneval, le célèbre renégat Ahmet-Pacha. . '
manège, et lorsque dan^ une ooiivers$ti<m avec m (}i{domate étranger ott vfi grand per^oonage il se troavait embarrassé de réppnAre à. une questiop à lui adressée, il se mettait à parler des chevaux.
Un ministre de Tempereur d'Allemagne à la cour de Russie, ie comte Ostein, lequel avait eu plusieurs démêlés avec le favori, avait essuyé des rudesses de sa part et ne pouvait le souffrir, disait : lorsque le comte Bieren parle des chevaux ou avec les chevaux, il parle comme un homme, mais dès qu'il se met d causer avec les hommes, il parle comme un cheval.
Sa dureté, sa cruauté n'étaient égalées que par son extrême avidité; il aimait le luxe, et disposant à son gré de la caisse d'état en Russie, il lui était facile de satisfaire ce goût. Mais sa cruauté, le mépris de Thumanité inné en lui, le portèrent à avoir recours, pour satisfaire son avidité, aux moyens les plus durs, les plus affreux. La nation russe fut littéralement pillée par lui. Son homme de confiance, Tisraélite Lippmann, qu'il avait fait nommer banquier de la cour^ vendait ouvertement, au profit de Bieren, les places et les grâces, et faisait également de l'usure de compte à demi avec lui. M"' Bieren, laide et repoussante, faisait des dépenses folles pour sa toilette; elle avait des diamans pour plus de deux millions de roubles (plus de douze millions de francs), des robes pour la valeur de quatre c^t mille roubles (deux millions et demi de francs), et après la nomination de son mari à la régence de l'empire, elle se commanda une robe de satin cramoisi, garnie de perles pour la valeur de cent mille roubles. En même temps, les gens de la maison étaient mal payés et horriblement mal nourris. Les domesi' tiques ne sont point des hommes, disait ce petit-fils de palefrenien
L'on ne saurait se faire une idée de la façon insolente et grossière dont Bieren traitait les sujets russes, ainsi que ses sujets à lui, les Gourlandais. Un jour^ ayant fait un voyage à Mittau, il trouva, entre Pétersbourg et Narva, la route mauvaise et les ponts délabrés. De retour à Pétersbourg, le sénat russe étant venu en corps lui présenter ses hommages, le drôle adressa aux 3énateurs un tas d'injures, ei finit par s'écrier : si tme autre fois je trouve ces ponis aussi délabrés, je vous ferai placer dessus, vous, les sénateurs, au lieu de planches. Les sénateurs saluèrent respectueusement, et gardèrent le silence. Les hommes des plus grandes familles, revêtus des emplois les plus élevés, comme les généraux en chef prince Bariatinski et prince Shahovskoy, le procureur-général de l'empire prince Nikita Troubetskoy, braient la main de Bieren. Le gouverneur-général de Moscou, en lui écrivant, finissait ainsi sa lettre :
"Enbaisaiît avec un profond wapeci les mains de Votre Altesse,
j'ai rhonnetir d'être, de Votre Altesse,
le fidèle esclave (nemtfi rab), ConseiUer Privé Prince Boris Ioussou]?pw ♦. "
* lottssoupow obtint, par Bieren, le don de plusieurs terres, entre autres d'Arhaii-
Att reste, les étrangers, quand ils avaient besoin de Pappni ^ là coar de Aussie, n^épargnaient point non plos les flagorneries. Lé seéond roi de Prusse, ce terrible despote, le père de Frédéric II, adressai à Bieren, le 24 msd 1733, une lettre autographe commençant sûnsi : ''Hochwûhlgebonier, bésonders lieber Herr,
Ober-Cammeriierr Gnf Ton Biron.
et se terminant ainsi :
'^ mit gans besonderer Estime and Considération sey
Des Herm Ober-Cammerherm Sehr wohi afiêctioniiter Freund,
fftlVDBICB-WlI.fitLX *."
Bieren ayait, je Pai dit déjà, deux frères. L*ainé, Charles, entra au service de Russie, sous le règne de Pierre I, comme simple soldat, devint officier, et fait prisonnier par les Suédois, prit du service en Suède, d^où il j^assa dans Farmée polonaise. Ensuite, gr&ce à la protection de la duchesse de Courlande, il fut réadmis au service russe avec le rang de lieutenant-colonel. Après Tavénement de la duchesse au trône de Russie, il avança rapidement. Au moment de l'avénelment de son frère à la régence, Charles Bieren était général en chef et commandait les troupes à Moscou. Il n^était point lâche, Comme son frèro Jean-Ernest, que d'ailleurs il n'aimait point, et sur le coïâpte duquel, dans ses fréquens momens d'ivresse, il tenait des propos qui auraient conduit tout autre en Sibérie. Cétaît un soldat d'une bravoure remarquable, mais un homme sans éducation, grossier, brutal, un vrai butor; avec cela porté à Tivrognerie, à la lubricité, et au milieu de ses excès de boissons et de mauvais lieux, il devenait querelleur, il S0 rendait insupportable. Il avait eu tant de rixes dans sa vie, il avait'êté si souvent rossé et roué de coups qu^il en était tout défiguré et repoussant à voir. Lors de l'arrestation de son frère à Pétersbourg, un courrier fut dépéché à Moscou pour le faire arrêter lui aussi, ce qui eut lieu au moment ot il allait donner un grand dtuer, les convives commençant déjà à se réunir. Il fut envoyé en Sibérie, d'où l'impératrice Elisabeth le fit revenir, et lui accorda la permission de se retirer dans une terre qu*il avait acquise en Courlande. Il y mourut bientôt, sans avoir jamais été marié.
Le plus jeune des trois frères Bieren, Gustave, ne ressemblait gûbte a ses deux aînés : il n'avait nullement la dureté, la cruauté de Jean- Ernest, et il n'était point un butor comme Charles; d'un caractère doux, obligeant, il aimait beaucoup les femmes. D'abord officier au
geUcoïé, près de Mosoon, confisquée an prince Dmilri G«HtS]nie* Son amère-petitfils, en se promenant sons les ombrages d'Arhangelskoïé, ne devrait pomt oablier de queUe fiiçon a été acquise une bonne partie de Tiininense fortune de sa fiunîUe!
* Oette lettre du roi de Prusse, ainsi que celles d'Auguste III, roi de !l^ologne et électeur de Saxe, et plusieurs autres, se^éjOtivent imprimées dans le premier volume
18 Mémoiros do la Société historique de Moscou pour 196^
seryice de Sai^ U vint en Russie après ravénemant d'Anne su trAne, el fal nommé major da nouveaui régiment des gardes, celui d'Jzmaî-' loTsluu On te maria avec la princesse Âlexandrine Menchikow, mais la conduite volage de Gustave Bierea et sa passion pour les femmes rendirent ce mariage malheureuse. U devint veuf en 1736, sans avoir eu d'enfans, et à la fin du règne d^Ânne, parvenu au rang de général en chef et de lieutenant-colonel des gardes Izmaïlovski, il allait se rema^ rter et épouser la baronne Jacobine Mengden. Arrêté lors de Tarrestalion de son frère, le 8 novembre 1740i, il fut envoyé en Sibérie, d'où rimpératrice Elisabeth le fit revenir. Il mourut bientôt après.
Les deux fils de Bieren, Pierre et Charles, furent tous deux des tiommes nuls» mal élevés et ivrognes. Après avoir partagé Texil de leur père pendant vingt années, ils le suivirent en Courlande lorsqne Catherine U le réinstalla, en 1763, dans la possession de ce duché*.
Le vieux Bieren, poar mieux assurer le règne de son fils, Tappela à gouverner le duché de son vivant, le 14 novembre 1769, sous le prétexte qu'arrivé à l'âge de 79 ans, il devait se recueillir dans les dernières aimées de sa vie^ avant d'aller rendre compte à Dieu des belles^ actions par lui commises en ce monde. Trois ans après, le 2S déc^nbre 1772, le vieux misérable mourut, et le prince Pierre prit le titre de dno de Gouriande, dont il exerçait les fcmctions def^iis trois années*
Après le troisième partage de la Pologne, la Courlande se trouva eiiélavée dans les limites de la Russie, et son existence autonome d&- ^renait. une impossibilité, surtout sous une dynastie de chenapans comme l'étaient les Bieren, hués et conspués par la noblesse courlandaise depuis qu'ils n'avaient plus le pouvoir d'envoyer leurs sujets en Sib^e. — A peine le troisième partage de la Pologne avait^l été signé, que Vm^ l>ératrice Catherine fit inviter le duc Pierre à lui faire le plaisir de venir passer à Pétersbourg le can^aval de 1795« Le duc arriva : pendant qu'il mangeait des bliny^ et, suivani son louable usage, se gorgeait de vin de Champagne, de Tokay, et même, dan» l'intimité de ses aides-de-camp, d'eau-de-vie, l'impératrice avait donné l'ordre au gou«. verneur de Riga, le comte Pahlen (depuis si célèbre pour avoir stq>^ primé l'empereur Paul t) de faire savoir aux Courlandais qu'ils aient
* Après l'exil de Bieren en Sibérie, le roi de Pologne, Auguste ttl, avait placé, sur le trône de Courlande, son fils le prince Charles de Saxe. Les Courlandais Inthéri^xis n'aimaient point ce prince catholique et se chamaillaient aveo lui. Pierre HI, q^i ayait fait, ];e venir Bieren de Sibérie, mais sons songer à le rétablir sur le trône de Courlande, voulut remplacer Charles de Saxe par le duc George de Holstein, oncle de Tempereur. Mais après la chute de Pierre ITT, Catherine II fit monter sur le trône de Courlande la &miUe Bieren, dépourvue d'i^Uipcep et pl«3 facile à reQvei!9er« comme la 9uite le prouva.
t XjQXOût êtqtptim^ tm empereur a'est point de .moi; il est d'un homme qui a occupé en. Bussie les jetions les plus élevées, le prince 7chemychew, ministre do la guerre, président du conseil de l'empire et du comité des ministres..
à solliciter Tanncxion à la Russie; sinon, l'annexion aurait liea sai» eux et malgré eux. Une distribution habilement organisée de pensions/ grades, cordons et croix, amena le résultat espéré : un matin qae le duc Pierre venait de se dégriser après son souper de la y^Ue^ il apprit Tarrivée d'une députation de ses fidèles sujets, venant demander à rimpératrice d'annexer la Courlande à la Russie. L'on expliqua au due que la colère ne pouvant mener à rien et pouvant même lui faire du tort, le plus sage parti à prendre était celui d'abdiquer et de renoncer à régner sur un pays qui ne voulait point de lui et l'eBvoyait promener. Il abdiqua lé 28 mars 1795, en déclarant se réserver, à lui et à ses descéndans, tous les droits honorifiques dûs aux souverains. Cette clause produisit, dans le public^ un accès de rire homérique et, comme de raison, tomba instantanément en désuétude.
Le duc Pierre avait épousé la princesse Charlotte-Louise de Waldéck,qu'il battait et dont il fut abandonné; il divorça et se remaria avec la princesse Eudoxie loussoiQpow, fille de celui qui se disait le fidèle esclave de son père. Ayant repris, avec celle-ci, ces mômes exercicQs de gym^ nastique conjugale, il en fnt^ également abandonné. Il divorça, et se remaria, en troisièmes noces, le 6 novembre 1779, âgédéjà de5ë ans, à une jeune personne de dix-huit ans, Anna-Charlbtte^Dorotbée de Medem^*, fifle d'un chambellan du roi de Pologne. Yo^eî commmii ce mariage eut lieu.
Le duc fusait \m petit doigt de cour à M"^ ^. Modem, et la famîlte de celle-ci, sachant que leur souverain avait hérité,, de -son pèrei^ l'absence du courage, compta là-dessus. Le due donnait un gra&d bal; ceci avait lieu m été. M""* de Medem mère, une Mai^euffei tn son n6m, invita toutes les dames Medem, Manteuffel et leurs • parentes, à venir assister à la toilette de W^ Dorothée : en présence de ce congrès
X'aimftble et respectable duchesse de Vicence, la veuve dtîcflèbre-Canlaiiiconrt; me racontait que dans son salon, en 1814, Tchemycheiv criait beaucoup contro f» 80ag versé par la république française ; la duchesse loi dit : mais, générai, vaut avez eu attssi du sang versé en Russie; vous avez eu vos révolutions de palais^ Le général répliqua : '* madame la duchesse, c*est tout autre chose; la nation russe rCaimje point à verser le sang; seulement, lorsqu'il se trouve qu*un souverain rend le pays malheureux, on le *' supprime" et voilà tout! Von ne saurait appeler cda une révolution f*
Ce même prince Tchernjchew, l'un des plus grands misérables et des p^us audacieux concussionnaires de son temps, appelé à être l'un des juges des décemtiiistes de 1825, se montra, à leur égard, d'une férocité révoltante.
' • La famîQe des Medem, originaire du pays de Brunswick, vint s'établir en Courlande au treizième siècle. Conrad de Medem fut grand-maître de l'ordre des chevaliers porte-glaives de 1269 à 1272; ce ftit lui qui fonda la ville de Mîttau. Jean-Frédéric de Medem, comte du saint-empire en novembre 1779, eut deux filles, madame de Becke et la duchesse de Courlande, et trois fils, dont les deux plus jeunes furent la souche des deux branches comtales de la maison de Medem. Le plus jeune fut marié à Pane des filles du célèbre comte Pahlen; leur fils dné, le comte Paul, fut chargé d'affairé9 de Russie à Paris et ministre à Vienne, et le troisième, le comte Alexandre, fut ministre de Russie en Perse et au Brésil.
de. famille féiQmittf fon revêtit la jeune personne, goos là robe de bàl, d'un eostmme en toile qai allait depuis la ceinture jusqu'aux: genoux; oe Qûstume iut eousa avec soin et sur les coutures les dames réunies appliquèrent des cachets avec leurs armoiries. Ensuite, Ton se rendit au baL W^* Dorothée^ suivant la leçon qu'on lui avait faite, redoubla de Qoquetterie avec le duc, et l'attira dans Fun des paviUons du jardin.. Le tout se borna à une< «impie conversation, ns^s à peinç y élaieni-ils depuis «fuelques minutes que les portes du pavillon s'ouvrirent, et un groupe nombreux d'bommès, le père de Dorolbée, toa& les Modem, les Manteuffel^ etc., firent invasion dans le pavillon, et esx apercevant le tête à tôte, ils se mirent à remercier le duc pour l'honneur qu'il voulait bien faire à leur parente de Tépouser. De retour à la maison, les dames Medem, Manteuffel et compagnie vinrent vérifier leurs cachets : tous furent trouvés intacts, ainsi que la couture du vêtement décrit plus hajat» Grande joie de famille! Le mariage fut déclaré sur-le-cbamp et célébré en automne. — L'on posa au duc deux, eondi-. tions ; d'abord de ne point jnaltraiter sa troisièn^e femme,. ainsi qu'il en avait agi à l'égard de s^ deux premières épouses, lui ann^çaol carrément que s'il maltraitait la ducliesse, il aurait, affaire à» tou3 les Medem, les Manteuffel et leurs parens. l^e duc se le tint pour dit et accepta. également la seconde clause:, celle d'acheter à Vienne, poui^le père Medem, u.x\ diplôme de comte du:saipt'empire, ce qui eut Heu sur-le-champ. De son côté, le duc posa une condition, débattue pendant. l^a^ieuiTs jours, mai3 ,que l'on se décida à accepter : c'était de nq point einpécher Son Altesse de boire autant qu'il lui plàiraijt de le.fair;e,..
Ce mariage avec M^-"" de Medem rendit la position de Pierre BiereUi en Courlande, un peu moins difiicile qu'elle ne l'avait été jusquerlà^ Les nobles courlandais se mirent à le traiter avec bien moins de dédain <}u'auparavant$ ces messieurs disaient sans se gêner: le duo est une camiÛe, mais la. d^ichesse est une des noires!
De ce mariage naquirent six enfans : un fils, Pierre^ mort en bas %ey de même. que Tune des filles, Charlotte; les quatre autres filles étaiept/:
l"" Catlierine, mariée au prince Louis de Rohan, avec lequel elle divorça; elle se rema,ria au prince Basile Troubetskoy, avec lequel elle divorça également^; elle épousa en troisième^ noces un corote.de Scbulenbourg. Lors du congrès de Vienne, elle arrivait aux bals suivie de son troisième mari; y rencontrait ses deux premiers époux et causait amicalement avec eux. C'était une femme hautaine, violente, ridiculement fière; avec cela dissolue au-delà de toute expression.
2^ Marie; elle épousa le prince régnant de Hohenzollern-Hechingen, Bt fut la mère du prince a<Huel, le dernier de cette branche, Taînée de la maison de HohenzoUem.
' * Le. prince Basile Troubetskoy se remaria ensuite à mademoiselle Weiss, fille d'une danseuse de corde (voyez page 59).
S" Jeanne, la seule qui vit «mcore, âgée de 83 ans; elle e^ la veuve d^oé grand ^igneur napolitain, François Pignatelli-Belmonte, duc d'Aeerenta»
4*" Dorothée, duchesse de Talleyrand, plus coonue sous l^ nom de duchesse de Dino, qu'elle porta longtemps. .
Le duc Pierre Bieren, comprenant rinstabililé de sa position 4e soutwaiu en Couriande, employa les capitaux laissés par son père eC se» propres économies, à Tadiat de terres en ^lemagne; il acqmt, enore atitres, en 1786, de la maison Lobkowilz, la magâ&qne seigneurie de Sagan en Sîlésie, Tune des seigneuries d'étal (stcmdeAerrsekaft) def cette province. Elle passa à sa fille aSiiée, la femme aux trois maris vivans, eC à la mort dé la princesse Gad^rine, décédée sans enlans, elle fut léguée par elle à sa soeur cadette, la duchesse de Talleyrand*.
Après son abdication forcée, le duc alla s'établir en Allemagne, où il mourut en 1800, à Tâge de 76 ans.
Le second fils du fameux Bieren, le prince Charies, ui^ivrogne comme son frère aine, avait reçu de son père la seigneurie de Wartenberg, en Sitésie, donnée au père par Tempereur Charles VL U épousa la princesse Apolline Poninska, fille d'un riche gentilhomme polonais de très-txxme maiton, lequel, devenu sujet autridiien après le premier partage de laPdogne, avait acheté à Tienne, en 1774, un diptéme de prince du saint-empire.
Le prince Charies Bieren mourut en 1801, à l'âge de 73 ans, laisi^anl m)is fils et trois filles : Apolline, Gatherme et Louise; les deux dernières ont été mariées toutes les deux, successivement, au comte Michel Wielhorski. Après l'abdication de leur onele, ces prmces et princesses de Courlande furent amenés à Pétersbourg, et, dans les pre^ Effilères années, traités en semi-souverains; ils avaient un chambellan attaché à leurs personnes. Ensuite, les jeunes gens furent placés comme officiers dans les gardes, et après la mort de leur oncte et de leur père. Ton cessa de se gêner avec eux : les princesses forem nommées demoiselles d'honneur de la cour impériale, et l'un des i»'inces reçut la clef de chambellan de l'empereur Al^andre I, ce qui le mit ^ fureur... L'un de ses collègues, un chambelten, ayant eu la malencontreuse idée de le complimenter sur la faveur impériale dont il venait d'être l'objet, reçut pour réponse, en présence de toute la cour, ces mots : Monsietir, il est permis d'être hête^ waw il n'est point permis d'être insolent!
Peu après, les Bieren quittèrent la Russie et allèrent se fixer en Prusse, où le puiné d'entre eux, Gustave-Calixte, a été le père du prince Bieren actuel.
* Sagan avait été érigé en duché par Tempereur Ferdinand in, en 1646, ponr Wenceslas-Joseph, prince régnant de Lobkowitz (le véritable nom de cette &mille est Zdenko t elle est d'origine tchèciue). Lors de la rente de Sagan anx Bieren, Pempe^ renr Joeeph II transporta le titre dacal de la famille Lobkowitz sur la seigaeuiie .& BiHidnitz en Bohême. £n 184j>» le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV érigea Sagan en duché pour la duchesse de TaUeyrand, dont. le petit-fils^ M. BozoQ de Périgoidi est aujourd'hui duc do Sagan.