CHAPITRE XIV
SOMMAIRE : Volynski devient ministre da eabinet. — Sa lutte nvec Ostermann ; «es imprudences. — Sa lettre à l'impératrice et ses propos sur lé compte de Bieren. -^ L'affaire de Trédiakovski. — Mise de Yolynski aux arrêts dans sa maison. — Son procès, -^ Sa translation à la forteresse. — Horribles tortures auxquelles lui et ses co-accusés se trouvent soumis. — Inanité des charges de raccusation de lèsemajesté et cruauté épouvantable des juges. — Pai-tialité de Timpératrice. — Composition du tribunaL — H prononce une sentence atroce. — L'impératrice hésite ; Bieren l'emporte. — Arrêt terrible. — Supplice de Yolynski, léropkine et Hroustchow. — Belles et magnifiques paroles tracées par Catherine II sur le dossier de l'affaire VolynskL — Destinée des enfans de Volynski j destinée de Mousssine-Pouchkine , d'Eichler, de La Suda et de Soïmonow.
Le congrès de Niemirow ayant échoué, nos plénipotentiaires revinrent à Pétersbourg, et Yolynski fat nommé ministre du cabinet^ au grand mécontentement d'Ostermann. Celui-ci ayant fait à Bieren quelques objections avec ee ton humble et cet air si profondément dévoué, dont le vice-chancelier avait Thahitude de ne jamais se départir dans ses relations avec les favoris de la cour, le duc de Couriande, lequel, à cette époque, croyait voir dans le nouveau ministre par lui nommé un liomme tout dévoué à sa personne, répondit à Ostermann : mon ^ber comte, Volynski m'est redevable de n'avoir point été pendu lorsqm la cour habitait encore Moscou; je sais tout ce qu'on peut dire à son sujet; je connais ses défauts, je connais ses vices; mais que votUez-vous y faire? Oà trouver, parmi ces Russes, un homme qui vaille mieux que lui et soit plus capable! T&us ces Russes ne sont bons à rien; il n'y a point de choix possible parmi eux; il faut les prendre tels qu'ils sont!
Telle était l'intime conviction de ce misérable Bieren, escroc et tyran à la fois^ et Ton peut comprendre maintenant la haine si légitime et si méritée, à lui vouée par toute la nation russe.
Plus Volynski s'élevait en rang et en crédit, plus sa position de cour devenait -glissante et dii&cile. De ses trois collègues au ministère du cabinet impérial, l'un, le maréchal Munich, se trouvait absent de Pélersbourg, faisant la guerre aux Turcs; un autre, le prince Alexis Tcherkaski, esprit médiocre, caractère timide jusqu'à la lâcheté, était un .homme complètement nul, et d'ailleurs redevable à cette nullité même.
ainsi qa*â 8on immense fortmie, de la haute position politique à laquelle on Tavait, pour ainsi dire, hissé. Mais le plus actif et le plus remuant parmi les ministres du cabinet, sous une apparence de tranquille candeur et malgré ses fréquentes attaques de goutte, le yice^ chancelier Ostermanu se trouvait tout naturellement devenu un en^ nemi de Yolynski. Depuis trois ans qu^ était mort Charles de Loewenwolde, avec Tabsence à peu près permanente de Munich, avec la nullité et la poltronnerie de Tcberkaski, enfin avec Tétat maladif et nerveux de lagoujinski pendant Tespace de temps si court où ce dernier fut appelé à siéger au cabinet, Ostermann était devenu à peu près la maître absolu des affaires; il s'agissait seulement, pour lui, de se main'> tenir en bons termes avec Bieren, et personne n'égalait le cauteleux vice-chancelier dans Fart de se ménager des relations utiles. Voici que maintenant surgissait un collègue, se posant dès le premier moment en concurrent, et voilant les visées de son ambition personnelle ainsi que son aversion pour Ostermann, du prétexte, si puissamment popu* laire à cette époque, de patriotisme national irrité contre les Allemands^ La lutte entre les nouveaux collègues ne tarda point à s'engager, mais elle était fort inégale. Yolynski, vif, pétulant, emporté, souvent fort in^ tempérant dans ses propos, et se laissant parfois aller jusqu'à oublier les règles de la prudence la plus vulgaire, se trouvait sans cesse joué sous jambe par le vice-chancelier, toujours calme, mesuré, prudent, pesant toutes ses paroles, ne se laissant jamais aller jusqu'à un moment de vivacité; Ostermann savait à merveille, dans la discussion, et sans jamais se départir soi-même de cet air de bonhomie candide à lui particulier, irriter Yolynski, le mettre hors de lui, l'amener à laisser échapper des paroles imprudentes ou à commettre des fautes politiques. Yolynski, désireux d'arriver à obtenir la plus haute influence dans l'état, tantôt faisait des avances aux Russes, se posait en ennemi des Allemands, tantôt se livrait à des actes de hauteur, de dureté, de cruauté dignes de Bieren lui-môme; enfin, il ménageait beaucoup la nièce de l'impératrice, la princesse Anne, dans l'espérance, sous son règne ou sa régence, de jouer le premier rôle dans l'état, et pendant ce temps Ostermann, fortement appuyé par Bieren, dominait, par l'intermédiaire de celui-ci, l'esprit de l'impératrice, dont la passion pour Bieren et l'aveuglement à l'égard de cet homme étaient incurables.
L'impératrice Anne témoignait, au reste, à Yolynski, une grande bienveillance ; non-seulement elle appréciait son talent pour exposer et présenter les affaires, le soin et Fhabileté qu'il apportait à Ini plaire et à prévenir ses désirs, mais encore elle se sentait attirée vers toi par une grande similitude de caractère. Tous les deux étaient des natures sauvages, abruptes, égoïstes, sans coeur ni entrailles, sans foi ni loi, méprisant l'humanité, voyant dans les hommes des Jnstrumens créés pour servir à la satisfaction de leur ambition et de leurs plaisirs. L'îœpé-
râtrice disait de son Doaveati miiùstre: imposgiMe d$ ttoiwêt im mdU fetir rapporteur d'affaireê (dokladtôhik).
Pour peindre Volynski , il faut dire un mot de son début dans son Douyeau poste. La première fois qu'il vint y siéger, le secrétaire du cabinet, làkovlew, lui présenta, suivant l'usage, à signer la formule du serment, dans laquelle, en ce temps, il était dit que la violation dft serment enttraîne la peine capitale» Volynski s'écria : « comment? L'im- » pératrice m'accorde gracieusement le rang de ministre, et toi, tu * m'accordes le droit au billot et à la hacbe? • Il se mit à persécuter Iakoview, et n'eut ni paix, ni trêve qu'il ne l'eût fait destituer et exiler à Vyborg!
Parmi les prétendans à la place obtenue par Volynski , se trouvât Pamiral comte Nicolas Golovine, plus ancien de rang que le nouveaa ministre. Il tint des propos blessans sur celui-ci, lequel, l'ayant appris, informa l'impératrice des concussions de Golovine dans Tadministration du collège de l'amirauté par lui présidé. L'impératrice chargea Volyn^ de faire une enquête à huis-clos; il fut avéré que l'amiral avait pris 25,000 roubles dans la caisse de l'amirauté, et s'était fait donner, par un étranger, tm pot-de-vin de 7,000 roubles, sans parler d'autres prévarications {rfus difficiles à prouver; mais Golovine, connaissait le terrain sur lequel l'on marchait à Pétersbourg, fît un large cadeau à Bieren, et conserva sa place; Taffaire tomba à l'eau, seulement l'amiral devint, comme on peut bien le penser, un ennemi juré du nouveaa «dinistre.
La lutte entre Ostermann et Volynski allait en s'aggravant; celui-ci disait à ses amis : t je ne sais que faire, en vérité! J'ai deux collè- > gués, dont l'un ne fait que se taire (Tcherkaski) et l'autre ne parle » que pour tromper! » (Ostermann). Pendant ce temps, chargé par l'impératrice de lui présenter un travail sur les réformes nécessaires à opérer, il s'occupait de la rédaction d'un volumineux mémoire à ce sujet; il réunissait souvent ses amis, leur faisait lecture de fragments de son travail, l'on causait, l'on discutait, l'on parlait des hommes et des choses du jour. Dans le travail qu'il rédigeait, Volynski s'élevait avec force contre les abus et les concussions, lui, ayant passé sa vie entière à concussionner, à abuser de son pouvoir de la façon la plus criante, la plus dure, parfois la plus barbare!!!.... Pour ne point être dérangés par des importuns. Ton se réunissait vers les huit heures du soir, l'on se mettait à table, et après le souper on lisait et l'on discutait jusqu'à onze heures environ. Ces réunions amicales et fort anodines furent représentées comme des conciliabules nocturnes de conspirateurs acharnés. Volynski s'y laissait aller souvent à des propos d'ipe franchise exagérée; un jour qu'il fut question des Commentaires de Juste Lipse sur Tacite et du portrait de Messaline , il dit ; ce n'est point aujourd'hui le moment de parler de ce livre^ et une autre fois, en causant des
circonstances propices qui semUatent le pousser, lui, au faite do pouvoir, il s'écria, eu accompagnamt ces paroles de gestes : lorsque le bonr heur vous arrive y il faut se hâter de l'aspirer par la bouche et de le saisir des deux mains. Parlant un jour de la différence de position entre la noblesse russe et la noblesse pcrfonaise, il disait, en laissant échapper un profond soupir : « les magnats polonais sont heureux, ils sont indé»- 9 pendans, ils sont puissans; le roi lui-même n'oserait rien faire à ub » schli€KhtiÇf et nous autres Russes , nous sommes obligés de tout » craindre et de tout redouter sans cesse! >
En somme, il fallut une grande fourberie inquisitoriale pour transr former, en conspiration et en crime d'état, ces conversations intimes, amicales, frondeuses il est vrai, mais ne dépassant nullement les limites d'une anodine opposition de salon. Un acte plus coupable, si toutefois il est réellement prouvé, fut Tenvoi, au nouveau secrétaire du cabinet, Ëichler, d'une lettre anonyme contenant de violentes accusations contre Ostermann. L'on fit publier la promesse d'une récompense honnête à celui qui se déclarerait l'auteur de cette lettre; comme de raison, personne ne se présenta; plus tard, lors du procès. Ton affirma que les auteurs de la lettre étaient Ëichler lui-même et Volynski; mais les accusations élevées, dans ce procès, contre tous les accusés, sont si exagérées et si fallacieuses que Ton ne saurait les accepter à moins de preuves évidentes et irrécusables*.
* Sons le règne de Catherine I, l'on ramassa, près de la cathédrale disaac, une lettre anon3rme fort blessante pour l'impératrice. Un oukaze du 21 avril 1726 contenait les clauses snÎTantes :
1) A celai qui découvrirait l'auteur de la lettre, deux mille roubles et on rang i
2) Cet oukaze devait être lu dans toutes les églises ;
.3) 77 était sévèrement défendu de parler, dans les réunions privées, et même enfa» miOe (I ! !) du contenu de cette lettre;
4) Si, dans les six semaines, les coupables n'étaient p<nnt découverts, ils seraient publiquement anathématisés dans les é^ses (!!!).
Bien plus tard encore, sous le règne de Paul, Pon s'y prenait d'une façon bien autre. Lorsque ce prince donna l'ordre d'achever en briques la construction de la nouvelle cathédrale d*Isaac, commencée en marbre par Catherine II (et détruite sous Alexandre I), Ton attacha à la porte de la cathédrale ce distique :
4By» qapcTSi son naMaTBBCi npiua^iBuft Hb31 MpaMopRull — a lepxi rhpdb<iuuI!
(c'est-àrdire : voici le digne modèle de deux règnes : l'un de marbre, l'autre en briques).
Paul, furieux de ce que l'on ne trouvait point le coupable, dit au procureur-général prince Lapouhine et au Êtvori Koutaïssow : je n'ai donc plus de sujets fidèles ! Lapouhine et Eoutaïssow, eârayés, payèrent un pauvre diable pour qu'il s'avouât l'auteur du distique, lui promettant qu'il ne lui en arriverait rien. Le malheureux crut à leur promesse ; il fut envoyé en Sibérie, et ces deux monstres, Lapouhine et Koutaîssow, pour éviter toute indiscrétion, lui firent couper la langue et les deux oreilles, de &çon que l'infortuné ne pouvait ni parler lui-même, ni entendre parler les antres. JJi communiquait avec les hommes par l'intermédiaire d'une ardoise constamment suspendue à son cou : sur cette ardoise l'on écrivait ce que l'on avait à lui dh*e, et le malheureux y traçait sa réponse I
Dans Tété de 1739, trois fonctionnaires des écuries impériales, \eê deux Kisefakeli, père et fils, et un nommé Ludewig, mis à la retraite par Volynski et instigués par le prince Kourakine, présentèrent à Tim^ pératrice une plainte contre le grand-veneur, Faccttsant en même temps de prévarications dans l'administration des haras. . L'impératrice fit de-^ mander des explications à son grand-veneur, lequel lui adressa une lettre où, après avoir longuement parlé de ses services, de son dé-, vouement, de sa pauvreté (!!!), de la haine à lui vouée par beaucoup de monde, il disait que des flatteurs dénués de toute conscience, des hommes portés au mal et complètement inutiles, vivaient mieux et plus à leur aise que lui, l'esclave si fidèle et si dévoué de S. M. I. A cette lettre il ajouta, dans un long post-seripium, des réflexions sur la perfidie des hoounes de cour, sur les calomniateurs, qui ne se décidaient point à accuser ouvertement, mais procédaient par insinuations, par demi-mots, à paroles voilées, en se grimant le visage pour avoir Tair inquiets et effrayés, cherchant à indisposer les souverains contre leurs fidèles sujets; il disait que les individus habitués à procéder par ces voies diaboliques étaient de véritables fripons.
Avant d'envoyer à Timpératrice cette lettre qui décida de ^on sort, Volynski en donna connaissance à plusieurs personnes, entre autres à, son collègue Tcherkaski, lequel lui dit à ce sujet : c'est écrit d'une façon tranchée; si Ostermann l'apprend, il s'y reconnaîtra sur-le-champ, Volynski fit traduire cette lettre en allemand par Facadémicien Adadourow^y et présenta cette traduction à Bieren, auquel, comme de raison, elle ne pouvait qu'inspirer un sentiment d'irritation. Cette lettre fut également communiquée par Fauteur à Schoenberg, à Lestocq ; touSi après Favoir lue, s'écriaient : • c'est le portrait d' Ostermann. •
Plusieurs mois s'écoulèrent encore sans entamer en rien, en apparence, la haute position de* cour du grand- veneur. 11 prit une part active à la catastrophe des Dolgoroukow, ne se doutant nullement que huit mois après il monterait, lui aussi, sur Féchafaud. Pendant ce temps, Ostermann, Kourakine, Golovine, tâchaient de monter Bieren contre lui; à eux se joignit le puissant chef de la police secrète, Ouchakow, blessé par les airs hautains du grand-veneur. Ostermann, lequel avait considérablement contribué à faire échouer le mariage de Pierre Bieren avec la nièce de l'impératrice, et à marier celle-ci avec le "prince de Brunswick, représentait au duc de Gourlande que le véritable auteur de ce dernier mariage était Volynski, lequel s'insinuait dans la confiance de la princesse .Anne, et lui faisait passer, par le canal de Barbe Dmitriew, l'une des femmes de chambre de la princesse, des avis, et
* Sicile EYdokimoviteh Ad^ourow, le mêijie qui fut chargé, après l'arrivée de. Catherine II en Bussie, de lui enseigner le russe. Sous le règne de cette princesse il deyint sénateur, conseiller privé actuel e<i isun^tetur de Funiversité de Moscou, oà i) mourut en 1780^ à Tâge de 71 ans.
è»s coBseib hosliks au dao de Gourlande et à sa (amille. L*on apprh aassi que Volynski avait écrit aa prince 6rég(Mre Ooroassow : < que • les temps étaient plus mauTais que jamais; que la vie de cour offrait »dix fois plus de dangers qu'auparavant; que Bieren était devenu en* V Gore plus emporté de caractère; qu'il était impossible de parvenir à » se rendre agréable à cet homme, devenu soupçonneux à Tégaurd de > touS) et instigué par Ostermann *. »
Lors de la guerre avec les Turcs, les trompes russes avaient souvent traversé le territoire polonais et ils y avaient commis des dégâts. La Pologne exigeait une indemnité pour les personnes ayant souffert du. passage des troupes; le cabinet russe admettait l'indemnité en prin» cipe, mais trouvait exagéré, et avec raison, le chiffre de la somme réclamée. Bieren, vassal de la Pologne en sa qualité de duc de Gourlande, tenant beaucoup à ménager le roi Auguste III en présence de la santé déclinante de l'impératrice et des éventualités de l'avenir, soutenait, sous main, les exigences polonaises et le chiffre de la somme réclamée. Volynski, dans une séance du cabinet, se prononça avec énergie c<mtre le chiffre de la somme; Ostermann ayant, suivant son habitude, prononcé, de son air doux et patelin, de sa voix confite, quelques paroles de nature à jeter l'huile sur le feu, le pétulant grand-venenr se laissa emporter, et dans une vive sortie, s'écria : je ne suis points mot, n» tassai de la Pologne f
Ces paroles funestes produisirent Teffet de la goutte d'eau faisant déborder le vase. Ne pouvant s'en servir pour un prétexte de déclaration d'hostilités, Bieren s'appuya sur un fait de violence exercé par le grand-veneur sur la personne d'un académicien, violence hideuse à nos yeux à nous, hommes du dix-neuvième siècle, mais si ordinsûre et si habituelle au temps dont nous parlons, que l'on n'y avait fiait nulle attention durant six semaines consécutives.
Lors du mariage du malheureux bouffon Galitsyne, en février 1740, Volynski, lequel, pour complaire à l'impératrice, s'était chargé de tous les arrangemens relatifs à cette fête hideuse, voulut faire composer, pour la circonstance, une pièce de vers. Il envoya chercher, dans ce but, l'académicien Trédiakovski, professeur de poésie et d'éloquence, le moins éloquent des écrivains et le plus mauvais faiseur de vers, pouvant rivaliser, sous ce rapport, avec le comte Hvostow lui-même.
Né à Âstrahan en 1703, Basile Kirilovitch Trédiakovski, rempli de
* Le prince Grégoire Ooroassow, nommé sénateur à l'ayénement d^Aime tu trftne, tt promn Heatenaat-gtfnéral en 1734, arait été, je ne sais pour quelle cause, en mai 1787, exclu du sénat et dégradé au rang de colonel. Les lettres à lui adressées étaient soigneusement perlnstrées à la poste. Le jour de la célébration de la paix arec les Turcs, en février 1740, Volynski, encore ministre à cette ^oque, obtint la réintégration dH>aioassow dans le grade de lieat6iuail^géBând| mais il ne fiit réadmis an sâiai qnt sons le règne d'Elisabeth.
yanitô et d'amoar-propre, racontait plaisamment fa visite de Pierre I à récde où il avait commencée ses études, t Le czar^ disait-il, était un » grand homme, il loi suffisait de jeteir les yeux sur quelqu'un pour • en reconnaître et apprécier la yaleur, et pourtant, à mon égard, il » s'est complètement trompé! Il s'approcha de moi, releva mes cheveux » de sa mûu, me fixa attentivement. dans le blanc des yeux, et dit : il 9 travaillera toute sa vie durant et ne réussira en rienl » Trédiakovski voyagea en Europe aux frais du prince Boris Ronrakine, étudia à Tu- Diversité de Paris et revint en Russie aussi sot qu'il en était parti. Il composa une masse de vers, les uns plus pitoyables que tes autres | il écrivit sur les antiquités russes; il traduisit deux fais l'Histoire ancienne et romaine de RoUin, en 26 volumes (le manuscrit de sa traduction ayant brûlé, il eut la patience de recommencer, de retraduire de nouveau cet ouvrage); enfin, il traduisit môme des ouvrages militaires, et mourut en 1769> laissant la réputation du plus laborieux et du plus incapable d'entre les écrivains russes.
Trédiakovski était le commensal journalier et le plastron habituel du grand-écuyer Kourakine et du comte Nicolas Golovine, et, à ce titre, Volynski ne l'aimait guère.
Lundi 4 février, Volynski fit dire à Trédiakovski de se rendre im* médiatement à la commission organisée pour préparer la fête, laquelle siégeait dans la maison de l'éléphant, ainsi appelée parce qu'elle avait été bâtie, en 1736, sur la Fontanka (à peu près sur l'emplacement ac* tuel de l'hôtel Panine), pour y loger l'éiéphânt envoyé à l'impératrice par le shah de Perse. L'un des élèves du corps des cadets, Krenitsyne, chargé d'aller quérir Trédiakovski, se brouilla avec lui chemin faisant, et une fois de retour, porta plainte à Volynski contre le professeur. Alors le grand-veneur ordonna à Krenitsyne de souffleter le professeur en présence de plusieurs personnes, et une fois ceci accompli, Trédia* kovski reçut le canevas de la pièce de vers à composer, avec l'ordre de la rimer pour le jour de la noce, fixé au surlendemain mercredi 6 février.
Le professeur souffleté se rendit, le lendemain matin, chez fiieren, comme il l'écrit dans sa requête, pour c se jeter aux pieds de son al- » tesse sérénissime et porter plainte contre son excellence. > Mais le sort lui refusa la faveur de c se jeter aux pieds de son altesse sérénisit sime. • Au moment où il se trouvait dans l'un des salons d'attente , arriva Volynski; apercevant le professeur, il s'approcha de lui et demanda: i que fais-tu ici? » Trédiakovski, effrayé, se trouva interdit au point de ne pouvoir prononcer une seule parole ; le grand-veneur, après l'avoir souffleté, le prit par le collet, le mena, ou plutôt le jeta dans l'antichambre, et donna l'ordre de le faire conduire à la maison de l'éléphant pour y être détenu aux arrêts. Peu de temps après, Volynski arriva lui-même à cette maison, fit amener Trédiakovski en sa
présence, lai fit ôter son épée, lui fit arracher ses habits, le fit étendre par terre et lui fit appliquer sur le dos soiiante-dix coups de bâton. Après ravoir fait relever, il lui demanda pourquoi il s'était présenté chez le duc de Courlande. Le malheureux pouvait à peine balbutier; on le recoucha par terre, on lui asséna encore sur le dos trente coups de bâton, et il fut enfermé sous clef pour apprendre par coeur les vers drolatiques à réciter le lendemain. Il passa ainsi, sous clef, la nuit et la matinée du mercredi 6 février. Dans Taprès-midi, costumé, la figure recouverte d'un masque, Finfortuné, conduit par deux soldats au manège, où avait lieu le repas de noce, fut contraint d'y réciter ses vers drolatiques, bien peu compatibles avec la triste position où ri se trouvait. Une fois les vers récités, on le ramena à sa prison, où il passa la nuit. Le lendemain, jeudi, à dix heures du matin, Yolynski te fait venir et lui annonce qu'avant de le mettre en liberté, il va encore le faire bâtonner. L'infortuné éclate en sanglots, se précipite aux pieds de son bourreau et demande grâce. Mais l'autre, sans se laisser toucher, le fait étendre par terre, lui fait encore asséner dix coups de bâton, l'oblige ensuite de se prosterner devant lui, et finalement le laisse aller. Trédiakovski porta plainte à l'académie, dont il était le secrétaire; le médecin Duvernois, délégué par l'académie, constata que le dos du malheureux se trouvait roué de coups, au point de voir la peau tomber en lambeaux, et l'oeil gauche, poché, était tout bleu. L'affaire, pour le moment, en resta là : elle rentrait si bien dans les moeurs du temps; Yolynski riait et disait, en parlant des académiciens, ainsi que des protecteurs de Trédiakovski , le prince Kourakine et le comte Golovine ; ils n'ont qu'à se fâcher contre moi, mais je me suis donné la jouissance d'agir comme il m'a plu de le faire *.
Il se trompait fort, et ne prévoyait nullement l'orage suspendu sur sa tète; il le prévoyait si peu que, devenu^ veuf depuis plusieurs années, âgé de cinquante et un ans, il faisait une proposition de mariage à une jeune personne de vingt et quelques années, la comtesse Marie Ivanovna Golovkine, petite-fille, par son père, du chancelier de ce nom, et par sa mère, du célèbre prince Mathieu Gagarine. Elle était la nièce du comte Michel Golovkine, fort bien vu en cour, ainsi que sa femme; Yolynski comptait beaucoup sur cette alliance; il n'avait point été refusé, mais ajourné; on lui avait demandé du temps pour réfléchir f.
* HycTb Ha Meflfl cep4flTCfl, a n narliniBicii, h ctoe «jui.
t La comtesse Marie GoloTkine épousa plus tard un grand seigneur de plosienn années plus jeune qu'elle, le prince Pierre Ivanoviteh JElépnine, cousin-germain du maréchal prince Nicolas Répnine. Le prince Pierre, de même que" son cousin, fat l*un des principaux francs-maçons russes de son temps, et jouit de la considé^ration de Catherine II, à la cour de laquelle il fat grand-écuyer. Derenrt veuf en 1770, sans avoir d'enfans, il prît une mMtresse dont il eut un fils, Ivan Pétrovitch Pnine (né en 177S, mort en IS06), assez connu dans la littérature russe, et un homme d^splosestimahles.
, Néanmoins, tes parei» et les aniis da gTand-veneur. Id faisaient p^^ fois parveiiir des avis utiles. Le vieux comte Simon S^ltykow, marié à une Volynski^ Tune de ses parentes éloignées*, lui écrivait : t it me » revient de tous les côtés que personne ne proeûnce votre noin aveo
• éloge; on raconte que, dès qu'il voua arrive de vous mettfe en colère, 9 vous faites rosSer les gens et vous les rossez de vos propres mains. » Qu'y a-i-il de bon ea cela? Vous finirez par exaspérer toat le mouds » eoAtre tous. >
Après la séance du cabinet où le grand-veneor s^était écrié quMï n'^était point, lui, un vassal de la Pologne, le jour même Bieren déclara à Fimpératrice qu'elle eût à choisir efttre lui et Volynski, et à faire jug^ et condamner Fun des deux, ajoutant : ou lui; ou moL L'un d& noué deux doit périr! Le lendemain il présenta à Timpératrice une requête, dans laquelle, après avoir parlé de ses services (!!) et de son dévouement, après avoir exprimé à cpiel point il était affecté de voir attaquer, par le grand-veneur, les personnes de cet entourage impérial dcmt lui, le duc de Gourlande, faisait partie, il ajoutait, avec une effronterie sans pareille : c depuis que je me trouve en Russie, ]p n'ai » témoigné de mécontentement à qui que ce fût, je n'ai porté de plainte » contre personne; mais, au contraire, je puis me vanter surtout de
• me veir devenu Tobjet de Famitié et de FalEèdtion générales (M), de » même que je porte au fond de ma conscience la conviction de nV > voir: jamais donné, à personne, la moindre cause légitinie pour, se » poser en hostilité à mon égard. » I^us loin, recourant à la flatterie }a plus grossière et la plus vulgaire , capable d'agir seulement sur une femme à demi*sauvage, comme Fêtait 1 impératrice Anne, Bieren dit» en parlant des conseils donnés par le grand-veneur dans ^ lettre : < da » pareils conseils auraient été de mise à Fégard de souverains en has- » âge ou à Fintelligence peu développée, et non vis-à-vis d*une aussi » grande impératrice, pleine d'esprit et de sagesse, dont Funivers en-* » tier admire et exalte les grandes qualités et les vertus, sans parler » déjà de l'audace d'un sujet, osant se permettre de vouloir ternir et
• mettre en suspicion les personnages, que sa souveraine autocratioe a » daigné elle-même choisir et honorer de sa confiance. » Ensuite il se plaint des actes de brutalité, commis par Yolynski sur la personne de Trédiakovski dans ses appartemens à lui, due régnant de Gourlande, de Faffront ainsi causé à sa dignité de souverain, et rappelé à Fimpératrice que l'honneur de la couronne de Gourlande doit être d'autant plus respecté, que la couronne de ce duché a reposé jadis sur la tête
*■ Jacques Bémënovitch Volynski, le père de la première comtesse Saltykow, était un cousin issu de germain au père du grand- veneui*, et le propre frère dé BasOe Volynski, lequel, dans les derniers mois du règne de Fédor ÏII, fat chef des affaires étrangères et grand-garde-des-sceaux ( Haia4bBiiR'& nûcoibCEaro uposasa h uapoTneafloM doibmoll neiaiB oôeperatejB).
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de Pépoax de S. M. L II termine en disant qne le grand-Teneur cheréhe à mettre en suspicion les antres, et par conséquent ne doit point en Yonloir, si Ton procède à une enquête dans les diyerses branches de Tadministration par lui dirigées.
En même temps, Ostermann, auquel Fimpératrice avait fait transmettre la lettre de Volynski et intimer Tordre de présenter ses observations , adressa à la souveraine une lettre où il disait ne point pouvoir comprendre la cause de la haine, à lui vouée par le grand-veneur; qnes*tl avait Souvent différé d^opinion avec lui, c'était par la raison que tout homme pouvait errer dans ses appréciations et ses jugemens; lui, le vice«châncelier, n'avait au coeur ni haine pour personne, ni tendance aux prévarications; mais une fois que le grand-veneur avait connaissance d'individus se conduisant d'une façon aussi hideuse, il était temi de les désigner, non par des allusions, mais par leurs propres noms, et de citer les preuves à l'appui de ses assertions.
Cependant l'impératrice hésitait encore. Dans la matinée du vendredisaint, 4 avril 1740, Bieren se jeta à ses pieds pour obtenir l'ordre de faire procéder à une enquête. Anne fondit en larmes; le duc de Courlande, ne recevant point de réponse affirmative, se releva, se redressa de sa hauteur et annonça vouloir quitter la Russie immédiatement......
Anne n'y tint point Le même jour, le général Ouchakow vînt
signifier au grand-veneur la défense de se présenter à la cour.
Volynski, si hautain et si outrecuidant dans ses jours de prospérité, fut saisi d'une terreur inexprimable. Il courut chez Bieren, et ne fat point reçu; de là il courat chez Munich, dont il connaissait l'inimitié pour Ostermann; mais il trouva également la porte fermée pour lui. La semaine de Pâques, la plus solennelle des fêtes en Russie, fut, cette année-là, pour le grand- veneur et sa famille, une semaine de morne tristesse, de cruelle attente, d'angoisses mortelles. Le petit nombre d'amis qui osaient se présenter pour visiter et consoler le ministre disgracié étaient eux-mêmes frappés de terreur et en proie aux angoisses ; à l'un d'eux, de La Suda, le grand -veneur disait : je vois que Dieu veut me punir de mes anciens péchés;- cette affaire n'en est que le préteiie.
Les ennemis du grand-veneur, et ils étaient nombreux, s'agitaient et travaillaient avec ardeur à sa perte. Le grand-écuyer Kouraidne, en petit cercle, chez l'impératrice, après avoir porté Anne aux nues et 1 avoir déclarée la digne héritière de Pierre I, ajouta : « sur un seul
> point Y. H. I. est restée en arrière de son immortel oncle. > — c Sur
> quel point? » demanda Anne, prenant ces plates flagorneries pour de l'argent comptant. Kourakine répondit : t l'empereur Pierre-le-6rand a
> trouvé Volynski marchant dans une si vilaine voie, qu'il lui avait • passé la corde au cou; mais il n'a point eu le temps de le faire
> pendre. Depuis, cet homme est devenu encore pire, et si V. M. L ne » donnez point l'ordre de lui serrer cette corde et de le faire hisser