‹ Mémoires du prince Pierre DolgoroukowChapitre 21 sur 37 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

SOMMAIRE ! Kondcan, ministre d'Angleterre, et sà femme. — Madame îouchkow, première femme de chambre de l'impératrice. — Finch, lé successeur de Rônd^im.

— Le marquis de Botta, ministre d'Autriche. — De Snhm, ministre de Saxe« •-!- Le comte CharloA-Maurice do Lynar. — Un condottieri du moyen-âge. --- Le comte Roch de Lynar, frère de Charles-Maurice. — Le marquis de La ChétardiOb

• — I«a grande -duchesse Elisabeth, son caractère, ses moeurs, son genre de rie.. — Le comte Lestocq. — Origine des Razoumovski, des Daragane, des Zakrevski pe^ tib»-russiens. — Noble conduite des deux frères, maréchaux comtes Kazouttiovskl.

— Les Tarakanow. — Origine des comtes et princes Orlow. — Grande existence du comte Cyrille Bazonmorski — Ses descendans. — Origine des Péroyski, -^ Origine des comtes Vorontsow et leurs ridicules prétentions généalogiques. — Origine des comtes Schouvalow. — Les Doubianskl. — Origine des comtes Sicvers,

— Lîaline. — Vojtchinski. — Tourtchaninow, fils naturel de Timpératrice Elisabeth.

— Une dame à laquelle on attribuait la même origine.

Avant de parler de la mort de rimpcratrice Anne et des denx régences, celle de £ieren et celle de la princesse de Brunswick, je vais dire quelques mots de plusieurs diplomates étrangers, ayant exercé une influence plus ou moins considérable à la cour de Russie en ce temps-là : les ministres d'Angleterre Rondeau et Finch , le ministre d'Autriche marquis de Botta., les ministres de Saxe Suhm et comte de Lynar, et le ministre de France marquis de La Chétardie, ainsi que des principaux personnages de la petite c^ur de la grande-duchesse Elisabeth : Lestocq, Razoumovski, les Vorontsow, les Schouvalow, etc.

Rondeau, fils d'un protestant français émigré en Angleterre, et devenu baronnet anglais, ét^it un aventurier ; il se trouvait redevable de sa carrière spécialement à sa femme, Tune des plus fieffées intrigantes de son temps. Lady Rondeau profitait de la position diplomatique de son époux pour exercer la contrebande sur une large échelle; afin do s'y livrer avec plus de facilité, elle y avait associé Bieren et le banquier Lippraann. Pour se faufiler plus aisément dans l'intimité de l'impératrice, elle allait prendre le café et souper chez la première femme de chambre de celle-ci, Anna Fédorovna loucbkow. Cette dernière, dont j'ignore le nom do naissance, avait commencé, dans squ enfance, par être, au

paliiifl, 11B6 petite fille de service, courant pieds bus et ne mettant des souliers que les dimanches et jours de fêtes *; elle avait capté Faf^ fection d'Anne, laquelle l'avait (urise pour première femme de chambre (ka'mmer'fran)y et Tavait mariée au lieutenant-cdonel louchkow, parent de ce Basile Aléxéiévitrh louchkow, premier chambellan (spalnik) da ezar Ivan Y, et le véritable père de Fimpératrice Anne et de ses soeurs (voyez page 34), placé à ce poste par la cz^urin^ Sophie, dans Fespérance, déçue par le sort, qu'il en naîtrait un fils pouvant enlever à Pierre I ses droits à la couronne. La dame louchkow jouissait de la pleine confiance de l'impératrice et de la bienveillance de Bieren, sans laquelle elle n'aurait point conservé sa place; elle avait un caractère gai, amusant, et se livrait à ces boufl'onneries de gros sel, ces farces de mauvais goût si appréciées par cette sauvage impératrice. En même temps elle savait admirablement couper et tailler les ongles des pieds| elle les coupait et taillait non-seulement à rimpératri(;e , mais aussi à Bieren^ à sa femme, à ses enfans. M. Karabanow se souvenait avoir «itendu raconter au maréchal comte Zahar Tchemychew que, lorsqu'on voulait faire l'éloge d'un pédicure, l'on disait : Anna Fédorovna eUemême n'aurait su mieux faire.

C'était chez cette dame louchkow que lady Rondeau allait prendre le «afé et souper^ lui apportant de superbes cadeaux, fruits de la contrebande. Rondeau mourut dans la dernière année du règne d'Anne, et il eut pour successeur un homme qui ne lui ressemblait guère, Finch, un personnage fort estimable.

William Finch, second fils du deuxième comte de Nottinghamf, était un homme d'esprit et de bonne compagnie. Diplomate fin et rusé, assez insinuant, il sut pourtant conserver toujours la dignité du genâemam n avait pendant assez longtemps représenté la Grande-Bretagne à la cour de Suède, et par ses étroites relations avec le parti des bonnets^ il avait suivi une politique identique à celle des ministres de Russie à Stockholm. Il y avait dans ce pays deux partis opposés : l'un, prudent et sage, bien convaincu qu'en politique il faut toujours porter ses regards sur l'avenir et imposer silence aux regrets d'un passé irrévacahlement évanoui, voulait l'alliance russe, pour utiliser cette alliance aux dépens du Danemarck et des puissances du Nord de l'Allemagne; Tautre parti, vif et plein de pétulance, ne pouvant oublier les traditions de Charles XII, si funestes à la Suède, incapable de se résigner à la déchéance politique de leur pays depuis la paix de Nystadt, demandait

* A'^BOHBa Da no6'lryinRaxi bi xbBmeA,

f L'aïeul de William Finch, le premier comte de Nottingham, chancelier d'Angleterre sous le règne de Charles II, était le petit-fils d'Elisabeth Heneage, -yenTe de sir Moyle Finch, créée par Charles I comtesse de Winchelsea. Aiyourd'hui, les deux pairies comtales de Winchelsea et de Nottmgham se trouvent réunies dans la perscmne d'un arrière-petit-neyen de William 7inoh.

& grands cris la guerre contre la Russie. Un jour, la comtesse de La Gardie, causant avec deux hommes appartenant diacun à Ttin de ces partis opposés, dit au champion de TaHiance russe : vous et vos ami$i VOUÉ êtes de verticales bonnets de nuit! Le champion de la guerre^ contre la Russie s'écria : et nousy nous sommes des chapeaux! Les noms restèrent; le parti de rallîance russo-anglaise fut surnommé le parti des bonnets^ et celui de Talliance française le parti des chapeaux.

Cette intimité avec la légation russe à Stockholm ralut à Finch un excellent accueil à Pétershonrg. Sous la r^ence de la princesse de Brunswick, il fut Tun des amis politiques les plus dévoués de cette princesse et de son époux; mais aussi, à Tavénement d'Elisabeth au trône, sa position devint embarrassée et fausse. Mai vu par la noUvelld cour à cause de son intimité avec les hommes du régime tombé, \\ demanda bientôt son rappel et Tobtint De retour en Angleterre, il fui membre du parlement et vice-grand-chambellan du roi George IL

Antonietto, marquis de Botta d'Adorno, ministre de la cour de Viennoi hé à Pavie en 1688, entra de bonne heure au service militaire aùtrî-» chien et se signala sous le commandement du célèbre prince Eugène, lequel faisait Féloge de ses talens militaires. A Pétersbourg sa posî* tion était difficile. Tant que Bieren courait à la recherche du trône de Courlande, il ménageait beaucoup le cabinet autrichien; mais une fois arrivé à son but, non-seulement il cessa d'avoir besoin de cet appui, mais encore le projet formé par lui de marier son fils aîné avec la nièce de l'impératrice, son projet chéri, l'objet de tous ses rêves, le plaçait «B hostilité flagrante avec la cour de Vienne» laquelle recherehait et obtint la main de cette princesse pour le prince de Brunswick, neveu de l'imp^atrice d^Aliems^e et cousin-germain de Mario*Thérèso. Il ne fallut point, an général marquis de Botta, une médiocre dose d'esprit, de tact et de finesse, pour conduire sa barque au mip lieu de ces écueils jusqu'au moment de l'élévation de la princesse de Brunswick à la régence, événement qui plaça Botta dans uùe haute position à la cour de Pétersbourg. C'était un homme d'excellentes mitnîères, spirituel, agréable et un fin observateur.

La cour de Dresde avait eu pour représentant en Russie, de 1736 à 1740, un gentilhomme poméranien de fort bonne maison, de Suhm, un homme de mérite, de talent, avec cela doué de qualités personnelles fort estimables, et qui avait su parfaitement se poser à Pétersbourg. D était connu et fort apprécié de Frédéric II, lequel, monté sur le trône, voulut l'attirer à son service. Suhm y consentit; il quitta, dans ce but, son poste et la Russie; mais il mourut en route, à Varsovie, le 8 novembre 1740.

Charles-Maurice, comte de Lynar, prédécesseur et successeur de Stihffl, était issu d*une famiilo italienne établie en Allemagne depuis le Bdzième siècle. Seg ancêtres, les Guerino, possédaienti près de Facnza,

lé châteaa de Linari, et ils en prirent le nom. Rmsfa ûlietino îde Li< nari, plus tard comte de Lynar, mérite nne diention partîealiëre. €6 fat l^un des types les plas saillans de ces condottieri dn moyen-âge, chevauchant à travers FEurôpe, flamberge au vent, et allant trafiquer, an ^liis offrant, de leur courage incontestable et de leur cooscieoce, aussi incontestablement étrangère à toute espèœ de ^rupules. Né eu 1535, il entra, à Tâge de i4 ans, dans les troupes du due AtphcBse deFerrare; il passa au service de Cliarles-Quint , raccompagna dans son expédition d'Afrique, entra au service d'Alexandre Medici, grandduc de Toscane; passa à celui de France, et, à Tâge die. 27 ans, ii était lieutenant'génoral dans les troupes françaises. En 1560til embrassa la religion luthérienne, et quatre ans plus tard il épousa une luthérienne, Anne de Montât, veuve d'un sieur de Barbé. A Torigine des persécutions contre le protestantisme en France, Roch de Lynar entra, en 1567, au service du duc Casimir, comte palatin; en 1569, muni d'une pension de 300 ihalers de la cour palatine, il entra au service de l'électeur de Saxe. En 1577, muni encore d'une pension de 660 thalers de la cour saxonne, il entra au service du prince d'Anhalt, et l'an suivant, avec uno pension de 300 thalers de la bour d'Anhalt, ii entra au service de l'électeur de Brandebourg. Aux ternes du con&at passé par lui avec la cour de Berlin, il avait un traitement annuel de mille thalers, de plus cent thalers par an pour s'acheter du sucre, des épices et du poisson frais, et une quantité annilelle; de provisions assez curieuse à énumérer, savoir : une barrique de vin rouge, 3 barriques de vin blanc, 3 barriques de vin du Rhin, 250 tonneattî de bière (!!î), 2 Wïspel (26 hectolitres) de froment, 12 wispel (160 hectolitres) de se^le, 6 boeufs gras, 50 moutons gras, 25 chevretiils, 20 agneaux, 30 veaux, 2 tonneaux de harengs, 2 tonneaux de poisson fumé (Stockfisch), 400 douzaines de poissons salés, 8 quintaux (cewbier) de brochets, 8 qbintanx de carpes, 4 tonneaux de beurre, 6 tonneaux de fromage, 4 scheffel (environ 2 h hectolitres) de gruau d'avoine, 2 scheffel de gruau de millet, 8 scheffel de gruau sarrazin, 8 scheffei de pois, 6 tonneaux de sel, 90 oies, 480 poules, 8 quintaux de- suif, 50 i^ispei (plus de 650 hectolitres) d'avoine, et autant qu'il lui plairait en foin, paille et bois de chauffage. En 1580, ii fut nommé grand-maître de rartillerîd bràndehourgeoise, et ses appointemens furent portés à 4,000 thalers. Cet iHustré condottieri, dans 'la maison duquel l'on consommait aonuellement deux cent cinquante tonneaux de bière, ét^t l'un des bombes les plus forts et les plus; robustes de soîi tenips. Devenu veuf à l'âgée de soixante ans, en 1585, il se remaria, trois années plus tard, à Marguerite de Terniow, et mourut en 1596. Son fils, le comte Jean- Casimir, grand-Ohainbellan de l'électeur de Brandebourg, et gouverneur 'de kipirincipauité de Bayreutb, acheta, danis la Bas^-Lusace, Tune des ^eigttcuriès d'état ?fSto«d<fs*^rr5cAn/ïj de cette province, Lttbbenau, au-

)oafd'hai possédée. par la britnche ainée de sa descendance* Son wrière-petit-fils, le comte Frédéric^Casimir, eut deiLX;fîls, Charles-Hauriee et Roch-Frédéric.

Le comte Gbarles-Maariee de Lynar^ né en 1702, avait épousé une ôUe du: général saxon coime Joachim>Frédéric de Flemming, et devint v^uf, sans eofans^ en mars i730, après seize mois de mariage. Lai protection de la famille Flemming, puissante à la cour de Dresde^ lui valut, en 1734, le poste de ministre à Pétersbourg. Il était beau de sa personne, bleu tourné, élégant; sans être précisément un homme de mérite, il ne masquait nullement d^esprit; avec cela il possédait un aplombs poussé jusqu'à la suffisance, le tout couronné par une grande fatuité. Il tourna la- tête à la nièce de Timpératrice, la jeune princesse de Meekleoiiboarg, âgée pour lors de 16 ans seulement, et Bieren, qui convoitait la main de cette princesse pour, son fils aiué, ehargea Keyserlingk, ministre de Russie à Dresde et sa créature, d'obtenir le rappel de Lynar. L'on remplaça celui-<'i par de Suhm.. Après la /démission de Suhm, en 1740, démission bientôt suivie de la chute de Bieren^ Lynar fut appelé à remplacer son ancien successeur,. Il de^ vint. Tamaut, à peu près publiquemet affiché, de la princesse Anne, mariée au prince de Brunswick, et devenue régente de Fempire; il reçut. ^n don, de sa maîtresse, de fortes sommes d'argent et une partie des magnifiques diamans confisqués à M""*" Bieren. II consentit à se laisser fiancer avec la confidente de sa maîtresse, la baronne Julie de Ibngden, et à entrer an service de Russie avec le rang de grandcbambellan.^ Nommé chevalier de Saint- André, il se rendit en Allemagne pour y mettre ordre à ses affaires et revenir en Russie pour s'y fixer et- se marier. Heureusement pour lui, son séjour en Allemagne se prolongea de plusieurs semaines au-delà de son attente, et cet hasard si propice lui fit éviter l'exil en Sibérie, où il aurait indubitablem^t été envoyé, s'il s'était trouvé à Pét^sbourg au moment de la chute de la famille de Brunswick. Il était en route pour revenir en Russie lorsqu'il apprit la. révolution ilu 25 novembre et l'avènement d'Elisabeth au trône; il va sans dirq qu'il rebroussa chemin. U mena, pendant le reste de ses jours, une fort grande existence, grâce aux libéralités de son ancienne maîtresse, et en mourant, en 1768, il légua la majeure partie de ses capitaux au plus jeune de ses neveux, lequel, grâce à oet héritage, acheta des propriété considérables et devint prince de Lynar. .

Le comte Bocb-Frédéric de Lynar, frère cadet de Charles-Maurice, était un homme de mérite et de talent, fort instruit, un écrivain distingué .et« un savant théologien, ce qui ne l'empêcha point d'unir l'amour du beau sexe à la fatuité la plus achevée et la plus ridicule. Entré au service danois, il fut ministre du Danemarck à Stockholm,^ puis gouverneur du Holstein, et ensuite ministre du Danemai^k en

RuBftie, à b cour da rimpératriee Elisabeth. Galheriiie U, dans ws Mé^ moires, trace de lui la portrait saivant :

< Le comte Lynar joignait, à ce qu^on disait, à beaucoup de connaissances autant de capacité. Son extérieur était celui du fot le plus complet. Il était grand et bien fait, blond tirant sur le roux, le teint blanc comme une femme. On disait qu^il avait on si grand soin de sa peau, qu'il ne donnait jamais autrement qu'après avoir couvert son visage et ses mains avec de la pommade, et qu'il mettait des gants et un masque de nuit. Il se vantait d'avoir dix-huit enfans, et prétendait que les nourrices de ses enfans il les avait toujours mises en état de le devenir. Le comte Lynar, si blanc, portait Tordre blanc du Danemarck, et n'avait d'autres habits que de couleurs extrêmement claires, comme, par exemple, bleu céleste, abricot^ liias, couleur de chair, etc.. Le grand-chancelier comte Bestoujew et sa femme regardaient chez e^x le comte Lynar comme l'eniant de la maison,, et il y était beancoap fêté; mais cda ne mit pas sa faveur à l'abri du ridicule. >

U est certain que Bestoujew, ayant été ministre de Russie en Daae* marck, devait connaître Lynar depuis Copenhague.

Après avoir quitté son poste de Pétersbourg, Lynar fut gouverneur du pays d'Oldenbourg. Après la mort de son frère, ea 1768, il hérita de Lubbenau, et s'y fixa avec sa femme, née comtesse de Reuss. Il y mourut en 1781, à l'âge de 73 ans. L'un de ses fils a été la. souche de la branche aînée des comtes de Lynar, dont le chef est membre héréditaire de la chambre des seigneurs de Prusse; un autre, le comte Henri'Casimir-Gottlieb, renonça, jeune encore, à sa haute position sociale, se retira du monde, entra chez les frères moraves et se voua i l'éducation des enfans. Le plus jeune des fils de Rocb-Frédéric, le comte Maurice-Louis-Emest, héritier de la majeure partie des capitaux de son oncle, acheta, dans la Basse-Lusace, la seigneurie de Drdma, l'une des seigneuries d'état de cette province, acheta ensuite, en Bohême, la seigneurie de Brandeis, et fut créé prince autrichien en 180d. U a été le père du prince actuel de Lynar, membre héréditaire de la chambre des seigneurs de Prusse.

Joachinb Jacques Trotti, marquis de La Chétardie, était issu d'une famille italienne établie en France depuis le seizième siècle. Sa naissance avait porté un cachet d'originalité. Sa mère, M"* de Montalet, d'une famille du Languedoc, ancienne, mais complét^nent pauvre, avait été élevée à Saint-Cyr, et M*"® de Maintenon l'aimait beaucoup. Le vieux marquis de La Chétardie, ayant une belle fortune, s'éprit de BP* de Montalet et lui fit l'offre de sa main. M"** de Maintenon arrangea ce mariage, lequel eut lieu en janvier 1705. Le marquis n'étant point bien sûr de ses forces, jugea à propos^ dans la matinée du jour de ses noces, de prendre certaines poudres qu'il espérait devoir lui être utiles. Mais SQÎt qu'il en ait exagéré la dose, soit qu'il y ait eu erreur de la part

Au pbamacien, tbù}(mrs en fût-il qae, dabd la oint 4ès nocdâ, sa iboment même où le vieux marqais Tenut..... d'aehever da première citinverstttion ttUime avec sa Jeune femme, il expira sur placé. L'oti peut se représenter la terreur de la jeune femme : elle poussa des eris déehirans; Pou accourut, et Ton trouva k côté d^elle le cadavre de son

èpout M"* de Maintenon fit venir le lendemain sa jeune prot^ée,

voulant se convaincre, de ses propres yeux, si W^ de Montalet était bien réellement devenue marquise de la Cbétardie. Ea ayant acqub la conviction indubitable, elle la logea cbez soi, et la tint, pour ainsi dire, ' en charte privée jusqu'au moment où, le 3 octobre suivant, la jeune veuve accoucha d^un garçon, qui fut le célèbre marquis de la Cbétardie. Elle se remaria ensuite à un comte de Manestarol,

Parmi les amis intimes de M"^ de Manestarol se trouvait^Fleury, évèque de Fréjus, plus tard cardinal, premier ministre, duc et pair. Arrivé- au pouvoir en 1726, Fleury envoya Tannée suivante le jeune La Ghétardie, qui accomplissait seulement sa vingt-deuxième année, à Londres, en qualité de •chargé d'affaires de France; il le nomma ensuite ministre en Hollande, et, en 1731, ministre à Berlin.

La Cbétardie était bien de sa personne, gracieux, vif, causant, au langage élégant et spirituel, aimable, fat au possible, et se croyant ir-* résistible vis-à-vis des femmes. Il avait de Fesprit de salon appuyé sûr une suffisance sans pareille; avec cela, rien de sérieux dans le carac- ' tére; mais il était intrigant, insinuant, ne reculant devant aucun moyen, et ainsi que récrivait Tun de ses contemporains : employant le vrai et ie fatiàe, le vert et le sec. A Berlin, sa conversation vive, enjouée, aima^ ble, lui valut les bonnes grâces du prince royal, depuis Frédéric II, lequel écrivait un jour à son égard : le marqyis viendra ici la semaine pnkhaine : c'eH du bonbon pour nous. Lors de la guerre pour le trône de Pologne, la France soutenant le parti du beau-père du roi Louis XY, iStanislas Leszczinski, contre Auguste III de Saxe, appuyé par les cabinets de Vienne et de Pétersbourg, La Cbétardie manoeuvra et négocia avec une iiicontestable habileté. Il contribua beaucoup^ pour sa part, à préparer le traité de Vienne du 3 octobre 1735, lequel, profitant de la future et très-prochaine extinction de la maison régnante des Medicî, conféra Théritage de la Toscane au duc de Lorraine, gendre de l'empereur d'Allemagne; la possession de la Lorraine au roi Lesz* t^inslLf, avec transmission, après lui, au mm de sa fille unique, le roi de France, et reconnut Auguste III comme roi de Pologne. La Cbétardie et ceux qui préparèrent ce traité, se trouvèrent avoir rendu service à tout le monde, ce qui constitue l'idéal de la diplomatie; aussi ie marquis fut-il placé, par l'opinion publique, au nombre des diplomates distingués de son temps.

Les relations officielles de la France avec la Russie se trouvaient rompues depuis des années. Après le voyage de Pierre I en France^

malgré qa'il f «àt Pafesé ua ambassadeur, fi<m beau^frèrey le prince Boris Koarakiae;.iKialgré qu'il «ût envoyé, an sacre de I^oiiisXV, ,00 ambassadeur extraordmaire, le prince Basile Lonkitch Dolgorioukow, avances s'expliquant par Fardent désir, par lui éprouvé, de marier sa fille Elisabeth à Louis XV, le cabinet de Versailles n'eut à Pétersbonrg, pendant plusieurs années, qu'on consul, Villardeau. :^ur la fin du règne de Pierre L arriva un chargé d'affaires^ de Garoprjedon, bientôt reob placé, en la même qualité, par Magnan, lequel eut pour successeur de î'Ë^tang. Apràs la mort du prince Boris Kourakine, son fils Alexandre fut ttbaôaé^inistre, et bientôt remplacé^ comme chargé d'affaires, par le^eune comte de Munich. Après le rappel de Monicb, les rel^Q3 diplomatiques furent rompues; le cardinal Fieury, premier ministre, entretebait à Pét^sbourg un agent occulte, de Lally. Sur ces entrefaites, Bieren devint duc de Courlande; son amour-propre le portait à se faire reconnaître comme agnat par les Biron de France, et un calcn] bien plus sérieux rengageait, en vue de l'éventualité de la mort de l'impératrice et d'un changement en Russie, à rechercher l'appui de J9

cour de Versailles On fit le premier pas. en nommant minisU'eàla

cour de France le prince Antiochus Cantémûr, jusque-là ministre à Londres. Le cabinet de Versailles se décida à envoyer un ministre à Pé* tersbourg; le choix tomba d'abord sur le comte de Vauigrennand, m* nistre à Madrid; mais celui-ci ayant élevé, de grandes exigences pécn* niaires au sujet de son traitement ministériel, La Gbétardie fut nommé. - Ostermânn, connaissant Tesprit d'mtrigue de La Chétardie, s'oppo* sait à ce choix; on dirait qu'un pressentiment secret avertissait le vice* chancelier que ce diplomate serait Tun des artisans de sa perte à lui; mais l'opposition d'Ostermann échoua devant Tapprobation de Bieren. Je parierai plus loin du rôle joué par La Cl)étardie m Russie, réle dont ^importance, d'ailleurs, a été fort exagérée par les blagues du vantard marquis et la grande ignorance où se trouve l'Europe à l'égard de l'histoire de Russie; ici, je dirai sei]dement un mot du luxe déployé par lui dans cette mission. Outre un secrétaire de légation et un secrétaire particulier du ministre, il y avait douze attachée à la légation, huit ecclésiastiques et une domesticité de cinqnante individus, non-compris cinq cuisiniers et un chef des cuisines, le ci^ëbre Barrideau, réputé plus habile encore que le fameux Duval lui-même, le chef îJes cuisines du prince royal de Prusse (depuis Frédéric H). Le mar- <]uis fit V^ir de France cent mille bouteilles de vin, dont 16,800 de vin de châmf^gne (jusqu'au règne de Catherine H, les toasts aux d&i^8 de cour et dans les grandes maisons étaient toujours portés avee du vin de Hongrie; e'étalt avec du vin ^e Hongrie, de Bourgogne^ de Madère et du vin du Rhin que se grisaient rimpératrice Elisabeth et Pierre HI, ifiais Catherine II, qui û'àimait guère le vin, fit porter les toasts, aux rdîners de cour, avec du Champagne^ et la société «uivit son exemple).

> Ainsi qoe je Tâi . 4itr' ^as ha«tt> à mesaffè (fàe 1^ régimé-Bierea fé^ sait sur la Rusâie'de soa joag écrasant et ignoUe, l-opinion publique, «t cria dans tantes les dasses, se tournait vers Elisabeth et son neveu, le petit eut dé Hobteîn, d'abord si dédaipé et repoussé à, eause de rillélgitiaiitét dôublem^t adaltérâiiey de la naissance d'Elisabeth et de laimère dui jeune duc. Elisabeth était superbe de sa personne ? grande, avec une taille bien prise, des cheveux blonds, des yeux blçus eoureculés de sourcils bruns^ un regard voluptueux et languissant, offrait limage: de ëon caraetère, où la voluj^.se trouvait ciliée à Tindotence; Uft teint blàne magnifique ; des épaules superbes , des mains potelées que tout le monde adnni^it, à Texceptibn, probablement, de ses femmes do ohambré et de ses demoisdles d'honneur, qui voyaient parfois cette iielle'main potelée, dans un. moment de mauvaise humeur, saisir un soulier et ienr en appliquer des soufflets sur le visage; Kl le montait bien' à ehev^, et le costume d'amazone lui allait à ravir; elle aimait assez la chasse aii chevreuil et au lièvre; elle aimait, en été, à navigiiier en bateau ;> en hiver, à se placer dans un traîneau attelé 'à tiVMS chevaux.. de front et à se faire conduire avec la rapidité du vent. L'été, il lui arrivait de faire étendre, sous un arbre touffu, mita^is recouvert de sichalls; die s'y couchait et s'endormait; l'une de ses demoiselles d^honneur tenait à la main un éventail pour chasser les mou* ebes; les autres, assises sur l'herbe à une certaine distante, gardaient on sîteiïee religieux; une parole proférée pouvait réveiller l'indolentô sultane, et alors, gare aux joues: le soulier se trouvant à portée de la maiir. Elle aumatt, en hiver, les amusemens nationaux : les jeux udités dans /les i veillées: de' village (possidetki)^ \e» chants et les jeux àe Néèl i(podhlioudnyîapésni; sviaiochnpa igrp); en été, si{r lé gazon de ses jasxLins, elle faisait 'daoïser la ronde (horovod) à ses demoiselles d'iionmeur «t à- ses^ femmes de chambre; elle prenait part souvent à leurs danses et à; leurs efaantç; pendant le carnaval, elle mangeait deux douaaineside bliny^ coinme s'il s'était agi d'un petit pâté; en général» elle admait les plats russes, le stchi^ la bou^'énina, les grands pâtés au poisson (kauMnaka), h gruau sarrasin; plus tard, après son mariage avec Razoumovski, elle prit en goût la cuisine pelite-russienne, si ^asse et si: nutritive; dès sa jeunesse elle buvait sec, et une fois sur le tr^no, «lie devint ivrogne.

Dans les dernières années de son règne, elle se ^sait comme un dragon^ Il arrivait qu'un jour de bal et de soirée à la cour, S. M. était ivre au point de. ne pouvoir se tenir sur ses jambes; alors on avait i^Dcours ail moyen suivant: l'on plaçait un fauteuil, et à uiie certaine f&tance;, de 40 à .60 pas au moins, se trouvait rangé, en cercle, le <H)rpsr. diplomatique. L'on annonçait que S^ M., à cau$e d'un mal aux iatnbfiB^. ne îponvail marcher sains secours; ensuile l'on > voyait iffriver i'ii^pérâtrice, -ivfe-morte, soutenue par sa cousine-germaine et dame

d!hoo&eiir (otèr'kofmmlerina) la comtesse YorontsoWf née ei»iiltessè SkaTTonski, et par sa dame d'alonrs (hofmeiêUrina)^ la femme de mi oncle^germain, M^* Narycbkine, Bée comtesse Apraxine, suivie de se» dames à portrait, du chancelier, du vice-obancelier, des mwéchaux^ des grandes charges de la cour et du favori Ivan Schouvalow. L'on conduisait l'impératrice à son fauteuil et on Ty faisait asseoir. Le chaB»' celier, après avoir eu Fair de prendre les ordres de S. M., allait, en son nom, débiter des gracieusetés aux membres du corps, diplomatique^ et revenait lui rapporter les réponses, auxquelles, parfois, elle répliquait par de gros mots que le chancelier avait bien soin de n*avoir point fm d'entendre. Dans son ivresse, il lui arrivait de dire : vas dem(mder à un td^ pourquoi, VimbécUe, a-t-il aujourd'hui une mine n tri$ief Le chancelier, après avoir profondément salué l'impératrice, se dirigeail vers le diplomate désigné, et lui disait : S. JM. J. me diarge de voue demander dee nouvelles de la santé du rot, et de voue expriwêer toute l'amitié qu'elle porte à voire auguste maître. Le di[domate se eoufondait en ren&ercimens et en belles phrases. Au bout de deux ou trois quarts d'heures, l'on annonçait que les souffrances de S. M* redoux blaient, et on l'emmenait avec la même cérémonie. )

Douée d'un* esprit médiocre, elle n'avait nullem^it hérité du tact ex* quis de sa mère, à laquelle une intelligence remarquable tenait lieu de l'éducation, lui apnt fait défaut. Elisabeth avait mal étudié, et ne prenant jamais un livre en main, elle oublia le peu qu'elle avait appris; j Tant qu'elle gardait le silence, die en imposait par sa beautéi^ sa grâeè^' | son port de reine; dès qu'elle ouvrait la boncbe, apparaissait la iennie vulgaire et commune. Elle n'avait aucune idée de la vie âégantei Dans les premiers mois de son avènement an trône, La Cbétanfie, qui la connaissait bien, arrivait parfois dans la cour du palais es son carrosse à six chevaux, et^ sans sortir de voiture, il faisait en cap* rosse le tour de la cour, trois, quatre, cinq fois, etc., jusqu'au Bioaeiil où Elisabeth, ouvrant le vasistas, lui adressait, avec unsigae de b j main, un gracieux sourire; le marquis, sans sortir de carrosse^ la tété hors la portière, se confondait en profonds saints; l'impératrice disad alors : voUà bien la vraie galanterie française/ Comme ils sont ainuh kles, ces Français! Je tiens cette anecdote du vieux comte Armand de Saint-Priest, dont le père, dans sa jeunesse, l'avait entendu contor par | La Ghétardie lui-même. 1

Elisabeth avait la passion de la toilette; elle y dépensait des somafes '

folles. Étant encore grande-duchesse, elle se trouvait eoBstamment plongée dans les dettes, ce qui la plaçait dans la position bien désagréable de se voir obligée de faire la cour à Bieren pour obtenir de sa cousine, l'impératrice Anne, des sommes d'argent plus ou moins considérables, Bieren se trouvant être le dispensateur absolu de toutes les grâces ainsi que de toutes les persécutions. Une fois montée sur le trAoe^

JSisabeith donna libre eoûrs à ftes goûts dispendienx : d partir de 90n Bivénementy jamais eUe ne mit deux fois la tnême robe. Lors d^cui mcendte au palais, elle eut qftatre mille robes de brûlées. Les dames de la conr avaient défense de jamais porter une toilatte identique à celle de Pimpératrice ce jour-là; aussi, pour éviter les désagrémens, elles avaient bien soin de toujours mettre des robes pareilles à celles, que rimpér&trice avait portées dans le courant des dernières semaines, certaines alors de ne point être prises en faute. Quelques mois après Favénentent d'Elisabeth au trône, la belle M"^ Lapouhine, dame à portrait (aatsS'dama)^ qu'Elisabeth ne pouvait souffrir et jalousait fortement pour sa beauté, arriva à un bal de la cour vêtue d'une robe absolument identique à celle de Fimpératriee, et, comme elle, avec une rose dans les cheveux. Elisabeth se fit apporter une paire de ciseaux, appela M"^ Lapoubîne, la fit mettre à genoux, lui coupa la rose et lui appliqua plusieurs soufflets, le tout en présence de la eour et du corps dipImBatique. Quelques instans après. M**"* Lapouhine s'évanouit; Fimpératitce demanda ce qui était arrivé; ayant appris que sa rivale de beauté s'était trouvée mal, elle dit : la sotte n'a que ce qu'elle mérite (nichto iey, douréf).

Un outrage pareil fut commis par .Elisabeth à Fégard d'une jeune personne» dont le père avait cependant pris une part active à l'avénemeot de l'impératrice au trône. Anna Vassiliévna Saltykow, depuis la ppiacesse Mathieu Gagarine, soeur de Serge Saltykow, le premier amant 4e Catherine II, était demoiselle d'honneur. Étourdie, polissonne, fantasque et capricieuse à l'excès, elle avait fiai par ennuyer Timpératiice. Un jour elle arrive au bal avec une coiÉure absolument identique à celle de l'impératrice, coiffure appelée à la coque. Elisabeth se fii apporta des ciseaux, fit mettre la demoiselle à genoux, lui coupa une partie de ses cheveux et lui appliqua un soufflet. La société de oe temps-là se montrait si peu émue de faits pareils, que l'un des frères de la jeune personne, Alexandre, ayant pris chaudement, dans les salons, le parti de sa soeur, reçut le sobriquet de Saltykow à la eoque, et ce sobriquet lui resta

Fort peu soigneuse dans le choix de son entourage, admettant dans aon intimité nocturne, et parfois même dans son intimité diurne, des Ikommes de la basse classe, grossiers et rustres, elle était, je l'ai dit, vulgaire et commune dans ses propos. Son chirurgien Lestocq, ayant rhaUtude de jurer dans son intimité, lui avait fait contracter cette vilaine habitude; devenue impératrice, elle jurait comme un cocher.

Après son avènement au trône, en présence de la facilité avec laquelle le régime existant, la régence de la princesse de Brunswick, avait été renversé en une seule nuit, Elisabeth, fort poltronne de sa nature, redoutait une nouvelle révolution nocturne; aussi, à partir de ce temps-là, ne pouvait-elle s'endormir avant l'aube du jour. Pendant

loute la nuit, couchée dans son lit, elle se trouvait entourée :d'ai% ilemi-douzaine de femmes, lesquelles, à tour de rôle, li^i grattaient dour cem<ait la planter des pieds et surtout celle des talons, ce qu'elle aimait fort, et causaient ^ire soi à demi-voix toute voilée. L^admission parmi ces gratteoses de pieds et de talons se trouvait fort recliercbée et briguée; elles avaient le moyen, en débitant toutes sortes de comn^r rages, de servir leurs amis et desservir leurs ennemis; ces commérage^ donnèrent naissance à bien des fortunes et brisère^t bien des exisr tenees; aussi ces veilleuses de nuit étaient-elles largement, payées par les plus grands seigneurs. L'une d'elles surtout, une certaine M""*" Golovine, était si méchante langue et tapait si vertement sur le prochain^ que l'impératrice elle-même l'avait gratiûée du sobriquet de la femme qui tape (hlop-baba). Cette dame Golovine, grâce à ces commérages nocturnes, gagna injustement un procès fort considérable.

Elisabeth avait, parmi ses istopniks (chauffeurs de poêles) j un certain Basile Ivanovitch Tchouikow, un homme probe et sûr. Une fois sur le trône, ayant adopté l'usage de ces veillées au iit^ elle nomma Tchouikow chambellan et lui ordonna d'être son gardien. Tous les soirs il arrivait avec un matelas et deux coussins, les posait par terre au pied du lit impérial et s'y couchait tout babillé pour y passer la nuit. Entendant les veilleuses médire injustement, par calcul, de tellp ou telle personne, il les arrêtait en leur disant, dans son langage rustique : que radotez-ifous làf Vous mentez! Ce n'est pas honnête! Nommé lieutenant-général, (sans avoir jamais été militaire), devenu chevalier d'Âlexandre-Nevski, il épousa une princesse Mestcherski, mais il continua à passer la nuit sur un matelas, au pied du lit impérial.

A une certaine heure, vers l'aube du jour, les veilleuses, gratteuses de pieds et de talons, se retiraient. Alors arrivait Razoumovski, et dans les années suivantes, Ivan Schouvalow; parfois, au lien d'eux, pour plaire à Elisabeth, qui aimait la variété, l'on faisait venir, tantôt un simple serviteur pris dans la domesticité du palais, tantôt un soldat aux gardes, et le nouveau venu partageait la couche impériale pendant que le lieutenant-général Tchouikow dormait par terre sur un matelas. Après avoir passé au lit de onze à quatorze heures, l'impératrice se levait, parfois au coup de midi; il arrivait qu'elle trouvait Tchouikow endormi, alors, en riant, elle lui arrachait les coussins de dessous la tête, ou bien elle se mettait à le chatouiller sous les épaules, et lui, se soulevant, tapait familièrement sur l'épaule de l'impératrice, en lui disant : oh! mon cher cygne blanc*!

• Sous le règne de Pierre III, ce Tchouikow obtint sa démission du service arec le rang de général en chef, et se retira dans les terres à lui données par Elisabeth. Il y mourut en 1775, sans laisser de postérité.

Il existe dans la province de "Toula une famille Tchouikow, dont l'origme remonte au règne du czar Michel Bomanow.

' Sons ie règne d*Amie^ la langue allenkande prédoîninait à la coiir t povLV les diplomates accrédités à Pétersbourg, là connaissance de cetle langue était indispensable, autrement ils se voyaient dans l'impossibilité d'établir des relations intimes avec ie tout-puissant Bieren, etine pouvaient même causer %vec lui autrement qu'au moyen d'un mteiv prète. Pour les diplomates, c'était là un inconvénient réel et sérieux; aussi La Ghétardie s*en plaignait^l beaucoup : le marquis ^ en vrai Français, pendant ses buit années de résidence à la oour de Berlin^ ne s'était point donné la peine d'apprendre l'allemand. A la cour d'Èlisabedi, an contraire, l'usage de la langue française fut introduit par Lestocq, et plus tard établi déflnitivement par l'mfluence d'Ivan Scbouvalow, ei cela d'autant plus aisément que l'usage de la langue française se répandait dans l'Europe entière, tandis que la langue allemande rappelait aux Russes l'odieux souvenir du régime tyrannique et pillard de Biereii«

Mais un legs du r^ne d'Anne, fort apprécié par Elisabeth, ce fut l'cçéra italien, pour lequel on se montrait large et généreux à Péter&boarg. Une chanteuse, invitée, sous le règne d'Elisabeth, à accepter un engagement, exigea douze mille roubles d'appointemens annuels; à i'ob^ jeotion à elle faite que c'était là le traitement d'un fefki-maréehâl ' en Bussie, elle répondit: m ce cas, faites chanter vos maréchaux f.

Elisabeth n'avait point de coeur, ni aucun senliment d'humanité* Au moment oCi elle allait commencer l'insurrection à laquelle la dynastjfs régnante est redevable du trône, elle se jeta à genoux devant l'image de la Sainte-Yierge, et jura de ne jamais signer un arrêt de mort»; mais elle ne se fit nullement faute de prodiguer les sentences de knoul, de langues co6pées, de narines arrachées; ce fut sous son règne que la peine de la marque au visage fut régulièrement introduite dans les lois. Elle était dure, vindicative, cruelle, et considérait ses sujets comme un troupeau dont Dieu lui avait remis la libre et entière disposition. Sa dureté et sa dépravation s'alliaient à une bigoterie incroyable : elle croyait qu'en faisant maigre les jours de jeûne et en assistant aux offices divins, tous ses péchés lui seraient pardonnes. Avec cela, impossible d'être plus superstitieuse qu'elle ne l'était : la déclaration de guerre à Frédéric II fut retardée de plusieurs mois, parce qu'au moment où le chancelier fiestoujew lui présenta la déclaration à signer, ayant tracé la première lettre de son nom, £, elle vit une mouche arriver dessus et faire un pâté d'encre. Cest un mauvais présagej s'écria-t-elle, il faut attendre; elle déchira le papier, et la guerre fut remise de quelques mois.

Elle avait été, ainsi que je l'ai dit au commencement de ce volume, fiancée, en 1727, au prince Charles-Auguste de Holstein, né en novembre 1706, prince-évôque de Lubeck *,. cousin-germain du duc^de

* Lnbeck était, deptiis le traité de Westphalie, un ^vâché protestant. Le prince Charles- Auguste etit pour successeur, dans l'évêché de Lubeck, son frère Frédêrio- Adolphe, ^epuis rpi de Suède, le bisaïeul du prince Wasa actuel.

Holstein, le beaa-frère d'Elisabeth, et anière-grand-oncle en graoad-dtu; actuel d'Oldenbourg, ainsi que du prince Pierre d'Oldenbourg. Ce prince^ dont le mariage était fixé à Tautomne, mourut le 20 juin de la petitevérole. Elisabeth fut ensuite recherchée par le prince Charles-Guillaume- Frédéric de Brandebourg, margrave régnait d'Anspach*, qui épousa depuis uûe soeur de Frédéric II. Elle le refusa, nourrissant Fespoir de se voir épouser par son neveu Pierre IL f ai dit comment ce mariage, conseillé par Ostermann, fut traversé par les intrigues du prince Ivan Dolgoroukow; le prétexte de la rupture fut la liaison d'Elisabeth avec Alexandre Boutourline, et ensuite avec Simon Narychkine. Elle prk alors pour amant Schouhine, mais après Tavénement d'Anne au trèno, Lestocq, s'étant brouillé avec Schouhine, assura Bieren que ce dernier avait tenu des propos outrageans sur son compte à lui, Bieren, et Vmfortuné fut envoyé en Sibérie dans le plus dur des exils (voyez page 48). Elisabeth, après avoir pleuré à sanglots cet amant fort peu intéressant au reste, après avoir même, elle, si peu lettrée, composé une élégie, après avoir voulu prendre le voile au couvent de la ville d'Alexandrovsk, ville natale de Schouhine, se consola si bien qu'elle se mit à passer de bras en bras. Elle prit, pour principal amant, Razonmovski, dont l'obscurité d'origine et de position échappait même aux cancans de ville et de cour ; mais, pour varier, elle en eut aussi d'antres, ayant, du reste, bien soin, pour échapper aux commérages trop publics, de choisir ces individus soit parmi des hommes d'une position sociale des plus infimes, comme l'étaient à cette époque Pierre Schou» valow. Roman et Michel Vorontsow, soit même parmi la domesticité de sa cour, comme Charles Sievers, Lialine, Nikita Yoftcfainski.

L'impératrice Anne, d'après les conseils d'Ostermann, avait voulu, dans les dernières années de sa vie, marier Elisabeth au prince Emmanuel de Portugal. Ce prince, né en 1697, petit-fils du premier rot de Portugal de la maison de Bragance, et oncle du roi alors régnant, Pierre lU**, avait fait le tour du monde et couru l'univers entier à la recherche d'une riche fiancée ; mais, partout et en tous lieux, il avait^ comme disent les Petits-Russiens, obtenu des citrouilks***. Après l'avé* nement d'Anne au trône, le prince Emmanuel s'était hâté d'accourir à Moscou et de rechercher la main de l'impératrice; mais il avait été refusé. Elisabeth ne voulut point non plus de lui.

Sous Pierre If, et durant les deux premières années du règne d'Anne, la cour habita Moscou. Elisabeth passait la plus grande partie de

* La maisoti d'Anspach, ainsi que celle de Bayrenth, étaient des branches cadettes de la maison électorale de Brandebourg. La branche de Bayreuth s'éteignit en 1769, et celle d'Anspach en 1792.

•• Le roi Pierre III fut le trisaïeul du roi régnant de Portugal.

••• Jadis, en Petite-Russie, lorsqu'une demande en mariage était rcftisëe, l'on envoyait au prétendant une citrouille pour se régaler {na laÂtmstoo), De là le dicfoa cité plus haut.

J^année dans sa campagne de Pokrovskoé, laquelle anjourd^hai fait partie de la ville de Moscou (arrondissement Le Fort). A celte époque, Pokrovskoé était une campagne où le czar Michel Romanow avait fait bâtir un palais en bois, avait planté un jardin et deux verger;^ et avait fait élever deux églises, l'une en Thcmneur de la Sainte- Vierge, en souvenir de ce que Moscou, en 1619, avait heureusement repoussé Tassaut an roi Ladislas de Pologne et de Sagajdachnyi, Iietman des cosaques, et: Fautre au nom de Sainte-Irène, en souvenir de la naissance de sa iîlle; !a czarine Irène, depuis marraine de Pierre I, Tune des femmes russes» les plus distinguées de son temps. A Pokrovskoé, Elisabeth se livrait à sa voluptueuse indolence, entourée de ses parens les Skavronski, les léômovski, les Hendrikow, de Lestocq et d'une cour, sinon bi^ choisie, au moins ^très-portée v^s tes jeux de l'amour et du hasard. A cette époque, et en général avant son avènement au trône, elle ne se grisait point encore, ot son existence se trouvait partagée entre la volupté et les amusemens de la vie de campagne à l'ancienne mode russe.

En janvier 1732, la cour quitta Moscou pour se transporter à Pétersbourg; force fut à Elisabeth de la suivre. Elle obtint de Timpératriee Anne de faire bâtir, aux frais du trésor, dans son cher Pokrovskoé, à la place de la maison de bois, un château en briques avec un bain russe construit en bois, et une galerie de bois servant de commiunication entre le château et la grande église.

A Pétersbourg, Elisabeth avait son propre palais, où elle passait les hivers jusqu'au moment de son avènement au trône. Ce palais se trour vait situé sur l'emplacement actuel du couvent de Smolnoy. La construction de ce couvent fut commencée sous le règne d'Elisabeth, sous la direction du comte italien Rastrelli, l'un des plus célèbres architectes du dix-huitième siècle, le même qui bâtit le palais d'hiver et "^ l'hôtel Stroganow à Pétersbourg. Au moment de la guerre de sept ans, le manque d'argent fît suspendre les travaux de bâtisse du <:ouvent de Smolnoy, lesquels furent repris et achevés déjà sous le règne de Nicolas.

En été, Elisabeth habitait Gzarskoé-sélo , qu'elle avait hérité de sa mère. Il y avait jadis, sur cet emplacement, une maison de campagne appelée Saari (ce qui, en finnois, veut dire: monticule). Pierre I, en 1708, fit don de cet endroit à sa maîtresse Catherine, depuis impératrice; elle y fit bâtir une église et une maison de campagne, appelée d'abord Sarskoé-sélo, et ensuite, à partir de 1725, Czarskoé-sélo. En 1724, Catherine remplaça sa maison de campagne en bois par un palais bâti en briques, lequel fut considérablement agrandi et embelli sous le règne d'Elisabeth et sous la direction de Rastrelli.

Sous le règne d'Anne, Elisabeth venait rarement à Péterhoff, où l'impératrice passait ses étés, et qui fut la création et la résidence favorite de Pierre L Malgré le culte voué par Elisabeth à la mémoire

de scfn père, elle préférait ses tr»iqiiiiies ombrages de Gzar$koé^9é[<H et D^aimait gaère à paraître à la cour de sa cousine, si dure et si méchante. Elisabeth était beaaconp trop indolente, trop amonreose de 0es aises^ trop préoccupée de ses robes et de ses coi0ares pour se Biéler de pditique. En 1730, après la mort de Pierre II, Lestoeq enl beau insister auprès d'elle et la supplier de se rendre an conseil intime suprême pour y rédamer la couronne, elle n'en voulut rien faire. En ceci, le hasard la servit à bien; son temps n'était point encore venu; tonte démarche de sa part aarak échoué et l'aurait infailliblement exposée aux soupçons, même aux persécutions d'Anne et de Bieren. Sa position, pendant les dix années du règne de sa cousine, fut délicate et difficile: traitée à la cour avec juste autant d'égards qu'il en lalbil pour ne point avioîr l'air de lui manquer; ol^et de la défiance de Ift ($our, surveillée dans toutes ses démarches^ et même, dans sa vie privée, elle ept besoin, pour diriger sa barque à travers ces écueils, de toute la finesse de Lestocq, ainsi que de celle de sa femme de chambre (kammer-jounffféra) favorite, Mavra légorovna Schépélew, depuis Qomtesjse Pierre Schouvalow.

A mesure que le régime^Bîeren devenait toujours plus dur et fln^ odieux aux Rnsses, les soldats anx gardes, surtout dans les denx andeàs régimens, ceux de Préobrajenski et de Séménovski (où la majeure partie des soldats appartenaient à la noblesse russe, écrasée à cette époque par les Allemands, et les abhorrant du plus profond de son coeur), commençaient à éprouver une vive sympathie pour Elisabeth, russe dans ses sentimens et par son genre de vie. Lestocq et Mavra Sehépélew poussaient beaucoup la grande-duchesse à cultiver cette popularité. Lorsqu'une femme de soldat aux gardes accoocfaait, Elisabeth acoeptait d'être la marraine de l'enfant nouveau-né; lorsqu'un soldat aux gardes venait à se marier, elle acceptait d'être la mère * d'bonnenr. Dans ces occasions, elle était graeieu$e et familière avec les sddats, avec les sous-ofiBciers surtout, et gagnait leurs coeurs.

En attendant, Bieren, horriblement vexé d'avoir vu échouer le projet, objet de ses rêves, de faire épouser à son fils aine la nièce de Timpératrice, de cinq ans plus jeune que Pierre Bieren, commençait à former d'imtres rêves; il caressait l'espoir soit de marier son fils avec Elisabeth; soit, si la grande-duchesse, de quatorze aas plus âgée que le jeune adolescent, s'y refusait, de marier alors sa fille bossue, âgée de treize ans, au neveu d'Elisabeth, le duc de Holsteiu, d'un an plus jeune qae la petite Bieren. Ces rêves du duc .de Courlande avaient pour résultat, dans la dernière année du règne d'Anne, de faire délivrer à Elisabeth, de la part du trésor impérial, des sommes d'argent qui, ensuite, employées en partie à des cadeaux aux parens de ses noinbrenx filleuls, venaient tout naturellement accroître la propagande, exercée an profit de la grande-duchesse au sein de la garde impériale.

L%oinme le pins infltiem de la petiteooar cPÉliisabeâi 6tsi\ alérs bn cbirurgicn, un aventurier d^ocigine fraBçaisè et* un drôle de la deniière espèce. Son père, un Champenois se prétendant geotilhomiiie^ nomnîé L'Estoejf L'Helvôqù^ abandonna la France après )a révoealion de Pédit ëe Nanlesy et vînl se fixer en Allemagne, à Zelle, où .ri fat barbier d'abord, chirurgien ensuite à ta eoitr de George-»Giuillam&e, dernier duc de Brunswtck-Zelle (né* en i624^ mort en 1705 «). GefutiiZeHè qoe yfîmt au monde, le 29 avril iOOi, lean4Iemanit LeBtoeq*, dont il est^ question ici. Après avoir fait des études en chirurgie et y aroir 9tcpA^ des connaissances sérieuses, H Tint, en* i713^ chercher fortiiïii^ à Péter^bourg, où Pierre I le nomma chirurgien de sd cour.

Lestocq était on hbmmé d'infiniment d'esprit , d'une graiide faconde de paroles, fin, rusé, insinuant, intrigant au plus batit degré, -d'un aplomb imperturbable, blaguant de façon à- en remontrer' à une dem^ douzaine de Gascons, mentant comme un arracheur de dents; avecceta g^, plaisant, bottflbn, contrefaisant les gens à miN'veiiie, le compagAmi de table le plus amusant que l'on puisse voir, aimant la bonne chëm, passionné pour le vin, disant de soi-même qu'il bnvait«ommettti^i&(»ne cordelier et répétant souvent la chanson :

Boire à 1a capncine.

C'est boire pauvrement I

Boire à la célestîne,

C'est boire largement I ' >

Boire' âkjaoobme, ' . >

C'est ehopift II chopine«

Mais boire en cordelier,,

C'est vider 4e cellier !

Le goût de Lestocq pour h bouteiUe devait le faire apprécier par u grand nomhre de ses contemporains, et non point en Russie settlonient» A cette époque, l'on buvait beaucoup en Allemagne. Ainsi,: chez le roi de Prusse Frédéric-Guillaume I l'on se grisait à un tel point, qu'un pun, à souper, le maréchal comte FJemming'prit sur ses genoux la comtesse Do^hofT, maîtresse du roi, en présence de ce prince, etsemitàPemh bipasser, la comtesse riant aux éclats et faisant tomber la perruque du maréchal! Ce même roi de Prusse s' étant rendu à Dresde avec son fiis le prince royal (depnis Frédéric II, alors âgé de 47 ans), pour y faire une visite à Auguste II, roi de Pologne et électeur de Saxe, celui-ci, après'souper, invita la Formera, danseuse italique du diéàtre de Dresdn, à entrer dans la chambre dans l'état où Eve se promenait en paradis, et sans la feuille de vigne; le roi de Prosse, ponr éviler à son fils .d'admirer la Formera sous cet aspect, lui mit son chapeau, devant les y euxj II

* Oeorge-Guillaame, de son mariage avec ttne Fran^ise^ la fille du marquis 'd^Ol- "brense, ent une seule fille, Sophie-lDorothée, mariée an due de Bmff9\i46ic<»Luneboarg, deuxième électeur de Hanovre, et plus tard roi d'Angleterre sons le nom de George I.

Lestdcq n'arait nifoi ni loi; il était capaUe de toutes le$ baase$$es, de toutes les perfidies^ de toutes les noirceurs; pour lui, caloiuDier^ desservir les. gens, c'étaient péchés véniels. Méchant^ dur, vindicatif^ ii poussait la vengeance jusqu'à la cruauté, et jamais la pitié n'approch:i( de son coeur.

II. avait été le médecin d'Anna Krahmer (voyez page 10), et. s'était brouillé aveo elle. Dans une scène qu'ils eiurent ensemble en 1717, il donuait l'imprudence de la menacer de plusieurs révélations. L^.Krah' mer» laquelle ne te cédait à personne eu fait d'intrigues, informa Pierre I «pue Lestocq lui avait raconté avoir été le témoin invisible et inventaire d'une»..-. converstUion dégoûtante entre le ciar et sou aide-der camp (denstckik) Boutourline (depuis maréchal et comte), et lui. répéta les lazzis de L^tocq à ce sujet. LestOcq fut immédialement exilé à Kazan, où il resta jusqu'à l'avènement au trône de Catherine I, laquelle le fit revenir à la cour, et nomma cet homme si profondément knmoral — chirurgien de sa fiJle Elisabeth, pour lor^ â^e de seize ans!.

. Lestocq, devenu veuf de sa première femme (dont j'ignore le no»X épousa une certaine Alida Mûiier, d'une basse extraction, d^uée d'esi prit, aux manières communes et vulgaires. Lui-même, d'ailleurs, avait l'habitude de la mauvaise compagnie, des goûts fort vulgaires, un langage trivial et cynique, mais très-spirituel. Alida Mûller mourut en novembre 1743, au plus fort du crédit et de la puissance de son mari, crédit et puissance qu'elle exploitait largement, ainsi que lui, en se faisant payer de tous les c6tés; elle mourut peu de mois avant la nomination de son époux comme comte du saint-empire. Après quatre années de veuvage, Lestocq convola en troisièmes noces : il épousa la baronne Aurore de Mengden, laquelle accepta sa main, dans l'espérance d'adoucir ie sort de ses trois soeurs et de son cousin-germain*. Au lieu de cela, la destinée la réservait à partager le long exil de Lcs^ tocq, exil succédant à une faveur de cour telle, que le vieux maréchal fiolgoroukow, président du collège de la guerre, avait l'habitude de répondre aux officiers d'origine allemande venant solliciter une faveur quelconque : allez donc vou$ adresiet à LeOocqy c'est le Dieu des Aller mands en Russie/

Dans le second volume de ces Mémoires, je parlerai de la puissance de Lestocq à la cour, de son exil, de son retour; ici je dirai seule^ ment qu'il mourut le 12 juin 1767, à l'âge de 75 ans, sans laisser d'enfans, et il fut inhumé dans le caveau de famille des Mengden, à Zemikau, en Livonia Sa veuve lui survécut de près d'un demd-siècle

* Dorotàée de Mengden, comtesse de Munich, belle-fille du maréchal, part^peafk l'exil de son époux, Jacobine partageait celui de la iamille de Bninswick^ Jqlia se !(r«avai.t exilée en proTÎnce, et le baron CJbarleanUwid de Mengden gémûuîait «a Sibérie.

«ï iDbnhit à pèil près nonàgédaii^e en 18lf. Catherine H cotffârà àta cpmtesse Lestocq la joràsmoe yiftgèré des târreé, mgëlremént dobnéés' à son mari en Livonie, apSrès son retour de P«ril, et hii accorda, M^a*' letnent à titré de joàissance viagère, nae terre de ifi84 serfs en Rossiè-Blanche.

' Les neveux da comte Lestoeq héritèrent, après lui, d'une somme dé dix* raille roubles. Il était le pniné de deux frères : Jean-Paul et Louis; ce dernier, lieutenant-colonel dans Farmée prussienne, mourut pendant la guerre de sept ans, laissant un fils, Guillaume, officier-général prussien très-connu dans les premières années de ce siècle. Jean-Paul, te frère ahié du comte, laissa trois fils : Jean-Louis, conseiller d^état prus^ sien; Auguste, colonel saxon, dans la maison duquel fut élevé le célèbre générai polonais Dombrowski, et Œristiau'Wemer-Tbéodorey eo^ ^ lonel aa service de Russie.

Maintenant je parlerai d'Alexis Razoumovski, devenu plus tard lé mari d'Élisabedi.

Au village de Léméscbi, non loin de la ville de Kozéletz, dans ta province actuelle de Tcbernigow, habitait un cosaque, Grégoire lakovlew Rozoum, dont la femme, Natalie Démianovna, était la fille d'un paysan voisin. Lear fils puiné, Alexis, né le 17 mars 4709, ayant une belle voix, se trouvait attache, en qualité de chantre, à Téglise du village voisin deTchéméry. Le colonel Vichnevski, chef de la chapelle de la cour, se trouvant de passage à Tchéméry, ayant remarqué 1ii belle voix du jeune homme, le prit avec soi, l'amena à Péterisbourg, et le plaça, en qualité de chantre, h la chapelle de la cour. C'était uà grand et beau garçon, robuste et bien bâti; la grande-duchesse Elisabeth, dont Tamant Scfaoubine avait été envoyé en Sibérie; un autre amant, Simon Narychkine, se trouvait obligé de résider à rétranger, bù il se cachait, à Paris et à Londres, sous le nom dé Tenkin, et dont h liaison passagère avec le comte Platon Moussine-Pouchkine avait évmllé la colère dé Timpératrice Anne, se dédda à choisir ses aobans dans les positions sociales les plus modestes, et trouvant Alexis Rozoum fort à son goût, elle pria le grand-inaréchal du palais, comte Reinhold Loewenwolde, de lui accorder sa démission de chantre. Ayant obt^u ceci, elle le prit dans son palais, où, sous le nom de Ràzoumovski, H fut soi-disant Tintendant de Tune des terres de la grande-duchesse, mais, en réalité, son amant préféré et bien-aimé. Elisabeth ne se piquait guère de constance charnelle : elle aimait la variété et ne se la refusa jamais; seulement, son coeur appartint sans partage à Razoumovski, jusqu'au moment où, plus tard, Ivan Schouvalow devint le maître absolu d^ ses affections.

. Après ravénement d'Elisabeth au trône, le 25 novembre 1741, Razoumavski fut nommé cliambdlan et lieutenant de la compa^ie des gardes-du-corps, avec le rang' de général-major; le 31 décembre il fut

aiviaiicfr ftommé KeôteiiaàWgftiéral; le S février il tognt foiâre.lidst^ nob de Samte^Anne; le SH avriVjoar da sacre de fimpératrice, il bt namtnô graDd-VeÉenr, 'géoônd sa chef et cfaeralier dé Saiiil*ADdré; peu de temps après rimpéralrice Fépousa; en 1744 il fol créé Gomte> du saint-empire, et en i7K6 nommé feld-marécbal. A celte occasion^ it ëà k J'impératrice t Lise, tu peux me nommer feUnnaréchûi, mau iu ne pourras jamstû faire de moi né fût-ce qu'un simple cohmel que Vwn^ puisse prendre oti sérieux f.

> Immédiatement après Tavénement d^ÉKsabeth an trôBe^uB officier attx (;ardes fut envayé^ avec des voitareS) de beaax habits et des pelisses de martre pour amener à Péteriboorg la mère du favori, sen Jedne frère CSyrille, sa nièce Ëudo&ie, fiHe de son frère aîné Daniel ^ la jeune fils de son Gousin*germain Ivan Rozoum, et les sbenrs du h-* vori, mariées aux cosaques Daragane et Zakrevski, avec leurs famille& ' L'officier aux gardes, arrivé à Léméschi, demanda: où demeurait madame Razoumovskif On lui répondit : nom n'avons jamais eu chez noue nHe dame de ce nom: peut-être cherchez-vous la veuve Bozoumihaf Yoilà sa cabane**. Natalie Démianovna, après avoir entendu le récit de Toificier, lui dit : Monsieur, vous êtes un brave homme; que vous ui-je fait pour que votts vous moquiez de moi***f S'étant enfin convaincue de 1^ réalité de son changement de position, elle fit venir toui^ ses vei*^ sins pour prendre congé d'eux de la façon la plus amicale. L'un d'eux*, un vieux cosaque^ lui dit : 0ht Bozoumiha^ que tu e$ heureuse! Qudts beUe existence tu vas mener/ Tu n'auras plus besoin de soigner toi-màne tes boeufs; tu pourras avoir tous les jours, et à voloiUéy du borstdi, du smf et de Veau-de-vie (gorélka) ****

. L'on partit pour Pétersbourg; à la dernière station, Alexis Razon* movski vint au-devant de sa mère, laquelle ne le reconnut point, au premier mosaent. Ijs, bonne, vieille fut lavée, peignée^ poudrée, en loi mit du blanc et du rouge; on la revêtit d'une superbe toilette de court et, dans ce costume, on la conduisit directement au palais^ en la pré* menant qu'au moment où elle verrait entrer l'impératrice, elle devait s^agenouiller. La Vieille, qui n'avait peut-être de sa vie jamais vu un miroir, s'apercevaat dans l'une des grandes glaces du palais, ne se re* connut point elle-même sous le spléndide costume ddnt elle se trouvait habillée : elle se prit pour l'impératrice et tomba à genoux devant la

glace ...

Elisabeth lui fit l'aocneil le plus tendre, et lui dit, entre autres .* quê

• JlHdaBbRa, TU uomemb moba Baseaib «ejb^MapmaioMi, bo BttKorAa ae gitjiaeiDb im neBii 4ftHre nopuAO^&aro noiKOBBHKa! Gatii, Xà m TOJbRo!

** Bi eaci vh P047 ae 6yio taBott naaa, a a, roju ÔoHtaere» xaia Po3yiiixi-B;(MU. • *«* îiaBi JienoieibiioïKflutt, tu xjoneirfc ao<^) oe rjysyS si «eBo : m s To6t DQiiaia?

*•*• Le peuple petit-nusien aime à mettre du suif dans son potage fkTori, le iborstch^ fait avec de la bettetave et de la viande.

— 4St —

Éei etHra^kB ioiênt ^ies*/ Ëlië voalut là ttoâm^ dftine à pbrtm^f mais Natalb Dômlanoviia, qui atail beaiicoiip d'esprit naturel, compi^ à quel point elle se trouyerait déplacée parmi ses nonveaax eollègùes': elle refusa. Malgré les soins et les marques de fetidresse dont ra6cair« Uaieat et son fils et Timpératrice, elle ne voulut point ret^eràlacoûry où elle se sentait si complètement dépaysée : elle voulut. rotoumer dâtia son cher pays natal» en Petite-Russie, manger son borstoh et son gruàoi 6arra»n, qu'elle préférait aux meilleurs plats de la eisdaine fran^se. Hns tard, en i7S0, lors de sa nominatioa aux foiustions dehetmande la Petîte-Biissie, le comte Cyrille obtint de sa mère d'aeeepter un ap* partemont dans oon palais de faelman; mais loute la tendresse de son fih, lei soins qu^ii lui témd^ait, ne parvinrent jamais à vaincre IV version de h, bonne vieille pour le luxe; die quitta bientôt le palais du betmas pour vivre dans une petite maison bien modoste. Elle disait de ses fils : t je ne m'étonne point de leur bonheur : ils

• sont nés heureux; imaginez^vous que lorsqu'Alësdia (o'est^Hiire 1# i comte Alexis) allait, avec les autres garçons du village, cueillir des

^ « noix et ramasser des champignons dans la UarM voisine, il &i rapr j» portait toujours plus que ses compagnons; et les boeuls qttie soignait » Kiriousdia (c'est-à-dire le comte Cyrille) n'étaient jamab malades, ni

• ne s'égaraient jamais! Quelques jours avant que Yiehnevski emmeo&t » Alêscba à Pétersbourg, j'avais vu en révè le soleil, ia lune et le^ ■9 étoiles venir se placer sur le plafond de ma cabane. »

Ses fils élevèrent à Léméschi, sur la tooibe de leur père, une église^ et rbumble cid>ane où ils étaient nés fut soigneusement conservée et garamtie contre les intempéries du climat Cette cabane fut dévorée par les flammes lors d'un iucendie qui consuma^ en. 1847, le village de Lémésdii. Ce village appartenait, à cette époque, à un gentilhomme petitr russien de très-bonne maison, Grégoiro Pavlovitch Galagmie, dont la mère, née comtesse Goudovitch, était une petite-fille du maréchal comte Cyrille Razoumovski.

> La soeur aînée des maréchaiix Razoumovski, Anna, fut mariée à fifimé Fédorovitoh Daragane, un simple cosaque, devenu plus tard co? lonel du régiment petit-russien de Eiew, et la souche de la famille Da^ ragane. Un de leurs fils, Basile, fut lieutenant-général soils le règne de Cath^ine II, et leur fille, Sophie, épousa un prince Havanski.

La soeur cadeue des maréchaux Razoumovski fut aussi mariée à un cosaque, Joseph Loukianovitcb Zakrevskif, devenu plus tard ofiiciergénéral (ghénéralnyi bountchoujnyi) en Petite-Russie et conseiller privé

* Biarocjoneniio «ipeio noe. ^

f II ne fiint point confondre les Zakrevsld petîts-rassiens arec nile antre famUIe de ce nom, issue d'nn soldat devenu officier, et ^blie dans la province de Tvér. L'on des petits-fils de ce «oldat, devenu comte à force d'intrigueS| administra, opprima et vola Moscou pendant onze années consécutives.

r«w. Leuï fiHe M^rioa épousa l& grand-écnyer Léon Narychkme ; raie aotre, Sophie, épousa le comie Nicolas Apraxine, et un de leurs fil^ André Ossipovitch Zakrevski, épousa une princesse Odoievski. De ce dernier maria^ naqpiirent deux filles : Anna, une méchante folle, mariée à Alexandre Siépanovitcb Lavinski *, et Pauline, mariée au comte Paal Potemkiae, mère de ce comte Serge Potemkine si connu par ses prodigalités f.

La nièce des maréchaux Razonmorski, Eudoxie Daniiorna, épousa le comte André Bestoujew-^Rioumine, fils unique du chancelier. Peu de temps après son mariage, elle voyagea avec son époux, et à Vienne elle fut comblée d'amabilités et de petites attentions par Marie-Thérèse, laquelle avait besoin de Talliance russe dans sa guerre contre la France, et, À cet effet, payait des pensions annuelles au chancelier Bestoujew et au vic»-cfaanceiier Yorontsow.

Le neveu-germain des maréchaux Razoumovski, Basile. Ivanoviteh ilazoumovski, épousa une comtesse Apraxine (soeur de celui qui était marié à sa cousine Zakrevski). Je ne sache point qu'il ait laissé une postérité.

Après Tavéneraent d'Elisabeth au trône, le chancelier Bestonjew, craignant que l'impératrice ne contractât un mariage quelconque avec un homme d'intelligence, d'énergie, et capable de mener les affaires; connaissant le peu de valeur intellectuelle d'Alexis Razoumovski et l'extrême bonté de son coeur, lui suggéra l'idée d'épouser l'impératrice. L'on gagna, à cet effet, Ambroise Yuschkewicz, archevêque de Novgorod et de Pétersbourg (voyez page 408) et le confiseur d'Elisabeth, Boubianski; ils firent appel à la Ingoterie de l'impératrice; J'ignore de quelle façon ils trouvèrent le moyen de concilier ces idées de bigoterie et de sentimens conjugaux avec la dépravation de cette femme, habituée à un continuel changement d'amans, mais enfin ils (dMnrent un succès complet, et le mariage de Razoumovski avec l'impératrice fut célébré à l'église du village de Pérovo, près de Moscou, dans l'automne de 4742. De ce mariage naquirent un fils et une fille, .appelés Tarsdcanow; ce nom leur fut donné à cause du village ,de Tarakanôvka, apparl^ant a leur père en Petite-Russie. Le fils, par son inconduite, obligea Catherine U à te faire enfermer dans un couvent (si je ne me trompe, dans la ville de Péréïaslaw-Zaleski; mais je n'en suis nullemeiU ceriain), et il y vivait encore dans les premières années de ce siècle. La

' * Lavinski, fils naturel d*nn comte- Golovine, fut gouTemeor-général de la Sibérie orientale , où il laissa de fort bons souvenirs.

f Lors da décès dn comte Serge Potemkine à Pétersbourg, il y a une dizaine d'années de cela, son cadavre, pendant plusieurs jours, ne manifesta aucun signe de dé- Composition» ce qui ûdsait retarder les funérailles. L'on disait que le comte Potemkîiu;, n'ayant jamais payé un seul de ses créanciers, ne voulait point payer non plus sa datte à la nature.

mid prit )è voile, à Moscou, ad content de TAicension^ te Ereœfini elle y mourut dans les premières années de ce siècle. Pour ce cpii en eet de la célèbre -aventurière, appelée ptincesse Taràkanow, soi^(Ësttit noyée dansr la grande inondation pétersbourgeoise de 4777, ce n'était qpie la 01le 'd'un israèKte polonais, mise, en avant y à titre de soi-disante fille de rifflpératri(^ Elisabeth, par le prince Charles Radziwill^ à cette époque ennemi de Catherine IL Dans le second volume de mes Mémoires j'aurai à parler de cette aventurière, et à raconter coiouneqLt le comte Alexis Oriow, après .av<Mr eu un instant l'idée de s'en servir* contre Catherine II, la livra à celle-^l par la ptus infâme et la plus sacrilège des trahisons, avec l'aide du consul d'Anglet^re à Livoume, Dick, d^un escroc d'origine espagnole, natif de Naples, nommé Ribas, et de l'amiral Greig (l'aïeul du général Greig actuel). Cette aventurière mourut en couches à la forteresse de Pétersbourg, deux ans avant la célèbre inondation.

Le comte Alexis Razoumovski avâdt peu d'esprit, mais un coeur excellent; il était généreux, désintéressé,. bon et bomain^ ii faisait beaucoup de bien aux mâlheurepx» il était prodigue de son argent et jouant gros jeu, il aimait à perdre s'il avait affaire à des partners peu riches. Sa position à la cour était tout-à-fait celle d'an mari de l'impératrice. S'il se trouvait indisposé» il recevait, en robe de chambre, l'impératrice venant dîner chez lui, accompagnée de ses intimes. Plus d'une fois, en hiver, le public voyait Elisabeth boutonnant la pelisse de son époux et lui rajustant sur la tète son bonnet de fourrure. Il aimait la chasse, et les courtisans recherchaient fort l'honneur de l'y accompajgner; ses invitations étaient fort briguées et enviées, malgré que dans les repas fort copieux succédant à ces chasses, le comte Alexis, sMl lui arrivait d'être pris de vin, se transformait complètement: l'homme excellent et bon devenait querelleur, taquin et violent jusqu'à rosser ses convives, lesquels supportaient ses coups avec résignation, certains d'en être dédommagés plus tard par les grâces et faveurs de la cour. Lorsque le comte Pierre Schouvalow accompagnait Razoumovski à la obasse, la comtesse Schouvalow plaçait des cierges devant les images des. saints, espérant obtenir pour son époux ^ par leur intercession, une chasse tranquille, sans corrections manueHes de la part de Razoumovski. Ses prières n'étaient pas toujours exaucées, et plus d'une fois Schouvalow, de même que les autres, revenaient passablement étrillés. Mais, à part les' orgies à la chasse, le comte Alexis Razoumovski était, je l'ai dit, Ib meilleur et le plus doux des hommes; ses formes étaient simples, affectueuses, sans morgue ni prétentions, n'ayant rien de ce ton affecté, cachet ordinaire des parvenus. N'ayant reçu aucune éducation et fort j),eu intelligent de sa nature, il ne pouvait, comme de raison, briller dans la conversation; mais la finesse particulière à la plupart des Petits-Russiens, et dont il n'était nullement dépourvu, donnait à ses pa-

roiés xm ntiaoge de bMihooiie et de bon sens ({tii le f^ail aimer de tous. • .

En 1749 commença la fayenr divan SefaonTsdow, mais grice an fien eonjagal qaî rattachait Timpératrice k Raz^omovski, ce dermer conserva sa haute position de coar. En 1748, Fimpéraotee §t bâtir, par Rastreili, sor la Perspective NêVskî, an grand h^ei simiommé le palais Anitehkow, parée <]u'i1 fat ^Vé sur remplacen^nt des potagers appartenant à nn régiment d'infanterie commandé par le colcmel Anttt^hkow, et appelés potaffers'Anitchktm*. Elisabeth fit don de ce palais à Razoumovski, leqoel, après la mort de Fimpératrice, y pas^ les dit années de son veuvage. Il y mourut le 6 juillet 1771.

Peu de temps avant sa mort, une cargaison de cbanvre provenant de ses terres, achetée par un marchand pour la somme de 70,000 roubles (350,000 fr. de monnaie actuelle), vint à brûler avant que le marchand en eût pris livraison. L'intendant du comte arriva chez lui tout éploré, s*écriant : t ah! excellence! quel malheur que nous ayons » relardé la livraison de quelques jours! » ^- t Pas du tout, répondît » ce noble parvenu, pas le moins du monde! Il est fort heureux que » la livraison ait été retardée : une perte pareille aurait pu déranger » les affaires du marchand, peut-être môme le ruiner, et moi, grâce à » Dieu, je n'en serai ni ruiné, ni môme dérangé! •

Après Tavénement de Catherine H au trône, l'ex-chancelier Bestoujew et le chancelier Michel Vorontsow, par platitude yis-à-vis du nouveau favori , Grégoire Orlow, poussaient à son mariage avec Catherine IL Cette princesse, dans les premières années de son règne, avait pour principal appui la garde impériale, où les Orlow étaient très-populaires et fort aimés ; aussi ce mariage, auquel elle-même d'ailleurs n'était nullement hostile alors, aurait eu lieu probablement sans l'énergique opposition des deux frères Razoumovski, des deux frères Panine, du comte Zahar Tchernychew et du prince Dolgoroukow de la Crimée. Zahar Tchernychew alla jusqu'à déclarer, qu'en cas de mariage, il tuerait Orlow de sa propre main. Un jour, le plat et vénal chancelier Torontsow vint chez Alexis Razoumovski lui dire, qu'en cas de mariage de l'impératrice avec Orlow, on lui conférerait, à lui, Razoumovski, les litres de grand-duc et d'altesse impériale, t Ce serait une » indignité {merzosté)y et je ne les accepterais point, répondit le véné- > rable vieillard. C'est déjà bien assez pour moi^ un simple cosaque,

• * Âpr^ la mort du comte Alexis, Catherine H acheta à son frère le palfus Aidteii- .kow, et en fit don au prince Fotemkiney en 1776. Piotemldâe ie Tendit au moiobaiid Sehémiakiney. lequel le rçyendit à rempereixr'ggjil. En 1809^ lors du premier mariage de la grande-duchesse Catherine a^eC le prince George d'Oldenbourg» ce palais leur fut assigné pour leur résidence. Après le second mariage de la grande-duchesse avec le roi de Wiirtemberg, en 1B16; ce pàkûs fut donné au grand- dttc Kicolas, depuis empereur.

•fd'âM i$reàn féM«Bréebail,.edmie, eôrdon-fttea et ttiHioiittaifdf * — € Mais vous avec été mîié avèG la féae impératrice, répliqua Yoiroiitt à xow.» — c Jamais. > — c Hais yw& derei aroir dans yos papiers • la preaye de ce qae je dis, et^ au besoin, le gouvemeiiient pobrridt » mettre la main sar ces papiers. > -^ c Attendez^nM)! ici xm instant, » .tôpondit Raxoomovski. Il passa dans son cabinet; en revînt au bout de qaelqnës raomens avec une liasse de papiers, k^ jeta dans le feii de ia cbeminée, se redressa de toute sa hauteur, et montrant du doigt les papiers qui flambaient, il dit au chancelier : « allez^ informer oeUK qui •iTous ont envoyé ches moi, que jamais mon auguste bienfaitrice, Tim- ^ pératrice ÉHsabeth Pétrovna, n'a été mariée, et qu'elle ne se serait } jamais oubliée au point d'épouser Fun de ses sujets. »

Catherine II témoignait au comte Alexis les plus grands égards et lé traitait tout-à-fût comme un oncle. Lorsqu'il entrait dans la chambre, elle se levait et allait an-devant de lui; elle lui faisait toujours avancer un fauteuil, et lorsqu'il s'en allait, elle le reconduisait jusqu'à la porte du salon.

Cyrille Razoumovski, frère d'Alexis, naquit au village de Léméschi le 18 mars 1728. Il se trouvait dans sa quatorzième année lors de l'avènement d'Elisabeth au trône; amené à Pétersbourg, il fut envoyé en Allemagne pour y faire ses études sous la direction d'un jeune académicien, Grégoire Nicôlaïévitch Téplow, fils naturel de l'archevêque Féofane Procopovitcb. A l'âge de 15 ans, le jeune cosaque fut nommé gentilhomme de la chambre; à 16 ans, il fut créé comte; à 17 ans, il fut nommé chambellan et cordon de Sainte- Anne; à 18 ans, cordon 4'Alexandre-Nevski et président de l'académie des sciences (!'•); '* même année il épousa Catherine Ivanovna Narychkine (voyez page 110), cousine issue de germaine de l'impératrice Elisabeth et la plus riche héritière de Russie; à l'âge dé 20 ans il fut nommé lieutenant-général, aîde-de-camp-général, lieutenant-colonel des gardes Izraaïlovski, sénateur, et reçut du roi de Pologne le cordon de Taigle-blanc. U avait 2Î ans, en 1750, lorsque la dignité de hetman de la Petite-Russie, vacante depuis 1734, fut rétablie en sa faveur; il obtint le droit de parité de rang avec les feld-maréchaux; l'impératrice lui iBt don de tous les revenus attachés aux fonctions de hetman, et accumulés depuis le. décès du hetman Apostoll, c'est-à-dire depuis seize ans, et l'année suivante il reçut le cordon de Saint- André.

Dans le deuxième volume de mes Mémoires, je parlerai des événe- 3»ens de cour auxquels prit part le hetman Razoumovski; ici je raconterai plusieurs anecdotes servant à peindre cet homme vraiment respectable; j'ai eu et j'aurai encore, dans le courant de ces Mémoires, à enregistrer tant de bassesses, tant d'infamies, tant d'ordures, que je suis heureux, m vérité^ de pouvoir m'arréter sur une personnalité aussi sympathique. Je me délecterai à parler de cet homme, que le plus

b^orenx des bassrds pckfta de la positnm la pins îÉSme à la plus éle« vée; de cet homme, an^el Ja télé ne toanoik jamais aa seiB îles grandedrs et d'une opulence fabnleose^ de cet homme 4^ fat constammeitf bon, humain, diaritable, géuér^ox envers les infortunés, be connut lamais l'orgueil ni la morgue^ fut constamment accessible à tots, prérenMi eùyers tous; avec cela rempli d'intelligence, d'un esprit piquant et fia, qui fut, en un mot, la plus belle incarnation du Petitt-Russiea a\^ toutes ses bonnes qualités, et sans les p^ts défauts (qftelte na^ tion n'en a point?).

Un serf du comte Cyrille, qui administrait Tune de ses terses, s^étaitf brouillé avec un pauvre gentilhomme voisin, intenta à celui-ci un procès injuste, paya les tribunaux, gagna le procès, et en enlevant au pauvre homme sa seule et unique propriété, le réduisit à la misère. L'infortuné idia porter plainte au comte Cyrille. Ce dernier s'empressa de faire don au dépouillé, non-seulement de la terre à lui injustement enlevée, mais encore de la terre voisine, propriété du comte. Dans cette terre se trouvait inscrit, à titre de serf, le méchant intendant, leqael, de cette façon, se trouva devenir le serf de celui qu'il avait voulu réduire à la misère, et affranchi quelques jours après, il subit l'humiliation de voir sa lettre d'affranchissement signée par soa ennemi.

En 1776, le prince Grégoire Orlow répara ses torts à l'égard de sa cousine-germaine Catherine Nicolaîévna Zinoview, qu'il avait viotée deux ans auparavant, en l'épousant*. Le mariage entre cousins-germaine étant défendu, et le prince Qrlow se trouvant alors en disgrâce, le

* U, existe en Russie plusieurs familles dn nom d'Orlow, dont l'nne est d'ancienne origine, mais elle n'a rien de commun avec les comtes Orïow. Ceox-cî sont issus d^nn soldat strélitz, nommé Ivan Orlow, condamné à être décapité sous Pierre I pour aYoir pris part à hi fi^neuse rébellion des strétitz en 1697. Le courage avec lequel il marchait i la mort frappa Pierre I et lui obtint sa grâce. H devint officier et laissa dettx fils, Wif^ kita et Grégoire. Nikita eut un fils, Grégoire, grandHuar^al du palais sous C»therine.II, etune fille, Anissia, mariée à Etienne Fédororitch Fratassow, sfinateor dans les premières années du règne de Catherine IL

Grégoire Iranovitch Orlow, le second fils du strélitz, général-major et gosTemeur dé Novgorod, épousa Loukéria Ivanovna Zinovîew, d'une fiimille de très-bonne noblesse, comme dès le quinzième siècle. Il en eut cinq fils : Ivan, Grégoire, tous les deux décédés sans postérité ; Alexis, dont le fils unique mourut «n bas-âge ; Fédor, célibataire, et Vladunir, décédé en 1833, après avoir survécu à son fils unique. T<»0 les cinq furent créés comtes par Catherine II, le jour de son sacre, et Grégoire devînt^ en 1772, prince du saint-empire. Le nom des Orlow et leur titre comtal furent transmis, en 1856, à Vladimir Pétrovitch l>aV7dow, le petit-fils du dernier coâite.

Le comte Fédor, de sa liaison avec une dame Popow, née Goussiatnikow, eut tam fils naturels, anoblis, sous le nom d'Orlow, par Catherine II : Alexis, depuis prince (le père du ministre de Russie à Bruxelles), Michel, le respectable décembriste, père de M. Nicolas Orlow et de la princesse lachvill, et Grégoire, père de la comtesse Orsini de Rivalta. D'une autre liaison avec une dame laroslavow, lé comte Fédor eut deux enfans, également anoblis par Catherine II sous le nom d'Orlow : un fils, Fédor, et une fille, Élisab^, mariée au séuatenr Bézobnuaow. ...

teonsril impérisJv o& TaRaire avah été portée, signa un arrêt cat^rar nant les époux à ôtre séparés et enfermés dans des couvens. Le comte Cyrille ne voulut point signer; il déclara à ses collègues que, dans l'arrêt, Ton avait oublié un article du r^lément sur les pugilats publics, t Gomment cela? > lui demanda t-on. « Mais V article oi^ il est 9 dit que l'on ne frappé point le tutteur renversé et étendu à terre. Si ce » mariage avait eu lieu il y a dix ans^ lors de la faveur d'Orlott^ chacun 9 de fto^ aurait été heureux de se voir invité à sa noce, et mainte^- » nant^ parce qu'il est tombé en disgrâce, vous voulez l'enfermer au coth ft vent; jamais je fie signerai une pe^eUle indignité! » L'arrêt fut soumis à Catherine II, laquelle déclara que sa main ne pouvait signer une senr leDce coolre son bienfaiteur^ contre Thomme qui Favait sauvée du couvent et de la prison pour la fsâre monter sur le tr^e. Pour couper court à cette affaire, Catherine rendit un oukaze par leipiei la jeune princesse Orlow (eHe était dans sa diz-neuvième année) fut nommée dame à portrait, et reçut le cordon de Sainte-Catherine. (Cette jeune femme mourut de phthisie, à Fâge de 22 ans, le 27 juin 1781, à Lanfianne, où elle est enterrée dans la cathédrale.)

Un jour, au sénat, le comte Cyrille refusait de signer un arrêt injuste. Sur Tobservation des sénateurs, que Timpératrice désirait voir rendre cet arrêt, il répondit: » puisque Timpératrice le veut, je vais signer aussi, » et retournant la feuille, il écrivit son nom sur le versoTy et récrivit de travers. Catherine lui en ayant demandé rexplication, ii répondit : « Madame^ mes collègues m^agant dit que V. M. voulait nous voir signer cet arrêta je n'ai point votdu vous désobéir. Mes collègues ayant jugé r affaire de travers, je l'ai signée de travers*! Catherine se fit apporter le dossier de l'affaire, Texamina, annula Tarrét, et dit au comte Cyrille : Vous êtes mon véritaUe ami^ puisqu^e vous m'avez empêché de commettre une injustice,

c Que tait-on chez vous, au conseil impérial? > lui demanda un jour Pun de ses amis. Je vais vous dire ce que nous faisons^ répondit le comte Cyrille. L'un des Panine (le comte Nikita) parle. Vautre crie (le comte Pierre) ; l'un des Tcliernychew (le comte Zahar) passe son temps à nous émettre des projets, et l'autre (le comte Ivan) à craindre et 4 trembler. Moi, je garde le sUençe, et d'autres prononcent des discours bien plus fâcheux que mon silence à moi!

Un jour, à table, Catherine II lui dit : t maréchal, je vais vous pro^ » poser un toast que vous serez heureux de porter : celui des hou; » nêtes gens! » — < Dieu m'en préserve, madame, s'écria le comte Cy- » rille, je ne me soucie nullement de provoquer une épidémie! >

Après la victoire navale de Tchesmé, un Te Deum fut chanté à la forteresse de Pétersbourg. Le célèbre Platon prononça un sermon, au milieu duquel il se dirigea vers la tombe de Pierre I, le créateur de

* ToBapanta mou noKiWBui Aymoio» noioiiy e a noAflicui ipHse. •

la flotte rnflBe, et fît entendre eea mois : « lèrre-CAa/ 6 grand faonsfiei H 9 vois le frait de tes oeavres^ » Le comte Cyrille dit à demi-Toix, de façon h être entenda par tons aee voisins : Singulière idée de fHndoir faire reeemciter Pierre L S'il ressuscOait^ U nous admimarerait i ckacutt une fafàeuse volée de coups de canHe^ et nous la méritons f

Un jour, son principal intendant arrive obez lui toui effisÂpearlor annoncer qae plusiears mflliers d'entre set- serfs avaient pris la faiti^ s'étaient dirigés vers les steppes riveraines de la mer Noire, et il ajonta*: € sont-ils ingral»f Yotiw excellence est le père, de* ses serfs. » Le comte Cyrille répondit : le père n'est pas maumiSj mais maman4iberté vaut mille fois mieux; ils ont de l'esprit, a leur place /aurais fait commeeum^f

L'on de ses flatteurs eut la platitude de lui dire, qu'il était ininste de donner le conàmandement de l'armée^ an comte Roomiantsow (aJeis général en chef), au lieu de le conier à son excell^iice, qui avait le rang de MdHnaiéchai. Le comte Cyrille lui répondît : f Fimpésatrice y vent voir les Turcs battus par les Russes, et non les Rosses battus t pair les Turcs : c'est ponr cela/ qu'elle a confié son armée à Rou^ » miantsow, et non à moi; elle a parfaitement raison d'en agir »nsi! »

•Lorsque le ministre de Russie à Dresde, le comte Keyseriingk, obtint pour Alexis Razoumovski, en 1744^ un diplôme de comte du sainte /empire, voulant faire sa cour au favori nouveau, il fit insérer dans ce diplôme que les Razoumovski étaient issus du prince Bohdane Ro«jiuftki, dont le père, le prince Enstache, tut hetman des cosaques de i614 à 1534. Les princes Rojinski, issus des grands*dncs de Lithnaqie^ de la race des Jagellons, se sont éteints au dix-septième siècle. Cyrille Razoumovski, après son élévation au hetmanat, étant venu à Eieir« Michel Kozatcfainski, prêtre-moine et professeur à racad^mè ecclésiastique de cette ville, lui présenta un volume magnifiquement relié et doré sur tranche, en lui disant : • c'est la généalogie de votre excet^ p lènce. > — «Ma généalogie? très^-révérend. père, mais comment se y fait-il qu'elle soit si volumineuse? > — c La famille de veitre excel^ » lenee descend de l'illustre maison des princes RojtnskL > * — t Baht bah! révérend père, quelles faibles me contez-vous là. Ma généalogie n'esit nuilemenJt aussi longue. Mon pêf*e^ un brave cosaque et un kownête homme y fui un simple cosaque de régiment (réghiHrovyi kozak); ma respectable mère, d laquelle Dieu donne longue vie et bonne santé j est la' fiUe d'un simple paysan^ aussi un brave et hènnête homme, ei inot, grâce aux bontés de S, M l'impératrice, notre bienfaitrice^ me voUd comte et hetman de la Petite-'Hussie sur les deux rives du Jhiièpre, avec rang ei honneurs de feld-maréckal russe. Voila toute ma généalogie: eUe est courte^ mais je n'en veux point d'autre, car j'aime la vérité amni tout* Jdieu, révérend père, >

* BâTbEo xopomi, Bo MaTymRa-CBOÔoÀa n Tuca<iy pan ifime. yaoue uoni(u : oa ■» MteHifl 6u TO»e ynwm ...

. Ses 1^ éiaient ^mis; Gers et orgueilleux d'une (açoii morofaUe; h vieu^ Qomt^ Cyrilk^'eales; eatands^fit pâcfoig dépr^W les prélefition» arUtocratiqaes de telle ou telle faiaille, soimait $oa v^alet de chambre^ et tai dkail ea (HrésenfJ^ de.se» fils^: appartertnai mes hetbils dé paysan que f avais $^r tmi le jenr^ oik l'on arriva, de Pêter$bmrg pewr me ^^rcheTy et qui se trmvent conservés dam l'armoire que t» sais; je veux me rappeler ce. tmps oiije:memais paUne les boeufs et courais . offèSi eux, en criant : tzop / izop I . tzop l

.Au, imlieu de toqitefi. les saletés de la cour de Pétersbourg et de ÏBisotà^ r&s^0, ces deux frères Raxeumovskl^ces deux cosaques passeal sous nos yQux eomme de yteitàbles types dé ii^ease ei de pareté mocale!

Je parlerai, dans ]a. suite de mes Mémoires., de radânnistratioii: du oomte Gyrilla leto Petite*Rus$ie> adaûnistration douce, humaine, bienfait» same^ toute paternelle, et je diraî comment, ayant voulu rendre le het* ^^Bat:hérédita(ire dans da. famille, il ea amena la isuppcession «par Catherine i(, eq IT^.Jl.pos^sédait une fortune immense:; sa femme avait i^viron pii^quâiHe mille serf&; lairmôme.reçuii de rimpàratrice Élisa* betih les villes de B^W&F'm^j de Potchëp, de lampol, les vastes caÉtons (volosti) de Scbeptakov^k et de Baklaask, aveic le hàç, très-fMroductir à ç^te é|>Qq^, de .Péjt:év<»lot^na suil le Dnièpre,^ et' ua gr^d nombre d^^s^treç^ terrtô. Lors dé l-abolitipo du hetmanai, Catherine Illui fk doa de la ville de Gadiatch, des cantons (volosti) de Bykow et de Tchéi bovsk, et' du p^^lais hetaianial à B^itourine^ Il héiifa égalemeat de la iortuae trèsrCQnsidérable de sou frère* Lui et $a iemnie, d'un, au p;lus jeune qde son mari^ et morte en i77i^ laissèrent à tears enlaas bien jplasjde ce^t miUe serf^. '

Après Fabolition du hetmanat, et surtout après la moct dé sa femme^ il vint rarement à Péter^org : UOe fois tous les deux ou trois ans. U passait une paiçtie de; ses .hiyers à Moioou; une partie de ses ^s à Pétrovskpié-Razoumovskoié, près de Moscou, où il avait fait creuyer des étangs par de^ travailleurs petits-russiens , sous le prétexte qu'ib remuaient la terre mieux quo: les autres, màis^ eu réalité (il l'avoua fuiméme plus lard), pour la jouissance qu'il éprouvait à aller s'asseoir parmi eux et causeip dans sm iditoie natal. Cet homme excelleat avait la fibre petite-russieane au plus haut poiiat;^ ainsi, au sein de tontes les splendeurs d'un luxe oriental, ses laetA de préférence étaient le bofstch et le gruau sai:razin, et il avouait lui-même qu'en entimâant jouep de la bandoura, il avait besoin de se rappeler qu'il était hetm^ et feid-^ maréchal pour ne point sauter de sa place et se mettre à danser.

Dans sa vieillesse, à Mosjcou, il lui arrivait souvent de paraître à ses

dîners, parfois même à ses bal;s, eu robe de chambre, sur laquelle on

voyait la plaque de Saint- André. Lors du dernier passage de Potemkine

par Moscou, le comte Cyrille étant allé lui rendre la visite que le prinice

, venait de lui faire, Potemkine le reçut en. robe de chambre et lui de*

manda dé lai donner on bal. 'Le comte Cyrille le promit et tint sa promesse le lendemain môme, mais il pamt au bal en robe de chambre, aa grand mécontentement de Potemkine.

La résidence favorite, la résidence bien*aimée du comte Cyrille fut Batoorine, situé dans son cher pays natal; ce pays qa'il avait gouverné pendant quatorze années, gouverné avec esprit, équité, bo&té, où il était aimé et chéri. Durant les sept dernières années de sa vie, il ne quitta plus cette résidence, où il menait une grande existence, am&i qu'il Ta* vmt fait à Moscou et à Pétrovskoié^Razoumovskoié. Il eut toute sa vie riiabitnde de tenir table ouverte tous les jours, et parfois il lui arrivait de ne point connaître un h(m tiers des convives, venant manger à sa table. La consommation quotidienne de sa cuisine se composait d'mi boeuf, dix moutons, cent poules , et le reste en proportion. Sa domesticité cooiptait 297 personnes, savoir :

Un intendant, un maître d'bètel, un premier valet de chambre, 2 nains, 4 valets de chambre coiffeurs, 2 garçons-coiffeurs, un marquenr de billard, un sommelier, 2 serviteurs chargés* de verser le café, S serviteurs chargés du soin de la vaisselle, un huissier de chambre;

10 valets de pied à livrée, 2 chasseurs à livrée, un cosaque;

4 laquais, deux beyduques, 3 scribes de comptoir, 2 soldats et quatre petits garçons attachés au service du comptoir de la maison, 2 arpenteurs, 4 aides-arpenteurs; ' 10 chauffeurs de poêles, 3 femmes chargées du ménage de la maison;

Un chef de chasse, 2 premiers chasseurs, 13 chasseurs;

Un chef d'orchestre, 14 musiciens, 18 chantres;

Un premier médecin, 2 seconds-médecins, 7 élèves en médecine el en chirurgie, 3 femmes pour soigner les malades;

Un chef de cuisine, 3 cuisiniers, 11 marmitons, 3 confiseurs, 3 élèvesconfiseurs, un pâtissier, 2 boulangers pour le pain de froment, une boulangère pour le pain de seigle;

Un chef d'écurie, 2 sous-chefs d'écurie, 8 cochers, 40 valets d'écurie;

7 ouvrières en linge, 17 blanchisseuses; ' 4 femmes chargées de soigner et traire les vaches;

Un sellier, 2 faiseurs de harnais, 3 serruriers, 4 maréchaux-ferrants, un étameur, un carrossier, un relieur, deux tièves-relieurs, 2 tailleurs, 5 menuisiers, un argentier, 3 peintres, un serviteur chargé de veiller aux logemens de la domesticité, un faiseur de corbeilles, un colleur de papiers, un graveur, 18 gardiens de nuit et 15 serviteurs sans fone^ tions spéciales, à la disposition de l'intendant.

Sa nièce, la cpmtesse Apraxine, lui dit un jour : « mon oncle, vous > avez beaucoup trop de domestiques : vous pourriez parfaitement vous » passer d'une partie de ces gens ». Le comte Cyrille répondit.: < ma chère, »je pourrais me passer d'eux; mais allez leur demander s'ils pour- » raient se passer de moi? »

n moarm à Batoorine le 9 janvier 1803, à fâge de 74 ans, dt sa mort fai celle du juste : il fermait les yeux avec la convicticm d'aroir fait du bien à une masse de gens et de n'avoir jamais caasé de mal à personne.

Il avait en quatre filles * et six fils : Alexis, Pierre, André, Léon^ ivan et Grégoire. Pour faire Téducation des trois aînés, il avait fait venir d'Allemagne le savant Schlôzer, et Tavait logé, avec ses élèv6s> dans nne maison à Yassili-Ostrow, à la 10^ ligne. Outre les trois jeunes Razoumovski, il y avait encore, avec eux, trois autres adolescens : le fils du secrétaire d'état OIsoufiew (le père du premier comte de ce nom); Alexis Téplow, fils du gouverneur- du comte Cyrille, et Ivan Eozlow **. Ensuite, ces six jeunes gens furent envoyés à Tuniversiitô de Strasbourg.

Le comte Pierre Hazoumovski fné en 1751, mort en 1823), grand* chambellan d'Alexandre I, n'eut point d'enfans de son mariage avec Sophie Stépanovna Oucbakow, veuve Czartoryski (née en 1746, morte en 1803 ***). Le comte Pierre, un fort brave et honnête homme, mais assez nul, a laissé un fils naturel^ M. Nicolas Orjitski, lequel prit part à l'illustre et respectable conspiration du 14 décembre 1825.

Le comte, depuis prince, André Razoumovski (né le 22 octobre 1752, mort à Vienne le 23 septembre 1836), fut un homme d'esprit, dont j'aurai plus d'une fois à parler dans mes Mémoires^ Il fut pendant treize ans ambassadeur de Russie à Vienne, et vécut ensuite trente années , jusqu'à sa mort, dans cette ville, où le luxe de son existeneo et ses manières hautaines lui avaient fait donner le sobriquet d'archiduc Andté. il n'eut point d'enfans de ses deux mariages : avec une comtesse de Thun et une comtesse de Tbûrheim. Sa veuve, octogénaire, vit encore.

Le comte Léon Razoumovski (né le 21 février 1757, mort le 21 novembre 1818), se retira du service avec le rang de général-major et véeut à Moscou dans son bel hôtel à la Tverskoy (atijourd'hui le club

• Natalie, née en 1747, morte en 1837, mariée au grand- échanson Nicolas Alexandrovitch Zagriajski. C'est de cette femme spirituelle et aimable que Séguf parle danâ ses Mémoires, et Alexandre Pouchkine dans ses Souveuirs.

SUsabeth se fit enlever par un homme marié, le comte Pierre Aprasdne^ qu'elle épousa (voyeas page 190).

Anna épousa Basile Yassiltchikow, le frère du &Yorl de Catherine II, et l'onclegermain du premier prince Vassiltchikow.

Pauline épousa lé maréchal comte Goudovitch ; elle a été la bisaïeule maternelle de la princesse Nieolas Orlow.

•* Fils d'Iyon Iranovitch EJozlow, secréteîre d'état de Catherine H, eonseîSer priré actuel et sénateur, un homme intelligent et probe (né en 1716, mort en I78S). Ivan Eozlow fila (né en 1748, mort en 1808) fut marié deux fois : à Anna Apolonovna Homoutow (tante de Pataman cosaque de ce nom), et à Elisabeth Vassiftévna Tolstoj. De son premier mariage il eut un fils, le célèbre poète Kozlow.

••* (3ette famine Czartoiyski, qui existe depuis le dix-septième siècle en Pologne ^t eu Petite-BuBsie, est issue d'un batanl de la maôson princière des GzartoryskL

Anglais). Devenu amoarenx de la princesse Alexandre Galitsyne, 'née princesse Marie Yiazemski, dont le mari, après avoir mangé une fortune composée de vingt-trois raille serfs, se trouvait réduit à la misère, il Tacheta pour une pension annuelle de douze mille roubles assurée à sm époux, lequel tenait ce marché pour si naturel et si peu inconvenant, qu'on le voyait au théâtre dans la loge de Razoumovski, à côté de son ex-femme! L'empereur Alexandre I ne voulut point reconnaître ce mariage; la comtesse Léon, après la mort de son inari, alla se fixer à Vienne auprès de son beau-frère, le prince André; celui-ci la fit admettre à la cour d'Autriche, ce qui lui créait un précédent pour la fiour de Pétersbourg. Après la publication, par l'empereur Nieolasy du sauvage oukaze de 1834, prohibant aux Russes un séjour de plui» de cinq ans à l'étranger, la comtesse Léon arriva à Pétersbourg, et des cadeaux, faits par elle au comte et à la comtesse BenckendorfT, lui assurèrent, à la cour, un accueil fort gracieux. Nous avons tous connu cette femme étourdie, futile, mais excellente de coeur, laquelle ccmserva jusqu'à un âge nonagénaire la passion de la toilette, des soirées, des bals, des spectacles ; tenant grande maison, accueillante, hospitalière, la bienfaitrice de ses parens et de sa famille. J'en parlerai en son temps. £lle mourut en 1865, à l'âge de 95 ans.

Le comte Léon laissa un fils naturel, le sénateur Hyppolite Ivanovitch Podtchaski, marié, sur ses vieux jours, à la princesse Elisabeth Troabelskoy, veuve du dernier comte Polemkine.

Le comte Ivan Razoumovski quitta le service avec le rang de général-major; il mourut à l'étranger en 1803, sans avoir été marié.

Le comte Grégoire Razoumovski quitta le service avec le rang de brigadier, et s'adonna aux sciences, spécialement à la physique et à la chimie. Il épousa, à l'étranger, une baronne de Maltzahn ; j'ignore pour quelle cause ce mariage, reconnu en Autriche, ne fut point reeonmi par le synode de Pétersbourg; les fils du comte Grégoire sont restés en Autriche, où ils jouissent du nom et titre de comtes Razoumovski, tandis qu'en Russie ce nom leur a été refusé.

L'aîné des six frères, le comte Alexis (né le 12 septembre 1748, tnort le 5 avril 1822), ministre de Tinstruction publique sous Alexandre I, s'occupa de sciences naturelles, et spécialement de botanique; il avait des serres et des collections magnifiques dans sa terre de Gorénki, près de Moscou. Il fut un ministre des plus médiocres, mais un homme fort instruit. De son mariage avec une comtesse Schérémelew, il eut deux filles : la première comtesse Ouvarow et la princesse Répnine, et deux fils, tons deux décédés célibataires : Cyrille et Pierre. Gelol-ci mourut à Odessa en 1837, et avec sa mort s'éteignit, en Russie, la famille des comtes Razoumovski.

.Le comte Alexis Kirilovitch Razoumovski rendit ei^ceinte une Française, femme de ciiambre de sa soeur la comtesse Apraxine, et la maria

à an petit propriétaire du district de Piriatioe (province de Poitaya), un certain Ivan Nikititch Pérovski, major en second, relire du service. Deux on trois mois après son mariage, elle accoucha d'un fils, qui fut Nicolas Ivanovitch Pérovski, père de M. Pérovski, aujourd'hui membre du conseil du ministère de Tintérieur, et de Pierre Pérovski, consulgénéral de Russie à Gènes, mort à Genève en 1865.

Ensuite, le comte Alexis Razoumovski prit une maîtresse, la fille d'un paysan, nommée Marie Mihaîlow, dont il eut neuf enfans : quatre garçons et cinq filles*. Il existe, dans les provinces occidentales de Fempire, des ateliers, occultes comme de raison, de fabrication de faux documens en tous genres, ateliers parfaitement montés et organisés, fonctionnant de telle façon que, grâce à eux, plusieurs milliers d'individus d'origine bourgeoise se sont trouvés et se trouvent être des nobles de familles plus ou moins anciennes; c'est grâce à l'un de ces ateliers que le général Kreutz, fils d'un certain Krzyz, israélite polonais baptisé, se trouva être un comte du saint-empire du seizième siècle, et grâce à iin riche pot-de-vin donné au comte Benckendoriï, il fut reconnu dans son titre de comte du saint-empire par l'empereur Nicolas en 1839 t. Le comte Alexis Razoumovski avait d'abord voulu donner son nom à ses enfans : son père s'y opposa; il avait encore la chance de pouvoir solliciter de l'empereur d'anoblir ses bâtanis; mais il préféra s'adresser à l'un des ateliers de faux documens dont je viens de parier, et il y obtint, pour M""* Mihaîlow et ses enfans, un diplôme cons* latant leur extraction légitime (!!!) d'une famille nommée Pérovski. Le major Ivan Pérovski devint furieux et se mit à crier suc les toits.... L'on trouva, après la mort d'Alexis Razoumovski, dans son livre des comptes, la note suivante : donné soixante mille roubles d ce vieux fou de Pérovski pour le faire taire.

Les quatre fils de M"* Mihaîlow étaient :

Léon Pérovski, ministre de l'intérieur et des apanages, créé comte en 1849, mort en 1856, sans avoir eu d'enfans de son mariage avec une princesse Gortchakow, veuve Ouvarow;

Alexis Pérovski, curateur de l'université de Harkow, mort célibataire; connu dans la littérature russe sous le pseudonyme de Pogorélski;

Basile Pérovski, gouverneur-général d'Orenbourg, créé comte en 1855, mort célibataire en 1857; il laissa un fils naturel, Alexis, anobli par l'empereur Nicolas sous le nom dç Pérovski;

• Anna, mariée au comte Constantin Tolstoy, la m^re du littérateur comte Alexis Tolstoy; Elisabeth,, mariée à Eourbatow; Marie, aujourd'hui la veuve du général Kiyjanovski, ancien commandant de la forteresse de Pétersbourg ; Olga, mariée au sénateur Jemtchoujnikow, mère des deux littérateurs de ce nom, et Sophie, aujourd'hui la veuve du prince Vladimir Lvow.

f liC fils de ce Kreutz a été grand-maître de police à Moscou. H existe en Finlande une autre famille Creutz, dont le titre comtal est parfaitement régulier, puisqu'il a été conféré par la reine de Suède Ulrique-Eléonore^ le 31 décembre 1719«.

Boris PéroTski, créé comte en 1856, dit jours après le décès de sofl frère aîné; il se trouve aujourdliui placé à la tête de la cour du grandduc héritier; il est marié à M^ Boulgakow.

Je vais parler maintenant des Yorontsow. '

Il y avait jadis en Russie une ancienne et illustre famille de ce nom, issue d'un Yariague (Normand), fils d'un chef vàriague appelé Afrek, et neveu d'un autre illustre chef vàriague, Iakoune l* aveugle. Il vint en 1027 en Russie, où il se fit baptiser sous le nom de Simon, et fît, à ses frais, bâtir l'église de l'Assomption dans le grand couvent (lavra) de Kiew. Ses descendans occupèrent les plus hautes fonctions dans le grand-duché de Moscou depuis le treizième siècle jus({u'au seizième, et donnèrent naissance à plusieurs familles existantes de nos jours : le^ Aksakow, les Bachmakow, les Isiéniew, les Solovtsow, les Yéliaminow et les Yorontsow-Yéliaminow *. Pour ce qui en est de la famille des boyars Yorontsow, l'une des pins considérables de son temps, elle s'é* teignit en 1587. Son extinction, prouvée par le Livre de Vdours, se trouve encore constatée par ce fait, que sous le règne du czar Michel, au dix-septième siècle, les deux branches aînées de la famille Yéliaminow joignirent à leur nom celui de leurs agnats éteints, les Yorontsow; l'une de ces deux brandies s'éteignit elle-même à la fin du dix-septîème siècle; l'autre existe de nos jours.

Dans la seconde moitié du dix-septième siècle Ton voit apparaître un colonel des strélitz, Dmitri Loukianovitch Yorontsow et ses deux cousins-germains, tous les deux centeniers (sotnik) dans les troupes des strélitz, Élizar Nikititeh et le frère de ce dernier, Gabriel; celui-ci tué au siège de Tchigirine en 1678. Quelle était leur OTÎgine? D'où avaient-ils surgi? La tradition raconte que leur grand*-père, simple paysan d'un village appelé Yorontsovo, avait pris le nom de Ywontsow. Le plus jeune des quatre fils de Gabriel, Hilarion, devenu officier dans les troupes de Pierre I, épousa une demoiselle Masiow, dont il eut troi^ filles et trois fils: Roman, Michel et Ivan. Roman épousa Marfa Iva^ novna Sourmine, femme de chambre de la grande-duchesse Elisabeth, et introduisit son frère puîné, Michel, à la cour de cette princesse, avec le rang de gentilhomme de la chambre. Ce Michel, un homme d'un esprit médiocre, mais cauteleux et fourbe, beau de sa perscmne, fut l'uA des nombreux amans passagers d'Elisabeth. Il l'accompagna aux casernes dans la nuit de son avènement au trône; si ce complot eul échoué, cette entreprise nocturne aurait reçu l'épithète de révolte; Yorontsow et ses complices eussent été knoutés et envoyés aux travaux

* Il existe encore des Yélîammow.Zemow, d'ane antre origine, mais également fort ancienne. Cette famille, de même que celles des Godounow et des Sabonrow, est issue d'un mourza tatar nommé Tchett, lequel se fît baptiser en 1330 et fut le fondateur du célèbre couvent de Saint-Hypate à Koetroma. La famille Godounow donna deux czars k la Bussie de 1598 à 1606 ; elle s'est éteinte sous le règne de Pierre I.

fereés en Sibérie; mais l'entreprise »yant réussi, elle tal décorée dcC nom de rétùlntùm^ et Yorontsow devint bientôt on grand seigneur. Le joor même» 25 novembre, il fut nommé cbambellan; le 31 décembre il fut prom^ au rang de lieutenant-général. Dans les premières semaines de 1743, il épousa la comtesse Anna Skavronski, cousine-germaine de rimpératrice; le jour du sacre de celle-ci, 25 avril, sa femme fut nomrpé(9 dame à portrait; lui-même reçut le cordon d^Alexandre-Nevski, ainsi que son père septuagénaire, retiré du service, auquel Timpératriee conféra ce jour-là le rang de conseiller d'état actuel, et peu de temp» aprèjs celui de conseiller privé (ce vieillard mourut en 1750, à Y^e de 76 ans).

En 1744, Michel Yorontsow fut créé comte du saint-empire, et, à cette occasion. Ton introduisit, dans son diplôme cofntal, la fausse généalogie qui les rattache aux anciens 'Yorontsow, éteints en 1587, mythologie à laquelle cette famille tient beaucoup, à laquelle tenait surtout le maréchal prince Yorontsow *.

Dans le courant de la même année 1744, Michel Yorontsow, âgé de trente ans seulement, fut nommé conseiller privé actuel et vice-chaneelier de Russie, et après la chute de Bestoujew, en 1758, il fut nommé chancelier de Fempire. Deux ans aupsuravant, sa femme avait été nommée dame d'honneur (ober-hofuneisterina). Ce chancelier de contrebande mourut en 1767, à Tâge de 53 ans, après avoir été, pendant son long ministère, à la solde de l'Angleterre, de la France et de TAutriche, C'était rhomme le plus vénal, aussi méprisable que le fut son frère aine. Roman, ce qui est beaucoup diro. Il dédarait un jour au ministre d'Angleterre qu'ayant commencé la construction de son hôtel f avec de l'or anglais, il devait aussi l'aphever ayec c^ même or. Cet hôtel fut meublé avec des meubles envoyés de France par Louis XY.

Le chancelier comte Michel Yorontsow n'eut point de postérité mâle; sa fille unique, Tune àe^ femmes les plus dissolues de son temps^ épousa le comte Alexandre Slroganow. Profitant de la nécessité pu se trouvait la cour de Yienne de ménager l'alliance russe pendant la guerre de sept ans, il obtint, en 1760, un diplôme de comtes du saint-empire pour ses deux frères Roman et Ivan. Dans ce diplôme. Ton inséra également la fable généalogique si chère aux Yorontsow.

Le comte Romain, mort en 1783, à Tâge de 76 ans, fut un homme 4e mérite, mais le plus plat des courtisans* et le phw effronté des concussionnaires. J'aurai à raconter, dans le deuxième volume de mes Mémoires, comment cet homme prostitua, à Pierre Ilf, sa propre fille. Il volait à un tel point dans les administrations à lui confiées, qu^'il avait reçu le sobriquet de Boman à la poche large (Bomane-bolchoy

* Voyez à ee siget une brochure publiée à Londres en 1862, intitulée : La vérité mur le procès du prince Pierre Dolgorouhow, par un Russe. ; t ^ Pâendlwurg, rue des Jardins (Sadovaia), ai^oordliui l'hôtel dés pages.

kârmane)y et Catherine H lui envoya un joar, en cadeau, une immense' bourse vide, avec l'ordre, donné au courrier; d'arriver cbez M. le comte un jour qu'il aurait un grand dîner, et au moment où tous les convives se trouveraient réunis à table. C'est aux exactions, aux vols, aux infamies de cet homme, ainsi que de son frère le chancelier, que la branche princière des Vorontsow se trouve redevable de son immense fortune.

Le comte Roman laissa deux fils. L'aîné, le comté Alexandre, président 'du collège du commerce sous le règne de Catherine JI, chancelier de l'empire et ministre des affaires étrangères sous le règne d'Alexandre I, mort célibataire en 1805, à l'âge de 64 ans, fut un homme de mérite, de probité, d'un caractère loyal et ferme à la fois. Son frère, le comte Simon, doué de grands talens, mais un homme du caractère le plus fourbe, après avoir fait le plat-pied devant les Orlow au temps de leur faveur, une fois Potemkine ayant pris le pouvoir en mahi, voulut capter les bonnes grâces du nouveau favori, et obtenir, par son entremise, un poste diplomatique. M"* Catherine Séniavine, demoiselle d'honneur et amie de Catherine II, avait entamé une liaison avec Potemkine; l'impératrice voulut la marier pour l'éloigner; le comte Simon se présenta : il l'épousa ; obtint le poste de ministre de Russie à Venise, et peu de temps après celui d'ambassadeur à Londres. Il y représenta la Russie pendant, un quart de siècle, et il y vécut ensuite, pendant un autre quart de siècle, à titre de simple particulier, jusqu'à sa mort, arrivée en 1832, à l'âge de 88 ans.

Son fils unique, le maréchal comte Michel, créé prince en 1845, hérita des grands talens et de la fourberie de son père. Il mourut en 1856, à l'âge de 75 ans,' laissant un fils, le prince Simon, aujourd'hui maire d'Odessa, et l'unique représentant de cette branche. Il paraît que le comte Roman, son fils le comte Simon et son petit-fils le maréchal prince Michel ont épuisé, et complètement, à eux trois, la somme d'esprit et de mérite départie par la Providence à la famille Vorontsow : en disant du prince Simon qu'il est un homme fort médiocre, l'on pourrait encore se trouver accusé de flatterie audacieuse

Le frère cadet du comte B/)man et du chancelier comte Michel, lè comte Ivan Vorontsow fut marié, je l'ai dit, à la fille du célèbre Volynski; il a été le bisaïeul du comte Vorontsow -Dachkow actuel, unique représentant de cette branche, chez laquelle la nullité intellectuelle a toujours formé le trait distinctif. J'ai parlé, à la page 227, de l'origine de leur immense fortune, héritage de l'aïeule du comte actuel : la digne femme, à part son avarice crasse, s'occupait encore d'usure et faisait la traite des blancs.

La famille Scbouvalow date du seizième siècle; elle possédait des propriétés, en 1561, dans le district de Kostroma, mais elle resta dans Tobscurité jusqu'au dix-huitième siècle. Sous le règne de Pierre I, il

y Buti parmi leâ officiers de sa garde, trois fils de Ms^ime Schoaya^ low^ Ivan raîùé^ George, mort sans avoir laissé de postérité^ et Ivan le Jeune; ce dernier eut un fils, Ivan Schouvalow, l'amant de l'impératrice Elisabeth, le fondateur de l'université de Moscou et de l'académie des beaux-arts à Pétersbourg, et deux filles, Ânastasie, mariée au comte Serge lagoujinski, et Pauline, qui épousa le prince Nicolas 6alitsyne; celle-ci a été l'aïeule du prince Michel Galitsyne, marié à la soeur des comtes Baranow.

Ivan Maxime vitch Schouvalow l'ainé, général-major et commandant de Vyborg, plus tard devenu gouverneur de la province d'Ârbamgélsk, mort en 1736, fut un ami du célèbre Ostermann. Lorsque ce dernier fut envoyé, avec le maréchal Bruce, au congrès de Nystadt, en 1721, sachant que ce poste de négociateur se trouvait brigué par son ennemi lagoujinski, il pria Schouvalow, si lagoujinski passait par Vyborg pour se rendre à Nystadt, de l'y retenir pendant quelques heures au moins, en le grisant à un repas copieux, chose facile à faire avec un buveur passionné comme Tétait lagoujinski, et d'en informer Ostermann par un courrier expédié en toute diligence. En efi'et, Pierre I, impatient de voir la paix signée, fit partir lagoujinski pour dire aux négociateurs de ne point insister sur la cession de la Livonie. lagoujinski, arrivé à Vyborg, fut invité à dîner par Schouvalow, lequel le fit boire et le grisa complètement, et pendant ce temps un courrier était expédié à Ostermann. Celui-ci se bâta de se rendre à Tappàrtement des plénipotentiaires suédois, et leur annonça qu'un ordre du czar venait de lui arriver pour ron^pre les négociations si la paix n'était point signée immédiatement. Les Suédois cédèrent, et lagoujinski, à son arrivée, trouva la paix signée. La Livonie échut à la Russie*....

Ivan Maximovitch Schouvalow laissa deux filles, mariées, Tune au général-major Ivan Ivanovitch Olénine, Tautre au lieutenant-général Alexis Andréiévitch Hitrovo (l'aïeul du contrôleur-général de ce nomX et deux fils, Alexandre et Pierre, tous deux ensuite feld-maréchaux, créés comtes en 1746.

Le comte Alexandre Schouvalow, chef de la chancellerie secrète sous le règne d'Elisabeth, était un esprit médiocre, un homme d'un caractère dur et méchant. Grand de taille, sec, raide, le regard revéche, avec ceci ayant un tic qui lui défigurait son visage, déjà fort désagréable sans cela, la parole brève, les manières anguleuses, il avait Tair effrayant; c'était bien le type de l'inquisiteur sous sa forme la plus repoussante. Il mourut en 1771, à l'âge de 61 ans, laissant une seule fille, mariée au comte Golovkine, petit-fils du chancelier de ce nom et frère de la princesse Pierre Répnine. Cette comtesse Golovkine vécut fort longtemps ; elle mourut nonagénaire dans les dernières années du règne d'Alexandre I.

Le comte Pierre a été le bisaïeul des comtes Schouvalow actuels.

& parlant, i la page 210, de sa femme, Mavra légorotna Sebépélewi d*abord femme de chambre de la duchesse de Holsteîn, et après la mort de eelie-ci, de la graade-duebesse Elisabeth; ensuite la demoi* selle d'honneur et la confidente intime de cette dernière, j'ai dit que Scheuvalow Tépousa après ravénement d'Elisabeth au trdne. JTai comr mis là une erreur : ce mariage eut lieu sous le règne d'Anne ; ce jeune honune^ beau de sa personne, épousa cette femme de trois aur nées plus âgée que lui, laide, repoussante par certains détails de son individu, mais remplie d'esprit et douée d'une grande énergie de caractère. A ce mariage, la famille Schouvalow se trouve redevable de son élévation et de sa fortune. Après son mariage» Pierre Schouvalow Jbit nommé gentilhomme de la chambre d'Elisabeth, et après l'avéne^ ment au trône de celle-ci, il fit une carrière rapide. Sa femme, nommée dame à portrait, se trouvait, avec l'impératrice, sur le pied de la plus grande intimité. L'influence des Schouvalow devint plus tard prépcmdé^ rante, après Tavénement du jeune Ivan Ivanovitch Schouvalow, fe tousin-germain des deux comtes, au poste de favori, et cet avènement fut le fruit d'une sale intrigue de Mavra légorovna. L'impératrice avait pris pour amant un beau jeune homme appelé Nikita Afanassiévitch Sékétow : la comtesse Mavra se posa en amie intime du nouveau fa* vori; elle lui donna une pommade à employer pour le visage, dan^le but, disait-elle, de ■ maintenir son teint frais et rose; après quelques jours, le visage se trouva tout couvert de pustules; la comtesse Mavra dit à l'impératrice que le jeune homme tenait la conduite la plus dépravée; Békétow fut envoyé comme officier dans un régiment de Ugne^ et la comtesse Mavra présenta à l'impératrice- fe jeune cousin d» son mari, dont Elisabeth ne tarda point à s'éprendre d'une manière folle. ■' Le comte Pierre et son cousin Ivan étaient tous deux des hommes de beaucoup d'esprit, tous deux fort intrigans, mais complètement dis^ s^nUables sous le rapport de la probité pécuniaire. Impossible d'être plus désintéressé, plus étranger aux préoccupations d'argent que le fut Ivan Schouvalow ; avec cela il était amoureux de la vraie gloire, celle qui consiste à faire le bien, à être utile à son pays, à se créer un beau nom dans l'histoire. Cette noble passion pour la gloire le domina ,et l'illustra au point de faire oublier à ses compatriotes le prix, auquel il avait acheté et maintenu sa haute position de cour : amant d'une femme, belle il est vrai, mais de dix-huit années plus âgée que lui, d'une femme adonnée à l'ivrognerie et au libertinage le plus crapuleux» puisque, dans sa passion pour la variété des plaisirs, elle faisait venir

et des soldats aux gardes et des laquais de la cour! Néanmoins,

le nom d'Ivan Schouvalow restera à jamais, dans les annales de la Russie, comme celui du champion de la civilisation, du protecteur des lettres, des sciences, des arts, de l'ami de Lomonossow, du fondateur .de la première université russe

: n en sera ainFement de la mémoire de son congin le comle Kerve 3cboi|Yalow. Celui-ôi emplop toutes les ressooroes d'un esprit remar« qoaUe, fia et délié, au service des passions les plus égoïstes, d'une ipextjqguible s<Hf d'argent et d'une cupidité, ignoble et odieuse à la fois^ poussée jusqu'à la tyrannie la plus dure. Ce que cet homme commit d'injustices et d'oppressions pour arriver à s'enrichir est vraiment etfrayant, et sa mémoire restera exécrée à juste titre. Dans le deuxtèmç volume de cet ouvrage, j'aurai souvent à parler de lui et de son cé-^ lèbre cousin.

L'impératrice Elisabeth était, je l'ai dit déjà, fort superstitieuse : avec çel4, ayant à se faire pardonner bien des péchés, péciiés mignons et autres, elle se montra constamment fort large et généreuse envers son confesseur, qu'elle combla de dons. Cet ecclésiastique, lequel fut en même temps le confesseur de la grande-duchesse (depuis Catherine U), W homme fin, rusé et fort intrigant, Fédor lacovlévitch Doubianski \ archi-prôtre de la cathédrale de l'Annonciation à Moscou, mourut en 4761. Il avait été marié à Marie Constantinovna Scbarogorodski (née jeu i7i4, morte en 1769), dont il avait placé le frère, à titre de valet 4^ chambre, auprès de la grande-duchesse (depuis Catherine II), et la femme de ce frère, Catherine Ivanovna, en qualité de femme de chambre auprès de cette princesse, dont elle fut la confidente intime (après sa jfkOVt, cette place, plus lucrative qu^honorable, échut à la fameuse Marie 3aviçhpa Pérékousihine).

. Le père Doubianski eut quatre fils : Michel, Fédor, Zahar et Jaci}ttes, et une fille, Elisabeth,* tous furent anoblis le 10 avril 1761. EU* fabeth Doubianski épousa mon grand-oncle, le prince Jacques Pétrqyitch Dolgoroukow, frère aîné de mon aïeul, mais ne lui ressemblant guère. Mon aïeul était un homme d'i^ne vaste intelligence, d'un savoir encyclopédique, son caractère était noble et élevé; mon grand-oncle était un homme nul, étourdi et inconséquent. Ayant épousé sa femme ,pottr sa riche dot, il mangea le tout. Sous le règne de Catherine II, il fut chambellan et gouverneur de Péterhoff; il mourut en 1797, à Tâge de 56 ans. Il eut une fille, mariée à un petit Allemand nommé Hirschfeldt, et deux fils ; le prince Alexandre, un jeune homme fort distingué, tué en 1788 dans un combat naval contre les Suédois, près de l'Ile de Hochiand, et le prince Pierre, mort octogénaire en 1854. Ce prince Pierre était encore plus bote que son père; durant une existence d'un demi-siècle, j'ai vu bien des imbéciles: j'en ai rarement rencontré un de cette force. Il passa les quarante dernières années de sa vie dans une petite terre, à une vingtaine de verstes de PéterhofiF;

* n ne faut point confondre la famille Doubianski avec la famille Doubenski, issne de Fédor Doabenskî, envoyé par Basile PAvengle, grand-dnc de Moscou, eh ambassade pr^ an khan tatar Onlou-Mahmet, en Tan 1446. Madame de lÂgrené est une Bonbenski.

il en sortait rarement, et cette longae solitude, jointe à one oisiveté complète, avait fini par l'idiotiser. Dans sa jeunesse, il avait enlevé une bohémienne et Favait épousée, au grand scandale de la famille; fort heureusement, il n'en eut point d*enfans. Il eut un fils naturel, Alexandre, auquel, avec l'autorisation de mon père, il donna notre nom. M. Alexandre Dolgoroukow entra comme volontaire dans l'artillerie, devint oflBcier, par conséquMit noble (c'était bien avant la loi de 1845), et il se retira du service avec le rang de lieutenant-colonel, il est marié à une princesse Mestcherski, et il est père d'une nombreuse famille.

Je reviens aux quatre fils de l'archi-prôtre Doubîanski.

L'ainé, Michel, prit une part active à l'avènement de Catherine II au trône; il devint brigadier, sous-écuyer à la cour, et mourut en 1776, après avoir été marié à une Natalie Fédorovna, dont j'ignore le nom de famille. Jls eurent un fils, Fédor, lequel se trouvait brigadier lorsqu'il se noya en se baignant dans la Neva, au mois d'août 1796, et une fille, Barbe, demoiselle d'honneur de Catherine II, mariée au sénateur Basile Zinoview, et morte en 1803, à l'âge de 40 ans. De ce mariage naquirent trois filles et un fils, le général Nicolas Zinoview, ancien gouverneur de feu le grand-duc héritier; il est marié à une Batuchkow, et il a hérité de la fortune considérable de la famille Doubianski *,

Fédor Doubianski, capitaine à la garde à cheval, mourut en 1774, à l'âge de 35 ans. Son fils unique, Dmitri, mourut célibataire en 1781.

Zahar Doubianski, page de la chambre de l'impératrice Elisabeth, ensuite lieutenant-capitaine aux gardes Préobrajenski, prit une part active à l'avènement de Catherine II au trône. Il mourut célibataire ta 1765, à l'âge de 22 ans.

Jacques Doubianski, page de la chambre dé Timpératrice Elisabeth, ensuite major, laissa une fille, Yéra, morte en 1840 sans avoir été mariée, et un fils, Pierre, mort célibataire en 1822.

La famille Sievers est originaire du Hoistein, et l'un de ses membres, officier de la marine danoise, un marin fort distingué^ un homme ho-

* Les Zinoview sont issus de Ramodane Zinoview, voîévode (général) en 1450 dans les troupes de Basile TAveugle, grand-duc de Moscou. Ivan Nikititch Zinoview, stobiik à la cour de Pierre I, ensuite lieutenant-colonel, ëpousa une princesse Koalovski ; il en eut une fille, mariée au général Grégoire Orlow (voyez page 492), et un fils, Nicolas, général-major et commandant de la forteresse de Pétersbourg. Celui-ci épousa une Séniavine (voyez page 215): il en eut une fille, la princesse Orlow, et trois fils : Taîné, Alexandre, fut marié à une Dolgoroukow, nièce du prince de la Crimée ; le plus jeune, Basile, eut dix-sept enfans : sept fils et dix filles. Devenu veuf de la Doubianski, il épousa Oustiniia Fédorovna Breitkopf, dont il eut six filles et quatre fils : Etienne, marié à une Jomini ; Pierre, marié à une leltchaninow; Basile, marié à une Svertchkow (ci-devant madame Guerreiro), et Paul, maiié à une princesse Tioubetskoj.- De sa troisième femme, Catherine Pétrovna Bozanow^ le sénateur Zinoview eut deux fils : Dmitri, marié à une Weymam, et André, et une fiUe, mariée à un prince Onroussow.

liOfablô et probe, e&tré au service russe sous le règne de Kerré I, était devenu amiral et présidait le collège de Famirauté après la mort du grand-amiral Apraxine. Il s'était brouillé avec le très -vindicatif maréchal Munich, lequel lui joua un fort mauvais et vilain touri Lorâ de la proclamation de Timpératrice Anne comme souveraine absolue, il y eut ordre de faire chanter un Te Deum dans toutes les villes. Munich, gouverneur-général de Pétersbourg, ayant reçu de Moscou le courrier qui apportait la grande nouvelle, n'en fit point part à Sievers, de façon que celui-ci et ses subordonnés n'assistèrent point au Te Deum, Munich représenta cette absence comme une désapprobation du nouvel ordre de choses. Sievers fut renvoyé du service; on lui ôta le cordon d'Alexandre-Nevski, et il reçut Tordre de quitter Pétersbourg dans l'espace de quatre heures, pour se rendre dans une petite terre qu'il possédait dans la Finlande russe. Il y mourut après dix années d'exil, en 1740. Ses deux fils, officiers, l'un dans l'armée, l'autre dans la flotte, furent renvoyés du service le même jour que leur père.

Chrétien Sievers, officier danois, entra au service de Suède sous le règne du grand Gustave-Adolphe. Son petit-fils, Joachim-Jean, épousa «ne demoiselle Eokermann, qui lui apporta en dot la petite terre de Satzo, en Esthonie, sur le bord de la mer. Lors de l'invasion russe, cette terre fut ravagée, et Sievers obligé, avec sa famille, de se sauver 'dans un bateau de pécheur pour gagner la côte finlandaise. Il servit dans l'armée suédoise avec le rang de capitaine, et après la conclusion de la paix de Nystadt il revint se fixer en Esthonie avec ses deux fils, Joachim-Jean et Charles. Complètement ruinés par la guerre, les deux jeunes gens entrèrent au service d'un riche gentilhomme esthonien, le baron, depuis comte, de Tiesenhausen*. Joachim Sievers devint son intendant, et Charles Sievers devint son valet de pied, le servant à table.

* Cette famille est issue d'Engelbrecht de Tiesenhausen, venu d'Allemagne en LÎTonie en Pan 1199, et marié à la soeur* de Baxhoevden, fondateur de Biga et premier êvêque de cette irille. Lors de la prise de Biga par les Basses, en 1710, George- Beinhold de Tiesenhausen, landrath de Livonie, se trouvait à la tête des nobles qui prêtèrent serment de fidélité à Pierre L Le général-m^or suédois Hans-Henri de Tiesenhausen fat créé baron par la reine Christine, en 1654 ; son arrière-petit-fils, le baron Berendt-Henri, dans la maison duquel le «omte Charles Sievers avait servi <ïomme valet de pied, acheta à Vienne, en 1759, le titre de comte du saint-empire. Son fils, le comte Ivan Ândréiévitch, fiit grand-maître de la cour de l'empereur Paul. Il eut deux fils : Paul et Frédéric ; celui-ci, aide>de.camp de l'empereur Alexandre I, toé à la bataille d'Austerlitz, fiit marié à l'une des filles du maréchal Koutouzow, cette célèbre Elisabeth Mihaïlovna, depuis remariée au général Hitrovo, laquelle fiit si connue pour son exquise amabilité, sa finesse, son grand usage du monde et son colossal esprit d'intrigues. Le comte Frédéric Tiesenhausen a eu deux filles : la comtesse Catherine, aujourd'hui demoiselle d'honneur à portrait à la cour de Russie, et la comtesse de Ficquélmont, morte en 1863. Son frère aîné, le comte Paul, mort nonagénaire en 1864, a laissé, de son mariage avec Pune des filles du célèbre comte Palhen, trois fils et quatre filles, entre autres madame Zaharjevski, grande^maitresse de la cour de la grande-duchesse Marie, et la comtesse Victor Panine.

" ka hmv de quelques i^nnées, Joachim Sieyers prit à ferme les pre^ priôtés du général Roucdiantsow, en Livonie, sur le bord' du lac de Barteaeck. Cela dépiat au baron Tiesenhausen : il $e montra moins bienveillant envers Charles Sievers, et celui-ci quitta la domesticité du baron. Il vint à Pétersbourg, où il commença par devenir joueur dei yiolon chez un bourgeois allemand qui faisait parfois danser ses conpaissances; des femmes de chambre et des femmes de charge de la grande^duchesse Elisabeth venaient s'amuser et danser che^ cet Aileimand; Sievers était un jeune homme fort beau de sa personne; les femmes de la grande>duchesse en parlèrent à celle-ci : Elisabeth le prit à son service comme postillon* Après avoir, plus d'une fois, joui des faveurs intimes de la grande-duchesse, il fut nommé garçon de buffet (tafeldecker) et ensuite promu au poste de domestique chargé de servir le café (koféschenck). Sous la régence de la princesse de Rrunswick, il fut envoyé, par Lestocq, dans les provinces balliques, soi-disant pour faire une visite à son frère aîné, mais en réalité pour tâcher d*emr prunter aux capitalistes des provinces baltiques, au baron Tiesenhausen surtout, Targent nécessaire pour travailler à la propagande au profit de la cause d'Elisabeth. La mission de Sievers échoua complètement : tous ces capitalistes refusèrent net, et après Tavénement d'Elisabeth au 4réne, ils regrettèrent amèrement leur refus; ceux d'entre eux qui au-^ raient prêté l'argent demandé auraient pu arriver, ensuite, à une ri^ lehesse fabuleuse. Tiesenhausen refusa également, et le regretta plus que les autres^ ayant été obligé, plus tard, pour acquérir le titre de 0omte du saint-empire^ de faire à Vienne la dépense d'une somme trèscopsidérable.

Après l'avènement d'Elisabeth au trône, Charles Sievers fut nommé gentilhomme de la chambre du jeune duc de Holstein, nouvel héritier du trône de Russie, et envoyé à Berlin avec une double mission : l'une .ostensible, celle de porter à Frédéric II le cordon de Saint- André^; l'autre secrète, celle de voir la jeune princesse d'Anhalt-Zerbst (depuis Catherine II). Son rapport à l'égard de cette jeune personne fut trèsfavorable, et Catherine II n'oublia jamais le service, à elle rendu par Sievers. En 1745, celui-ci^ fut créé baron par Je roi de Suède, et la même année il épousa H"'' Kruse, dont la tante materjçielle, Elisabeth Frantzen, ancienne gouvernante de l'impératrice Elisabeth, jouissait de l'affection de cette dernière*. En 1751, le baron Sievers fut nommé chambellan et chevalier d*Aîexandre-Nevski, et quelques années après,

* Les Kruse sont originaires dn Holstein ; le frère de la comtesse Charles Sievers fut ensuite conseiller priyé et médecin de Catherine IL

Il existe dans les provinces baltiqnes encore une famillfi Kruse, issue de Christian Kruse, ministre de l'empereur d'Allemagne à la cour de Stockholm, et dont les fils furent anoblis par l'empereur Léopold I en 1664» A cette famille appartenait l'amiral russe Kruse, un marin distingué, mort en 1799.

marècbal de la cour. Aprèà la mort, en i759> du grand-marâchal ScbépéleWt il remplit ses fonctions par intérim y et sous sa direction fat achevée la construction du palais tf hiver. En 1760, le besoin qu'avait la cour de Vienne de ménager celle de Pétersbourg pour continuer la guerre contre le roi de Prusse, la porta à offrir le titre de comte du saint-empire au favori Ivan Schouvalow; celui-ci, fort peu sensible aux titres et à l'argent , refusa, et demanda que ce titre fût conféré à son ami Sievers, ce qui eût lieu immédiatement Pierre III, qui n'^ûmait point le comte Sievers, lui témoigna une grande froideur, et amoindrit sa position de cour en nommant grand-maréchal Alexandre Narychkine, le fils aîné du cousin-germain de Pierre I, un fort brave et digne homme, mais un panier percé. Catherine II, connaissant l'esprit d'ordre et la parfaite probité du comte Charles, le nomma grand-maréchal, en appelant Narychkine aux fonctions de grand-échanson. Sievers resta grand-maréchal jusqu'en 1773, époque où ses infirmités, sa surdité surtout, l'obligèrent à donner sa démission et à se retirer dans ses terres de Livonie, où il mourut à la fin de l'année suivante. C'était un faonune d'un esprit médiocre, mais fin et perspicace, doué d'un bon coeur, exact et ponctuel comme un véritable Allemand; probe et honnête dans ses relations de cour, ainsi que dans la vie privée.

Son frère aîné, Joachim, fermier des propriétés livoniennes du premier comte Roumiantsow, acheta à celui-ci la terre de Bauenhoff, où il passa le reste de ses jours. Son fils, Jacques Sievers, fut l'un des hommes d'état les plus remarquables de son temps ; il administra plusieurs provinces, fut ambassadeur en Pologne, et en même temps le ^conseiller le plus écouté de Catherine dans ses grandes réformes administratives, lesquelles, pour leur temps, constituaient un véritable progrès. Il unissait de grands talens à de vastes connaissances, à une parfaite probité et à un ardent amour pour l'humanité. J'aurai plus d'une fois à parler, dans la suite de ces Mémoires, de cet homme illustre et vraiment respectable, lequel mourut en 1808, à l'âge de 77 ans, sans laisser d'enfans de son mariage avec sa cousine-germaine, la comtesse Elisabeth Sievers, fille du comte Charles. L'empereur Paul, en 1798, avait conférer à Jacques Sievers, ainsi qu'à ses deux frères Pierre et Charles, le titre de comtes. Le comte Pierre fut la souche de la branche comtale aînée; son petit-fils, le comte Léon, est aujourd'hui secrétaire dé la légation russe à la Haye. Le comte Charles fut la souche de la branche puînée, et la branche comtale cadette est issue de leur oncle, le grand-maréchal de la cour de Catherine II.

Pimène Yassiliévitch Lialine appartenait à une famille noble, mais complètement pauvre. Il entra au service dans la flotte comme simple matelot» et fut placé, en cette qualité, sur la barque servant aux promenades d'Élisa^th sur la Neva. Sa bonne mine, son air robuste frappèrent cette princesse : elle admit plusieurs fois Lialine à jouir de ses faveurs intimes; une fois devenue impératrice, elle le nomma chambel-

kn, lai fit conférer le cordon holsteinois de Sainte-Anne, et, quelques années après, loi donna le cordon d'Alexandre-Nevski. Il moarut en 1754.

Adrien Yojtchinski, d'abord palefrenier, ensuite postillon, et enfin co^ cher de Catherine I, fut anobli par cette princesse le 19 avril 1725. Il laissa deux fils, tous les deux devenus cochers de la grande-duchesse Elisabeth. Le plus jeune, Ivan, fut ensuite officier de bouche à la cour (mundschenck) ; Tainé, Nikita, fut admis, étant encore cocher, à jouir des faveurs intimes de la grande-duchesse, laquelle, une fois montée sur le trône, le nomma chambellan, et lui fit conférer le c(»rdon holsteinois de Sainte-Anne. Il devint ensuite lieutenant-général et cbeyalier d'Alexandre-Nevski, et mourut en 1764.

J'ai parlé de la liaison passagère de la grande-duchesse Elisabeth avec le comte Platon Moussine-Pouchkme, lequel était, en réalité, son cousin-germain. De cette liaison était né un fils, baptisé sous le nom d'Alexis Fédorow, et élevé à la campagne, chez son père, près de Simbirsk, soi-disant comme le fils d'un marchand. Devenu majeur, il arriva à Perm, et il y demanda en mariage Fédossia Mihaïlovna Tourtcbaninow, fille d'un petit propriétaire de l'endroit. Le père jeta les hauts cris; mais le voïévode de Perm, qoi avait ses instructions, fit venir le père, causa avec lui en téte-à-téte, le mariage fut décidé, et les parens de la fiancée se montraient tout joyeux. Quelques semaines après, arriva de Pétersbourg un oukaze enjoignant à Alexis Fédorow de prendre le nom de Tourtchaninow, lui conférant la noblesse et loi faisant don d'usines et de vastes terres, peuplées de dix mille serfs l n laissa plusieurs fils et cinq filles; l'une épousa Alexandre Fédorovitch Kokochkine : elle a été la mère de l'ancien ministre de Russie à Naples et à Dresde, ainsi que du général Kokochkine, grand-maître de police à Pétersbourg, surnommé cache-coquin, et de M"** Bouldakow (laquelle, en premières noces, fut mariée au comte Kleinmichel). Une autre des filles de ce Tourtchaninow d'occasion épousa un Koltovskoy ; une troisième, un Titow; une quatrième, un Zoubow; elle a été l'aïeule de M. Zoubow, marié à M^^ Kokochkine; enfin, une cinquième épousa un Monténégrin venu en Russie pour y chercher fortune.

Ce Monténégrin, Marc Constantinovitch Grafivelitch, entra comme officier au service russe en 1770, et se mit à écrire son nom Graf (c'est-à-dire comte) Ivelitch, C'était un homme d'une grande finesse et un habile négociateur, surtout avec les populations slaves de Turquie; il rendit des services réels pendant les guerres de Catherine II et d'Alexandre I contre la Porte-Ottomane. A la mort de Catherine II il était encore colonel, quoiqu'il fût âgé de 56 ans; mais pendant lê règne si court de Paul, il devint lieutenant-général, et sous Alexandre I il fut nommé sénateur. Il mourut en 1825> à l'âge Ae 85 ans, laissant à ses fils le titre comtal par lui usurpé d'une façon si originale*.

* L'exemple de rosurpation du titre de comte est bien fréquent en Russie ; quel- 'qaea-nns de ces titres usurpés ont été légalisés ensuite : ceux des Bahnaine, des Santl,

n existe en Russie encore deux autres familles du nom de Tourtchaninow. L'une est issue d'Alexandre Tourtchanînow, premier valet de chambre de Pierre III, anobli le 22 janvier 1762; l'autre, divan Tourtchaninow, un Israélite venu de Turquie et baptisé en Russie. Son fils Pierre, un homme fort intelligent et très-capable, devint secrétaire du prince Potemkine ; il fut ensuite secrétaire du cabinet impérial, directeur des bâtimens et jardins de la cour, et lieutenant-général. U épousa la comtesse Sophie Elmpt, demoiselle d'honneur de Catherine II , privée de ce titre, fouettée et chassée de la cour pour avoir fait courir de sales caricatures sur Potemkine et les autres favoris de Timpératrice*.

Dans la petite ville (possad) de Poutchéje, sur le Volga (province de Kostroma), mourut le 22 janvier 1839, et fut enterrée sous le nom 4le la nonne Arcadie, une femme nonagénaire, laquelle avait vécu à Poutchéje pendant un demi-siècle sous le nom de Barbe Mironovna Nazariéw, habitant une maison où elle menait une* existence claustrale, mais sans porter Thabit ecclésiastique, entourée du respect et de Taffection universelles pour ses vertus, sa douceur et sa bienfaisance. Elle recevait parfois des cadeaux de Timpératrice, veuve de Tempeifear Paul. Le prince George Alexandre vitch Grouzinski, mort nonagénaire en 1852, venait la voir, lui témoignait une grande affection et présida à son enterrement. L'on racontait que, par son intervention, le prince George avait échappé à l'exil en Sibérie, que lui auraient mérités les actes d'audacieuse et odieuse violence, par lui fréquemment commis à l'égard de ses voisins et des autorités locales. L'on dit que cette dame était une fille naturelle de l'impératrice Elisabeth et du czarévitch de Géorgie Alexandre Bakarovitch, le père du prince George Grouzinski. Narrateur fidèle et consciencieux, je me borne à mentionner ce bruit sans pouvoir ni Vaffirmer, ni le démentir.

Dans le deuxième volume de ces Mémoires, je parlerai des deux régences, celle de Bieren et celle de la princesse de Brunswick, ainsi que des règnes d'Elisabeth, de Pierre III et de Catherine IL

des Sollobub, des Podgoritchanî-Fétroyitch. Il y a également iine masse de titres princiers usorpés par des familles d'origine tatare .; avec de l'argent, en Russie, on peut tout faire et tout se permettre I

^' ^ Le père de cette damé, lé baron' Jean-Martin d'Ebnpt, d'«ne ancienne ftunille westphalienne, dans sa jeunesse officier français, entra an service russe en 1749, et mouiiit feld-maréchal en 1802, à l'âge de 76 ans. Catherine, pour le consoler de la catastrophe de sa fille, lui obtint, en 1790, le titre de comte du saint-empire. Il eut deux fils : Eugène, mort célibataire, et Philippe, lequel n'eut point de postérité mâle. Le gendre du comte Philippe, le brave et loyal général Joseph Anrep, obtint de l'empereur Nicolas, en 1853, l'autorisâtîcai de relever le nom et le titre des comtes d'Elmpt. Les Anrep sont issus de Goswin d' Anrep, gentilhomme westphalien émigré en Livonie, oîi il reçut, en 1470, du grand-maître des chevaliers porte-glaives, la terre de Kiibbesche. Il existe aussi en Suède des branches de cette famille, issues de Hermann Anrep, maréchal des années suédoises au seizième siècle, et de Reinbold Anrep, maréchal de la cour du grand Gustave- Adolphe.

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