SI
Philarèt0 inspirait d'apprébeiisioQs à tous. Um il était loin; Qt le1)ojar Fédor Ivanovich Schérémétew, marié à une prioicesse Tcberkaski, fille de la soeur de Pfailarète, f^oduisit une prétendue lettre de son onele, dans laquelle ce dernier conseiUaii aux étals-généraux de poser des limites au pouvoir souverain. La. lettre, jdus tard reconnue apocryphe enfanta un enthousiasme universel, et radolesœnt Michel fut élu, avec d'autant plus d'empressemeàt, que S09 extrême jeunesse et la faii}lesse connue de son caractère bon-enfant (si Ton peut s'exprimer ainsi) donnait l'espoir de pouvoir Tinflu^icar et le guider.
Ainsi la maison Romanow arriva au trône par la même voie qui conduit également aux travaux* forcés, c'est-à-dire au moyen i'^mfoMX.
Philarète, revfflm en Russie après la conclusion de la paix avec la Pologne, en 1619, rétablit le pouvoir 2d)solu par une manoeuvre infernale, mais trèSfhabile.
Le servage avait été établi par Boris Godounow, pour s'appuyer /&ur la petite noblesse contre les grands propriétaires, hostiles à Boris, (»e servag^e était complètement dans les intérêts de la petite noblesse, par la raison que les paysans, jouisssmt de temps immémorial du droit de passer, le 26 novembre de chaque année, des terres d'un proprié- Uire sur les terres d'un autre, préféraient, comme de raison, s'établir «or les terres des hommes riches et puissans, qui étaient plus cdùr hum pour les détails dés travaux et dont l'appui, la protection étaient bien plus efficaces que cdies des propriétaires pauvres ou peu aisés. -^ Lors de l'inVasion polonaise et des agitations intérieures qui l'accompagnèrent, la loi du servage commença à tomber en désuétude; la circulation des paysans recommença. Aux états-généraux de 1613, la noblesse riche voulait l'abolition du servage; la petite noblesse en demandait au contrsùre le rétablissement et le maintien rigoureux; l'on ne put s'entendre et on laissa la question en suspens; le servage existant en droit, se trouvait à demi aboli de fait. Philarète, de retour en Russie, proposa à la petite noblesse le rétablissement du servage si elle voulait, de son côté, se prêter à l'abolition de la charte de 1613, Ce marcIié odieux et ignoble fut conclu et réalisé. La très-grande majorité de la noblesse vendit sa liberté, sa dignité personnelle, ses droits d'homme, pour pouvoir posséder d'autres hommes; pour arriver à avoir des serfs, elle accepta le servage pour elle-même; aussi n'a-t-élle point le moindre droit de se plaindre des vexations, des tortures, des humî* liations dégoûtantes qu'on lui fit endurer; de l'opprobre qu'elle subit depuis si long-temps; fouettée et bâtonnée ouvertement et publiquement ju^qulen 1762; fouettée secrètement depuis cette époque, elle n'a point retrouvé la liberté même avec l'abolition du servage en 1861 ; elle reste encore soumise à l'arbitraire du souverain; en un mot, elle est encore esclave, et ce qu'il y a de plus répulsif que l'esclavage luimême, c'est de voir, dans le sein de cette noblesse, un nombre assez
considérable draines basses et Yiles s'applaudir de cet esclavage, se glorifier de leur séjour dans la boue.....
Le patrisurche Pbilarète, en abolissant la charte de 1613, la fit brûler, et ordonna d'en rédiger une nouvelle, où les clause» de limitation du pouvoir souverain n'étaient point consignées. L'original de cette dernière charte se trouve aux archives de Moscou, où les courtisans, avee le directeur des archives, prince Michel Obolenski à leur tête, la font voir aux visiteurs, en leur affirmant que c'est la vraie charte de 1613. Cela n'est point vrai, et la preuve, c'est que dans cette charte, prétendument rédigée après l'àection de Michel Romanow, laquelle eut lieu le 21 février 1613, l'on voit les signatures, en qualité de boyars^ db prince Pojarski, du prince Tcherkaski, créés boyars seulement au jour du sacre de Michel; de Boris Saltykow, créé boyar six mois après le sacre; du prmce Havanski et du prince Sitski,4Téés boyars en 1615; enfin, du prince Romodanovski, créé boyar en 1616. L'on n'y voit point figurer les noms des membres des états-généraux morts entre les années 1613 et 1619. Ainsi par exemple, l'on n'y voit point figurer lés noms vénérables des deux principaux chefs du sublime soulèvement national de 1611 : Minine, mort en 1616, et le moine Abraham Palitsyne, lequel, ayant refusé de consentir au rétablissem^t du pouvoir absolu, fut exilé par Philarète au couvent de Solovetsk, sur la nier iUanche, où ce grand citoyen termina ses jours le 13 septembre 1626.
A l'avènement de Michel Romanow au trône, le titre d'autocrate fut ôté du. grand sceau de l'état, et n'y fut rétabli qu'en 1624 (voyez Bercb, Histoire du czar Michel, t. I, page 145, et le Recueil des Actes officiels, publié aux frais du chancelier Roumiantsow, t. II, N"* 70, page 274).
Le baron de Strahlenberg, officier suédois, prisonnier en Russie pendant 12 années à la suite de la bataille de Poltava, et Manstein, qui servit en Russie sous les règnes d'Anne et d'Ivan VI, parlent tous deux, dans leurs ouvrages, de la charte imposée à Michel Romanow. Strahleaberg avait pu encore connaître des vieillards dont les grands-» pères avaient siégé aux célèbres états-généraux de 1613... Depuis 1619 jusqu'en 1682, les états - généraux n'ont eu qu'un caractère purement consultatif, et Pierre P' cessa de les convoquer.
Mais revenons aux Troubetskoy. J'ai dit que le jeune prmce George Nikititch avait suivi son beau-père Saltykow en Pologne; il y embrassa le catholicisme romain ainsi que ses deux fils, dont l'aîné, Pierre, épousa une princesse Druçki-Sokolinski, en eut un fils, George, souche de tous les Troubetskoy actuels. Le plus jeune frère de George Nikititch» Alexis, encore adolescent en 1613, était resté en Russie; il joua un rôle important à la cour du czar AJeiiis, et ce prince lui fit don, en toute propriété» le 17 mars 1660, de la ville de Troubtcbevsk, l'ancien domaine de ses aïeux. Le seul des Troubetskoy en Russie à cette
époqae, n^ayânt ni fils, ni filles, il restitua cette ville aii czar à soii lit de mort, en 1663. Denx ans après sa mort, son peth-neyeu, le prince George Pétrovitch, seul rejeton de cette maison, retourna de Pologne en Russie ; embrassa la religion orthodoxe, et épousa la princesse Irène Galitsyne, soeur du grand Galitsyne. De ee mariage nacfuirent deux fils, Ivan et George. Le prince Ivan devint boyar à 25 ans à cause de sa naissance et de sa position sociale; il fut nommé général parce qu'il était boyar, et au sacre de Pierre II, il fut créé mw^échal parce qu'il était le doyen des généraux en chef. Il ne commanda qu^une seule fois une simple division : c'était à la bataille de Narva; fait prisonnier, il passa 18 années en Suède. Il vécut jusqu'en 1750, et mourut âgé de 83 ans, le dernier des boyars, ayant survécu d'un demi-siède à Tabolition de cette dignité jadis si élevée et si importante, et dont il fut, lui, le très-nul et insignifiant représentant Sans esprit, sans éducation, sans conversation aucune, fier, hautain, rempli de morgue, avec cela bègue, ce qui le rendait ridicule, il ne jouit d'aucune considération et n'exerçait la moindre influence à la cour par lui-même; c'était par ses neveux^ ses nièces et sa fille aînée qu'il comptait pour quelque chose. Veuf d'une princesse Tatew (maison illustre issue de Rurik et éteinte au dix-septième siècle), il se remaria avec Irène Narychkine, cousine issue de germaine de la mère de Pierre P'; il en eut deux filles .«l'une épousa un riche polonais, Dunin-Skrzynski ; l'aînée, Anastasie, princesse Cantémir, et en secondes noces princesse de Hesse-Hombourg, était une intrigante fort remuante. Pendant sa captivité en Suède, le prince Ivan lia une intrigue avec une comtesse de Sparre, et en eut un fils, le célèbre Ivan Ivanovitch Betski, dont il sera question dans ces Hémoires. Son frère, le prince George louriévitch, était un homme tout aussi nul et insignifiant De sa première femme, une riche héritière, une princesse Tcherkaski, dont le père avait embrassé le christianisme au dix-septième siècle, il eut quatre fils : l"" Nikita, dont j'aurais souvent à parler, souche : de la branche aînée, de la seconde branche, à laquelle appartenait Serge Troubetskoy le décembriste, et de la troisième branche, à laquelle appartenait l'ami du célèbre Novtkow, le francmaçon Troubetskoy; 2*" Ivan, souche de la quatrième branche, à laquelle appartient le sénateur prince Pierre, marié à la fille du maréchal Wittgensteîn ; 3** Alexis, souche de la cinquième et de la sixième branches; cette dernière est surnommée t les Troubetskoy de la corde» (RanaTHBie TpyôeuKÎe), à cause de ce que la grand'raère maternelle des membres actuels de cette branche, une certaine dame Weiss, avait, dans sa jeunesse, fait partie d'une troupe de baladins ambulans, et dansé sur la corde dans les foires publiques; cette branché, de nos jours, est tombée jusqu'à s'allier à un Morny, c'est-à-dire à tout ce qu'il y avait de plus véreux et de plus méprisable; 4** Jacques, mort célibataire. Le prince George eut aussi deux filles, dont les alliances contribuèrent
puissai^inent à étayer la position de b (amille; la princesse Tcherkaski, femme du chancelier de ce nom et la maréchale comtesse- Pierre Saltykow. . Devenu veuf^ le prince George se remaria avec une fille du favori de Pierre l*% Famiral Ivan Golovine; il en eut deux fils« dont le phjs jeune a été la souche de la septième branche, à laquelle ^partient la princesse Nicolas Orlow.
Les deux filles du prince George Troubetskoy avaient, la comtesse ^altykow surtout, de Tesprit d'intrigue, de la finesse; elles portaient haut la tôte dans le monde, mais à la cour savaient admirahlemeni s'insinuer dans les bonnes grâces des hommes puissans. Ses fils étaient tous des gens nuls, un seul excepté, Tainé, Nikita, doué d'une intel;. ligence rmiarquaUe, mais l'un des hommes les plus affreux et les plus épouvanliables qui aient jamais existes. 11 n'y avait pour lui rien de sacré; lâche, cruel, perfide, voleur, il ne recula jamais devant aucune infamie pour augmenter ses richesses et son crédit à la cour, A l'époque dont nous parlons, sa femme, fille du chancelier Golovkine, se trouvait en liaison, au su et au vu de son mari, avec le favori de l'empereuri le prince Ivan Dolgoroukow; celui-ci outrageait Troubetskoy en paroles, en public, dans sa propre maison, et une fois, toi^jours chez Troubetskoy, le prince Ivan, .ayant une pointe de vin dans la tôte, voulut jeter le maaVe de la maison par la fenêtre; il en fut empêché par Etienne LapQuhine. Devenu commissaire -général des vivres à l'armée de Munich, .Troubetskoy vola à un tel point, que Munich fut obligé de lui ôter sa place, et plus tard, dans son procès, voyant Troobetskoy parmi ses juges, il dit dans l'un des ses interrogatoires : «je confesse l'un des »mes torts : j'avais dans mon armée un commissaire-général des vivres » que j^aurais dû faire pendre pour vols, et je ne l'ai point fait : c'était »le prince Troubetskoy 1 1 Dans ce même procès politique se trouva impliqué le beau-frère de ce misérable, le comte Michel Golovkine, et Troubetskoy fut l'un des juges les plus sévères; Golovkine, Munich, Ostermann et les autres, condamnés à mort, furent, par commutation de peine, exilés en Sibérie avec confiscation de leurs biens. Un an et demi plus tard, pour tâcher de perdre son ennemi, le chancelier comte Alexis Bestoujew et pour faire la cour au favori Lestocq, Troubetskoy fut l'un des inquisiteurs d'abord, des juges ensuite, dans cette terrible affaire, où, sur la délation d'agens provocateurs et sur une fausse accusation d'une conspiration imaginaire (tout le délit se réduisant à des paroles imprudentes), sa propre belle-soeur, la comtesse Michel Bestoujew, née Golovkine; ce même Etienne Lapouhine qui l'avait sauvé, lui, Troubetskoy, quinze années auparavant, de l'avanie d'être jeté par la fenêtre dans sa propre maison; la femme et le fils aîné de Lapouhine, furent c(Hidamnés à être roués après avoir eu les langues arrachées; la roue fut remplacée par l'exil en Sibérie avec confiscation de tous les biens, mais les langues furent impitoyablement arrachées,
et les malhenreases victimes furent knoâtées en place publique. Après aroir été ie plus plat des valets de Bieren; après avoir obtena, paf son entremise^ les hantes fonctions de procureur-général de Fempirei une fois Bieren exilé, il le laissa manquer des choses les plus nécessaires^ et [yendant tout le règne d'Élisab^, il s'opposa à son élargissementi qn'Élisabeth était assez disposée à accorder. Un jour, un capitaine Kalatchow présenta à Elisabeth un placet, où il disait que le prince Troubetskoy « n'était point un. procureur-g^éral, mais un voleur-général » (ne renepaJi^npoKypopi, a renepaJi-Bopi). Kalatchow fut envoyé à la chancellerie secrète; en d'autres termes, livré à Troubetskoy, et
Ton n'eut plus de ses nouvelles Sa destinée a dû être terrible....*
Troubetskoy mourut à Moscou en 1768, à l'&ge de 68 ans; ses derniers momens furent affreux; son agonie fit trembler toutes les personnes présentes. Sa belle-soeur la comtesse Michel Gdovkine, née princesse Romodanovski, cette admirable et sainte femme, revenue de Sibérie après la mort de son mari, habitait Moscou, mais comme de raison, ils ne se voyaient point. Troubetskoy, à son lit de mort, fit dire à la comtesse qu'il ne pouvait mourir sans lui avoir demandé pardon^ et qu'il la suppliait, au nom de Dieu lui-même, de venir le voir. La comtesse arriva. Le moribond, en l'apercevant, se précipita hors du lit^ se traîna par terre à ses pieds en vociférant: cje suis un misérable; »je ne mérite pas la miséricorde divnae; je suis l'un des prin- »cipaux fauteurs de votre exil, de vos malheurs, des malheurs de • votre belle-soeur Bestoujew; je suis un scélérat; pardonnez-» moi; 1» priez pour moi». La comtesse lui pardonna, et rentra chez soi sous le poids d'une émotion si vive, qu'elle en eut la fièvre. Je tiens ce tsÂt de Paul Fédorovi^h Karabanow, mort en 1851 à la l'âge de 84 ans, et qui, dans sa jeunesse, l'avait entendu raconter par la comtesse Golovkine elle-même, morte nonagénaire en 1791.
La maison des princes Kourakine descend également des grands-ducs de Lithuanie. Patrikey Alexandrovitch, prim-e souverain de Zvénigorod sur le Dniestr (cette ville n'est plus aujourd'hui qu'une simple bourgade) arrière-petit-fils du grand Guédimine et neveu-germain de laguellon, ayant été dépouillé de ses possessions par son oncle-germain Witold, grand -duc de Lithuanie, en 1397, chercha un refuge à Novgorod, où un demi^siècle auparavant, son grand-père Narimount^ prince de Pinsk et de Mozyr, avait déjà, dans des circonstances identiques, cherché et trouvé un asile et une grande existence. Onze ans après, en 1408, Patrikey vint à Moscou avec ses deux fil» Fédor et George : l'ainé fut la souche des princes Havanski; George * épousa la princesse Anne de Moscou, fille du grand-duc Basile II, et fax la soudie des Galitsyne et des Kourakine, deux familles ayant, constamment joué un grand rôle dans l'histoire, avec cette différence^ heureuse pour les Kourakine, qu'ils n'ont jamais été aussi nombreux
que les Galîtsyne : cenx-ei forment aujoard'hui on clan de plus de cent trente individus, et les plaisants assurent que sur dix promeneurs renoontrés à la Perspective Nevsky et au grand quai, il y a toujours 9XÏ moins un prince Galitsyne. A la fini du dix-septième siècle, la famille Kourakine était composée de trois frères, fils du boyar* prince Ivan Grigoriévitcb : Michel, Boris et Ivan. Ce dernier ne laissa point de postérité; Michel n'eut qu^un fils mort jeune; Boris épousa, à 18 ans, une jeune personne de 17 ans, Xénie Lapouhine, soeur de la première femme de Pierre I"' : elle mourut après quatre ans de mariage, laissant un fils, Alexandre, trisaïeul des Kourakine actuels, et une fille, mariée au maréchal prince Michel Galitsjrne. Le prince Boris se remaria à une princesse Ouroussow : il en eut un fils, Serge, mort jeune, et une fille mariée au maréchal comte Boutourline. Le prince Boris était un homme d'esprit, un finaud très-rusé, un hahile diplomate; malgré la disgrâce et le sort affreux qui vinrent atteindre sa helle-soeur la czarine Eudoxie, il resta dans les meilleurs termes avec son terrible beau-frère, qui Finvestit de la charge, très-importante à cette époque, de lieutenant-colonel de ses gardes. Mais le prince Boris jugea prudent de s'éloigner de la eour; il embrassa la carrière ^plomatique, pour laquelle il avait une vocation réelle. II fut successivement ministre de Russie à Londres, auprès de la reine Anne; à Hanovre, auprès du futur successeur de cette reine, Télecieur George; au congrès de Soissons, enfin à Paris, sous la régence et dans les premières années du règne de Louis XV. Il avait su s'insinuer dans les bonnes grâces de Catherine I" qui avait succédé à sa belle-soeur à lui, et Catherine conféra à Kourakine le grade de conseiller privé actuel, n mourut à Page de 50 ans, le 17 octobre 1727, au moment où ravônement au trône de son petit-neveu Pierre U semblait ouvrir une fau^ carrière à son ambition et à son esprit d'intrigue. Son fils Alexandre Borissovitch lui succéda d'abord dans le poste de Paris, mais bientôt son incapacité provoqua son rappel; il fut nommé chambellan et comme il aimait les bouffonneries et les lazzis, il parvint, par ce moyen, à s'insinuer dans les bonnes grâces des hommes puissans. Nul, incapable, mais un intrigant fieffé, avide, perfide, plal devant les favoris de cour, il avait de plus une réputation d'ivrogne môme en ce temps où les excès de table étaient une chose si habituelle, H rampa devant Bieren, se constitua son amuseur et son bouffon officieux, el obtint de cette façon le rang de grand -éc4iyer qu'à forcia d^intrignes il sut conserver sous le règne d'Elisabeth; il mourut en 1749, à Tige de IS2 ans, laissant plusieurs filles et un fils d'un mariage avec unePannie, mariage auquel la famille Panine se trouve redevable des premi^pes chances de s<mi élévation. L'aïeul de cette famille, Basile Panine, fut tué dans une campagne des troupes russes contre les Tartares de Kaian, en 1S30. Plusieurs de ses desc^dans avaicmt
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servi, avec phxi oa moÎAs de dfetinction, dans diverses «arrièrëi, llokrsqu^à Tavénement d'Anne au trône^ la fille du général Ivan Yassillévitch Panîney vieax militaire criblé de blessures, éponsa Fivrogne et bonffoA Kourakine; cette alliance valut an Vieux Panine le grade de lieutenantgénéral et le titre de sénateur, et à ses deux fils, qui furent plus tard comtes Panine, les chances d'arriver rapidement à des postes où ils. ont pu déployer leurs talents.
La maison des princes Répnine, issue de Rurik, avait constamment joué un grand rôle. Au commencement du dix-huitième siècle, cette illustre maison avait pour unique représentant le prince Anikita Ivanovîtch, l'un des hommes les plus respectables de son temps, brave militaire, sans talens remarquables, mais du caractère le plus loyale le plus ferme, le plus droit, disant la vérité à tous, et même à Pierre I*', ce qui n'était guère' facile. Après la conquête de la Livonie et de l'Esthonie, Pierre confia à Répnine l'administration de ces deux provinces, bien persuadé que son exquise loyauté et son équité rigoureuse adou-' ciraient ce que pouvait avoir de pénible, pour les habitans du pays, une conquête accomplie par.cfes troapes à demi-sauvages, qui ravagèrent tout sur leur passage. — L'on attribua généralement à Répnine et au maréchal Schérémétêw une mesure d'une incommensurable habileté, et laquelle amena les gentilshommes des provinces baltiques à se sons-' traire avec empressement à la domination de la Suède civilisée, pour se placer sous le joug de la Russie, en ce temps -là puissance plus qu'à demi-asiati(]ue. Voici de quoi il s'agit.
Le roi Charles XI de Suède, par une des plus grandes bévues qu'un souverain puisse commettre, avait établi pour tous ses états une commission de réduction, comme on l'appelait, dans le but de confisquer et faire revenir à l'état tous les domaines dont les propriétaires ne pourraient présenter d'actes de possession en règle, à quelque époque éloignée d'ailleurs que pût remonter cette possession. Cette exigence était bien dure surtout à l'égard des nobles livoniens et esthoniens, dont le pays avait été ravagé par trois siècles de guerres continuelles : dans le sac et le pillage des châteaux bien des documens avaient disparus. La loi de Charles XI était un brigandage légal, ayant pour but de ruiner la noblesse riche, dont l'indépendance froissait ce roi despote, mais le •résultat de cette loi inique fut bien autre que ne l'espérait son auteur.
Le fils de Charles XI, Charles XU, ce sabreur inepte, à la colossale incapacité duquel la Russie devrait ériger un monument par reconnaissance, ayant maintenu cette iniquité, il s'en suivit que dès le moment où Pierre !•', sur les conseils, dit-on, du maréchal Schérémétew qui accomplit la conquête de la Livonie et de l'Esthonie, et du maréchal Répnine qui les gouverna après leur annexion à la Russie, eut déclaré que les nobles, qui lui prêteraient serment de fidélité, seraient remis en possession des domaines à eux enlevés par la commisdon de ré-*
. daetîon, on cri de joie re^eoÊit dans ces provinces^ el iioihseiilenienl les geatibbommes resftés dan? ]e pays penda&t la goerre «^empressèrent» avec jobilaiioD, de prêter serment, mais encore, à peine la paix de NisUdt ent-elle été signée, qae Ton vit arriver de Stockholm eeax qui j âvaiem cherché nn refuge pendant la guerre, ainsi qae les offici^^ qui avaient combatta qontre la Russie, et parmi eux les plus grands noms de la Suède : les Rosen, les Stenbock, les Wrangel, les Fersen, les Tiesenhaosen, tous s'empressèr^t d'envoyer promener la Suède qui avait dépouillé leurs pères, pour se placer soos le sceptre de la Russie qui leur restituait les domaines de leurs aïeux. Là est la clef de la fid^ité, avec laquelle les propriétaires des provinces baltiques servaient les souverains de Russie tout e9 détestant les Russes.
Peu après Fannexion, sous le règne d'Anne, les Allemands s'emparèrent peu à peu des principaux emplois et firent aux Russes l'insigne honneur de vivre et de s'enrichir à leurs frais, tout en les bâtonoant et en les exilant en Sibérie. « Je n'ai jamais été au service de la Russie r
• j'ai toujours été au service de l'empereur de Russie > disait un livonien très-intelligent et très-capable, ministre i%sse à Berlin et à Vienne, le baron Pierre de Mey^dorff, le môme au sujet duquel feu le comte Bloudoiv disait à la grande-duchesse Hélène, qui lui vantait les vastes connaissances du baron Pierre : « oui, madame, il est savant, il connaît
• tout, excepté pourtant la Russie dont il n'a aucune idée! >
Un o£Bcier -général, mort il y a peu d'aftmées, allemand d'origine, Essen, disait : < laissez-moi tenir par la queue, pendant un certain laps »de temps, une chèvre appartenant à l'état, et j'aurai de quoi bien » nourrir un bon cheval à moi. •
Lors de la prise de Riga, en 1710, le maréchal Schérémétew avait promis aux nobles de Livonie et d'Esthonie le maintien de leurs privilèges; la ratification donnée par Pierre !«' portait cette sage réserve : « en tant qu'ils ne seront point contraires aux lois russes, > Catherine I** et Pierre II les confirmèrent avec la même clause de réserve; m^s l'impératt'ice Anne, à son avènement au trône, sous l'influence des Allemands et spécialement de Bieren et des frères Loewenwolde, donna sa confirmation sans réserve aucune. Catherine II, allemande de nais^ eance, inais plus russe que tous les empereurs de Russie, Pierre l*' seul excepté, Catherine, après ^voir accordé un statut à la noblesse et un autre aux villes, abolit les privilèges des provinces, baltiques, en y introduisant la législation russe. , Cette sage mesure fut rapportée par l'empereur Paul, prince à demi-fou, et qui, dans cette circonstance, agit aous l'influence de la gouvernante de ses enfans, la princesse Lieven, allemande de naissance et de sentimens. Depuis, Alexandre I, Nicolas et Alexandre II ont commis la faute politique de jurer le maintien de ces privil^es. Il faut espérer qu'avec le temps Alexandre III évitera cette béviiie... Mais revenons aux Répnine.
Pierre !•', voyant les concussions de Menchikow, et trouvant pourtant nécessaire cet homme à talens si éminens, lui retira l'administration de Farmée, et confia la présidence du collège de la guerre à Répnine, créé maréchal le jour du sacre de Catherine I~ le 7 mai 1724. Six mois après, Répnine arrêta Pierre au moment où il allait faire enfermer Catherine au couvent après Taffaire Moëns, et cet acte fut d'autant plus beau de sa part à lui, qu'il avait pour ennemis cette princesse et Menchikow. Après la mort de Pierre P', on lui retira la présidence du collège de la guerre pour la restituer à Menchikow, et il retourna en qualité de gouverneur-général à Riga, où il mourut le 3 juillet 1726, à rage de 58 ans. Il avait épousé, à 17 ans, une princesse Lykow (d'une famille issue de Rurik et éteinte en 1701); veuf après quelques mois de mariage, il épousa en secondes noces, neuf ans après, une princesse Galitsyne (cousine-germaine de ma trisaïeule), veuve de Fédor Kirilovitch Narychkine, oncle maternel de Pierre P'. D eut de ce second mariage trois fils : Basile, grand-maître de l'artillerie et père du célèbre maréchal prince Nicolas RIpnine; Ivan, père du prince Pierre Répnine, grand-écuyer de Catherine II et, de même que son cousin le maréchal, Fun des principaux francs-maçons de son temps, et George, mort célibataire. La seconde femme du prince Anikita mourut en 1703, après neuf ans de mariage; il avait, lui, 35 ans seulement; devenu amoureux d'une finnoise, il voulut l'épouser; mais Pierre P', qui vivait lui-môme avec une finnoise (CaAerine l'*)) ne donna son assentiment à ce mariage qu'à la condition, pour la dame, de ne jamais mettre les pieds à la cour; de ne point porter le titre de princesse Répnine; mais de s'appeler madame Répninski. En un mot, ce fut un mariage morganatique. Les fils issus de cette union, et leurs descendans, furent anoblis sous le nom de Répninski. Cette famille, si nous ne nous trompons, est aujourd'hui à la veille de s'éteindre. Son dernier représentant, le général en chef Etienne lacovlevitch Répninski, arrière-petit-fils du prince Anikita, à ce que nous croyons savoir n'a point d'enfans. . La lignée mâle des princes Répnine s'est éteinte en 1801, et leur nom a passé à une branche de la famille Yolkonski.
La maison des princes Cantémir occupait, à cette époque, une position considérable. Leur aïeul, un tatar fort riche, venu en Moldavie en 1540, s'y était fait baptiser. Constantin Cantémir, et son fils aîné Ântiochus, avaient occupé tous les deux le poste de hospodar de Moldavie, ce poste si lucratif, mais si glissant, où le plus ^souvent on passait par le trône pour arriver à la strangulation par le cordon de soie envoyé de Constantinople. Leur fils et frère, Dmitri Cantémir, fut également nommé hospodar de Moldavie en novembre 1710. Pierre P% après avoir abattu la puissance de Charles XJI sur les champs de Poltava, revint à son ^ienne idée de prédilection de conquérir le rivage septentrional delà mer Noire, et déclara la guerre aux Turcs. < 5
Celte guerre avait été préparée par de longues et habiles négociations
avec les hospodars de Valachie et de Moldavie^ Constantin Brancovano-
Bassaraba et Nicolas Mavrocordato, lesquels se déclaraient prêts à
épouser la cause russe, à la condition d'obtenir, chacun, le titre
d'bospodar héréditaire de sa province respective sous la suzeraineté
de la Russie. Déjà Brancovano avait fait préparer, pour Tarmée russe,
de grands magasins de vivres et de munitions. La Porte eut vent de
ces négociations ; elle révoqua Mavrocordato, et le remplaça par Doiitri
Cantémir, chargé, au besoin, de faire arrêter Brancovano. Mais à peine
Cantémir fut-il arrivé à lassy, qu'il vira de bord, et conclut avec
Pierre I*' un traité identique, aux termes duquel Thospodarat de
Moldavie, sous la suzeraineté de la Russie, lui était promis à titre
héréditaire. La campagne s'ouvrit plus tôt qu'on ne s'y attendait;
l'armée turque, commandée par le grand-vizir Méhemet-Baltadji, mais
en réalité dirigée par des officiers suédois, agit avec vigueur et
promptitude; les Turcs traversèrent le Danube, inondèrent la Yalachie,
envahirent la Moldavie. Brancovano n'eut 1^ temps de prendre aucune
mesure; force lui fut de recevoir les Ottomans à bras ouverts, et à
leur livrer, comme s'ils avaient été organisés pour eux, les magasins
primitivement destinés aux troupes russes. Cantémir n'eut que le temps
de se réfugier au camp du czar. L'on connaît l'histoire de cette
jfnalheureuse campagne du Prouth, où l'armée russe échappa à une
ruine complète, et le czar à la captivité, seulement grâce à l'habileté
diplomatique du comte Tolstoy et du vice-chancelier baron Schafirow,
ainsi qu'à l'avidité du grand-vizir, gagné par les riches présens à lui
envoyés par Catherine. Cantémir, avec sa femme, ses enfans, son jeune
jieveu Constantin, le fils unique de Thospodar Autiochus, et plusieurs
milliers de Moldaves, trop compromis dans le parti russe pour ne
point fuir le joug ottoman, suivit l'armée dans sa retraite et vint se
fixer en Russie. Pierre P' lui accorda, avec le titre de prince russe,
de vastes propriétés territoriales à titre héréditaire, et lui conféra, pour
sa vie durant, le droit de juridiction, avec celui de vie et de mort,
sur les Moldaves émigrés en Russie avec lui. Plus tard, il lui obtint
de Charles VI un diplôme de prince du saint-empire. C'était un homme
intelligent, à l'esprit cultivé, nourri d'études classiques, fort instruit,
auteur d'écrits historiques estimés, avec cela un courtisan délié et un
fin intrigant. Sa première femme Cassandre Cantacuzène mourut deux
ans après leur émigration en Russie, laissant quatre fils et deux filles,
Marie et Smaragde; cette dernière mourut jeune. De ses quatre fils,
Mathieu épousa la princesse Agrippine Labanow; Constantin épousa la
princesse Anastasie Galitsyne: aucun d'eux n'eut d'enfans; Serge et
Autiochus ne furent point mariés : le dernier se fit un nom dans la
poésie russe. Devenu veuf, l'ex-hospodar se remaria, à l'âge de 45 ans,
à une jeune, belle et séduisante personne de 18 ans, la princesse
Anastasie Troubetskoy, depuis princesse de Hesse-Hombourg. Celle-ci ne l'épousa qu'à ia condition qu'il abandonnerait la longue robe flottante de son costume oriental, se raserait la barbe et adopterait Fbabit européen. De ce second mariage, il eut deux fils, Pierre et Ivan, morts en bas-âge, et une fille, Catherine-Smaragde, Tune des femmes les plus distinguées de son temps pour son esprit, son cauractère et l'influence qu'elle sut exercer autour d'elle; elle épousa le savant et vertueux prince Dmitri Mihaïlovitch Galitsyne, ambassadeur à Paris et à Vienne, le fondateur du magnifique hôpital Galitsyne à Moscou. La lignée directe de l'hospodar prince Dmitri Cantémir s'éteignit avec son fils Serge, en 1780, mais son neveu Constantin, qu'il avait amené enfant en Russie, devint lieutenant-général dans l'armée russe et fut marié trois fois : à une moldave dont j'ignore le nom, à une Golovine et à une Passeck. Il laissa un fils, Dmitri, dont l'existence fut bien triste. Le pauvre homme devint fou; il se croyait empereur de Byzance; rélégué à Réval où il se trouvait gardé à vue, il languit pendant de longues années, et mourut en 1820. Avec lui s'éteignit le nom de Cantémir.
La jeune femme de l'ex-bospodar, la Troubetskoy, était, je l'ai ^it, belle et séduisante. Elle avait passé son enfance et son a'îolescence dans un pays civilisé, à Stockholm, où son père, fait prisonnier à la bataille de Narva, se trouva retenu pendant 17 années; elle avait un parfait usage du monde, si rare encore à cette époque chez les dames russes, et elle se trouvait appuyée, de plus, par l'expérience de son mari, chez lequel la civilisation européenne s'alliait à la finesse et à l'astuce asiatique. Elle-même, d'ailleurs, était une intrigante déliée et d'un caractère remuant.
A côté d'elle se trouvîût sa belle-fille Marie, du même âge qu'elle, rayonnante de beauté orientale. Pierre !•' s'éprit de Marie Cantémir; une liaison s'en suivit. Tolstoy et lagoujinski, voyant Menchikow si puissant par l'appui de Catherine, conçurent l'idée, pour augmenter leur propre influence, de marier Pierre avec Marie Cantémir. Mais Ostermann et Menchikow guidèrent Catherine de leurs conseils. Mathieu OIsoufiew, grand-maître de la cour de Catherine, s'arrangea avec le grec Palikala, médecin, à la fois, et de l'impératrice et de la famille Cantémir, et Palikala s'y prit de façon que non-seulement il fit avorter Marie Cantémir, mais encore il la rendit incapable de jamais accoucher.— Ceci eut lieu en 1722 dans la campagne de Perse, où Pierre s'était fait accompagner par toute la famille Cantémir. L'ex-hospodar conçut un si violent chagrin de toute cette affaire, qu'il en tomba malade, et de retour dans sa terre favorite de Dmitrovo (aujourd'hui la ville de Dmitrovsk, dans la province d'Orel), il mourut en août 1723, à l'âge de SO ans.
Catherine, avec cette admirable habileté à désarmer ses ennemis, qui constituait l'un des traits les plus remarquables de son caractère,
obtint de Pierre, le jour de son sacre à elle, le 7 mai 1724, le cordon bien pour lagoujinski, le titre de comte pour Tolstoy; montée sur le trône Tannée suivante, eHe s'anpressa d'accorder ulie pension yiagëre à son ancienne rivale, et traita toute la famille Cantémir avec une affectation de bienveillance.
La jeune veuve de Tex-hospodar se remaria, nous Tavons dit, aa prince Louis de Hesse-Homboiirg.
Des fils de Tex-bospodar un seul fut un bomme distingué. (Tétait le prince Antiochus, si connu dans la littérature russe par ses satires, un homme d'une remarquable intelligence et d'une vaste érudition. Je parlerai plus loin de sa conduite en 1730, et des mobiles qui le firent agir. Après avoir eu vain recherché la main de la plus riche héritière de Russie, la princesse Barbe Tcberkaski*, il fut ministre de Russie à Londres et à Paris, où il mourut en 1744, à Fâge de 36 ans. Il avait été lié avec le célèbre Montesquieu.
La famille des princes Tcherkaski est issue de la maison des anciens princes souverains de la grande Cabardie, dont Taîeul Inall vint d'Ëgvpte s'établir en Circassie au quinzième siècle. A Tépoque du joug mongol. Ton avait contracté en Russie l'habitude, fort sage et trèspolitique d'ailleurs, d'assurer de grands établissemens aux Tatars influens qui abandonneraient l'islamisme pour se faire baptiser; de cette façon l'on parvint, peu à peu, à jeter la discorde parmi les Mongols, à les entamer et à les affaiblir. Cet usage survécut de long-temps à la chute du joug tatar et dura jusqu'à la réforme de Pierre !•'; là réside la source des richesses et de la position sociale élevée à laquelle atteignirent, dès le jour de leur baptême, les princes Tcherkaski, Ouroussow et loussoupow. Sous le règne de Pierre II, il existait deux branches de la famille Tcherkaski, toutes les deux baptisées au dixseptième siècle; l'aînée se trouvait représentée par trois frères, fils du boyar Michel Aléghoukovitch et de la princesse Eudoxie Ivanovna Pojarski, petite-fille du célèbre prince de ce nom.
Ce prince Michel Aléghoukovitch, baptisé dans sa jeunesse, avait été un fort digne homme. Lors de l'insurrection des strélitz en mai 1682, il avait fait de vains, mais courageux et nobles efforts pour arracher à la mort son ennemi personnel, le célèbre Matvéiew. Des trois fils de Michel, André fut la souche de la branche aînée actuelle, à laquelle appartient le prince Vladimir, ministre de l'intérieur dans le royaume de Pologne; Basile mourut célibataire, et Boris fut la souche de la branche cadette actuelle, à laquelle appartiennent la comtesse Buxhoevden et M""* de
* Bantycli-Eameiiski, dont la famille était un peu alliée à celle des Cantémir, a prétendu, dans son liyre si partial et si banal, Dictionnaire des hommes célèbres de Russie, comme si le prince Antiochus avait refusé la main de la princesse Tcherkaski; c'est là une de ces blagues qui fourmillent dans les ouvrages de Bantych, ce mignon du prince Alexandre Nicolaîévitch Galitsyne.
Nddhardt. Le prince André était fort riche; il possédait plus de quarante mille serfs, qui passèrent à son fils unique, Alexandre. Celui-ci, sous le règne d'Anne, s' étant brouillé avec Bieren, fut envoyé en Sibérie et ses biens furent confisqués. L'impératrice Elisabeth le fit revenir, le nomma maréchal de la cour de Théritier du trône, mais la plus grande partie de ses propriétés ayant été distribuées à d'autres pendant son exil, on ne lui rendit que le reste, peu de chose relativement à la masse confisquée.
Un jour, le prince Vladimir, en me montrant, dans son salon, le portrait de son trisaïeul, ajouta : « il m'est impossible de considérer de
> sang-froid ce portrait : quand je songe que nous aurions été si riches
> si cet animal-là n'avait point commis la stupidité de se brouiller avec • Bieren L...»
La branche cadette des Tcherkaski, sous le règne de Pierre II, avait pour unique représentant le prince Alexis, depuis chancelier de l'empire, avec la mort duquel cette branche s'éteignit en novembre 1742* Ce prince Alexis avait eu pour grand-père Ourousskane-Mourza, fils du mourza Koudénète. Ourousskane se fit baptiser sous le nom de prince Jacques Koudénétovich, épousa une princesse Prozorovski, devint boyar et commanda les armées russes. Son fils unique, Michel, épousa une princesse Odoïevski, devint également boyar et se fit nommer à la place très-lucrative de gouverneur de la Sibérie, où il se remplit largement les poches. Il avait eu deux fils : Pierre et Alexis; l'aîné avait été vice-gouverneur de la Sibérie du temps de son père, qu'il précéda dans la tombe de onze années, laissant une fille unique, Marthe, mariée depuis au comte Platon Moussine-Pouchkine. Le prince Michel mourut en 1712, en laissant 80,000 serfs, dont il légua 10,000 à sa petitefille Marthe, et les 70,d00 autres à son fils Alexis. Celui-ci, veuf sans enfans d'Agrippine Narychkine, cousine-germaine de Pierre I*', épousa la princesse Marie Troubdskoy, soeur du terrible prince Nikita, dont j'ai parlé, et cousine -germaine de la princesse Cantémir. II occupa honnêtement pendant quelques années le poste de gouverneur de la Sibérie; puis revint à Pétershourg siéger au sénat, où ses grandes alliances et son immense fortune lui assuraient une influence, que Textréme médiocrité de son esprit et Tincroyable pusillanimité da son caractère ne l'auraient jamais autrement laissé acquérir. A Tavénement d'Anne au trône, lui et sa belle- soeur la comtesse Pierre Sallykow contribuèrent pour beaucoup à amener la ruine des projets oligarchiques éclos dans ce temps-là; ce service ne fut jamais oublié par l'impératrice, d'autant plus que le prince Alexis, nommé ministre du cabinet, se signala par son obséquiosité envers Bieren. Après la mort d'Anne et la nomination de Bieren comme régent de l'empire, plusieurs ofiiciers aux gardes eurent l'imprudence de venir faire confidence à Tcherkaski de leur projet de déposer le régent, auquel ce grand seir
gneur-valet courut sur-Ie-cliamp révéler le complot. — Peu de jours après, dans la nuit du 8 au 9 novembre 1740, Munich ayant fait arrêter Bieren et transféré la régence à la princesse de Brunswick, mère du jeune empereur Ivan YI, la nouvelle régente fit mander Tcherkaski. Celui-ci fut pris d'un tel accès de frayeur qu'il devint blême, trembla de tous ses membres et fut obligé de changer de linge. Arrivé au palais dans un état de trouble inexprimable, il eut la surprise d'apprendre sa nomination comme chancelier de l'empire. L'on voulait avoir à ce poste un homme qui ne portât point un nom allemand, qui fût un grand seigneur et un homme nul : Tcherkaski réunissait ces trois qualités. Pendant sa courte gestion des affaires étrangères, il fut surtout et spécialement préoccupé des questions de titre et d'étiquette : une nuit, il fit réveiller le chef de sa chancellerie pour s'informer de la formule à employer dans une lettre à adresser au duc de Mecklembourg. D avait eu, de son second mariage, plusieurs enfans morts en bas-âge; il ne lui restait qu'une seule fille. Barbe, remarquable par sa sottise. Quoiqu'elle fût la plus riche héritière de Russie, son père ne voulait la marier qu'à un homme riche; il refusa plus de vingt partis, entre autres le' prince Ântiochus Cantémir, un homme d'un méfite réel, et cette sotte, quelques mois après la mort de son père, épousa le comte Pierre Schéréraélew, l'homme le plus riche de la Russie, possédant, comme elle, 70,000 serfs, et aussi bête qu'elle.
Sous le règne d'Anne, les dames de la cour, c'est-à-dire les dames à portrait et les demoiselles d'honneur, avaient seules le droit de porter les cheveux coiffés en boucles; ce môme droit avait été conféré, exclusivement et par faveur spéciale, à la princesse Barbe Tcherkaski, en récompense des services de son père, lequel alla se jeter aux genoux de rimpératrice pour la remercier de cette grâce à lui accordée.
Il existe de nos jours encore une famille de princes Tcherkaski, d'une autre origine, mais également venue du Caucase. Un mourza circassien, Déviet - Kizdène , se fit baptiser à la fin du dix -septième siècle sous le nom de prince Alexandre Békovitch - Tcherkaski'; il épousa la princesse Marthe Galitsyne, fille de Boris, le gouverneur de Pierre !•', et chargé d'une mission à Khi va, il y fut massacré en 1716. Cette famille n'est représentée aujourd'hui que par le prince Simon Tcherkaski et sa soeur la baronne de Bûhler.
Les deux branches actuelles des princes Tcherkaski dont j'ai parlé plus haut, sont issues, en lignée féminine, de l'illustre maison Pojarski, éteinte ^n 1685.
Le prince Dmitri Mihaïlovich Pojarski, lequel avait [été appelé, par la volonté nationale, en 1611, à commander les milices levées pour sauver la Russie de l'invasion polonaise, fut, lors des états-généraux de 1613, Fun des candidats au trône de Russie. Dans une brochure publiée par nous à Paris en 1843, et pour laquelle l'empereur Nicolas nous avait
exilé à Viatka, noua avions énoncé Fopinion généralement reçue jus-' ques-là, sur Tignorànce où Ton se trouvait des motifs ayant porté' Pojarski à refuser la couronne de Russie. Depuis, le fait a été éclairci :' il n'y a point eu, dé sa part, refus, mais recherches infructueuses.
Dans les Mémoires de la Société Hislorif^ue de Moscou (^ÏTeBia Moc- KOBCRaro OômecTBa Hcropin h ^P^BBOcreâ), a été imprimé un procès surgi, dans les premières années du règne du czar Michel, entre un prince Pojarski de la branche ainée de cette famille, et un gentilhomme appelé Hilarion Soumine. Ce Soumine affirmait que le prince Dmitri Pojarski, en 1613, avait recherché la couronne, et avait dépensé, en frais d'élection infructueux, plus de 20,000 roubles, somme énorme pour ce temps-là!
Le prince Dmitri Mihaïlovitch Pojarski laissa trois fils : Pierre, Fédor, mort célibataire, et Ivan. Le prince Pierre n'eut point de fils ; il laissa deux filles : raîuée, Anna, n'eut point d'enfans de ses deux mariages, avec le prince Athanase Répnine, l'oncle du maréchal, et le boyar Ivan Andréiévitch Miloslavski; la seconde, Eudoxie, épousa le boyar Ivan Pétrovitch Schcrémétew; leur lignée s'éteignit avec la mort de leur arrière-petit-fils Alexis Pétrovitch, le gendre du célèbre prince Jacques Dolgoroukow ; devenue veuve, M"! Schérémétew, née Pojarski, épousa un veuf, le boyar prince George Dolgoroukow, le bisaïeul de mon trisaïeul; elle n'eut point d'enfans de ce mariage.
Le prince Ivan, le plus jeune des fils du célèbre Pojarski, eut deux fils morts célibataires tous les deux, George et Simon, et trois filles : 1» Anna, mariée au prince Vélikoghaghine, d'une famille fèsue de Rurik, et éteinte en 1722; ^ Agrippine, mariée au prince Dmitri Galitsyne, frère du gouverneur du Pierre P'; de ce mariage il n'y eut point de lignée mâle, mais deux filles : la princesse Michel Kourakine, dont le fils, Basile, mourut célibataire, et Pauline, laquelle, après un mariage court et stérile avec Fédor Narychkine, oncle de Pierre P', épousa le maréchal prince Répnine; leur lignée mâle s'est éteinte en 1801 ; enfin 3* Eudoxie, mariée au prince Michel Alégboukovitch Tcherkaski. — La" maison des Pojarski s'éteignit avec la mort du prince George Ivanovitch, en 1685.
Les princes loussoupow et Ouroussow sont issus du célèbre Édighey, l'un des chefs les plus intelligens et les plus habiles des hordes de Tamerlan. Quand ce dernier devint vieux et moins belliqueux, Édighey alla chercher fortune ailleurs ; il entra au service du khan des Tatares du Volga; l'aida à remporter une célèbre victoire sur le grand-duc de Lithuanie Vitold, sur les rives de la Vorskla, en 1399; huit ans plus tard, il assiégea Moscou et brùla le couvent de Saint -Serge; enfin il devint le souverain de la nombreuse et puissante tribu des Tatares Mogaïs, dont l'existence nomade se passait entre le Volga et le Dnièpre.
En 1556, loussouf-mourza, l'un des descendans d'Édighey, souverain
dd ki tribu des Nogaîs, fat assassiné par soq propre irèFe bmaeimourta» lequel s^empara du pouvoir et fit partir pour la Hussie les deux jeunes fils de loussouf : â>mouna et Ibrahim-mouna. Le premier fût la souche de la branche aînée, éteinte au dix-buitième siècle, el de la branche ainée actuelle, si connue pour sa richesse; Ibrahim lut la souche de la branche cadette, devenue chrétienne par le baptême de son petit-fils, nommé Ibrahim coomie lui, et appelé après son baptême prince Nikita Séiouchéiévitch. Cette branche s*allia aux Miloslavski, mais devenue nombreuse, elle fut amenée, par les partages <^ Finsoaciauce, à la pauvreté et à Tobscurité où elle se trouve maintenant
L*un des petits-fils d'U-mourxa, Abdoull-monrza, se fit baptiser dans les dernières années du règne du czar Alexis; il prit le nom de prince Dmitri Séiouchéiévitch, reçut en propriété plusieurs milliers de serCs, et é()0usa une princesse Korkodinow, d^une maison issue de Rorik H éteinte dans les premières années du dix-huitième siècle. D donna un festia auquel il invita le (tatriarche Joachim et les principaux boyars; c était un jour maigre* Il leur fit servir une oie birie^ et eut Finsolence d*«i offrir un morceau au patriarche. Celui-ri se leva de table avec mdignatiou et s'en alla; les boyars firent de même. Le lendemain matûa^ lous^oupow fut mandé au palais, reçut le knout au Kremlin an pied de Tescalier rouge (^pacaoe Kpuj^noX et on lui confisqua la moitièiie sa fortune.
Un siècle plus tarti, son arrière-^vtit-fils le prince Nicolas se troa- Tant on jour chambellan de service auprès de Catherine H, dînait à la table im|H^riale. L'on servit une oie« et à la question à loi adresséa par Hmpi'ratrice, sll pomait detxniper Toîe^ il répondît : cks oies ont
• |ou un tn>p grand rvMo dans rhistoire de ma fimilie pour qne je
• ne sa^'be point m'y pniMulr^ ave^r eux, » et il raconta Fanerdote à riiii|iératrii^\ Celle-ci lui fit Tol^^rvation que Tott avait été beaocoop ln>p indul^^at à IVgar\f de son bisaieul en lui c«nâ;squaBl seolemat la moitié ^te sa fortune : qu^il aurait mente la cvMJiseatkn dn total, telle fortime lui ayant ète iK>nne« prvcisenieflft^ [^4ir ne poînl manger dToiets^ le$ j^Hir» niaign^
n exts^tet, dans la branche riche de$ I«>us49t:pov, de mtee que dans c^evie di^ SckervuKtew^ une (vuticuUrite etrac^ : quW que fàt le Bomfare de tait^>tt^ *^ d^ttVk warup^^ toos meurent à rexce|-6on «Ton seul, ce t^ tnui>.vYt;»^ b fortune en un m:»jv^rat invoivataîre. Aiftâ» des trois C5^ du firj^.v nuùtri^ un $)cuk Grvcoîre^ arriva à Ti^ aiulte : il ne «bWfcyv^; ^ccit dTe^prit. il fat un cvxurtkui a^^jL ma^ avec des foraies aSr^d,^ ^ ikHU^^$au\:j^v^ rs^vt^nt ri$:ar:ii>;iLe si r^ima de sa funlle. fkfry^ I** )if «»x:;:::;ba n:a^Mr agix purvk^* ei ^efij^seur. et hà âl cadeande
plusieurs milliers de serfs, confisqués au prince Koltsow-Massalski. Sous Catherine I"* il fit le plat-pied devant Menchikow; sous Pierre II, devant la famille Dolgoroukow. Le prince Alexis, si brutal dans ses manières, Tapostrophait en public: eh! le tatarl» (ai Tbi, TarapHHi), et loussoupow répondait par de profondes révérences. Après Tavénement d'Anne, il fut le premier, comme de raison, à tourner le dos à ceux qu'il avait bassement adulés, et à courir journellement dans Tantichambre de Bieren. II mourut l^a même année, à Tâge de 54 ans, ayant eu trois fils, dont rainé, Boris, arriva seul à Tâge adulte. Ce prince Boris surpassa encore son père en bassesse. Se trouvant gouverneur-général à Moscou, il écrivait à Bieren des lettres où il lui disait lui baiser les mains, et signait : « votre esclave fidèle. » U avait une soeur, la princesse Mavra, laquelle, s'étant exprimée un jour d'une manière imprudente sur les relations d'Anne avec Bieren, fut enfermée dans un couvent à Tihvine, sous le nom de Marthe. Ayant tenu encore au couvent quelques propos imprudens, elle y fut fouettée et envoyée en exil en Sibérie. Le prince Boris refusa de lui accorder le moindre secours et la renia complètement. Sous le règne d'Elisabeth, cet homme si méprisable fut directeur du corps des cadets (!!), président du collège du commerce et se signala par ses concussions.
Dans le courant de ces Mémoires, nous aurons à parler de son fîte Nicolas et de son petit-fils Boris; tous les deux augmentèrent considérablement la fortune de la famille et la portèrent à un chiffre immense : le prince Nicolas par son mariage avec l'une des nièces du prince Potemkine, et le prince Boris par le noble métier de l'usure; il avait, à cet effet, une agence spéciale à Pétersbourg, et à Moscou il avait pour commissionnaire un industriel très-connu, Gabriel Volkow, lequel me disait un jour : c feu le prince Boris était un vrai commer- »çant; avec lui, nous ne laissions rien échapper, depuis les gros coqs » de bruyère jusqu'aux plus petites bécasses, » (noKoflBbifl KHfl3b Bopnci HBKOjaeBaqi ôbiai» qejiOBiKi Koimep^ecKifi; hu cb hbih» npoiiaxoBi He AàBaàu; crptifUB h tojctuxi Terepeseâ, b HejRyio ôeKacany).
La souche des princes Ouroussow, Ourouss-mourza, était le fils aine de cet Izmaé'l qui massacra son frère loussouf et envoya ses neveux en Russie. L'un de ses fils, Satyi-mourza, eut plusieurs fils, dont l'un, Kassime-mourza, se fit baptiser à Kazan, en 1615, et prit le nom do prince André Satytch Ouroussow. Son fils Simon et ses quatre petitsfils furent boyars; le troisième d'entre eux, Nikita, épousa une princesse Stcberbatow et fut la souche de tous les Ouroussow actuels. Sous le règne de Pierre II cette famille, parmi les six petits-filsi du prince Nikita» comptait deux hommes de mérite et fort considérés: le prince Grégoire Alexéiévitch et son frère le prince Basile; celui-ci était marié à la princesse Pauline Dolgoroukow, soeur de mon trisaïeul; il a été le bisaïeul du prince Ouroussow, aujourd'hui sénateur à Moscou, de
la princesse Léon Radziwill et de feae la princesse Gortchakow. De nos jours, la maison Ouroassow compte plusieurs branches, dont la cadette a pour unique représentant mâle Fun des hommes les plus respectables de la Russie, le prince Serge Nicolaïévitch, secrétaire de Tempire, jurisconsulte savant, homme de coeur et de courage civil, que ses amis appellent «le Malesherbes russe».
Les princes Troïékourow étaient issus de Rurik, de même que les quatre familles dont nous allons parler ensuite. Ces princes Troïékourow avaient joué un rôle considérable aux seizième et dix-septième siècles, et leur position sociale avait grandi encore par deux alliances avec la maison régnante : le boyar prince Ivan Fédorovitcb avait épousé Anna Nikitichna Romanow, tante du czar Michel; son petit-fils, le boyar prince ivan Borissovitch épousa Anastasie Fédorovna Lapouhine, dont la soeur, Eudoxie, fut la femme si malheureuse de. Pierre K De ce mariage naquirent deux fils, Fédor et Ivan, et une fille, Anastasie^ mariée à un prince Labanow. Fédor ne laissa qu'une fille, mariée au prince Serge Dolgoroukow, le frère aîné du prince Dolgoroukow de la Crimée (la lignée du prince Serge s'est éteinte de nos jours dans la personne de son arriëre-petit-fiis). Le prince Ivan eut une fille, mariée au comte Ivan Tolstoy, et un fils, Alexis, avec la mort duquel s'éteignit la maison des princes Troïékourow; il ne laissa qu'une fille, mariée au comte Vladimir Saltykow, souche des comtes Saltykow actuels. La princesse Troïékourow, née Lapouhine, fut impliquée dans l'affaire de son neveu le czarévitch Alexis; Pierre l" lui fit donner le knout, et l'envoya dans un couvent de la ville de Totma (province actuelle de Vologda), où il la contraignit à prendre le voile sous le nom d'Alexandra. Après l'avènement au trône de son petit-neveu Pierre II, elle fut relevée de ses voeux forcés, à l'époque de l'élargissement de sa soeur la czarine, avec laquelle elle vint habiter et vécut ensemble jusqu'à la mort de celle-ci.
La maison des princes Bariatinski avait pris son nom de la te^ de Bariatina, située sur la rivière Klétoma, au district de Méstchovsk, dans la province actuelle de Kalouga. Cette famille joua un rôle assez marquant sous le règne du czar Alexis. Le prince Ivan Fédorovitcb, dont le père avait été okolnitchyi et l'aïeul fut boyar, agrandit sa position en épousant la fille du chancelier Golovkine. C'était un homme d'esprit, mais un plat courtisan, et il en donna la preuve par son obséquiosité envers Bieren, obséquiosité à laquelle il fut redevable des grades de lieutenant-général et de général en chef, des portes de gouverneur -général, à Moscou d'abord, en Petite -Russie ensuite. Il disait parfois : «saluez bas, et vous monterez haut» (KiaosHCfl obsko, no4biMemi>ca bucoko). Nous aurons à parler souvent, dans nos Mémoires, de ses descendans, dont l'un, Taïeul du maréchal actuel, fut marié à une princesse de Holstein.
La maison des princes Prozorovski avait pris son nom de la terre de Prozorovo, au district de Mologha, dans la province actuelle de larosiaw. Cette famille joua un rôle des plus importans au dix-septième siècle. Le prince Pierre Ivanovitch fut le trésorier intime des czars Alexis et Fédor III, ainsi que de Pierre !•» et jouit de leur confiance la plus entière ; sa cousine-germaine, la princesse Agrippine Pétrovna, fut la première femme de Basile Saltykow, le frère de la czarine Prascovia. Le prince Pierre n'eut qu'une fille, Anastasie, dame à portrait de Catherine I"*, mariée au prince Ivan Galitsyne, le frère du gouverneur de Pierre !•'. Cette princesse Anastasie avait été traitée par Pierre !•' comme une soeur, mais dans l'affaire du czarévitch Alexis elle fut convaincue d'avoir servi les intérêts de ce prince en le tenant régulièrement au courant de ce qui se disait à la grande cour; Pierre I** la lit fouetter dans la cour de l'hôtel de la haute police, au village de Préobrajenskoié, en présence d'une e«nlaine de personnes. Plus tard, pour regagner la bienveillance de son terrible souverain, elle rechercha et obtint, après la mort de M"* Rjevski, les fonctions de princesseabbesse (RBflSb-HryueBbfl) dans les mascarades et les orgies bachiques de Pierre I*', qui alors la reprit complètement en grâce. Elle laissa, à sa mort, une fortune considérable. Elle a été la trisaïeule du prince Galitsyne, marié à la comtesse Baranow. La famille Prozorovski joua un rôle considérable pendant le dix-huitième siècle; aujourd'hui, leur lignée est re[)résentée uniquement par le général prince Alexandre Pétrovitch, célibataire atteint, depuis de longues années, d'aliénation mentale; il a eu un frère célibataire, tué dans la guerre de Turquie en 1829, et deux soeurs ; M"' Ouchakow (mère de M*"* la comtesse d'Osten-Sacken) et M"** Annenkow. Néanmoins, le nom de Prozorovski n'a point été transmis à ses neveux, mais à son cousin issu de germain, le prince Alexandre Fédorovitch Galitsyne, petit-fils, par sa mère, du maréchal Prozorovski.
La maison des princes Stcherbatow était déjà assez nombreuse à cette époque. Le chef de la maison, le prince Simon Ivanovitch, impliqué, en 1718, dans l'affaire du czarévitch Alexis, avait été convaincu d'avoir adressé à la malheureuse czarine Eudoxie, renfermée au couvent, des lettres, où il la traitait de Majesté, et d'avoir, dans ses conversation avec Lapouhine, le frère de la czarine, appelé de ses voeux la mort de Pierre !•'. Celui-ci fit subir au prince Simon un châtiment atroce : il lui fit donner le knout, couper la langue et arracher les narines, et l'envoya en l'exil à Poustozersk, non-loin de la mer Blanche. Rappelé de l'exil après la mort de son bourreau, le prince Simon vécut jusqu'en 1755, dans l'affreux état de mutilation où l'avait plongé le caprice du tyran. Son frère Alexis a été la souche de la branche aînée des Stcherbatow, représentée aujourd'hui par ses trois arrière-petils-fils, le prince Grégoire, ancien maréchal de la noblesse de
Pétersboorg; le prince Vladimir, goavernear à Saratow, et ]e prince Alexandre, maire de Moscou. Le prince Nicolas Pétrovitcb, eousin issa de germain du malheureux prince Simon, a été la souche de la branche» aujourd'hui éteinte, à laquelle appartenaient la maréchale Kamenski et la comtesse Bloudow. Sous le règne de Pierre II deux prin4*es Stcherbatow occupaient des positions considérables et jouissaient d'une influence réelle : Ivan Andréiéyitch et Michel louriévitch. Le premier, marié à une Stréchnew, beau-frère du célèbre Ostermann, fut redevable à Tappui de celui-ci du poste de ministre à Madrid, puis à Constantinople; il fut ensuite appelé à présider le collège de justice et envoyé plus tard comme ambassadeur à Londres. C'était un homme d'un esprit fin et rusé. Après la catastrophe de son beau -frère, il fut rappelé de Londres, mais ensuite il sut se faire nommer sénateur. — Il ne laissa qu'une seule fille, mariée à l'historien Stcherbatow; mais son frère atué, Fédor, fut la souche de la seconde branche actuelle; il a été le bisaïeul de M"' Sverbéiew et du frère de celle-ci, le prince Pierre, marié à M*** Gorstkine.
Le général prince Michel louriévitch Stcherbatow fut gouverneur de la province d'Arhangelsk, alors bien plus vaste encore qu'elle ne l'est de nos jours. C'était un homme de mérite et d'une grande probité. — Son fils aine, Pierre, a été la souche de la troisième branche des princes Stcherbatow, à laquelle appartiennent M*^ Alexandrow et la comtesse Ouvarow, et de la quatrième branche, dont le représentant, le prince Dmitri, fut marié à sa nièce-germaine, une soeur de M""* Alexandrow. Nous ignorons s'il a laissé des fils.
Le second fils du gouverneur d'Arhangelsk, le sénateur prince Michel, écrivit une histoire de Russie et laissa un bien curieux Mémoire sur la Russie du dix -huitième siècle. Mémoire imprimé il y a quelques années par M. Hertzen. Le prince Michel fut la souche de la I cinquième branche, éteinte en 1839 avec son fils, Dmitri, dont le fils,
le prince Ivan, mort dix ans avant son père, fut l'un des jeunes gens les plus distingués, les plus estimables et les plus infortunés de son temps.
La maison des princes Shahovskoy, issue de Rurik de même que les quatre familles dont nous venons de parler, était déjà fort nombreuse à cette époque. Cette famille avait pris une part active aux troubles qui avaient agité la Russie dans les premières années du dixseptième siècle. Le primée Pierre Mihaïlovitch avait été Tun des principaux appuis du premier faux Dmitri et reçut de lui le chapeau de boyar. Son cousin issu de germain, le prince Grégoire Pétrovitcb, fut ^ l'un des principaux appuis du second faux Dmitri. Sous le règne de Pierre II, l'un des membres de cette famille avait acquis une certaine influence ; c'était le prince Alexis Ivanovitch, un homme fin, rusé et fort peu scrupuleux; il était redevable de son avancement et de son grade d'ofiicier- général à son mariage- avec une Arséniew, parente
éloignée de la première princesse Henchikow. Après Tavénement d^Ânne au trône, il fut nommé sénateur; il se constitua le courtisan assidu et fort ^plat de Bîeren, et après l'organisation du régiment des gardes à cheval, il eut la chance, bien peu flatteuse pour sa mémoire, d'inspirer à Bieren assez de confiance pour être nommé lieutenantK^olonel de ce régiment, créé, de même que celui d'Izmaïlovski, dans le hut nondissimulé de tenir en échec les deux anciens régiments de la garde, ceux de Préobrajenski et de Sémenovski, où la presque totalité des officiers et môme une partie des soldats appartenaient à Tancienne noblesse russe. — Ensuite le prince Alexis fut général en chef et gouverneurgénéral de la Petito-Russie.
Son neveu, le prince Jacques Pétrovitch, Tun des hommes les plus estimables de son temps et qui laissa de curieux Mémoires,- fut procureur-général de Tempire, et nous aurons à en parler plus d'une fois.
La soeur du prince Alexis fut mariée à Tun des marins russes les plus distingués de cette époque, le commodore Ipate Kalinovitch Mouhanow, souche des nombreux Mouhanow d'aujourd'hui.
De nos jours, la maison Shahovskoy se divise en sept branches. L'aînée est formée par trois frères, dont le puiné, par son mariage, a hérité du nom de Glébow-Stréchnew. La seconde branche est représentée par le prince Alexis Nicolaïévitch, dont la mère fut une Obolenski, nièce et héritière du respectable Paul Fédorovitch Karabanow. La troisième branche est représentée par le prince Alexis Pétrovitch, sa soeur la princesse Galits3rne et leur soeur consanguine la princesse Butera. Le dramaturge prince Alexandre appartenait à la quatrième branche, aujourd'hui représentée par ses neveux. A la cinquième branche appartiennent les fils de feu le général prince Ivan Léontiévitch, ainsi que leurs cousins. A la sixième branche — M"''' Michel Boutourline, ses frères et cousins. La septième branche est représentée par les deux fils du respectable et malheureux décembriste prince Fédor Pétrovitch : le prince Dmitri, marié à la princesse Natalie Czetvertynski, et le prince Ivan, marié à M"* Catherine Bierzinska.
En parlant plus haut des Troubetskoy, j'ai mentionné l'origine des princes Havanski, l'aînée, par primogéniture, des maisons princières issues de Guédimine, grand -duc de Lithuanie (ce qu'en Europe l'on appelle les Jagellons). Émigrés en Russie dans les premières années du quinzième siècle, ainsi que les aïeux des Galitsyne et des Kourakine, ils s'étaient complètement russifiés. La princesse Euphrosine Andréievna Havanski épousa André, prince apanage de Yolotsk, fils du grand-duc Ivan III et oncle du czar Ivan le terrible.
Le prince Nikita Andréiévitch avait été marié à une soeur du célèbre Pojarski. Son neveu, le prince Ivan Andréiévitch, et le fils aîné de celui-ci, André, avaient pris chaudement parti pour les dissidens religieux contre les réformes de Nikone. Le prince Ivan était le chef
supérieur de la milice des strélitz, très -hostiles aux réformes de Nikone.
A la mort du czar Fédor ni, le 27^ avril 1682, la eouronne ayant été placée sur la tôte du jeune Pierre, sous la régence de sa mère Natalie Narychkine, à cause de Fétat d'imbécillité d'Ivan, frère consanguin de Pierre, mais frère germain de Fédor, la ezarine Sophie, sœur consanguine de Pierre, et soeur germaine d'Ivan et de Fédor, provoqua, le 15 mai, une insurrection de strélitz, à la tête de laquelle se placèrent les Havanski. L'insurrection réussit en plein : Ivan fut associé an règne de Pierre, et la régence, enlevée à Natalie, fut donnée à Sophie. Mais le prince André voulut forcer la main à cette dernière, et l'obliger à l'épouser. Sophie, habile et astucieuse, d'ailleurs guidée par les conseils de ses parens les Miloslavski et des deux frères Tolstoy (voyez page 20), s'y prit avec tant d'adresse et de succès, qu'en septembre de la même année elle fit arrêter André Havanski et son père, et leur fit trancher la tête à tous les deux. On confisqua leurs biens, ce qui diminua de beaucoup la position de la famille : le frère aîné d'André, Pierre, et son frère cadet, Ivan, ne conservèrent que les biens de leurs femmes, mais la famille se releva par ses alliances. Le second fils de Pierre, Basile, épousa une fille du vice-chancelier Schafirow, et le fils d'Ivan, Michel, épousa une fille du prince Boris Galitsyne, le gouverneur de Pierre I*'.
Depuis l'extinction, en 1679, de la grande maison des princes Yorotynski, celle des princes Oiloïevski est devenue l'aînée, par primogéniture, de toutes les familles issues de Rurik. Elle a pris son nom de son ancien apanage, la ville d'Odoiew, dans la province actuelle de Toula. La princesse Eudoxie Romanovna Odoïevski épousa Vladimir Andréiévitch, prince apanage de Staritsa, petit-fils d'Ivan III et cousingermain du czar Ivan lY le terrible. Pendant tout le cours du seizième et du dix -septième siècles, la maison Odoïevski jouit d'une immense influence. Le prince Nikita Ivanovitch fut marié à Eudoxie Fédorovna Schérémétew, dont la grand'mère maternelle, la princesse Marthe Nikttichna Tcherkaski (d'une branche des Tcherkaski éteinte en 1642) était une Romanow, la propre tante du czar Michel. — Sous le règne de Pierre II, la maison des Odoïevski se trouvait représentée par le prince Basile louriévitch, trisaïeul du prince Odoïevski actuel, et les deux neveux de Basile : Pierre et Ivan, fils de son frère aîné Michel. Pierre ne laissa point de postérité; celle d'Ivan s'éteignit avec son petit -fils Serge, tué à la bataille de Dresde en 1813, et dont la soeur unique légua les 8,000 serfs qui constituaient la fortune de cette branche aînée des Odoïevski à son mari, le comte Octave de Quinsonnas, à cette époque général russe, et depuis pair de France.
Le prince Basile louriévitch Odoïevski avait une grande fortune et une position considérable; il était grandement allié : sa soeur était ma-
riée au prince Michel Dolgoroukow, le frère du maréchal; des deux cousines-germaines de son père, Tune avait épousé le célèbre prince Dmitri Galitsyne, frère aîné du maréchal de ce nom; une autre, la princesse Kourakine, avait été la mère du prince Boris, beau-frère de la czarine Ëudoxie et grand-oncle du jeune empereur; lui-même était marié à la princesse Marie Alexéievna Lykow, la fille unique et héritière de Tun des deux derniers princes de ce nom*. Par lui-même, le prince Basile était un triste personnage, et sa femme, malgré sa grande naissance et sa fortune si considérable, se distinguait par sa bassesse à la cour.
En 1743, lors de la prétendue conspiration de mesdames Lapouhine et Bestoujew, M"* de Lilienfeldt, fille de la princesse Odoïevski, fut impliquée dans cette affaire. Lorsqu'on vint annoncer à la mère, alors déjà septuagénaire, que sa fille venait d'être conduite à la forteresse, elle avait du monde dans son salon; en entendant la fatale nouvelle, elle se couvrit le visage de ses mains, resta quelque temps dans cette posture, et ensuite elle reprit le fil de la conversation, comme si rien n'était arrivé. — M""* de Lilienfeldt fut envoyée en Sibérie. Quelques mois après, Timpératrice Elisabeth fait un. jour chercher la vieille princesse Odoïevski; celle-ci, arrivée au palais, est introduite dans la chambre de toiletté de Timpératrice. Elisabeth lui dit : «je sais que • vous avez été Tune des plus grandes élégantes de votre temps,» et là-dessûs elle lui demanda des renseignemens sur les toilettes que Ton portait un demi-siècle auparavant. La princesse Odoïevski, après avoir satisfait la curiosité de Timpératrice, se hasarda à implorer la grâce de sa fille. Elisabeth fronça les sourcils, et répondit : « vous savez que » je n'aime pas que Ton me parle des exilés. » Alors la vieille Odoïevski se jeta à genoux en s'écriant : «pardon, madame, pour la bêtise que » je viens de commettre » (BaHOBara, MSTyraKa, 3to a laKi ch 4ypy).
Son fils unique, le prince Ivan, fut Fun des plus déplorables personnages de son temps : après avoir mangé la fortune de son père, en attendant Théritage de sa mère (celle-ci mourut en 1752, à Tâge de 80 ans), il trichait aux cartes, et parfois, en faisant la partie du riche et généreux comte Alexis Razoumovski, il empochait les enjeux placés sur la table. Ayant essayé un jour de pratiquer cette même manoeuvre chez le grand-duc (depuis Pierre III), il en reçut un soufflet et fut mis dehors à coups de pieds, ce qui ne l'empêcha point de devenir sénateur, conseiller privé actuel et cordon de Saint-Alexandre. Il avait un orchestre de musiciens, composé de ses propres serfs; il les envoyait jouer de maison en maison, et empochait la recette, et cela, étant déjà sénateur. Il mangea la fortune de sa famille, et ce fut seulement grâce aux dots c'e leurs femmes que ses fils eurent de quoi
* La maison Lykow, issue de Rnrik, s'éteignit en 1701 arec la mort du prince Michel Ivanovitch» oncle-germain de la princesse Odoïevski.
vivre à leur aise; deux d'entre eux contractèrent môme de riches mariages*. Aussi, est-ce à son arrière-petit-fils, le prince Odoïevski actuel, que s'adressent indirectement les vers si connus de Pouchkine.
EaepcBitt cawse Twp40 BlmaA, Hto AtAi ero, BeiBKil Myvb.
Butii 4B-feHa4qaTb Tuca^b iym'h.
flsi HBii orqy ero AOCTajacb Ocbxnji lacTb, ■ Ta, caoïoa, Bbija AasRO sajoseHa, H e]Kero4BO npo4aMjacb.....
A caMi oHi «sjOBaHbeMi sui, H perBcrpaTopoMi cjyiiHJi.....
Le fils aîné du prince Ivan, Nicolas, était un loustic, et parfois de fort mauvais goût; son frère Serge, l'aïeul du prince Odoïevski actuel, était la plus grande commère de Moscou; il connaissait toutes les nouvelles, vraies et fausses, et les colportait de maison en maison, revues et augmentées; avec cela il était curieux comme un page. — Un jour les deux frères dînaient chez le maréchal Tchemychew, gouverneurgénéral de Moscou. Au sortir de table, la maréchale, prenant à part le prince Nicolas, lui dit quelques mots à l'oreille. Le prince Serge s'empressa de lui demander: «que vous a dit la maréchale?» — «Elle >m'a prié de lui apporter le plus gros saucisson qu'il sera possible » de trouver, » répondit le loustic. — A cette époque, on dînait à une heure, à deux heures au plus tard. Le prince Serge se bâta de se jeter dans sa voiture et de parcourir tous les magasins de comestibles. Deux ou trois heures après, il arriva, avec un saucisson d'une grosseur fabuleuse, chez la maréchale, femnie d'un caractère hautaia et d'une impertinence sans pareille. L'on peut s'imaginer l'accueil reçu par lui!
La maison des princes Gagarine, issue de Rurik de môme que les familles dont nous allons parler ensuite, jusqu'aux princes Yolkcmski inclusivement, n'avait joué aucun rôle marquant avant les premières années du dix -huitième siècle, et aucun Gagarine n'avait, jusques-là, occupé de poste important. Le prince Mathieu Pétrovitch fut pendant (1693-1706) treize années voïévode à Nertchinsk; ensuite il fut nonuné président du prikaze de Sibérie, qui avait, à Moscou, la haute main sur l'administration de ce vaste pays. L'année suivante, il fut nommé
* Alexandre et Ivan. Le prince Alexandre épousa une Vadkovski, et Painée de ses deux filles, mariée à un cousin-germain à eUe, fut la mère du spirituel, aimable et infortuné décembriste Odoïevski. Le prince Ivan épousa une Izmaïlow, fort riche, dont la mère avait été une Odoïevski de la branche aînée; ils eurent un fils, tué à la bataille de Brienne, en 1814, et une fille qui épousa le très-ridicule et très-peu estimable comte Lanskoy, ministre de Pintérieur sous le règne actuel. Ce polichinelle de Lanskoy mangea la fortune de sa femme.
gouverneur de la provinee de Moscou,, et en 1712, gouyeméur de celle de Sibérie. — Pierre I*', vu Tabsence de routes, la difficulté des communications et du contrôle dans un pays aussi vaste, avait divisé la Russie, en 1708, en neuf provinces (la Petite-Russie exceptée), et avait fixé la somme d'impôts à payer par chaque province, laissant au gouverneur le soin de les répartir et percevoir suivant qu'il le jugerait le plus utile aux intérêts du pays. Les sommes étaient réparties ainsi :
Provinces : de Moscou 1,149,687 roubles.
de Pétersbourg 488,627 —
do Kiew 114,867 -—
d'Arhangelsk 874,276 —
de Smolensk 83,039 —
de Voronèje 154,933 —
de Nijni 259,581 —
de Kazan et Astrahan 344,064 — >
de Sibérie 222,080 —
Total : 3,191,144 roubles.
A la mort du prince Michel Tcherkaski, en 1712, le czar augmenta de 200,000 roubles la somme des impôts sibériens, et offrit le poste de gouverneur à l'un des hommes les plus riches de la Russie, le mari de Fune de ses maîtresses, Grégoire Dmitriévitch Stroganow. Celui-ci refusa, en prétextant son âge avancé, et se trouvant déjà bien assez riche sans cela. — Le prince Mathieu Gagarine accepta ce poste, nonseulement dans le but de s'enrichir, mais encore a\ec l'arrière-pensée de profiler des embarras, où se trouvait Pierre I*' à cause de sa guerre avec la Suède et de la haine à lui vouée par les dissidens religieux et les strélitz exilés, pour insurger la Sibérie, la rendre indépendante et s'en déclarer le souverain. Les crimes reprochés au prince Mathieu furent énumérés dans les quinze articles de l'acte d'accusation que je transcris ici en abrégé :
1. D'avoir opprimé la population rurale par ses exactions et par les impôts établis à son propre profit.
2. D'avoir eu l'intention d'insurger la Sibérie et de s'en déclarer le souverain.
3. D'avoir commis des exactions sur les marchands qui faisaient le commerce avec la Chine, en prélevant, sur le .transit, un impôt illégal et en s' emparant des plus belles marchandises et des effets les plus précieux, entre autres d'un grand rubis (placé depuis dans la couronne impériale).
4. D'avoir cherché à corrompre les sénateurs et les personnes de l'entourage du czar.
5. D'avoir toujours répondu aux plaintes qu'on lui adressait sur les abus et la dureté des impôts, que lui n'en était point responsable; toute la faute en devant incomber au czar, et que si lui, Gagarine,
avait le pouvoir suprême en main, les habitans de la Sibérie n'auraient qu'à se louer de leur sort
6. D'avoir permis aux Sibériens, au lieu d'envoyer des recrues à l'armée, de tirer d'autres provinces des remplaçans, mais en se faisant toujours payer très-cher cette faveur.
7. D'avoir encouragé le mécontentement des dissidens religieux et fait courir le bruit, que le czar voulait contraindre ses sujets à un changement de religion, toujours dans le but d'irriter les esprits et de préparer une insurrection.
8. D'avoir caressé les passions du peuple et des dissidens religieux, en ne portant point perruque, en remplaçant l'habit européen par le costume russe, en affichant la plus grande dévotion, et en observant les carêmes (ce que Pierre !•' ne faisait point).
9. D'avoir intrigué de concert avec le métropolitain Filofey Lesczinski, et après l'ordre donné d'envoyer ce métropolitain en exil dans un couvent de Kiew, de lui avoir permis le séjour dans la ville de Tumène, sous le prétexte de la conversion de la tribu des Ostiaks.
10. D'avoir fermé toutes les routes conduisant de Sibérie en Russie, à l'exception de celle qui traverse la ville de Verhotourié, où le voïévode, son ami Trahaniotow, ne laissait passer personne, ni homme ni femme, sans un passeport de Gagarine, et sans une minutieuse visite corporelle, afin de prendre connaissance des lettres et papiers que les voyageurs pourraient avoir sur eux, et s'emparer de tout ce qui pourrait révéler les abus commis en Sibérie ou mettre sur la trace des machinations de Gagarine.
il. D'avoir exilé ceux qui lui faisaient de l'opposition, et de les avoir envoyés dans les endroits éloignés, où plusieurs personnes ont disparu sans que l'on ait de leurs nouvelles.
12. D'avoir augmenté la milice sibérienne plus qu'il n'était nécessaire, et créé des nobles (cwei ôoepcKia) de son propre chef.
13. D'avoir créé un second régiment de dragons, tandis qu'un seul suffisait.
14. D'avoir augmenté le nombre des troupes régulières, et de les avoir placées sous le commandement d'officiers suédois prisonniers.
15. D'avoir fait faire des canons dans les usines de la Sibérie, et pour avoir des munitions de guerre, d'avoir trompé le czar, en inventant le prétexte d'une expédition en Bouharie pour se procurer de l'or, que l'on y trouverait dans le sable des rivières, et d'avoir ainsi demandé des munitions pour dix mille hommes.
Il n'y a nul doute que Gagarine avait commis immensément d'abus ; en peu d'années il en était arrivé à posséder des richesses immenses; les jours maigres, l'on servait à sa table une cinquantaine de plats pour des dizaines de convives, et tous les mets se trouvaient servis sur des plats d'argent; il avait une vaisselle d'argent et de vermeil
pour cinq cents persofines. Les cercles des roues de ses équipages, ainsi que les fers des chevaux étaient en argent; les images qui se trouvaient dans la chambre à coucher, étaient ornés de diamans dont la valeur fut estimée à 130,000 roubles! 11 avait marié son fils unique, Alexis, à une fille du vice-chancelier baron Schafirow; et sa fille, au fils aîné du chancelier comte Golovkine : le chancelier et le vice-chancelier, si connus par leur vénalité, qui avaient déjà été à la solde de Mazeppa (voyei page 17), recevaient également une large pension annuelle de Gagarine pour le protéger et le tenir au courant des événemens de cour.
Pierre I*', ayant eu vent de ce qui se passait en Sibérie, chargea le colonel prince Voikonski, gouverneur d'Âxhangelsk, vieux militaire mutilé sur les champs de bataille, de se rendre en Sibérie pour faire une enquête. Catherine, à laquelle Gagarine envoyait souvent de fort riches présens, consentit, sollicitée par Golovkine et Schafirow, à engager Voikonski à fermer les yeux et à tromper le czar, ce qui convenait d^autant mieux au gouverneur d'Arhangelsk que lui-même était un grand concussionnaire. 11 en agit ainsi, et bien mal lui en prit.
Lorsque Gagarine demanda des munitions pour dix mille hommes, sous le prétexte d'une expédition en Bouharie, le czar envoya le colonel Buchholz pour commander cette expédition qui échoua, et à son retour, Buchholz mit le czar au courant de la vérité des choses.
A cette époque, Pierre !•' faisait revenir en Russie son fils le czarévitch Alexis; il invita Gagarine à se rendre à Moscou, pour être Tun des juges; le prince Mathieu donna dans le piège; à son arrivée à Moscou il fut arrêté, puis remplacé, et le prince Alexis Tcherkaski nommé à sa place au poste de gouverneur de la Sibérie. — A peine Gagarine avait-il quitté la Sibérie, que Ton y vit arriver, pour s'emparer de ses papiers, de ses richesses et procéder à une enquête sur son administration, Tun des affidés du czar, le colonel George ïvanovitch Pachkow. — Gagarine resta trois ans en prison; il fut sept fois mis à une torture cruelle; il fut knouté d'une manière impitoyable, mais il refusa de s'avouer coupable, et supporta les tortures avec un courage inouï. Son fils, qui voyageait en Europe, et jetait l'or par les fenêtres, eut l'imprudence de rentrer en Russie; arrêté et mis à la torture, il ne sut point en supporter les souffrances, et fit les aveux les plus compromettans pour son père. Il faut dire que les fonctionnaires chinois de la frontière, ayant appris l'arrestation du puissant gouverneur de la Sibérie, écrivirent au czar pour solliciter sa grâce, et les prisonniers suédois, relégués en grand nombre en Sibérie après la bataille de Poltava, se louèrent hautement de sa générosité et de ses procédés à leur égard. Voikonski fut également arrêté ; aux reproches du czar pour l'avoir trompé, il répondit qu'il en avait agi ainsi à la demande de la czarine, ne voulant point brouiller l'auguste ménage. —
» Animal, lui dit Pierre, ta ne noas aurais point brouillés : j'aurais
• seulement administré à ma femme une bonne correction conjugale!
• Elle la recevra, tout de môme, et toi, tu seras pendu.» Et il le fit pendre.
Le prince Mathieu fut condamné au même supplice, et pendu à Pétersbourg, le 17 juillet 1721, devant les fenêtres du sénat. Pierre voulait laisser son corps pourrir sur la potence, mais les sénateurs supplièrent de leur éviter ce spectacle, et Tobtinrent au bout de quelques jours. Toute son immense fortune fut confisquée, et son fils condamné à servir comme simple matelot. Sa fille cadette, qui n'était pas mariée et dont les plus grands partis de Russie avaient recherché la main, prit le voile dans un couvent.
Mathieu Gagarine et Yolkonski ne furent point les seuls suppliciés de la potence; le même sort atteignit, le 30 octobre 1718, le prince Dmitri Fédorovitch Koltsow-Massalski *, un homme fort riche, auquel le czar avait confié l'administration des salines de fiahmout (dans la province actuelle d'Ekatérinoslaw). Convaincu de concussion, il fut pendu; sa fortune, composée de douze mille serfs, fut confisquée, et les plus belles d'entre ses terres furent données au prince Grégoire loussoupow, chargé de l'enquête au sujet de cette affaire.
Quelques jours avant la mort de Pierre 1", le prince Ivan Pétrovitch, le chef de la famille et neveu-germain du supplicié, sollicita la restitution de celles d'entre les terres qui n'avaient point été distribuées à d^autres personnes. Pierre le promit, mais n'eut point le temps de signer l'oukaze, et la chose en resta là. Ce prince Ivan a été le trisaïeul des deux représentans actuels de la famille : le prince Nicolas, qui n'a point de fils, et le prince Alexandre, lequel n'a point d'enfans de son mariage avec M"' Hélène Ghika, une femme douée d'une intelligence supérieure, et très-connue dans la littérature sous le pseudonyme de < comtesse Dora distria. >
Tout récemment, deux messieurs Massalski, deux frères, ont usurpé le titre de princes; ce sont : M. Nicolas Massalski, lieutenant-général commandant l'artillerie à Varsovie, et M. Fédor Massalski, généralmajor dirigeant l'administration des ponts et chaussées à laroslaw. ~— Ces deux frères sont issus d'une famille qui n'a jamais porté, ni eu le droit de porter un titre quelconque. Eux-mêmes ont toujours été appelés messieurs Massalski tout court, mais ne voilà-t-il pas qu'en 1863 leur vient l'idée de se princiser, et ils se donnent le suprême ridicule d'une usurpation de titre, non-seulement dans la vie privée, mais encore dans les almanachs officiels du gouvernement russe!...
Les princes Gortchakow ont toujours eu Theureuse chance d'être peu nombreux. Sous le règne de Pierre II, ils étaient deux en tout :
* Ils portent ce nom ponr avoir été' souverains de la viDe de Massalsk, dans la pR> Tinoe actuelle de Kalouga.
Roman Fédorovitch et son frère Ivan. Leur trisaïeul, le prince Pierre Ivanovitcb, s'était signalé, avec le boyar Schéine, par sa courageuse défense de Smolensk assiégé par les Polonais, défense qui se prolongea durant deux années consécutives, de 1609 à 1611, jusqu'au complet épuisement de munitions de guerre et de vivres. Le prince Roman fut la souche de la branche aînée, éteinte en 185$; le prince Fédor fut la souche des trois autres branches, dont la première s'éteignit avec le prince Basile, exilé en Sibérie pour cause non-politique; la deuxième, devenue aujourd'hui la branche aînée, est représentée par le vicechancelier, et la cadette a pour représentaas actuels le fils et les frères du feu vice-roi de Pologne.
La maison des princes Obolenski, anciens souverains de la ville d'Obolensk (dans la province actuelle de Kalouga), après avoir joué un rôle éminent dans l'histoire de Russie au quinzième et seizième siècles, se livra à un repos qu'elle prolonge jusqu'à nos jours. — Au commencement du dix-huitième siècle, elle était bien loin d'être aussi nombreuse qu'elle l'est devenue actuellement. A Moscou, les mauvais plaisans assurent qu'en allant se promener sur le boulevart de la Tverskoy, sur dix personnes que l'on rencontre, il y a au moins un prince ou une princesse Obolenski, et l'on se rappelle involontairement du mot de Piron sur l'Académie française de son temps : « messieurs » les quarante ont de l'esprit comme quatre. »
Les princes Tufiakine, éteints de nos jours, en 1845, pendant toute la durée de la longue existence de leur famille^ s'en sont tenus rigoureusement au principe de ne point mettre au monde de gens d'esprit, et le père du dernier prince de ce nom avait même poussé le principe, dont nous venons de parler, jusqu'à une limite exagérée...
Les princes Viazemski conservèrent la souveraineté de la ville de Viazma (dans la province actuelle de Smolensk) jusqu'en 1494, année où ils en furent dépouillés par le grand-duc de Moscou Ivan III. Deux ^d'entre eux, Athanase et son frère George jouèrent un rôle influent, mais déplorable et indigne, à la cour du czar Ivan-le-Terrible, aux cruautés et aux actes de férocité duquel ils prirent une large part. Sous les règnes de Pierre P' et de Pierre II, cette famille était déjà très-nombreuse, mais aucun de ses membres n'occupait encore de position élevée.
La maison des princes Lvow avait joué un rôle important au seizième et dix-septième siècles, surtout le prince Alexis, qui avait occupé les plus hautes fonctions de l'état, et avait reçu du czar Alexis, dont il était l'ami, en jouissance viagère, les villages de pêcheurs sur le Volga, qui forment aujourd'hui la ville si riche de Rybinsk. — La princesse Michel Lvow, née Marie Sakovnine, était la fille d'Alexis Sakovnine, l'ami de la czarine Sophie et l'un des chefs de la conspiration de 1697 contre Pierre P', lequel le fit décapiter. La princesse
Michel Lvow était fort liée avec la czarine Marie, soeur consanguine de Pierre P', qui ne pouvait souffrir ni son frère ni ses réformes, et tenait le parti du czarévitch Alexis. La princesse Lvow demeurait chez la czarine, et lors de Tarrestalion et du supplice du czarévitch, elle fut enveloppée dans cette catastrophe. La czarine fut condamnée à la prison perpétuelle; la princesse Lvow fut enfermée dans un couvent, et sa fortune confisquée.
La maison des princes Labanow-Rostovski, issue (de même que
celles des princes Stchépine et des princes Kassatkine) des anciens
princes souverains de Rostow de la race de Rurik, avait joué un rôle
assez important au dix-septième siècle. A Tavénement au trône de
Pierre 1" elle avait pour unique représentant un fort triste personnage,
le prince Jacques Ivanovitch, lequel, en 1688, de concert avec un noble,
appelé Ivan Andréiévitch Mikouline, accompagnés de leurs serfs armés,
arrêtèrent, sur la route qui mène de Moscou au couvent de Saint -Serge,
des paysans chargés de conduire une caisse d'argent appartenante à
Tétat, et enlevèrent la caisse; dans la lutte qui s'ensuivit, deux d'entre
les paysans furent blessés à mort. Deux d'entre les domestiques de
Labanow furent pendus; les autres knoutés et envoyés en Sibérie;
Mikouline eut toute sa fortune confisquée, fut knouté en place publique,
et envoyé en Sibérie ; Labanow eut une partie de sa fortune confisquée
(quatre cents familles de serfs), et reçut le knout dans l'intérieur du
palais. La czarine Sophie, qui avait en main les rênes du pouvoir, lui
infligea un châtiment moins sévère qu'à Mikouline, par le motif, dit-elle :
que «Labanow est si bête; il ne comprend point la portée de ce qu'il
» fait ». Cet épisode ne l'empêcha point, devenu veuf, d'épouser une
princesse Tcherkaski, soeur du chancelier, et par ce mariage, de devenir
le beau-frère du célèbre prince Jacques Dolgoroukow. Ce dernier
dînant un jour chez Pierre !•', où l'on parlait des familles nombreuses,
dit : « je ne connais personne qui ait eu plus d'enfans que mon beau-
» frère Labanow; ses deux femmes accouchaient presque toujours de
• jumeaux; il a eu, de ses deux mariages, vingt-huit enfans; quatorze fils »et quatorze filles.» — «Cela se comprend, dit le czar; ton beau-frère
• n'est bon qu'à faire des enfans : il est si bête!»
Des neuf petits-fils de Jacques Labanow, un seul se maria : le prince Ivan Ivanovitch ; il épousa l'une des plus belles femmes, de son temps, la princesse Catherine Kourakine, fille du grand-écuyer de ce nom. Il ne pouvait avoir d'enfans, mais grâce à l'un de ses intendans, un calmouk baptisé, naquirent cinq princes et deux princesses. Le puiné des princes fut ministre de la justice, et le plus jeune, grand-chambellan; celui-ci a été le père du prince Alexandre, aujourd'hui commodore du yacht-club de Pétersbourg. Lorsque le dernier prince souverain de Rostow, l'oncle du premier prince Labanow fut obligé, par le grand- * duc Ivan III, en 1476, d'échanger sa principauté contre des domaines
privés, il y eut, dans Pacte de cession, une clause portant que les descendans des princes de Rostow en lignée mâle, chaque fois qu'il leur arriverait de venir visiter cette ville, y seraient reçus avec les plus grands honneurs et au son des cloches. Aucun d'eux n'avait réclamé cette prérogative depuis trois siècles consécutifs, lorsque tout à coup, sous le règne de Catherine II, le prince Alexandre Ivanovitch Labanow, l'aîné des fils du calmouk, arrivant à Rostow, s'arrêta à la dernière station, et fit sommer le gorodnitchyi de le recevoir à la barrière de la ville et au son des cloches. Comme il était le petit-neveu du comte Panine, à cette époque chef des affaires étrangères et tout puissant à la cour, le gorodnitchyi n'osa désobéir, et le reçut à la porte de la ville, les cloches sonnant à pleine volée. L'impératrice, ayant appris cela, fut très - mécontente et défendit de répéter cette réception à l'avenir. Ce prince Alexandre était connu par son terrible caractère; dès qu'il était de mauvaise humeur, i^ se promenait de long en large en fredonnant: cturlututu, chapeau pointu» et dès qu'on entendait le funeste « turlututu > tout le monde dans la maison, domestiques, enfans et femme, commençaient à trembler
La maison des princes Koziovski, laquelle n'avait jamais été riche, avait eu, à la fin du dix-septième siècle, un homme connu pour l'extrême énergie de son 'Sïiractère, le boyar prince Grégoire Afanassiévitch, souche des princes Koziovski actuels. Une branche cadette, détachée du rameau commun au dix-septième siècle, s'est éteinte de nos jours, en 1840, dans la personne du prince Pierre Borissovitch, si connu par son esprit et par le charme de sa conversation.
La maison des princes Dachkow, éteinte en 1807, n'avait jamais produit un seul homme distingué à quelque titre que ce fût. Cette maison est redevable de son illustration à une femme, dont j'aurai à parler dans le courant de ces Mémoires, une femme de laquelle l'on peut dire qu'elle a été l'un des hommes les plus remarquables de son temps. Mais les princes Dacbkow avaient une fortune considérable, ce qui leur assurait une bonne position dans le monde.
La maison des princes Stchépine-Rostovski n'a jamais joué aucun rôle politique, à l'exception d'un seul de ses membres, le prince Dmitri Alexandrovitch, le décembriste, lequel prit une part énergique au mouvement constitutionnel du 14 décembre 1825, et supporta ensuite, avec courage et dignité, un exil de trente années en Sibérie.
La maison des princes Hilkow, lesquels, jusqu'au seizième siècle, ont porté le nom de princes Riapolovski, a joué, sous ce dernier nom, un grand rôle dans l'histoire de Russie. — Lorsque le grand-duc Basile III, l'aveugle, fut détrôné par son cousin le prince Dmitri Schémiaka, en 1447, le prince Ivan Ivanovitch Riapolovski sauva et cacha, dans sa terre de Boïarovo, les deux fils de Basile, dont l'aîné, qui fut depuis le grand-duc Ivan III, avait à peine deux ans. Cinquante-
deux ans plus tard, ce même Ivan III fit trancher la tête au fils de son sauveur, le vieux boyar prince Simon Ivanovitch. — Au seizième siècle, la maison Riapolovski se divisa en deux branches : la cadette, celle des princes Tatew, s'éteignit en 1672; Taînée, celle des princes Hilkow, existe de nos jours-î^; Cette famille a pris une part active aux principaux événemens de l'histoire de Russie au seizième et dix-septième siècles. Sous le règne de Pierre II, elle se trouvait représentée par le général prince George lacovlévilch, par son frère Michel, et leur cousin issu de germain, Basile. Le plus jeune frère de George et de Michel, André, ministre de Russie à Stockholm, lors du eonimencement de la guerre du Nord, avait été arrêté par ordre de Charles XII, et mourut en Suède après 18 années de captivité, pendant laquelle il écrivit son Histoire de Russie (fl^po PocciâcKOÔ Hcropia). Sa fille unique épousa le prince Alexis Galitsyne (voyez page 25). — Le prince George lacovlévitch était le grand-père maternel du prince Ivan Dolgoroukow, et mourut quelques mois avant les fiançailles de sa petite-fille avec Pierre IL C'était, ce qui peut s'appeler, mourir à temps; s'il avait vécu, il eut indubitablement été enveloppé dans la terrible catastrophe de son gendre et de ses petits-enfaus. Son neveu le prince Basile Mihaïlovitch a été la souche des princes Hilkow actuels.
Les princes Bélosselski, auxquels l'empereur Paul accorda, le 27 février 1799, le droit d'ajouter à leur nom celui de Bélozerski, autorisation renouvelée par Alexandre I, le 2 mars 1823, sont issus des anciens princes souverains de la ville de Bélozersk (dans la province actuelle de Novgorod). Le prince Fédor Romanovitch et son fils le prince Ivan furent tués à la célèbre bataille de Koulikovo, le 8 septembre 1380. De nos jours, à Pétersbourg, dans le magnifique hôtel Bélosselski, l'on voit, dans la galerie des tableaux (appelée à Pétersbourg le buffet^ vu le grand nombre de croûtes qu'elle contient), un tableau peint par ordre du prince Alexandre, l'aïeul du propriétaire actuel, et représentant un nombre considérable de princes. Bélozerski soi-disant tués à la bataille de Koulikovo. Ces nombreuses victimes n'ont existé que dans Timagination du prince Alexandre : c'est déjà bien assez de voir le père et le fils tués dans la même bataille.
Après la mort de ces deux princes, la principauté de Bélozersk échut à leur neveu et cousin, le prince George Vassiliévitch, à la mort duquel ses trois fils furent contraints, par le grand-duc de Moscou Basile II, à échanger leur principauté contre des domaines privés. — Parmi ces domaines se trouvait la terre de Béloïé-Sélo, au district de Pochéhone (dans la province actuelle de laroslaw), d'où vint le nom de Bélosselski. — Les princes de cette famille occupèrent, jusqu'au dix-huitième siècle, une position plus que modeste, et le seul fait saillant de leurs annales fut bien désagréable : le prince Michel Vassiliévitch, chargé, en 1617, de la défense de la ville de Viazma contre les Polo-
nais, prit, à rapproche de Fennemi, le parti plus prudent qu'honorable de laisser là ses troupes et de s'enfuir à Moscou, où les états-généraux (douma zemskaia) lui firent administrer le knout et Texilèrent en Sibérie
Le prince Michel Andréiévitch Bélosselski, veuf d'une demoiselle Boltine, dont il avait eu un fils, André (depuis ministre à Dresde et mort sans postérité en 1779), épousa, à l'avènement au trône de l'impératrice Elisabeth, la comtesse Natalie Tchernychew, laquelle avait déjà trente ans, mais se trouvait être, en réalité, la fille de Pierre !•', et par conséquent la soeur d'Elisabeth. Ce mariage procura au prince Michel une position considérable à la cour, où les Tchernychew jouèrent un grand rôle. Il eut un fils, Alexandre, qui fut ministre à Dresde et à Turin. Marié à une Talistchew, nièce, par sa mère, du célèbre et loyal léropkine, il en eut un fils, Hippolyte, mort en bas-âge, et trois filles, dont la puinée fut la princesse Zénéide Yolkonski, si célèbre par son esprit, et morte à Rome il y a peu d'années. — Devenu veuf et complètement ruiné, il fit un mariage immensément riche, au moyen duquel il assura à sa descendance l'une des plus grandes positions de la Russie. Sa seconde femme fut Anna Grigoriévna Kozitski, fille de l'un des secrétaires d'état les plus inteliigens et les plus estimables de Catherine II, et par sa mère, la petite-fille du riche Miasnikow du dix-huitième siècle, dont la carrière mérite d'être racontée.
Un jour, Pierre I" traversait en bac le Volga, je ne me souviens plus en quel endroit. Ayant Thabitude, dans ses voyages, comme dans ses promenades, de causer avec les hommes du peuple, il lia conversation avec les guides du bac, trois simples paysans, les deux frères Tverdychew et Miasnikow, le mari de leur soeur. Frappé de leurs réponses pleines d'intelligence, le czar, qui devait dîner sur l'autre rive du Volga, les engagea à partager son repas, et en même temps il leur demanda pour quelle raison des hommes d'esprit, comme ils l'étaient, se résignaient à guider un bac, au lieu d'aller chercher fortune, par exemple, dans le pays situé au pied du versant occidental des monts Durais, où Nikita Démidow, un simple armurier de Toula, avait découvert des mines de fer et de cuivre, et se trouvait être devenu millionnaire. — Ils répondirent que Démidow avait été un riche armurier, possédant déjà un certain capital, tandis qu'eux n'avaient pas le sou. « Eh bien! je vais vous donner 500 roubles, dit le czar; partez pour le » pays de l'Oural ; si vous découvrez des mines, elles deviendront » votre propriété, et je vous enverrai de l'argent pour leur exploita- » tion. » — Ils suivirent le conseil du czar; découvrirent des mines et de fer et de cuivre; créèrent huit usines; reçurent des lettres-patentes de noblesse, ce qui leur permit d'acquérir des serfs, et arrivèrent à posséder une fortune immense. — Les deux Tverdyrhew n'ayant point laissé d'enfans, toute cette fortune échut à leur beau-frère Ivan Fédo-
vitch Miasnikow, lequel, à sa mort, laissa à ses quatre filles : Agrippine, Irène, Daria et Catherine, huit usines et soixante-seize mille serfs !
Agrippine Ivanovna Miasnikow épousa Alexis Dourassow, lequel, de môme que ses fîls, ses gendres et la plupart de ses cousins, était fort béte, fort mal éleyé, et avait le rang de brigadier. Hxb nposBajiH : 4ypacoBmiiBa — ceMba ÔpHra^Hposi. L'un des fils d'Alexis Dourassow, Michel, fut le beau -père du sénateur Pissarew, lequel occupa les fonctions de curateur à Moscou, et ensuite de gouverneur-général à Varsovie; un autre, Nicolas, se distinguait, même parmi les Dourassow, par sa sottise et par la vulgarité de ses manières.
Un jour, ma grand' mère. M""* Pachkow dînant chez hii à un grand repas. Ton servit une ouha (soupe au poisson). — « Mon oncle, quelle » excellente ouha, » lui dit ma grand'mère. — L'oncle répondit : « ma » chère, cette ouha est bonne, mais si vous aviez mangé de celle que » Ton m'a servie l'autre jour, en voilà une qui était excellente : celle-ci, »en comparaison de l'autre, n'est que de la m....! »
Des deux filles d'Alexis Dourassow, l'aînée, Catherine, épousa le brigadier Etienne Melgounow; elle a été la mère de la princesse Nicolas Obolenski. La plus jeune, Stéphanie, épousa le brigadier comte Fédor Andréiévitch Tolstoy, depuis sénateur, bibliophile très-connu; elle a été la mère de la comtesse Zakrevski.
Irène Ivanovna Miasnikow épousa Pierre Afanassiévitch Békétow, l'un des fîls duquel, Platon, l'ami de Karamzine, fut un savant bibliophile et employa noblement sa grande fortune à protéger les lettres, les sciences et les arts. Il ne laissa point de postérité, non plus que ses frères. De leurs deux soeurs, l'aînée, Hélène, épousa Balacbow, le ministre de la police; la plus jeune épousa Serge Serghéievitch Kouchnikow, et de ce mariage naquirent deux filles : l'aînée épousa Nicolas Martémianovitch Sipiaghine, aide-de-camp-général d'Alexandre I; la seconde, Sophie Serghéievna, est mariée à Dmitri Gavrilovitch Bibikow, l'ancien ministre de l'intérieur.
Daria Ivanovna Miasnikow épousa Alexandre Iliitch Pachkow; elle a été l'aïeule de ma mère et des Pachkow actuels.
Ces trois soeurs, de même que leurs parens et leurs oncles Tverdychew, vécurent et moururent dans la foi dissidente (raskol) qu'ils professaient en secret, en se conformant, pour l'apparence, aux rites de la religion orthodoxe. Mais la plus jeune des quatre soeurs Miasnikow, Catherine Ivanovna, avait embrassé la foi orthodoxe. Elle avait épousé Grégoire Vassiliévitch Kozitski, un homme fort intelligent, fils d'un prêtre petit-russien, élevé à l'académie ecclésiastique de Kiew, savant helléniste et latiniste. Fort connu avec les Orlow avant l'élévation de ceux-ci, il leur fut redevable du poste de secrétaire d'état et de son admission dans l'intimité de Catherine II, dont il devint aussi le collaborateur dans les travaux littéraires, auxquels l'impératrice consacrait
une partie de ses rares loisirs. Très-intelligent et très-loyal, il jouit de la confiance de Catherine jusqu'au moment où Potemkine devint toutpuissant, et voyant en lui la créature des Orlow, le' fit éloigner. Cette disgrâce affecta l'esprit de Kozitski au point de l'amener à une tentative de suicide : il se coupa la gorge, mais on lui porta secours à temps. — Les Orlow lui avaient arrangé ce riehe mariage avec Catherine Ivanovna Miasnikow, laquelle lui survécut d'environ un demi-siècle.
Je me souviens, dans mon enfance, de cette arrière-grande-tante octogénaire, à la chapelle de laquelle on me conduisait les dimanches et jours de fêtes. C'était une femme remplie d'esprit et d'un caractère ferme. Le mariage de sa seconde fille avec le prince Bélosselski, dont la maison, où elle habitait, fut l'une des premières de Pétersbourg, l'avait lancée dans le plus grand monde. Sa fille aînée, M"^ de Laval, ne cessa jamais de tenir également grande maison. M*"* Kozitski ne parlait aucune langue, excepté le russe, mais grâce à beaucoup d'esprit naturel, elle sut toujours parfaitement tenir sa place au milieu du monde le plus huppé et du corps diplomatique : avec ces derniers elle causait par l'intermédiaire de ses petites-filles.
La princesse Bélosselski, qui était née et avait passé sa vie au sein d'immenses richesses, avait toujours l'air d'une femme de chambre endimanchée et prétait à rire. M*^ Kozitski, fille d'un simple paysan, avait une tenue parfaite, et personne ne se serait jamais avisé de s'oublier à son égard. La cousine-germaine du prince Bélosselski, la princesse Voldemar Galitsyne, si connue pour la hauteur de son caractère et son orgueil généalogique, traitait la princesse Bélosselski avec un dédain à peine dissimulé, mais, malgré son orgueil, remplie de finesse et de savoir-faire, elle fut toujours aimable et gracieuse pour M""' Kozitski, à laquelle personne ne se serait avisé de manquer.
Pour juger de l'immense fortune laissée par Miasnikow, il faut prendre en considération, qu'en réunissant ensemble les revenus du jeune prince Bélosselski actuel, de son cousin M. Alexandre Souhozaneth, de la dot de la soeur de celui-ci. M"* Nicolas Bézobrazow, et des dots des soeurs du prince Bélosselski, la princesse Pierre Troubetskoy et la comtesse Paul Schouvalow, l'on n'arriverait qu'à évaluer la huitième partie de la fortune Tverdychew-Miasnikow!
Il y a seulement à mentionner, pour mémoire, les quinze maisons princières suivantes : Életski, Zvénigorodski, Stchélinine, Zassékine, Sontsow, Sontsow-Zassékine, Mortkine, Shéhonskoy (ne point confondre avec les Shahovskoy, desquels j'ai déjà parlé), Doulow, Krapotkine , Kassatkine-Rostovski , Y adbolski , Schélesch panski , Ouhtomski, Goundorow (ces derniers se sont éteints, il y a de cela quelques 'dizaines d'années). 11 n'y a absolument rien à en dire, sinon qu'issues de Rurik, ces familles n'ont jamais, ni joué un rôle dans l'histoire, ni occupé dans le monde aucune position marquante
A répoque où Ja Russie orientale se trouvait soumise au joug tatar, au quatorzième siècle, Guédimine, grand-duc de Lithuanie, et ses successeurs s'emparèrent de la Russie occidentale où régnaient, dans leurs apanages plus ou moins considérables, des princes issus de Rurik. — Parmi ces derniers, les uns périrent dans les combats et leurs états devinrent la proie des vainqueurs; ainsi, de cette façon, le royaume de Gallicie fut réuni à la Pologne, et la principauté de Yolhynie au grandduché de Lithuanie (qui, au seizième siècle, la céda à la Pologne); d'autres se soumirent volontairement et descendirent du rang de souverains à celui de magnats; ce fut le cas de la puissante maison des princes Zaslavski, de la maison bien plus puissante encore des princes Ostrojski* et des maisons, peu favorisées par les biens de la fortune, i des princes Druçki-Lubeçki et Sviatopolk-Mirski. Enfin, plusieurs mai-
} sons émigrèrent en Russie, comme les princes Druçki, Babitchew et
I Poutiatine; la maison des princes Druçki-Sokolinski émigra en Russie
I au dix-septième siècle, et quant à la maison des princes Sviatopolk-
i Czetvertinski, elle a jeté des rameaux dans toutes les parties de la
j Russie.
Les princes Druçki (ou Droutskoy), persécutés en Lithuanie pour leur refus d'embrasser le catholicisme romain, émigrèrent en Russie en 1508; ils y trouvèrent leurs agnats les princes Babitchew et Poutiatine, venus en Russie un siècle auparavantf.
Les princes Sviatopolk-Gzetvertinski professèrent la religion grecque jusqu'à la seconde moitié du dîx-septième siècle. Le prince Grégoire Zahariévitch Gzetvertinski et son cousin -germain le prince Serge
♦ Les princes Ostrojski, ces puissans défenseurs de la religion grecque dans les provinces occidentales, possédaient 24 villes, 68 bourgs et plus de 2,000 villages ; leurs revenus annuels montaient à 1,200,000 zloty d'alors, somme équivalente à une dizaine de millions de francs de monnaie actueUe; ils avaient leurs troupes, avec des nobles pour officiers, et parmi ces troupes, 1,500 gardes du corps, dont plusieurs étaient nobles. Ils avaient, pour maréchal de leur cour, presque toujours un sënateurcastcllan, à 20,000 zloty d'appointemens par an, et obligd, dans les grands jours de gala, à se tenir, pendant le dîner, derrière la chaise du prince, une serviette à la main. Cette puissante maison s'éteignit au dix -septième siècle, et les déinris de leur fortune, transmis par voie d'héritage, créèrent de grandes existences. Parmi leurs kéritiers se trouvaient les Sapiéha et les princes Sangouszko. Ces derniers héritèrent également de la fortune des princes Zaslavski.
t II ne faut point confondre les princes Poutiatine avec la famille Poutiatine, issue de Nikita Poutiatine, diak (secrétaire), envoyé en mission par le grand-duc de Moscou Basile IV, en 1510, à Pskow, au moment de Foccupation de cette ville par les troupes grand-ducales et de la chute définitive de la république de Pskow. A cette famille appartient l'amiral comte Poutiatine.
U y a en Pologne une famille Puçiata, connue depuis le seizième siècle, et doQt une branche, établie à Smolensk, devint russe lors du second retour de Smolensk à la Russie au dix-septième siècle et prit le nom de Poutiata. A cette branche appartiennent Vaide- de-camp-général Poutiata et son frère aîné Nicolas Vassiliévitch; ce dernier est un homme bien distingué et fort respectable. *
ViatcheslavoTÎtch devinrent moines sous les noms de Guédéon et de Sylvestre. Guédéon fat métropolitain de Kiew à la fm da dix-septième sièele, et Sylvestre fut évoque de Mohiiew et de la Russie-Blanche, sous le règne d'Auguste II; tous les deux furent des champions dévoués de la foi orthodoxe. Le neveu du métropolitain de Kiew, le prince George Andréiévitch, avait été fiancé avec la fille de Samoïlovitch, hetman de la Petite-Russie. Lors de Texil de Samoïlovitch en Sibérie et de la confiscation de la fortune de ce dernier, en 1687, le prince George eut la noblesse d'âme de ne point vouloir renoncer à la main de sa fiancée, jusques-là si riche, et subitement plongée dans la misère; il ne voulut point écouter les avis et les conseils de Mazeppa, ennemi et successeur de Samoïlovitch et le principal auteur de sa perte; il épousa sa fiancée, et poursuivis par Mazeppa, les jeunes époux se cachèrent dans un ravin appelé Doljik, près du village de Dounaïtsy. L'on y fait voir encore le lieu qui leur servit de refuge.
Les Volkonski ont eu une longue lutte à soutenir avant d'arriver à la reconnaissance légale de leur titre princier. Voici l'origine de cette famille. Le prince George de Torousse (dans la province actuelle de Kalouga) était le plus jeune des cinq fils du grand-duc Michel Vsévolodovitch, prince de Tchernigow et ensuite grand-duc de Russie, lequel fut massacré par les Tatars en 1246, et canonisé par l'église russe. Ce prince George eut à Torousse* une liaison avec une fille appelée Agathe, dont la mère faisait cuire des pains pour l'église (npocBHpHfl); il en eut un fils appelé Ivan, surnommé la grosse tête, auquel il donna la terre de Sapryskino, sur les bords de la rivière Yolhonka, au district d'Alexine (dans la province actuelle de Toula). Dans cette terre se trouvaient les ruines de l'ancien bourg de Volkona. — Voici en quels termes s'expriment à cet égard les vieux livres généalogiques russes :
''KHflSb lOpbii MHxatlJioBiiib TopyccRott H HepniiroBCROfi maâi» ri cc6e bi Topyce Ha DOCTejb opocRypHBuuBy AOib, AeBRy AraeRy, h «hji ci aett Mnora leia, Ôe3i» Benqa, h opBSHji Cl uett cuna BBarnsy, no nposBHiiiy ToiCTaa raioBa. CBe4aJH o tom% uàn eao, BeiBKaa Kaarnua EB«i»pocHHba h oteqi eso AyxoBRoll, h nocjaju ai Besiy roBqa Cl aeJBHHMi sanpeiqeBbeHi, ^toOi obi») Kansb K)pba MaxattiOBiib TopyccRoll n 4epHBroBCRott, noMHB sanoBCAB Bomia b rpexi cboë, toa AeBRy Araeny ocTaBUJ'b, a opBHtHTOMy Cl flelt CLiny HaaniKe TojiCTofi roJOBe 4ajii Ou bo Bja4eBbe 04Hy bsi BOJOcrett CBOHii. H OBI, RRfl3b K)pbfl HBiattJOBBib TopyccRoH ■ HepauroBCRott, noMaa sanoBeAn Bo»bB H rpeii CBOtt, TOfl 4eBRy AraoRy ocTaeBJii, a npaaiBTOMy ci aelt cuay nsamae ToiicTott rojOBO 4a«ii BO B4a4eube BOJocTb CaupucKHay h ropoABiiie BoJKoay, ^to bi AJCRCBRROfii ye34ey aa peiHc sa Bounoase, h no Toa pe^ae no4aJH sBaiBca BoiRoacRie".
Le fils d'Ivan la grosse tête et ses descendans prirent le nom de Volkonski, mais ne portèrent point le titre de princes jusqu'à la fin du seizième siècle, c'est-à-dire pendant plus de trois cents années. Le czar Boris Godounow, qui jalousait et redoutait les vieilles maisons
grincières, faisait tout son possible pour leur susciter des concurrens^ tant encore premier ministre de son beau-frère le czar Fédor 1, il
prit en affection Grégoire Constantînovitch Volkonski, un homme de fort grand mérite, l'employa avec succès dans les affaires d'état; Tautorisa, ainsi que les autres membres de cette famille, à prendre le titre de princes, et après son avènement au trône, voulant récompenser Grégoire Volkonski pour un traité de paix fort avantageux par lui conclu avec le khan de Crimée, il lui fit don des anciennes possessions de sa^- famille, sur la rivière Volhonka, possessions qui avaient été réunies depuis long-temps au domaine de l'état. — Le frère de Grégoire, Michel, dit le boiteux^ se signala par une vaillante défense de la ville de Borovsk contre les Polonais, en 1610, et fut tué dans l'assaut qui précéda la prise de la ville.
Le boyar prince Fédor fut l'un des conseillers les plus écoutés du czar Alexis, et prit une part importante à la rédaction du code des lois (vJoœeHÎe).
Sous le règne de Pierre II, la princesse Agrippine Pétrovna Volkonski, née Bestoujew-Rioumine (la soeur du célèbre chancelier), exerçait à la cour et dans la société une influence très-considérable, dont elle se trouvait redevable à son esprit supérieur et fin, ainsi qu'à son caractère entreprenant. Son père avait été hofmeister et plu$ que cela, auprès de la duchesse Anne de Gourlande. Depuis sa brouille avec la duchesse, sa fille la princesse Volkonski avait pris Anne en horreur, et se trouvait devenue son ennemie acharnée. Elle travaillait de tout son pouvoir à desservir les Allemands en général, et elle se trouvait appuyée en ceci par le prince Dmitri Galitsyne. Compromise par quelques lettres imprudentes de son ami George Pachkow, elle et plusieurs de ses amis furent soumis à une enquête confiée à trois d'entre les membres du conseil intime suprême. De ces trois membres, deux : Ostermann et le prince Basile Loukitch Dolgoroukow étaient les ennemis de Galitsyne; le troisième, le chancelier Golovkine, était un trembleur. Une enquête conduite par une commission ainsi composée, faisait prévoir une condamnation. Ostermann, en sa qualité d'allemand, et Basile Loukitch, en sa qualité d'ennemi de Galitsyne, devaient se montrer peu enclins à l'indulgence; aussi la princesse Volkonski, Pachkow et plusieurs autres furent-ils exilés dans des villes éloignées. Anne, une fois montée sur le trône, tira une cruelle vengeance de son ennemie: le mari de celle-ci, le prince Nikita Fédorovitch Volkonski fut condamné à remplir à la cour le rôle officiel de bouffon
n y avait, dans l'ancienne Russie, un livre généalogique officiel, où le grand-duc Ivan III avait fait inscrire les maisons princières issues de Rurik, le premier souverain de Russie en l'an 862, et celles issues de Guédimine, premier grand-duc de Lithuanie en l'an 1315. Le czar Ivan IV le Terrible fit inscrire dans ce même livre plusieurs familles qui avaient donné des boyars au grand-duché de Moscou, et quelques autres familles, pour lesquelles il avait de la bienveillance, mais il
procéda d'une manière arbitraire et fort partiale; non-seulement Ton omit dans ce livre plusieurs d'entre les familles de boyars de Moscou, mais encore on en exclut systématiquement les descendans des boyars de ces deux grands-duchés de Tver et de Riazane, qui avaient longtemps rivalisé en puissance avec le grand-duché de Moscou; Ton en exclut systématiquement les descendans des boyars de cette vaste et puissante république de Novgorod, si long-temps Tobjet de la jalousie et de la convoitise de la maison régnante de Moscou, ainsi que les descendans des boyars de l'entreprenante et belliqueuse république de Pskow, laquelle s'intitulait officiellement : le frire cadet du grand Novgorod,
Ce livre généalogique fut recopié en 1682, lors de l'abolition du méstnitchestvo (voyez page 3). Surnommé, vu sa reliure en velours rouge, livre de velours (ÔapxaTBan KHHra), il se trouve aujourd'hui en dépôt au département héraldique du sénat, à Pétersbourg.
Les Volkonski sollicitèrent, en 1682, leur admission dans ce livre, mais les maisons princières issues de Saint-Michel de Tchernigow en lignée légitime, ayant à leur tête les Dolgoroukow, les Répnine, les Lykow et les Stcherbatow, non-seulement y firent opposition, mais encore contestèrent-ils aux Volkonski le droit de porter le titre de princes. Un procès s'en suivit, qui dura jusqu'en 1688; le titre princier des Volkonski fut reconnu, mais l'admission au livre de velours leur fut refusée. Les actes de ce procès existent aux archives de Moscou, et j'en possède une copie.
Les maisons des princes Grouzinski et Bagratione viennent des czars de Géorgie, lesquels se prétendaient issus des antiques Bagratides, qui régnèrent en Géorgie dès le neuvième siècle, mais ces prétentions ne sont rien moins qu'authentiques. Le dernier Bagratide, le czar George III, mourut en 1184; sa fille et héritière, la czarine Tamara, si célèbre, et à juste titre, dans les annales du Caucase, épousa un prince de la tribu des Ossètes, David. Ce David se disait être le descendant d'un membre de la famille régnante de Géorgie, ayant fui dans les montagnes et mort chez les Ossètes; mais où en est la preuve? Dans
tous les cas, il est indubitable que les princes Grouzinski et Bagratione sont issus de la czarine Tamara-la-grande, morte en 1211, et de son fils le czar George IV. Ces czars de Géorgie, vexés et par les Turcs, et par les Persans, et par les tribus montagnardes du Caucase, passèrent des siècles à se promener, pour ainsi dire, d'une religion à l'autre, tantôt chrétiens, tantôt musulmans, suivant les circonstances du moment. Il y en eut qui devinrent musulmans jusqu'à deux fois dans le courant de leur vie, avec deux retours au christianisme. Leur dépravation morale n'était égalée que par leur cruauté ; dans cette famille les frères tuaient leurs frères, les fils assassinaient leurs parens; quant aux meurtres entre les cousins, c'était passé à l'état de péché
véniel; faire crever les yeux, faire couper le nez, était détenu une affaire d'habitude.
Après la mort du czar Yahtan^ Y, le législateur du pays (ce Solon géorgien n'avait point manqué non plus d'être musulman pendant un certain nombre d'années, sous le nom de Shah-Navaz), ses cinq fils se prirent de querelle entre eux; l'aîné, Artchile, prince d'Imérétie, après s'être fait musulman sous le nom de Shah-Nazar<Khan, voulut chercher un refuge en Russie, et à cette occasion, il revint à la religion chrétienne. Il arriva en Russie en 1683, avec sa femme, ses trois fils et sa fille, reçut de vastes propriétés, et en 1685 vint habiter l'une de ces terres, Vsésviatskoïé, aux portes de Moscou. Après quelques tentatives infructueuses de recouvrer ses états, il se fit sujet russe. — Ses deux plus jeunes fils moururent adolescens; l'ainé, Alexandre, un jeune homme fort intelligent, que Pierre I*' avait pris en grande affection et nommé, à l'âge de 26 ans, grand-maître 3e l'artillerie russe (il fut le premier à porter ce titre), fut fait prisonnier à la bataille de Narva et mourut en Suède, après une captivité de dix années. — Son père le suivit bientôt dans la tombe. — Ses riches propriétés échurent à sa fille unique, la princesse Daria (en géorgien : Daredjana), et après la mort de celle-ci, en 1740, firent retour à l'état.
Le neveu d'Artchile, le czar Vabtang VI, harcelé à la fois et par les Persans et par la branche cadette de sa famille, chercha un refuge en Russie, avec ses quatre fils, en 1724, suivi d'un nombre considérable de nobles géorgiens. Il reçut d'immenses propriétés, et on lui assigna, pour son séjour et celui de sa suite, aux portes de Moscou, près les étangs de Presnia, une vaste étendue de terrain, aujourd'hui occupé par un quartier de la ville portant encore le nom de Grouziny. Son fils aine, le czarévitch Bakar, laissa deux fils ; Alexandre et Léon; ce dernier a été la souche de la branche aînée des princes Grouzinski, aujourd'hui à la veille de s'éteindre. Cette branche, après avoir mangé son riche héritage, essaya, au service administratif, de se refaire une existence par des moyens peu avouables
Le fils aîné du czarévitch Bakar, le prince Alexandre, épousa une Menchikow, la petite-Qlle du célèbre maréchal. Sa lignée mâle s'éteignit avec son fils le prince George, mort nonagénaire en 1852, et dont la fille a porté en dot, au comte Alexandre Pétrovitch Tolstoy, huit mille serfs, constituant le quart de l'héritage du czar Vabtang VI.
Le second fils de ce czar, le czarévitch George, épousa la princesse Marie Dolgoroukow, nièce de mon trisaïeul, fille unique de ce prince Jacques Pétrovitch qui menait une existence monacale. Ils eurent une fille, Anna, mariée au prince Alexis Galitsyne; elle a été la grandemère de l'aimable et spirituel comte Alexis de Saint-Priest
En 1787, l'on vit arriver en Russie les neveux de Vahtang VI, les fils du czar lessey, mais ceux-là ne reçurent guère l'accueil hospita-
lier, offert aux deux branches de lear famiOe tpà les avaient précédé dans rémigration. — L^ainé des trms frères, le czarévitcfa Alexandre, occupa nn modeste emploi de lieutenant-colonel dans les troupes cantonnées an pied du Caucase. Son second fils, le pripce Cyrille Bagratione, commença sa carrière en qualité de sous-^officier, sans avoir nh sou &0i poche; il fut ceuaTCKift RypLepi; ônfin, sur ses vieux ans, devenu sénateur, il épousa la fille d un richû marchand. U a été Ip graud-père du général Albédinski. — Le neveu du prince Cyrille, le célèbre prince Pierre Ivanovitch Bagratione, blessé à mort à la bataille de Borodino, en 1812, avait reçu de la nature de grands talens militaires et le coup-d'oeil de Thabile capitaine, mais l'éducation lui- avait complètement fait défaut : né dans une famille à positijon de fortune très-génée; devenu sous-ofBcier à Tâge de quinze ans, il ignorait même Torthographe*. Son neveu est aujourd'hui gouverneur de Tver.
La branche cadette des czars de Géorgie continua à régner jusqu*à la mort du czar George XIII, décédé le 28 décembre 1800. A cette époque la Géorgie fut annexée à la Russie; les neuf fils et les frères de George XIII devinrent sujets russes, et leurs nombreux descendans portent aujourd'hui le nom de princes Grouzinski. On ne leur donna point de terres; on leur assigna des pensions complètement insufiisantes pour soutenir leur rang; plusieurs d'entre eux vôgèteot dans la n^isère; d'autres ont refait leur position par des mariages plus ou moins riches.
Les princes Bagratione-Mouhranskî sont un rameau de la maison des czars de Géorgie, détaché de la souche commune au seizième siècle; ils ont pris le nom de leur ancien apanage, Mouhrany.
n y a encore des princes Bagratione -Iméretinski et des princes Bagratione-Davydowf , issus des anciens czars d'Imérétie. Ces derniers viennent de Mahib-el-Din, fils du prince d'Erzeroum, de la race des Turcs SeMjoukides, marié à la princesse Roussoudane, fille de la czarine de Géorgie Tamara la grande. Leur petit-fiis JMichel fut la souche des czars d'Imérétie, qui régnèrent dans ce pays jusqu'en 1810. Le dernier czar, Salomon II, s'était placé sous la suzeraineté de la Russie. La
• Le prince Greorge Eristow, mort général en chef au service de Bassîe, et marie à la fiUe du dernier czar dé Géorgie, se trouvant de passage à Berlin, Ait invité à la table du roi FrédérioGuiUaume III. L'on servit un esturgeon, et le roi, pour ^ne quelque chose à Eristow, lui demanda :. ''prince, avez-vous, en Géorgie, des ** esturgeons ?" BHstow s'imagina que le roi lui demandait s'U y avait des sergeng, et répondit : "Sire, je l'ai été moi-même pendant une année entière 1"
f II ne fiiut point confondre cette famille, ni avec les princes Davydow, issus de David, fils naturel du czarévitch géorgien Dmitri, au seizième siècle, ni avec l'ancienne fiimille russe des Davydow, à laquelle appartenait le célèbre poëte-partisan de 1812. Cette &.mille est issue du mourza tatare Mintchak, baptis^^ dans les premières années du quinzième siècle. Le fils aîné de Mintchak fut la souche des Davydow, et le second fils fut la souche des (Juvarow. Le chef actuel de )a famille I>avydow, le maréchal de la noblesse à Pétersbourg, a hérité du nom et du titre des eomtes Oriow du dix-huitième siècle. ■ •'
guerre ayant éclaté entre les Rosses et les Turcs^ il entra en négociation avec ces derniers ; ses menées furent découvertes ; il fut obligé de fuir et rimérétie fut anneicée à la Russie en 18i0. Salomon mourut à Trébisonde; ses petits-fils et ses neyenx sont doTcnus sujets russes; la branche aînée porte le nom de princes Bagratione-Imérétinski; les trois branches cadettes (la cadette des trois est issue de Salomon H) portent le nom de princes Bagratione-Davydow.
Il y a deux familles du nom de Dadiane; toutes les deux ayant régné sur la Mingrélie Tune après Tautre. Yardane Dadiani, majordome de la czarine de Géorgie Tamara la grande, fut nommé par elle gouverneur héréditaire (éristaw) de la Mingrélie dans les premières années du treizième siècle. L'un de ses descendans, Liparite Dadiani, profitant des circonstances difficiles où se trouvaient les czars de Géorgie, se déclara souverain indépendant, au quinzième siècle. A la fin du dix-septième siècle, des troubles vinrent bouleverser la Mingrélie; le souverain et sa famille durent chercher un asile en Russie, où ils devinrent sujets russes sous le nom de princes Dadianow. En Mingrélie, le pouvoir tomba entre les mains d*uu gentilhomme aventureux et hardi, Katso - Tchikouani, lequel se déclara Dadiane de Mingrélie et souverain du pays. Le prince Grégoire se plaça sous la suzeraineté de la Russie en 1803; son petit-fils, le prince David Lévanovitch mourut en 1853, laissant le trône de Mingrélie à Vaine de ses fils, encore enfant, sous la régence de sa veuve, née princesse Tchavtchavadzé.
En 1857, le maréchal prince Bariatinski, vice-roi du Caucase, fit ôter la régence à la princesse, et fit administrer le pays par des fonctionnaires russes. Le jeune prince porte le titre nominal de souverain, mais il n'est nullement certain qu'à sa majorité le gouvernement russe le laisse exercer la réalité du pouvoir. Lui, ses frères et ses oncles portent le nom de princes Dadiane-Mingrelski.
Les princes Sibirski sont issus des anciens souverains de la Sibérie. Lots de la conquête de ce pays et de la bataille définitive qui décida de son sort, les femmes et les trois fils de Koutchoum, le dernier souverain de la Sibérie, furent faits prisonniers et amenés à Moscou, oïl ils trouvèrent un très-bon accueil : on leur laissa le titre de czarévitchs de Sibérie, avec le droit de préséance, à la copr, sur tous les boyars russes. L'aîné des petits-fils de Koutchoum, Aip-Arslane, reçut du czar Michel Romanow, en possession héréditaire^ la ville de Kassimow sur TOka, peuplée de musulmans, avec le titre de czarévitch de Kassimow. Sa lignée, baptisée au dix-septième siècle, s'éteignit en 1715.
Les czarévitchs de Sibérie se firent également baptiser à la même époque, et au commencement du dix-huitième siècle cette maison se trouvait représentée par le seul czarévitch Basile Alexéiévitch ; lié avec le fils aîné de Pierre I*', il fut enveloppé dans la catastrophe de
celai-ci. U fut exilé; sa fortune confisquée; 5tes trois fils privés dd leur rang à la cour, avec la défense de s'intituler «czarévitch» el Tordre de s'appeler : « princes Sibirski. » Ruinée par la confiscation^ cette famille ne s'en est jamais relevée depuis. Le petit-fils du czarévitch Basile, le prince Basile Fédorovitch, se trouvait général d'infanterie sous le règne de Paul, lequel, dans un moment de caprice» l'envoya en exi^ en Sibérie. Son petit-fils est, de nos jours, l'unique représentant de cette ancienne maison.
La famille des princes Bolliovskoy est fort ancienne; elle régnait déjà, au treizième siècle, dans la ville de Bolobow et plusieurs autres, dans la province actuelle de Podolie*. Cette famille a cessé, depuis long-temps, de jouer un rôle historique.
La famille des princes Mestcberski est une branche de l'ancienne maison des mourza Scbirinski, jadis si puissante en Crimée. L'un des Schirinski, Bahmète, fils de Hussein, vint, avec une bande de Tatars s'emparer, en 1298, de la petite ville de Hestchéra, sur l'Oka (aujourd'hui la ville de Kassimow, dans la province actuelle de Riazane). Son fils Béklémich se fît baptiser sous le nom de Michel et devint la souche des princes Mestcberski, lesquels conservèrent leur souveraineté jusqu'à la fin du quinzième siècle.
L'un d'eux, le prince George Fédorovitch, le petit-fils du tatar baptisé, fut au nombre des princes apanages qui vinrent, avec leurs troupes, aider le grand-duc Dmitri Donskoy à remporter sur les Tatars la fameuse victoire de Koulikovo, en 1380. Dépouillés de leur apanage et tombés au rang de gentilshommes, les princes Mestcberski devinrent nombreux, par conséquent pauvres, peu influent, et aucun d'eux ne marqua dans l'histoire de Russie. Enfin, au dix-huitième siècle, le prince Basile Ivanovitch, le trisaïeul du maréchal actuel de la noblesse de Tver, améliora la position sociale de sa famille en épousant la comtesse Natalie Hatvéiew, petite-fille du célèbre boyar de ce nom, et soeur consanguine de la première comtesse Roumiantsow; cette alliance lui procura une riche dot et l'appui des Roumiantsow, qui jouèrent un si grand rôle pendant fout le dix-huitième siècle. — Il utilisa, au profit de la carrière de plusieurs d'entre les membres de la famille Mestcberski, les relations à lui créées par son mariage.
Les princes Nesvitski sont également fort anciens. D'origine purement lithuanienne, ils régnaient dans la ville de Nesvije (dans la province actuelle de Minsk) au douzième siècle, et l'un d'eux, le prince George Nesvitski, fut tué dans la première bataille gagnée par les Tatars sur les Russes, sur les rives de la Kalka, en 1224. Le prince Basile, persécuté pour son refus d'embrasser le catholicisme romain,
* Cette Tille de Bolohow n'existe plus de nos jours; il se &ut point la confondre arec la ville de Bolhow, dans la prorince actuelle d'Orel; celle-ci a été fondée au seizième siècle.
éfnigra en RuBsie en iB08, et reçat des terres en indemnité de la perte de sa principauté de Nesrije, conGsquée par le gouvemement jjtbuanten. Depuis, cette famille est tombée dans une position de fortune h'ès-médiocre.
La famille des princes Ténichew se trouve issue des anciens khans d*Âstrahan. L*un des membres de cette famille, le prince lénikey, fîls du prince Téuiche, entra au service de Russie sous le règne du czar Ivan-le-Terrible, au seizième siècle. Ses descendans se firent baptiser et portent le nom de princes Ténichew.
. La famille des princes Mychetski est fort ancienne. L'on ignore son origine, mais elle portait le titre de prince à une époque de Tbistoire de Russie, où ce titre n'était reconnu qu'à des familles issues de maisons souveraines. Ainsi, au quinzième siècle, lors de la chute de la répubfique de Novgorod et de la confiscation, par le grand-duc Ivan III, des terres de plusieurs milliers de Novgorodiens, en 1478, nous voyons Ivan III faire don, aux quatre fils du prince Ivan Mychetski, de vastes domaines prélevés sur les propriétés confisquées. Cette famille était fort liche au dix-septième siècle, lorsque les réformes du patriarche Nikone firent éclater les dissidences religieuses.
Le prince Prokofii lacovlévitch Mychetski, avec son frère Denis, et h% enfans de celui-ci, Simon, Ivan et Salomonie, se placèrent à la tête deS' dissidens religieux (raskolniki)^ dans le parti desquels le prince Simon Dénissovitch joua un rôle fort considérable et laissa une mémoire vénérée parmi ses coreligionnaires. Sa soeur la princesse Salomonie fut abbesse chez les dissidens, sous le nom < d*abbesse Févronia • et jouit d'une grande considération. Pierre I*', lors de ses luttes avec les dissidens, confisqua les terres des princes Mychetski, et cette famille tomba dans la plus grande pauvreté, au sem de laquelle elle végète jusqu'à nos jours.
U y a trente ans de cela, un prince Mychetski était commissaire de police (KBapTaJBHwfi na^SHpaTeJB) à Péiersbourg!
Sous le règne de Paul, le maréchal de la noblesse de Pétersbourg, grand-chambellan comte Stroganow, arrivant dans une ville de district, fdt logé dans la maison d'un marchand de l'endroit II prenait le thé dans sa chambre, et une femme de service allomait le poêle, lorsqu'il entend la maîtresse de la maison, dans le corridor, dire à haute voix «princesse» (KBflTRHa). A cet appel, la femme de service répond : j'y »vais.» — «Comment, s'écrie le comte Stroganow, vous êtes princesse?» — « Oui, répond-elle, je suis une princesse Mychetski. » — « Et vous • servez comme domestique? » — « Je n'ai pas de quoi vivre, et je préfère » gagner mon pain d'une manière hcmnéte, plutôt que d'avoir recours à » Dieu sait quels moyens. » Stroganow vint immédiatement à son secours, çl de retour à Pétersbourg, il raconta cet épisode à l'empereur Paul, qui accorda à cette infortunée une petite pension viagère.