‹ Mémoires du prince Pierre DolgoroukowChapitre 6 sur 37 · MO · texte numérisé non relu

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cette liàli^ odieuse, cDsIiffiïée en eardinaux, ed; prébli et en Miéè catholique^ en ehinoi», en tares, en démcois, etc., parcoarait la ville dans des traiâeatix barlesquetnent ornés, entrait dans les maisons des gens riches pour leur souhaiter la honne fête (Xpacia oiatiTs); le maître de b maison était, tenu. dWrir du vin aux principaux membres 4e la bs^de^ et de reau-dervie rtis$4 aux autres. D y avait parfois des masciârade^ auxquelles prenait part également une troupe de dames, composée de personnes appartenaiites à la noblesse. La directrice de cène troupe avait le. titre de « prince^se-abbesse » (ratSL-vryMeau); cette fonction fut long-temps . remplie par Daria Gavrilovna Rjevski, née Sakovnine, et après sa mort, par la princesse Ânastasie Pétrovna Galitsyiiè, née princesse Prozorovski. Dans la bande masculine les principaux ivrogneâ portaient les titres de. métropolitains et d'archevêques, et avaient reçtr, chacun, un nom spécial; la plupart de ces noms seraient impossibles à citer, vu leur indéc^ce inouïe. Le chef de la bande mascdine portait le titre de < prince-pape > (RBi8&-nana). Cette fonction fut long-témpi remplie par Tancien précepteur du czar, Zotow, et après sa mort, €^1 1717, par Pierre Ivanovitoh Boutourline, lequel fiU obligé d'épouser la veuve de Zotow.

Il faut parler ici de Zotow et du confesseur Nadujinski.

Nikita Moïsséiévitch Zotow appartenait à une famille de très-petite noblesse; son trisaïeul, marmiton à la cuisine du oiar Ivintle-Terrible, avait servi en qualité d'aide-cuisinier à la cour du petit czarévitob Dfflitri, massacré à Ouglitch en 1591, et il avait été anobli» Nikita Zotow occupait le modeste emploi de diak à la commission des requêtes (lejioGflTâbiH npHRaai), lorsqu'il fut question en 1677 d'appeler auprès du petit czarévitch Pierre, âgé pour lors de cinq ans^ un homme epA lui apprit à lire et écrire en russe, et les quatre règles de Farithmétiquei Le boyar Fédoi" Prokofiévitch Sakovmne recommanda Zotow, et <)elui-ci fut placé auprès de l'enfant en qualité de précepteur. Plus tard, il devint le complaisant de son élève, son compagnon de débauches et d'ivrognerie, et gagna son affection^ Le jour où l'on fêta à Pétersbourg la nouvelle de la capitulation de Riga, le 8 juillet 1710, la journée fut célébrée par un banquet colossal, où le vin coula à flotSj Vers la fin du banquet, Zolow, à demi-ivre, s'approcha du cear, lequel se trouvait déjà dans un état d'ivresse complète, et lui mettant la mm sur l'épaule, dit : «voilà par quels hauts faits ten règne se trouTO

• signalé; c'est pourtant moi qui t'ai appris à lire et écrire^ tu devrais

• me récompenser d'une manière signalée». Pierre, ivre, lui dit ^n le frappant sur le ventre, «quelle récompense veux-tu, pape? » — «Je veux

• être comte et conseiller privé» -^répliqua Zotow. Le czar se fit apporter une plume, un encrier et du papier, et écrivit séance tenante :

''Ho npomeHlpo à sa cjysôy HHRHrfi MoBceeBBqy Soidey Aaercii aaAaHle : <'rpa«>", lasiKe Bjsaniiiro GoBtTBHKa Hun, n BiHatuetl KaaaeiaplH reàepaji-DiteBHAeflTi. 0ÉTPi*^

EU 4ui3 rivressof il ouUia <]0 mettre la. data. Mais Zolow, ivre à moitié seulement, écrivit sur la môme feuille, de papier :

''^6jaro4apcTBe9'k sa lamy rocy^apcRyn opesiaory» MuocTb; BunienBcaRno» IfapcitarQ HejiiecTâa muoctId, aanicaBBoio Bro rocyAapcRO» GoÔcTaenoo» pyRo», a HiRHia Soron ■eKajTOBàBi Vh GaBsn-OKrepOypxer, opi noiy^eBli BeÂoHOctt o isitli ropo^a Pvra, intftM a 4CBb 1710 nma".

: St.il remit le papier au chanoielier Golovkine, pour la rédaetioa d'ua diplôme .oomtal, lequel lui fut cependant délivré seulement trois ans plus, tard, en 1713, et repris par ordre du c«ar, après la mort.de ce CQfnte, cré^ d'qne si singulière façon*

Devenu veuf et déjà octogénaire, le comte «prince*pape« reçut du czar, en 1714» Tordre de se remaria et d'épouser Anna léréméievna Pachkow, dont le cousin-germain, George ivanovitch Pacfakow (voyez page SS) était Tun des officiers de confiance, ou pour- s'exprimer aveu une francliise complète, Tun des espions les plus affidés du czar*. Yoici la description de cette étrange cérémonie. nuptiale.

Le 16 janvier 171$, au signal de trois coups de canon tirés de h forteresse, l^s hommes invités à la noce se réunirent à la maison dn ehancelier Golovkine, et les dames à celle de la • princesse-atiliesse >, V!^ Rjev&ki. Le nombre des invités se montait à .quatre cents, et un prêtre nonfg^vuûre, appelé exprès, pour cette cérémonie, de Moscou^ qiK il était arobi-prétre de la catbédrale de SaintrMicbel au Kremlin, attendait les fiancés à la cathédrale de Saint-Pierre,, à la forteresse. Le cort^e se mit en marche dans Tordra suivant :

a) le maréchal de la cérémonie, le vieux boyar prince Pierre Ivanovitch nrozororski, en habit tout brodé d'or, en traîneau à quatre cbevaux;

b) le fiancé, en habit de cardinal, en tràineau à quatre chevaux;

c) le vieux boyar prince Fédor louriéyitch Romodanovski, le c prince-césar > dans un traîneau attelé de quatre ours enchaînés, conduits à la main, et hurlant d'une manière effroyable, par la ration qn^on les agaçait pendant toute la routé;

Ensuite venait le cortège des hommes à pied, dans Tordre suivant : ' d) le maréchal prince Menchikow, le grand-amiral comte Apraxine, le grand-maître de Jl'arlillerie Bruce, le. général en chef Adam Weyde et le ministre de Pologne e\ de Saxe comte de Fitzthum-Eckstaedt, tous les cinq en costumes de bpurgmestres de la ville de Hambourg; . e) le çzar, le lieutenant - générai Ivan Ivanovitch Boutourliae, le général-major prince George Troubetskoy et le constructeur de vaisseau Skliaiew, tous les quatre en costumes d^ matelots, portant des tambours sur lesquels Us battaient bruyamment;

* Blie Ivanoritch Pachkow, bisaïeul de ma mère, fat le cousin-germain de oo George Pachkow et de la comtesse Zotow.

/) le Tieux boyar tibone Nikititch Sti^échnew, en oadtvme de matelot, joaa&t bruyamment du cor. '

Ensuite venaient des hommes en costnmes : de Chinois, avec des sifflets à la main; de Vénitiens, avec des flûtes à la main; de heydaqaes» armés de grands bâtons ; d^archevêqaes catholiques-romains, avec des cornes de cerfs sur la tète; de Turcs, portant des assiettes; d'oavrîerstmineurs, avec des guitares à la main; de bergers allemands, avec des cornemuses à la main; d'assesseurs de collège, pcntant des rossignols en cages; d'Am^icains-sauvages, avec des fourches en bois; d*Hongrcns^ portant des poêles à frire; de Polonais, le violon à fa main; de Kalmouks, la guitare russe (ôaiajaiîEa) à la main; de paysans norvégiens; de pasteurs luthériens avec de petites flûtes(ryj(OirB) à la main; de pécheurs de baleine, armés de piques; de pilotes avec des sifBets de chasse à la main; d'Arméniens et de Japonais avec dei flûtes à la main; de postillons prussiens tenant des cors à lamam; de chasseurs avec des cors de chasse. Ensuite venaient des hommes en costumes : de Macédoniens, de moines bernardins, de Tonngouzes, de Lapons, de bûcherons tiircs, de sauvages du Honduras, de pécheurs; de dtssidens russes (raskolniki) ; ceux-ci portaient des cors de chasse» des clodies, des ck)chettes, des sonnettes, des cornemuses, etc., faisant un tintamarre effroyable. Le cort^e masculin se trouvait ckos par des assesseurs de : collée et des hommes en babil vénitien 4>ortattt des urnes à la main, ^tré lesquels marchaient les sept témoins d'honaeor du mariage (ma«epa), tous les sept choisis parmi des octogénaires.

Puis venait le cortège des dames : la czarine Oa^rine avec huit des dames de sa cour, en costumes de paysannes frisonnes; les czarines Marthe Apraxine, Prascovia Saltykow et. Natalie, la isoenr de Pierre P', en costume polonais; les trois filles de la czarine PrascoTÛ^ en costume espagnol, et puis toutes les dames iQvitéeé, dans les costumes des divers pays de l'Europe et de FAsie.

Au sortir de Féglise^ron se rendit, dans le même ordre de procession, à la maison des nouveaux époux, où Ton prit place à table z des vieillards octogénaires, dont plusieurs pouvaient à peine se tenir sur leurs jambes, circulaient autour des tables et versaient le vin aux convives. Une fois les dames parties, Torgie commença et dun^ pendant des heures entières.

De tout le corps diplomatique, un seul membre consentit à prendre part à cette fête, où les deux religiotis luthérienne et catholiqueromaine se trouvaient parodiées d^une manière inconvenante : c'était le comte de Fitzthumj luthérien lui-même, représentant <d'«ft souverain catholique, le roi-éleeteûr Auguste II. Des deux pays dont les intérêts et la dignité se trouvaient c^mfiés aux soins de M. de Fitzthum, Ton, la Pologne, était catholique; Tautre, la Saxe, était lutlièrienl.....^.. Mats Auguste II ne pouvait se passer de. l'appui de Pierre P' pour tenir en échec les partisans de son adversaire Stanislas Lesczynski

Zotow mourut deux ans après son second mariage, resté stérile, mais il avait eu, d'un premier lit, trois fils, auxquels, après la mort de leur père, le ezar fit retirer le diplôme comtal, et leur fit défense de porter le titre de comtes. Des trois frères, un seul, Falné, Basile, eut un fils, Nikita, lequel laissa également un seul fils, Ivan. Celui-ci fut marié deux fois, et il eut un fils de chaque mariage. Son second fils, Nicolas, tourna la tète à la princesse Hélène Kourakine, fille de ce prince Alexis Kourakine, qui fut ministre de Tintérieury et nièce de Fambassadenr de Russie à Vienne et à Paris.

La famille Kourakine, à cette époque riche et puissante en cour, ne voulut point d'abord entendre parler d'une alliance avec les Zotow, mais les jeunes gens s'y prirent de façon à rendre le mariage indispensable....... Alors les Kourakine, forcés dans leurs retraachemeiis,

sollicitèrent et obtinrent d'Alexandre I, le 21 juin 1803, h restitution, à Nicolas Zotow, du titre de comte si étrangement conféré à son trisaïeul par Pierre K — Enfin, le 12 juillet 1804, Alexandre Zotow, le frère aine du jeune séducteur, reçut également l'autorisation impériale de s'intituler comte; il fut l'aïeul des comtes Zotow actuels. Son frère n'eut que deux filles, dont l'aînée est aujourd'hui la veuve de l'un des phis grands misérables de la cour moderne de Russie, du prince Tchernychew, ministre de la guerre sous le dernier règne.

La veuve du premier comte Zotow avait, je l'ai dit, épousé son successeur dans les dégoûtantes fonctions de «prince-pape,» Pierre Ivanovitcb Boutourline; elle n'eut également point d'enfans de ce second mariage.

Pour ce qui en est du confesseur de Pierre !•', Tîmofey Vassiliévich Nadarjinski, ce fut un fin et rusé courtisan. Ses fonctions de confesseur auprès d'^jm prince aussi athée que l'était Pierre P' constituaient une sinécure complète, mais sa qualité de compagnon des orgies du czar lui donnait assez d'occupation et lui valut une fortune immense. — Le czar, pendant son séjour à Paris, ayant entendu dire qu'un abbé, secrétaire du cardinal Dubois, était connu pour le phis intrépide buveur de France, dit : < il faut le fair^ lutter avec Nadar- » jinski » (hb^oGho ero cnycTHTB ch HaAapiRHBCBiHx). L'abbé fut invité à souper chez le czar; l'on but énormément, et l'abbé roula sous la table, pendant que Nadarjinski, tout rouge et se tenant à peme sur sa chaise, mais radieux, se versait encore une rasade. Pierre sauta an cou de Nadaurjinski et lui cria : « moiu ami,, tu as soutenu l'honneur »de la Russie!» — Ce pseudo-confesseur reçut du czar, à plusieurs reprises, de belles propriétés, et laissa une fortune immense; il avait eu en don, entre autres, en Ukraine^ la magnifique terre de Trosténeiz^ laquelle, par des mariages, a passé aus^ Korsakow, et appartient aujourd'hui aux Gali^yn/9.

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