‹ Mémoires du trottoirChapitre 11 sur 56 · LA VIE SURCHAUFFÉE · texte numérisé non relu

LA VIE SURCHAUFFÉE

sur la poitrine... Enfin tu vas me dire d'où tu viens?

— C'est bien simple. Figure-toi que j'étais allée voir cette bonne Amélie qui donne un concert dans quelques jours. Tu sais que ce n'est pas une artiste ordinaire, et qu'elle est reçue dans les maisons les plus difficiles. Elle s'est mise au piano et m'a joué plusieurs compositions nouvelles. Ce n'est que quand on a servi le dîner que j'ai pensé à l'heure. Ah! me suis-je écriée, que va dire mon mari?

— Ton mari ne t'attend plus, a dit Amélie, dîne donc avec moi.

— Tu aurais pu, fit observer M. de C..., m'envoyer un mot par un commissionnaire.

— Ma foi ! j'ai pensé que tu dînerais tranquillement sans aller te forger des chimères.

Madame de C... passa dans sa chambre, et le mari se mit à lire la France. Une petite note le fit tressaillir :

« Le monde artistique vient de faire une perte regrettable. Madame Amélie B..., pianiste d'un talent remarqué et auteur de compositions brillantes, est morte hier à Paris. »

— Que me disais-tu donc? demanda-t-il à sa femme.

Et, lui tendant le journal, il ajouta simplement : Lis.

Madame de C... ne se déconcerta pas.

— Je t'ai vu si agité, dit-elle à son mari, que je n'ai pas voulu te dire tout de suite l'affreuse vérité. Cette pauvre Amélie est morte dans mes bras.

Je suis restée avec sa mère et sa sœur, qui sont inconsolables. Voilà ce qui m'a fait oublier l'heure du dîner.

M. de G... était complètement rassuré, mais le lendemain, lisant la France comme de coutume, il y trouva un entrefilet qui ne lui laissait aucun doute.

« C'est par erreur que nous avons annoncé dans notre numéro d'hier la mort de madame Amélie B... Une ressemblance de noms nous avait trompé. La jeune et brillante artiste est venue nous rassurer elle-même sur l'état de sa santé. »

Cette fois, madame de C... resta clouée — mais pas longtemps.

FLAC

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