EN VACANCES 12D
décidé mon malheur. J'avais rencontré à Bordeauxdeux petite créoles qui venaient de débarquer, une veuve et sa tille. En les voyant, mon ami, on songeait à cette annonce fallacieuse : Mère et fille sont sœurs! Veuve à vingt-huit ans, madame Diamanty venait à Paris. Il lui avait fallu trois ans pour mettre ordre à ses affaires. Elle n'en avait pas trentedeux quand je la découvris sur les allées de Tournv, et sa fille, mon épouse actuelle, venait d'atteindre sa seizième année. Deux boutons de rose évadés de la Martinique. Je suis resté plus d'un mois sans savoir si j'aimais la mère ou si j'étais fou de la fille, je les faisais danser tour à tour; l'une et l'autre prenaient indifféremment mon bras. Madame Diamanty est la femme la plus gaie, la plus aimable, la plus alerte qu'on puisse rencontrer...
— De quoi te plains-tu?
— Je me plains de cela, précisément. Ah! que n'ai-je une belle-mère comme les autres, revêche, acariâtre, me faisant à chaque instant de la morale!...
— Je ne comprends pas du tout.
— Tu vas comprendre. « Madame, dis-je un soir à madame Diamanty, quand vous remariez-vous?
— Jamais, répondit-elle.
— Mais mademoiselle votre fille?
— Ma fille se mariera parce qu'il faut faire comme
tout le monde. J'ai paye mon tribut, elle doit en faire autant.
— Alors, si je vous demandais sa main?
— Je crois que vous lui plaisez, et je ne ferais aucune difficulté de vous l'accorder. Quel àgeavezvous?
— Trente-trois ans.
— On aura vu rarement un gendre plus âgé que sa belle-mère...
— Oh! vous n'êtes pas une belle-mère, vous...
— En effet, le rôle me conviendrait peu.
— Vous êtes et vous resterez la sœur de ma femme.
— C'est convenu. »
— Et tu as épousé?
— J'ai épousé ia plus délicieuse créature que l'on puisse rêver... un sylphe, une houri... il y a des moments où je me détourne pour respirer, dans la crainte qu'un souffle ne la fasse envoler.
— Et la mère?
— La mère est restée ce qu'elle était, rieuse, enjouée, avide de plaisirs. Souvent ma femme passerait la soirée à la maison, au coin du feu; mais ma belle-mère veut aller au bal, au théâtre. Il faut que sa fille sorte pour l'y conduire... et moi aussi par conséquent. Si je risque parfois une observation, madame Diamanty me répond d'un ton fâché :