‹ Mémoires du trottoirChapitre 22 sur 56 · IMPRESSIONS DE VOYAGE · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE VOYAGE

peine arrive, il faut repartir; ce n'est qu'à cette condition que le chroniqueur peut voyager. Il s'éloigne de Paris comme la boule du bilboquet s'éloigne du manche, le temps de décrire une parabole.

Huit jours de palmiers, un bain de soleil, et il faut tourner le dos au flot bleu pour aller retrouver la colonne de la Bastille.

Malgré la rapidité du retour, ces vacances annuelles sont un entr'acte nécessaire. En se retrouvant au même endroit, au pied des mêmes montagnes, au bord du même rivage, on croit ne les avoir jamais quittés. Cela fait une année de plus, et il

semble au contraire, que c'est une année de moins. Nice exerce une singulière attraction sur le voyageur; quiconque y est venu y revient forcément. Vous retrouvez les mêmes types sur la promenade des Anglais. Depuis l'hiver passé, les uns sont retournés en Russie, les autres en Angleterre, en Amérique même; et les voici de retour, debout sur le galet, cherchant des yeux le petit liséré foncé qui indique les côtes de la Corse et regardant la vague qui borde de ses dentelles ces petits rochers noirs qu'on prendrait pour des truffes submergées.

Il y a bien quelques vides dans les rangs. Un vieillard est mort, une demoiselle s'est mariée, plusieurs autres se sont fait enlever.

— Que sont devenues, demandais-je hier, dans un débit de tabac, ces deux jolies filles qui vendaient des gants et des cravates dans la boutique voisine?

— Elles sont parties avec un monsieur, me répondit la débitante, femme sérieuse, coiffée d'un mouchoir à carreaux bleus et rouges.

— Avec le même?

— Oui ; il les a enlevées toutes les deux... Gomme c'étaient les deux sœurs, elles n'ont pas voulu se séparer.

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