IMPRESSIONS DE VOYAGE
— Et elles ont fait bon ménage?
— Il paraît !
Et la bonne dame ajouta:
— Voyez-vous, monsieur, c'est terrible, ce commerce-là. Une fille honnête re'siste tant qu'elle peut; mais, à force d'essayer des gants et des cravates, elle s'habitue à certains pressements de mains, à certains regards... J'avais une nièce, qui est à Paris maintenant, une personne très bien élevée; eh bien, elle a rilé comme les autres. Il a fallu, pour la séduire, acheter vingt-trois paires de gants, quinze foulards et dix cravates... Elle a cédé à la vinçthuitième paire de bretelles!
— Et quel a été l'heureux ravisseur!
— Un Espagnol.
— Elle devait bien se douter, par le nombre de ses achats, que cet Espagnol avait sur elle des vues intéressées?
— Eh! monsieur, il disait que c'était pour sa mère!
Au temps heureux où le journal se débitait en petits volumes à cinquante centimes, Maurice Alhov disait : « La physiologie du voyageur doit être le tableau animé de ce mouvement incessant qui
pousse l'humanité en avant, en arrière, et la fait flâner ou circuler de droite à gauche, sur les parties solides ou liquides de la mappemonde. »
Et l'auteur enumère les seize mille moyens de locomotion que la civilisation, le hasard ou la providence ont créés pour l'exportation de la race humaine, depuis le bateau à vapeur jnsqu'à la canneposte à laquelle le baron de Drais avait donné le nom de Draisienne, et qui a reçu depuis une dénomination plus expressive, celle de vélocipède, ce qui veut dire que dans cette voiture on va à pied.
Maurice Alhoy parle de la diligence, du palanquin et du chameau. Il balbutie à peine le nom de chemin de fer; l'invention ne faisait que poindre.
Le tour de l'Italie seule demandait alors plus de quatre-vingts jours.
C'était le temps où chaque voyageur écrivait ses impressions sur un livre:
« O Venise, que tu es belle! »
Gérard de Nerval, sur le registre du vieux doolen, laissait cette phrase mémorable :
« Je suis à Amsterdam et je voudrais bien m'en aller ! »
Alfred de Musset — sur le livre de l'hôtel Belle vue : •
« Les Suisses ont été calomniés. Je n'ai pas d'argent et ils me pressent de tous les côtés. »