COULISSES D'UN JOURNAL
l est peu de personnes qui n'aient quelque idée des opérations d'un haut-fourneau ou d'un métier mécanique ; il en est peu qui ne soient en état de parler de la manière dont se file le coton à Rouen, dont se trempe le fer au Creuzot. On peut s'initier, dans une foule de petits traités qui se publient chaque jour, à tous les procédés des arts et de l'industrie, apprendre comment te bloc de minerai se transforme en rails, en -crochets et en clous, le sable en cristal, le chiffon en papier, le chêne en navire. Mais une industrie particulière dont le public
sait bien peu de chose, c'est celle dont l'exploitation exige une combinaison plus intime d'éléments plus divers qu'aucune autre, de grands capitaux, un travail matériel très compliqué, une activité incessante, un jugement sûr, une intelligence d^nsemble, prête à la discussion immédiate de toutes les questions morales, sociales, politiques, littéraires, qui peuvent se trouver à l'ordre du jour, toutes conditions indispensables pour fonder ou diriger avec succès un grand journal à Paris.
A l'exception peut-être de ces régions mystérieuses qu'on appelle les coulisses des théâtres, il n'y a guère d'établissement dont le mécanisme intérieur soit moins connu de la masse du public que celui des journaux, ces vastes foyers de nouvelles politiques, ces grandes chroniques quotidiennes de l'histoire contemporaine. Pour dissiper ce vague que nous croyons exister dans les idées populaires, au sujet des moyens et des procédés à Taide desquels les nouvelles du monde entier nous sont servies chaque matin avec notre café, nous allons essayer de peindre sommairement cette vaste machine intellectuelle et matérielle qui exerce une si