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LES COULISSES D UN JOURNAL I 8 I

depuis cette époque, et plusieurs journaux de Paris ont aujourd'hui leurs correspondants particuliers.

Nous arrivons enfin au département de la rédaction proprement dite, qui comprend, non seulement les éditeurs du journal, mais tous les écrivains originaux qui y sont attachés, auteur^ des Premiers-Paris et des Bulletins, et ceux dont la plume, laissant de côté les sujets politiques, se consacre à l'analyse des productions théâtrales, au compte rendu des fêtes et soirées, à la critique musicale, aux beaux-arts, aux faits divers.

A tout ce personnel, il faut ajouter les gens de service, les porteurs de jour et de nuit, et cette foule de subalternes auxquels un grand établissement procure quelques moyens d'existence.

Le travail des compositeurs commence à six heures du soir et finit à une heure du matin.

Il arrive cependant que ces travaux se prolongent plus tard : quand une nouvelle importante est attendue de l'étranger, quand les résultats des élections arrivent par arrondissements.

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Un des traits caractéristiques du compositeur du journal est l'habileté singulière avec laquelle il déchiffre les odieux grimoires qui lui sont remis sous forme de copie. C'est à l'habileté des compositeurs que les lecteurs des journaux sont en grande partie redevables de la rapidité avec laquelle les nouvelles sont mises sous leurs yeux.

Les fonctions de rapporteur des débats parlementaires sont exercées par une classe de journalistes dont quelques-uns sont parvenus à des situations élevées.

La tribune des journalistes renferme des hommes de capacités très diverses et d'aptitudes très opposées. Un petit nombre seulement ne portent guère leurs prétentions au delà de celles d'habiles sténographes; la majorité vise plus haut, ambition assez naturelle de la part de gens qui joignent aux avantages de l'éducation une intelligence aiguisée par la nature même de leurs travaux, qui les mettent en contact perpétuel avec les hommes d'Etat.

On se contente d'analyser la grande masse des discoureurs parlementaires; leur fastidieuse prolixité, leurs continuelles redites, leurs déclamations vulgaires, sont condensées et traduites en français

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grammatical — opération souvent nécessaire, — de sorte que les vingt lignes qui, dans le journal, font l'effet d'un petit discours net, précis et compact, contiennent le fond et la substance d'un discours diffus et décousu, qui aura fatigué la Chambre pendant une heure.

La troupe irrégulière des Trois sous la ligne présente un assemblage assez hétérogène. Beaucoup d'honnêtes Parisiens se font malheureusement une idée du personnel des journaux d'après ces bachibouzouks qui se posent hardiment comme les représentants de la presse, à laquelle ils font rarement honneur.

Un « bon incendie » ou un « bon meurtre » leur rapporte souvent de gros bénéfices.

Dans les mortes saisons, quand il y a disette d'accidents et de crimes, les Trois sous la ligne tirent la langue. C'est alors que se fabriquent les fausses nouvelles, les canards de tout plumage. S'il y a un décès inattendu, on annonce qu'une enquête se prépare : on fait croire à des soupçons; il est question de quartiers tout entiers mis en émoi par des catastrophes qui n'ont jamais existé. Les éditeurs des journaux font tout leur possible

pour échapper à ces mystifications, mais n'y réussissent pas toujours.

Le dépouillement des correspondances est à lui seul un travail considérable. Il faut faire un triage dans la masse des lettres qu'on reçoit chaque jour, signées « un de vos abonnés » ou « votre lecteur assidu. y>

Il faut dépouiller une multitude de journaux de l'étranger ou des départements.

Quand le travail est terminé, le prote descend. Il a mesuré tout ce qui est imprimé; or, il y a deux mètres de trop, c'est-à-dire que le journal ne peut contenir dans son format autant de matière. Il est nécessaire de retrancher. On remet au lendemain ce qui peut attendre ; on coupe dans les Faits- Divers, dans les échos de Paris, dans le compte rendu des tribunaux; on resserre certains passages. On arrive enfin à faire la mesure juste ; les formes sont portées à la machine et le journal roule.

A mesure que les feuilles sortent, on les remet aux plieuses, qui les mettent sous bande.

A cinq heures, le chef de départ met le tout

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