LA BONNE AUX ŒUFS D OR
dame. Parmi les invites, on remarquait : le baron de Hirsch, le prince Lubomirski et M. Leopold Stapleaux.
A minuit, tout le monde se retira discrètement.
Euphémie passa dans sa chambre, tandis que M. Fernand, dans un coin du cabinet de toilette, promenait ses lèvres sur les e'paules et sur les bras de la petite Marthe, la jolie Bretonne. Tous deux se disaient à voix basse les choses les plus tendres du monde.
Euphémie ayant toussé, Marthe poussa vivement le baron en lui disant : Tu peux y aller.
Fernand entra dans la chambre nuptiale, tandis que Marthe disparaissait par une petite porte donnant sur un couloir de service...
La veilleuse, dans sa tour de porcelaine, répandait sur les tapisseries sa douce et pâle lueur !
Le lendemain, la baronne était d'une gaieté folle. Elle jetait sur son mari des regards de reconnaissance. Fernand se rengorgeait d'un air satisfait. Tout semblait marcher à souhait.
Trois semaines s'écoulèrent ainsi.
Tous les soirs, la petite Bretonne attendait son
maître dans le cabinet de toilette et lui prodiguait des encouragements.
— Vois-tu, lui disait tendrement le baron, nous appliquons à la vie courante le même système qu'au théâtre. La grande pièce est presque toujours précédée d'un lever de rideau !
Marthe poussait un petit soupir, embrassait tendrement son maître, et l'on peut dire que la brave fille avait résolument pris son parti de la situation.
Tous les torts furent du côté de la baronne Euphémie, qui s'avisa tout à coup d'être jalouse. Bien que la femme de chambre eût une tenue parfaite,, bien que Fernand ne lui adressât jamais la parole, elle trouva que Marthe était vraiment trop jolie. Elle ignorait que la petite Bretonne avait été au service de son mari quand il était garçon, et cependant elle eut comme un vague instinct qu'il se passait quelque chose. La devise de son premier mari lui revint à l'esprit : Eviter les contrefaçons ! . . .
Elle épia, marcha sur la pointe du pied, tenta de surprendre quelques signes d^intelligence entre Marthe et Fernand — et ne vit rien.
Le baron se conduisait toujours en époux qui connaît ses devoirs; cependant Euphémie pensa que, si elle congédiait Marthe, il en résulterait pour elle une meilleure situation.
La veuve Gamusseau prit une résolution de'ci-