‹ Mémoires du trottoirChapitre 48 sur 56 · FEMMES AU VENT · texte numérisé non relu

FEMMES AU VENT

Centrant à votre domicile, au retour d'un voyage, il vous est arrivé souvent de vous croiser avec une voiture conduisant à la

gare une femme seule, à côté d'une malle de movenne dimension. C'est un spectacle qui, plus d'une fois, m'a rendu rêveur. La voyageuse est une demoiselle vêtue de noir, ou d'un costume simple et sévère; ou bien une femme jeune encore, d'un aspect grave et pensif. La malle ne peut contenir que peu d'objets, une modeste garde-robe qui est sans doute toute la fortune de l'inconnue. Où va-telle ainsi ? A quel hasard sa vie est-elle livrée ? Uns vague inquiétude assombrit sa physionomie pen-

sive. Pas de mari, pas de frère, pas d'ami qui l'accompagne à la gare. Seule, toute seule, le cœur serre, elle va descendre de voiture, payer strictement la course du cocher et prendre son billet au bureau.

Cette femme, c'est une institutrice ou une gouvernante qui a trouvé une place par correspondance ou qui a traité sur une annonce de journal. Elle se demande où elle va, quel accueil lui sera fait à l'arrivée. Parfois, une larme vite essuyée glisse sur sa joue pâlie.

Il faut qu'elle dissimule toute trace de souffrance ; il est nécessaire qu'on lui trouve, au premier abord, une physionomie ouverte. Sa position peut dépendre de la première impression. Elle le sait et se défend contre les angoisses qui la minent.

Si l'on doutait du besoin de transformation sociale qui tourmente l'époque où nous vivons, on n'aurait qu'à réfléchir sur la direction prise, depuis quelques années, par les écrivains chargés de récréer nos loisirs. En est-il un, je parle des plus rutiles, qui, dans l'intérêt de sa réputation, ne se soit cru obligé d'élargir le terrain rebattu du roman ou du drame, et d'y introduire, avec plus ou moins

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