LE JEU, LE CHANTAGE ET LA MORALE 20. I
se payer une villa à Monaco pour trois ou quatre mille francs feront bien de suivre le bishop of Gibraltar.
Mais tous ceux qu'intéresse la prospérité des Alpes-Maritimes et de la côte italienne qui commence à prospérer dans une large mesure, les Italiens de Bordighera, de San Remo et de la corniche de Gênes, aussi bien que les Français de Menton, de Beaulieu, de Villefranche, de Nice, de Cannes, de Saint-Raphaël et autres lieux, feront bien d'ouvrir l'œil sur des manœuvres qui pourraient aboutir à leur ruine.
La banque de Monte-Carlo est une maison de jeu où il y a un contrôle et des garanties, un maximum qui impose aux joueurs une certaine prudence; une maison qui ferme à onze heures, tandis que les cercles et les tripots restent ouverts toute la nuit. En somme, la banque a fait beaucoup de bien, à coup sûr plus de bien que de mal. Ceux qui y ont perdu leur argent l'auraient perdu ailleurs, et sans profit pour la population de la contrée.
En outre, la famille Blanc a dépensé des sommes énormes en fondations de charité, en secours, en aumônes de toute sorte. Les établissements de Monte-Carlo sont constitue's aujourd'hui en société anonyme; les actions sont disséminées en un grand nombre de mains. C'est ce qui me met à Taise pour
rappeler que, pendant la guerre, l'exemple du sacrifice patriotique est souvent parti de l'avenue des Spelugues.
Un corps de Polonais détaché, après la déroute, de la troupe de Garibaldi, était venu s'échouer à Nice. Pas de pain, pas d'abri, rien. Les agitateurs du pays comptaient profiter de cet élément d'émeute que leur envoyait le sort. Les uns voulaient en faire leurs auxiliaires dans une manifestation séparatiste; les autres y voyaient l'œuf d'une Commune qu'on pourrait proclamer à Nice. Que ne fait-on pas avec des hommes jeunes, braves, armés et qui meurent de faim? Madame Blanc fit demander le docteur Lubanski, établi depuis longtemps à Nice, et le pria de la mettre au courant de la situation. Une heure après, les cent et quelques Polonais avaient à manger et recevaient cent francs chacun. Leur joie, leur ravissement étaient indicibles. C'était le salut qui leur arrivait comme dans une féerie... Eh bien! je ne crois pas que l'évêque de Gibraltar eût beaucoup fait, en pareil cas, pour les Polonais, ni même pour des Niçois.
Moralité. — Quand on lit les annonces des journaux allemands et qu'on y trouve les réclames
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des banquiers qui placent des billets de loterie :