CR1SPIN RIVAL DE SON MAITRE
Le matin, Monsieur va à ses affaires; le tantôt, il y retourne. Il monte à cheval, il va au Bois. Le soir, il se rend à son cercle et y passe la moitié de la nuit.
Que peut faire la pauvre abandonnée? Jean est aux petits soins; Jean est toujours là; Jean a dix ans de moins que Monsieur; puis le fripon a de l'œil ; la lecture des romans lui a donné un certain aplomb. Il sait comment on s'y prend; Madame s'ennuie, et, quand l'huître bâille, il n'y a qu'à y plonger le couteau.
Le Sage, quand il a composé Crispin rival de^ son maître, n'a osé mettre en scène que la cupidité du laquais. C'est à la dot que vise Crispin. Mais Géronte arrive à temps; un peu plus, il avait la dot et la femme. Les Crispins de 1879 sont des valets d'une autrî encolure.
a Voilà comme nous les faisons, disait le prince de Conti, et voilà comme ils nous font ! »
La descendance supposée des grands seigneurs a pris droit de cité dans les familles. Tout paysan parvenu au grade de domestique peut prétendre l'histoire en main, qu'il est de la lignée des Gonti ou autres gentilshommes qui, dans le temps, les
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faisaient si bien. Et s'il n'a pas de preuves à l'appui, la comtesse du jour n'a aucun motif d'y tenir.
Les grandes dames en causent entre elles fort à leur aise.
La marquise de B... arrivait hier en visite chez la comtesse de L... (Ces noms sont connus de tout Paris.) Elle aperçoit un trophée de chasse, bois et cornes.
— Quelle admirable veuve vous faites! dit-elle à son amie. Le pauvre homme est mort, et vous gardez ses ossements.
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LA VIE SURCHAUFFEE
«H§|hàque époque a son mot qui la caractérise,
Le surchaullage est le mot du jour; il est à la fois une définition et une peinture. L'excès est devenu une habitude nationale. Nous vivons dans un courant de folie; tout est surchauffé, et, à chaque instant, sur le point d'éclater. L'argent est discrédité, l'or soutient son dernier combat. Dans un avenir prochain, les paiements se feront en diamants, après quoi il faudra bien inventer autre chose de plus rare et de plus précieux.
L'homme s'appartient de moins en moins. L'individu n'est qu'un chiffre dans une fraction, chif-
fre inutile si le dénominateur lui manque. Chacun cherche son dénominateur.
Le business des Anglais est dépassé. Le business est cette activité du négoce, des affaires ou de l'industrie, qui nous emporte, nous entraîne, absorbe la vie, la dévore par fraction, et nous arrache à nousmêmes.
Charles Lamb affirme qu'il y a dans ce terme une nuance de contrainte, de nécessité, de compulsions un mélange du devoir à remplir, de l'esclavage à supporter et de l'intérêt personnel à satisfaire, il faut voir, dès le matin, ce courant, et ce contre-courant d'hommes arfairés, allant au gain. comme des flèches lancées vers un but, pour savoir quelle machine fait de l'homme pensant notre civilisation si féconde. Il devient rouage, il a un certain travail mécanique à accomplir. Il est pivot, engrenage, levier, piston. L'heure arrive où il doit jouer, et il joue. Il se fait violence pour accomplir une volonté aveugle, un je ne sais quoi qui est dans l'air et qui remplace la fatalité antique.
Point de contraste. Sur tous les traits, ennui, fatigue et tristesse. Tout le monde porte le même habit, la même physionomie. Des visages effarés, des poitrines haletantes.