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IV. Réponse à un article d'un journal d'Ilalie

OÙ l'on attaquait le livre De antiquissimâ italorum sapientiâ , etc. — ... Ce que les cartésiens appellent en général la méthode , n'en est qu'une seule espèce , la méthode géométrique. Mais il y a autant de méthodes diverses qu'il peut y avoir de sujets proposés. Au barreau règne la méthode oratoire , la poétique dans les fictions, l'historique dans l'histoire, la géométrique dans la géométrie, dans le raisonnement la dialectique. Si la méthode géométrique est, comme ils le veulent, la quatrième opération de l'esprit, alors, ou le discours public, la fable, l'histoire, doivent suivre cette méthode, ou bien il n'est point d'opération de l'esprit à laquelle on puisse ramener l'art de les ordonner , de les disposer, ou enfin les autres méthodes réclameront contre ce privilège , la méthode oratoire prétendra être la cinquième, la poétique la sixième, l'historique la septième ; puis viendront les méthodes propres à l'architecture , à la tactique , à la politique.

... Tout ce qui n'est ni nombre, ni mesure, ne peut être assujéti h la méthode géométrique. Cette méthode ne procède qu'après avoir préalablement défini les termes , établi ses axiomes , et fait agréer ses postulats. Cependant , en physique , il ne s'agit plus de définir les mots, mais les choses ; on n'avance aucune proposition qui ne soit contredite , et l'on ne peut faire aucune convention hypothétique avec l'inflexible nature.

Il me semble donc que c'est une affectation peu

digne d'un philosophe , de dire : D'après la définition -4, selon te postulat, 2, en vertu de l'axiome 3,... de conclure avec les lettres solennelles Q. E. D. {quod est demonstratnm) ; et dans la réalité de n'obliger l'esprit à reconnaître aucune vérité, mais de le laisser dans la même liberté de penser tout ce qui lui plaît, où il se trouvait auparavant. La véritable méthode géométrique agit sans se faire remarquer ; lorsqu'elle fait tant de bruit, c'est signe qu'elle ne fait rien. Ainsi , dans un combat , le lâche crie sans frapper, l'homme de cœur se tait et porte des coups mortels. Ces charlatans, qui nous parlent tant de méthode dans les matières oij la méthode ne peut forcer l'assentiment , et qui nous disent toujours , Ceci est un axiome, cette proposition est démontrée, me font l'effet d'un peintre qui mettrait sous les figures informes qu'il aurait tracées , Ceci est un homme, un lion, un satyre.

Avec la même méthode géométrique , Proclus démontre les principes de la physique d'Aristole; Descartes démontre les principes de la sienne, sinon opposés , au moins très différens. Voilà des deux côtés de grands géomètres ; on ne dira pas qu'ils n'ont pas su appliquer les règles de cette méthode.

La philosophie n'a jamais servi qu'à rendre les peuples chez lesquels elle fleurissait , plus habiles et plus sages, à les rendre plus pénétrans, plus capables de réflexion; les mathématiques servent à leur faire aimer l'ordre, l'harmonie, à leur donner le goût du beau. Aux mathématiciens, il appar-

tient de chercher le vrai ; les philosophes doivent se contenter du probable ; c'est une loi fondamentale dans la science. Tant que celte distinction fut observée , la Grèce communiqua au monde les principes des sciences et des-'arls, et présenta dans les arts et dans la politique tous les prodiges du génie humain. Enfin s'éleva la secte sloïque dont l'ambition , franchissant les anciennes limites de la philosophie, envahit le domaine des mathématiques avec cette orgueilleuse maxime : Le sage ne pense rien que de certain , sapientem nihil opinari ; et la république des lettres cessa de produire rien d'utile. C'est alors que naquit la secte des sceptiques , la plus inutile à la société humaine. Toute opposée qu'elle est à celle des stoïciens , sa naissance n'en fait pas moins leur honte : les sceptiques ne se mirent à douter de tout , que parce qu'ils voyaient les stoïciens affirmer comme vraies les choses douteuses. Détruite par les barbares, la civilisation se releva en s'appuyanl sur le principe indiqué plus haut. Les philosophes cherchèrent le probable , les mathématiciens le vrai , et l'on vit refleurir avec un nouvel éclat tous les arts, toutes les sciences qui font la gloire et la félicité de l'espèce humaine. Mais voilà que l'ordre naturel est troublé de nouveau , et que le probable envahit la place du vrai. Le mot de démonstration , donné légèrement à des raisonnemens spécieux ou même manifestement faux , a détruit le saint respect de la vérité.

On voit déjà , et l'on verra mieux encore quels

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maux entraine avec soi la manie de prendre le sens individuel pour règle du vrai ; remarquons-en un seul ici. C'est qu'on a presque cessé de lire les philosophes anciens , sans songer que l'esprit le plus fécond ne laisse point de devenir stérile avec le temps , s'il n'est pour ainsi dire fertilisé par la lecture. Si l'on en lit encore quelqu'un , c'est dans une traduction. On regarde comme inutile l'élude des langues, sur l'autorité de Descartes. Savoir le latin, disait-il , cest en savoir autant que la servante de Cicéron. Et il en pensait autant du grec. Cependant, n'est-ce pas par la lecture de leurs écrivains originaux que la plus grande nation , que la plus éclairée du monde , pouvaient nous communiquer leur esprit?

... Ils imaginent bien de nouvelles méthodes, mais ils ne font point de découvertes. Les faits , ils les empruntent aux expérimentalistes, et les adaptent à leurs méthodes. La méthode ne peut rien faire trouver, que dans les choses où elle peut disposer les élémens ; c'est ce qui ne peut avoir lieu que dans les mathématiques , et qui est absolument impossible en physique.

Ce qui est encore pis, c'est qu'il s'est introduit un scepticisme fardé de vérité. Ils font des systèmes de chaque chose particulière , c'est-à-dire qu'il n'y a plus rien en quoi l'on s'accorde, rien à quoi l'on puisse ramener les choses particulières. Aristole remarque que c'est le défaut des esprits bornés de

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tirer de tout événement particulier des maximes générales pour la vie.

Sans doute nous devons beaucoup à Descartes, qui a établi le sens individuel pour règle du vrai, c'était un esclavage trop avilissant que de faire tout reposer sur l'aulorilé. Nous lui devons beaucoup pour avoir voulu soumettre la pensée à la méthode; l'ordre des Scolasliques n'était qu'un désordre. Mais vouloir que le jugement de l'individu règne seul, vouloir tout assujétir à la méthode géométrique, c'est tomber dans l'excès opposé. Il serait temps désormais de prendre un moyen terme; de suivre le jugement individuel , mais avec les égards dus à l'autorité ; d'employer la méthode , mais une méthode diverse selon la nature des choses.

Autrement on s'apercevra trop tard que Descartes a fait comme ceux qui se sont frayé un chemin à la tyrannie en se déclarant les défenseurs de la liberté , et qui une fois sûrs du pouvoir, ont fait peser sur le peuple une tyrannie plus insupportable que celle qu'ils avaient renversée. Il a fait négliger la lecture des autres philosophes en professant que par les seules lumières naturelles, chaque homme peut savoir autant que les autres. Les jeunes gens se laissent facilement séduire à cette doctrine , parce qu'il est bien fatigant de tout lire , et qu'on aime à apprendre beaucoup de choses sous une forme abrégée. Mais Descartes lui-même , qui dissimule sa science avec tant de soin et d'habileté , était très versé dans les matières philosophiques , et l'un des

mathématiciens les plus illustres du monde; il vivait caché dans une solitude profonde, et ce qui fait plus que tout le reste, il était doué d'un génie tel que chaque siècle n'en produit pas toujours. Un homme doué de tels avantages, peut suivre son sens propre, mais tout autre le peut-il? Qu'ils lisent (autant que l'a fait Descaries) , Platon , Aristote, saint Augustin, Bacon et Galilée; qu'ils méditent autant que Descaries dans ses longues retraites, et le monde aura des philosophes comparables à Descartes. Mais avec la lecture de Descartes, et le secours de leurs lumières naturelles , ils ne pourront jamais l'égaler ; Descartes aura établi sa domination sur eux, en suivant le conseil du machiavélisme ; détruire ceux par lesquels on s'est élevé.

1 726. — ■ Lettre de T^ico au père de J^itri de la compagnie de Jésus, publiée en 1817 dans la première édition de la Science nouvelle, réimprimée par les soins de M. Salvator Gallotti. 1 vol. p. 47 — 50 , et dans le second vol. des Opuscules. — Vous me demandez des nouvelles littéraires pour vos pères de Trévoux, Je ne puis vous en donner qu'une de Naples, c'est qu'au jugement des personnes les plus sap-es , si la Providence dont les voies sont incompréhensibles n'y apporte un prompt remède , c'en est fait de la république des lettres. Qui peut songer sans indignation , que malgré l'importance de celte fameuse guerre de la succession d'Espagne , la plus grande peut-être depuis la seconde guerre puni-

que , il ne s'est pas trouvé un souverain qui chargeai quelque plume habile de la consacrer h lY'lernilé en l'écrivant Jans la langue latine , dans la langue de la religion et de la jurisprudence romaine , communes à toute l'Europe? Quelle preuve plus évidente que les princes, loin d'encourager les j)rogrès des lettres , ne leur accorde aucune protection , lors même que l'intérêt de leur gloire le demande? En voulez-vous une autre preuve? Dans la Grèce du siècle , dans votre France , la célèbre bibliothèque du cardinal Dubois n'a pas trouvé un acheteur qui conservât dans son ensemble cette précieuse collection , et il a fallu la vendre divisée à des marchands hollandais.

Dans toutes les sciences le génie des Européens semble épuisé. Les études sévères des langues classiques ont été poussées à leur terme par les écrivains du quinzième siècle , et par les critiques du seizième. L'Église catholique qui se repose avec raison sur son antiquité et sa perpétuité , ne recommande d'autre traduction de la bible que la Vulgale , et cette préférence exclusive a assuré aux protestans la gloire des langues orientales. Dans les sciences théologiques , la polémique repose , la dogmatique ne demande plus rien. Les philosophes ont comme engourdi leur génie par la méthode cartésienne ; ils s'en tiennent à la perception claire et distincte, et sans fatigue, sans dépense, ils y trouvent un équivalent h toutes les bibliothèques du monde. Aussi les systèmes de physique ne sont plus éprou-

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vés par des observations et des expériences ; les sciences morales ne sont plus étudiées; il suffit, dit-on , de la morale prescrite par l'Evangile. Les sciences politiques le sont encore moins; c'est une opinion reçue qu'il ne faut qu'une heureuse facilité d'intelligence et de la présence d'esprit pour conduire les affaires avec avantage. Quant au droit romain , la Hollande seule produit sur celte matière quelques ouvrages , et encore sans importance. La médecine , dominée par le scepticisme, s'abstient d'écrire , de peur d'affirmer.

Tel fut le sort des Grecs du Bas-Empire. Leur sagesse finit par se perdre dans l'étude d'une métaphysique inutile et même nuisible à la société , et dans celle d'une géométrie étrangère aux applications de la mécanique. Chez nous , comme autrefois chez eux , il faut que les hommes de lettres, esclaves du goût de leur siècle, abrègent ce que les autres ont pensé , plutôt que de l'approfondir et d'aller au-delà. Il faut qu'ils composent des dictionnaires, des bibliothèques , des résumés , comme faisaient au dernier âge de la littérature grecque les Bayle et les Moréri de Constantinople ; car on peut désigner ainsi les Photius , les Stobée et tant d'autres , avec leurs bibliothèques , leurs sylves , leurs choix ou églogues , qui répondent précisément aux résumés de notre époque.

1729. — Lettre à D. Francesco Solla, publiée avec d'autres pièces inédites, par M. Antonio Gior-

danOf 1818; et dans le second volume des Opuscules. — La foule des savans de nos jours se porte vers les éludes qu'on regarde comme les seules qui soient sérieuses et graves; ce ne sont que méthodes, que règles critiques; mais ces méthodes sont de telle nature , qu'elles divisent et dispersent pour ainsi dire les forces de l'entendement , faculté destinée par la nature à saisir l'ensemble de chaque chose. Or, pour embrasser l'ensemble d'une chose , notre ame doit la considérer sous tous les rapports qu'elle peut jamais avoir avec le reste de l'univers , et saisir du premier coup-d'œil la liaison secrète qui existe entre cette chose et celles qui en sont le plus éloignées ; en quoi consiste la puissance du génie , père de toutes les inventions. C'est au moyen de la topique que nous pouvons acquérir de cette manière la connaissance de la vérité; et la topique est repoussée comme inutile par les philosophes du jour. Elle seule pourtant peut nous secourir dans les affaires pressantes qui ne permettent point de délibération ; et comme la perception est une opération antérieure à celle du jugement , seule elle peut nous préparer une critique qui , en proportion de sa certitude , est à la fois utile à la science , soit qu'il s'agisse d'expériences sur la nature , ou des inventions des arts ; utile à la sagesse pratique, pour former des conjectures sur le jugement des choses faites, ou sur la conduite des choses à faire; utile enfin à Véloquence , a laquelle elle fournit des preuves plus complètes et d'ingénieux rapprochemens.

Lorsque les savans ignoraient encore la nouvelle méthode , on a vu naître tout ce qu'il y a de grand et de merveilleux dans notre civilisation. Dejjuis , l'esprit humain semble stérilisé et frappé d'impuissance ; plus d'invention digne d'être remarquée.

Des deux critiques propres aux modernes , l'une est la critique métaphysique , dont le point de départ est aussi le terme , à savoir, le scepticisme. Lorsque l'ame des jeunes gens est agitée par les orages des passions, et toute prèle à céder à l'impulsion du vice, le scepticisme vient en quelque sorte étourdir leurs scrupules. En vain l'éducation domestique a commencé à pénétrer leurs âmes des préceptes du sens commun , que la sagesse philosophique aurait achevé d'y graver. Et quelle règle plus certaine pour la pratique que d'agir comme font les hommes d'un sens droit? Le scepticisme qui met en doute la vérité, lien commun de tous les hommes , les dispose à céder au premier motif d'intérêt et de plaisir que le sens propre leur fournira; et par là , de cet état de communauté sociale où nous vivons, il les rappelle à l'état solitaire, non plus à la solitude des animaux paisibles que leur instinct porte à vivre en troupeaux , mais à l'isolement des animaux féroces qui se tiennent chacun dans leur caverne. La sagesse philosophique des esprits éclairés qui devraient diriger la sagesse vulgaire des peuples, ne fait plus que les pousser plu:i fortement à leur perte et à leur ruine.

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L'autre crilique est celle des érudils , iacapable de donner la sagesse h ceux qui la cultivent. Mais cette analyse vraiment divine des pensées humaines , qui va écartant toutes celles qui n'ont point un enchaînement naturel , qui nous conduit par un étroit sentier de l'une à l'autre , et nous met en main le fil délié qui peut nous guider dans le labyrinthe du cœur de l'homme; qui nous donne une certitude , différente à la vérité de celle des mathématiques , mais sans laquelle la politique ne peut conduire les hommes , ni l'éloquence les entraîner ; cette critique qui nous fait juger de la conduite de l'homme d'après les circonstances oià il est placé , cette crilique qui porte la certitude dans la chose la plus incertaine , dans les actes de la liberté humaine, et qui par conséquent est si utile à l'homme d'élat et au moraliste , elle a été admirablement saisie par les Grecs, mais aujourd'hui elle est entièrement abandonnée ; il faudrait pour l'appliquer se livrer à une étude profonde des poètes, des historiens, des orateurs, et des langues grecque et latine. C'est surtout l'autorité de Descaries qui l'a fait abandonner; l'enthousiasme de sa méthode doit désormais tenir lieu de tout le reste. On veut en quelques momens, et avec le moins de fatigue possible, savoir un peu de tout. On ne voit plus que méthodes , qu'abrégés , ou n'estime les livres qu'eu proportion de la facilité ; cl pourtant la facilité est aussi propre à affaiblir l'esprit que la difficulté à le fortifier... Ce qui prouve combien cfs

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méthodes mathématiques transportées dans les autres sciences ont peu réussi à inspirer l'amour de l'ordre , c'est que l'on s'est mis à faire des dictionnaires des sciences, que dis-je? des dictionnaires de mathématiques; cependant il n'y a point d'étude plus décousue que celle que l'on peut faire dans un dictionnaire... On néglige les langues , qui sont pourtant le véhicule de l'esprit des nations; nous nous approprions cet esprit par l'étude des langues. On réprouve l'étude de la langue latine , qui est celle du droit romain , celle de notre religion. On condamne la lecture des orateurs, qui seuls peuvent nous apprendre comment doit parler la sagesse ; la lecture des historiens, en qui seuls les princes peuvent espérer de trouver des conseillers véridiques , exempts de crainte et d'adulation; enCn la lecture des poêles, sous prétexte qu'ils ne disent rien que des fables, et l'on ne réfléchit pas que les fables des grands poètes sont des vérités plus voisines du vrai idéal, c'est-à-dire de la pensée de Dieu, que ne peuvent l'être les vérités racontées par les historiens et souvent altérées par le caprice, par la nécessité , par le hasard ; quel personnage historique offre un caractère aussi vrai du général d'armée, que le Godefroi de la Jérusalem?

Comme si , en sortant des académies , les jeunes gens allaient trouver un monde tout géométrique et tout algébrique , on ne leur parle que d'évidence , de vérités démontrées, et l'on dédaigne le vraisemblable. Cependant le plus souvent le vraisemblable

opuscci.es.

est aussi le vrai , puisque nous y trouvons une des règles du jugeaient les plus certaines , l'opinion de tous les hommes ou du plus grand nombre. Les politiques n'ont pas de règle plus sûre dans leurs délibérations , les généraux dans leurs entreprises, les orateurs et les juges dans les affaires du barreau, les médecins dans le traitement des maladies du corps, les casuites dans le traitement de celles de l'ame; c'est enfin la règle sur la certitude de laquelle tout le monde se repose, dans les procès , dans les délibérations, dans les élections; tout s'y décide par l'unanimité , ou par la majorité.

Ce mépris du vraisemblable vient de l'enthousiasme qu'a inspiré le critérium du vrai , indiqué par Descartes. Ce critérium , qui est la perception claire et distincte , est plus incertain que celui d'Epicure, si l'on n'a soin de le définir; en eflFet celle confiance dans l'évidence individuelle , que toute passion ne manque pas de produire , conduit aisément au scepticisme. Les sceptiques , méconnaissant les vérités qui naissent en nous, tiennent peu de compte de celles qu'il faut recueillir au dehors, pour arriver à la connaissance du vraisemblable , qui est fondé sur le sens commun , sur l'autorité du genre humain. C'est pour cela qu'ils désapprouvent les études nécessaires à l'acquisition de cette connaissance, celles de l'histoire , des langues , et de la littérature

Vico se plaint ensuite amèrement de l'accueil peu favorable que la Science nouvelle a trouvé dans le

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inonde savant, et il termine celle lellrc remarquable en faisanl allusion à des persécutions plus dangereuses,que celles des critiques, mais sur lesquelles il ne nous reste aucun détail. — Vous êtes, dit-il à son protecteur, vous êtes du petit nombre des hommes éclairés qui, dans ce pays, soutiennent la Science nouvelle par l'autorité de leurs lumières, et sous la protection desquels l'auteur accablé par la fortune conserve encore la vie , la patrie et la liberté {ed alV auto r oppressa dalla fortuna difendono e lapatria, e la vita, e la libertà).

AlV Abhate , poi inonsignoi'e Giuseppe Luigi Esperti Prelato domestico nella Cortc di Roma, sans date. — Mon livre ne pouvait réussir, dit-il , il prend pour point de départ l'idée de la Providence , pour principe la justice innée au genre humain , et il rappelle les hommes à une sévérité qu'ils haïssent. De nos jours le monde flotte à travers les orages moraux qu'élève le hasard d'Epicure, ou se laisse lier et fixer par la nécessité cartésienne. Pour régler la fortune, pour modérer le pouvoir de la nécessité, il faudrait tous les efforts d'un sage éclectisme. Aussi les hommes n'y songent-ils point. Pour que les livres plaisent, il faut, comme les habits , qu'ils soient conformes à la mode ; et le mien explique l'homme social d'après ses caractères éternels... Ce serait un sujet digne d'occuper un homme bien au courant des affaires de la république des lettres , que les causes secrètes et bizarres qui ont fait le succès des

livres. Gassendi trouva le public amolli par la lecture des romans , et comme énervé par une morale complaisante, et il s'entendit proclamer de son vivant le restaurateur de la philosophie , pour avoir fait du sens individuel le critérium du vrai, et placé le bonheur de l'homme dans les plaisirs du corps. — La morale chrétienne avait pris en France une rigidité particulière , en haine du probabilisme. Dans le nord voisin de la France et dans une grande partie de l'Allemagne, le sens individuel s'était fait luimême la règle divine de toute croyance. Descaries saisit l'occasion de mettre à profil ses admirables talens et ses études profondes , et il nous donne une métaphysique soumise à la nécessité; il établit pour règle du vrai l'idée qui nous vient de Dieu , sans jamais la définir ; ce qui fait qu'entre les cartésiens eux-mêmes , Vidée claire et distincte pour l'un est souvent pour l'autre obscure et confuse. Par là Descartes obtint de son vivant le renom du plus grand des philosophes. C'est ce qui devait arriver dans un siècle de légèreté dédaigneuse oij l'on veut paraître éclairé sans étude , et par un don de la nature. — L'Angleterre incertaine dans ses croyances religieuses, et dans un siècle aussi sévère en théorie que dissolu dans la pratique, a produit, et devait produire ce Locke qui entreprend d'adapter la métaphysique au goût du jour, et de marier l'épicuréisme et le platonisme.

Introduction de l'ouvrage intitulé : de l'unité du principe et de la fin du droit universel. — Toute j«-

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risprudence s'appuie sur la raison et sur l'aulorité; c'est au moyen de ces deux règles qu'elle approprie , quelle applique aux faits le droit établi. La raison a son principe dans la nécessité de la nature , l'autorité dans la volonté du législateur. La philosophie recherche les causes nécessaires des choses ; l'histoire est comme un témoin qui dépose des actes de la volonté. Ainsi la jurisprudence universelle se compose de trois parties, savoir : philosophie, histoire , et en outre , un art particulier d'approprier le droit aux faits.

Chez les Athéniens , c'étaient les philosophes qui enseignaient les principes du droit, conformément aux dogmes de leurs sectes particulières. Ils dissertaient sur la vertu , sur la justice , sur l'uniformité de principes qui caractérise le sage ; enfin , sur la législation et le gouvernement , c'est-à-dire sur ces parties de la philosophie qu'on appelle morale et politique , et qu'ils comprenaient sous le nom de choses humaines , par opposition à la partie de la philosophie qui traite de la nature de Dieu , et de l'intelligence de l'homme, des idées, etc. ; notions qu'ils réunissaient sous le titre général de choses divines. De la connaissance des choses divines et des choses humaines résultait la sagesse; la sagesse que Platon appelle celle qui perfectionne et accomplit l'homme ( hominis consummatrix ) , parce qu'en effet elle donne à la partie intelligente et à la partie morale de l'homme la perfection qui leur est propre , la connaissance de la vérité et la pratique de la vertu ;

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la première conduil à la seconde; réunies, elles constituent la sagesse.

Ceux que les Grecs appellaienl Uo.cyu-.fzuet, praticiens ou légistes, connaissaient les lois, les jugemens rendus , l'histoire de tout le droit athénien , et donnaient des renseignemens à ceux qui leur en demandaient. Néanmoins la jurisprudence ne faisait point chez les Grecs un art, une profession particulière. La rhétorique en tenait lieu. Les orateurs plaidaient sans autre secours les causes de faits , qui sont les plus oratoires; pour celles de droit, instruits par les philosophes sur les principes du droit , par les légistes ou praticiens sur les lois et jugemens relatifs à chaque affaire , ils les plaidaient en consultant surtout les règles de l'art oratoire , et songeaient moins à la vérité et à la justice qu'à l'intérêt particulier de chaque cause.

Il n'en fut pas de même chez les Romains. La magnanimité , résultat naturel de leurs mœurs , suppléait à la connaissance de la morale; l'usage des affaires , qu'ils acquéraient dans l'exercice de tant de magistratures, compensait leur ignorance des théories politiques ; enfin , la religion tenait chez eux la place que la métaphysique occupait chez les Grecs. La jurisprudence était une doctrine mystérieuse, réservée aux seuls patriciens. Ils réunissaient la connaissance du droit et l'art de l'approprier, de l'appliquer à chaque cause, et le jurisconsulte romain était tout à la fois le philosophe, le légiste, et l'orateur des Grecs.

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Sous la république, peu de lemps avant la première guerre punique, Tiberius Coruncanius commença à enseigner aux jeunes patriciens l'art d'interpréter le droit, et, avec le lemps, la jurisprudence devint une science propre aux Romains. Étrangère à l'ambition oratoire , aux séductions de l'éloquence, non moins grave que la philosophie, elle s'attachait à appliquer avec précision les règles de droit aux intérêts particuliers. Aussi , les jurisconsultes furent appelés les sages de Rome (Fomponius, hist. du Droit), et la jurisprudence est définie, dans Ulpien, parle moi sagesse. Mais alors la sagesse est prise dans un sens tout différent de celui qu'entendaient les Grecs : elle renferme les choses divines , c'est-à-dire les rites, les cérémonies religieuses, particulièrement la divination, elles choses humaines, c'est-à-dire toutes les choses profanes , soit publiques, soit privées, en sorte que la jurisprudence est, chez les Romains, la connaissance de tout le droit établi, divin et humain; de plus, la science du juste et de l'injuste, dans ce sens que le jurisconsulte sait appliquer le droit aux causes particulières.

Les jurisconsultes se sont encore approprié la science des étymologies , l'élude de la propriété des termes; c'est là le véritable flambeau du droit fondé sur r autorité... Celte étude , chez les Grecs, dépendait de la philosophie , et était guidée par la raison plutôt que par l'autorité. Platon , dans son Cralyle , traite des étymologies ; Arislote fail de l'interpréta-

liun des mois une partie de la logique ; les slolciens expliquaient souvent la nature des choses par des remarques sur les mots. Mais les grammairiens ont séparé cette science de la philosophie, et l'ont placée dans le domaine de i'autorilé , en la considérant comme une histoire de mots; ils la possèdent maintenant par prescription. J'entends ici par grammairiens les critiques ou érudits ; c'est le sens de ce mot dans Quintilien. I^es continuelles excursions que les grammairiens et les jurisconsultes sont obligés de faire sur leurs domaines respectifs, montrent assez que la science de la signification des mots appartient véritablement à la philosophie du droit.

Le droit civil est ainsi défini dans Ulpien : Un droit qui ne s'écarte pas en tout du droit naturel des gens, qui ne s'en rapproche pas en tout, mais qui tantôt y ajoute, tantôt en retranche. Dans les parties où il s'en rapproche , il n'est autre que le droit naturel ; dans celles où il s'en éloigne, il est proprement cicil.

Tirer les principes du droit naturel des écrits des jurisconsultes, c'est ce qu'on ne peut faire sans danger. Môme sous l'Empire où ils interprétaient les lois d'après les lumières de la raison naturelle , ils y portaient toujours l'esprit de la législation civile. Voilà ce qui explique pourquoi , au lieu de cette clarté qui entoure les principes des autres sciences, on ne trouve que diflicullés et contradictions dans les définitions que donnent les jurisconsultes du droit naturel. Tirer les principes de ce

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droit de quelques doctrines de la philosophie des Grecs , c'est un pur jeu d'esprit. Jamais leurs philosophes ne parlèrent de la justice et des lois d'une manière qui pût s'appliquer à la législation d'Athènes. D'après cela , quand même cette législation aurait été, comme on le veut, transportée dans celle des Douze Tables , on ne peut en inférer que les principes du droit romain doivent être cherchés dans la doctrine de quelque philosophe grec.

Les contradictions que l'on trouve ici entre les jurisconsultes viennent de ce qu'ils ont jusqu'ici appuyé la jurisprudence sur deux principes distincts, la raison et l'autorité, comme si l'autorité naissait du caprice et n'était pas elle-même fondée sur la raison. De là est venu, en général, le divorce delà philologie et de la philosophie; les philosophes n'ont jamais cherché les raisons qui justifiaient l'autorité, et les philologues considèrent comme de simples faits historiques les doctrines des philosophes.

Les anciens interprètes du droit ne l'on considéré que sous un aspect philosophique; la philologie était alors ignorée. Par leur habileté h chercher la nature du juste dans les espèces innombrables que les faits leur présentent, ils ont mérité l'éloge de Grolius : Ils apprennent à faire de bonnes lois, lors même qu'ils en interprêtent de mauvaises.

Les interprètes modernes, tout au contraire, épris des charmes de la littérature, ont éprouvé une sorte d'horreur pour la philosophie. C'est que

la philosophie de leur siècle restait étrangère à cette élégance de style, dont ils faisaient l'objet de leur prédilection. Aussi leurs études philologiques ont dégagé l'histoire du droit romain de la rouille de la barbarie, l'ont replacée dans le jour de la vérité, mais n'en ont pas éclairé la philosophie.

Le seul Antoine Goveanus avait réuni l'étude de la philosophie et de la philologie; mais il ne s'est point appliqué sérieusement à la jurisprudence. Grotius plus grave ne parle point du droit civil des Romains, il traite du droit des gens; c'est le jurisconsulte du genre humain. Mais si l'on met ses principes à l'épreuve d'une analyse sévère, on trouve les raisonnemens sur lesquels il les établit, spécieux, mais peut-être loin d'être invincibles.

Aussi entendons-nous répéter encore ce problème de Carnéade ; Existe- t-il une justice au monde? Epicure, Machiavel, Hobbes , Spinosa et Bayle plus récemment, disent toujours : La mesure du droit, cest Vutilité ; il varie selon te temps et le lieu ; — Ce sont les faibles qui veulent quil y ait une justice ; — Dans le souverain pouvoir, la justice est toujours du parti de la force (Tacite). De ces maximes , ils concluent que la crainte est le lien de la société humaine, que les lois sont une invention des puissans pour commandera la multitude ignorante.

Pour nous , nous établirons en principe que le droit, c'est la vérité éternelle, immuable en tout temps , en tout lieu. La science éternelle de la vérité est expliquée par la métaphysique, que l'on définit

la ctitiquc du vrai. La métaphysique seule pourrait démontrer le droit de manière à nous ôler la malheureuse facilité d'examiner si le droit est juste. Elle nous donnerait les principes du droit, et concilierait ces principes d'une manière invariable. Nous y trouverions comme une règle éternelle, au moyen de laquelle nous pourrions mesurer combien le droit civil des Romains a ajouté au droit naturel des gens , combien il en a retranché , et ainsi les principes du premier se trouveraient éclaircia.

Ces réflexions m'avaient inspiré un ardent désir d'examiner si les principes de la jurisprudence pourraient être établis par la métaphysique de manière à former un heureux système de démonstrations. En feuilletant saint Augustin, je rencontrai (Cité de Dieu, livre iv, eh. 31) un passage de Varron dans lequel il dit que s'il eût eu le pouvoir de donner aux Romains les dieux qu'ils devaient adorer, il eût suivi l'idée , la formule prescrite parla nature elle-tnême; il pensait sans doute à l'idée d'un Dieu unique, incorporel, infini. Ce mot fut pour moi un trait de lumière. Je compris que le droit naturel devait être la formule , l'idée du vrai qui nous représente le vrai Dieu. Le vrai Dieu est le principe du vrai droit, de la véritable jurisprudence, comme il est celui de la véritable religion. N'est-ce pas pour cela que la jurisprudence chrétienne contenue dans les constitutions impériales , commence par un litre sur la très sainte Trinité et sur la foi catholique? La jurisprudence est donc la connaissance

véritable clés choses divines et humaines. La métaphysique nous enseigne la criliqiJe du vrai , en nous donnant une notion véritable de Dieu et de l'homme. En conséquence, j'ai fait en sorte de tirer les principes de la jurisprudence , non des écrits des auteurs païens, mais de la véritable connaissance de la nature humaine, laquelle a son origine dans le vrai Dieu.

Après de longues et sérieuses méditations, j'ai enfin reconnu que les élémens de toute science divine et humaine étaient au nombre de trois : connaître, vouloir, pouvoir, dont le principe unique est l'intelligence ; l'instrument, et comme l'oeil de l'intelligence , c'est la raison , à laquelle Dieu fournit la lumière de la vérité éternelle.

Certains de la réalité de ces trois élémens , comme de notre propre existence , développons les par la pensée , cette seule chose dont nous ne pouvons douter dans le monde. Pour faciliter ce travail , nous diviserons tout le système en trois parties : I. Les principes de toutes les sciences dérivent de Dieu. II. Par les trois élémens dont nous avons parlé , la vérité éternelle , ou lumière divine, pénètre toutes les sciences , les enchaîne de la manière la plus étroite , forme entre elles d'innombrables rapports , et les fait toutes remonter à Dieu , qui en est la source et l'origine. III. Tout ce qu'on a jamais dit ou écrit sur les principes des connaissances divines et humaines est vrai , s'il se rapporte à ces règles infaillibles ; faux s'il s'en écarte , comme nous entreprendrons de le démontrer.

En conséquence, relativement à la connaissance des choses divines et humaines , je traiterai trois points : leur origine, leur retour, leur rapport de situation. Par leur origine, elles sortent toutes de Dieu ; par leur retour, elles remontent toutes vers Dieu ; par leur situation , elles existent toutes en Dieu ; sans Dieu, elles ne sont plus qu'illusion et faiblesse.

J'expliquerai préalablement le sens propre de deux mots : le ivai et le certain doivent être distingués aussi bien qu'on dislingue ordinairement leurs contraires , le faux et le douteux. ï^e certain est aussi différent du vrai , que le douteux l'est du faux. Si ces mots n'étaient pas distincts, beaucoup de vérités qui sont douteuses , seraient à la fois douteuses et certaines , et tant de choses que l'on croit véritables seraient à la fois fausses et vraies.

Ce qui fait le vrai, c'est la conformité de la pensée avec la réalité 5 ce qui fait le certain , c'est une croyance exempte de doute. Cette conformité avec l'ordre réel des choses s'appelle et est en effet la raison ; si l'ordre des choses est éternel , la raison l'est aussi , et produit le vrai éternel; si l'ordre des choses n'est point constant en tout temps, en tout lieu , il y aura dans les choses de la connaissance raison probable , dans celles de l'action raison vraisemblable. De même que le vrai résulte de la raison, le certain s'appuie sur l'autorité, soit sur l'autorité de notre expérience personneWe (x-^-cptoi) , soit sur celle du témoignage des autres hommes , lequel est

OPUSCOLES. !20i>

appelle particulièrement autorité ; de l'une ou de l'autre nait également la persuasion. Mais l'autorité elle-même dépend de la raison : car si le témoignage de nos sens ou des autres hommes n'est point faux, la persuasion sera véritable ; s'il est faux , la persuasion sera fausse également; les préjugés se rapportent à ce dernier genre de persuasion.

Examinons maintenant si , en parlant du principe (la connaissance de l'Etre suprême) établi par la nouvelle jurisprudence à l'époque où les hommes méditaient avec le plus d'ardeur sur la nature divine ; examinons , dis-je , si nous pourrons commencer, conduire et achever une véritable Encyclopédie, c'est-à-dire, comme l'élymologie l'indique, un cercle complet de science {disciplinam verè rotundam), une science universelle qui ne présente aucune solution dans la continuité, dans la liaison de ses parties. A cette science répond la jurisprudence selon la définition d'Ulpien , et selon l'interprétation des érudits modernes (Budée). Une telle science doit donner au jurisconsulte romain une constance , une uniformité de principes et de conduite , que le sage des Grecs n'eut jamais au même degré . etc.

Le reste de l'ouvrage présente au milieu de mille subtilités un grand nombre d'idées ingénieuses : page 23. L'utilité est l'occasion, l'honnêteté ( honeslas) la cause du droit et de la société humaine. — Page 28 : La société naturelle qui unit les hommes est de deux genres , société ou communauté du

206 OPUSCILES.

vrai , cuinDiunaulé du juslc. — P. 31 : Le crui «st le principe de loul droil naturel. Dans le langage du droit romain , veruvt se prend pour œqumn bonuin, ou JHstum. f^crè civere (Tèrence) pour vivre d'une manière conforme à la nature, c'est une locution vulgaire chez les Latins, et bien fondée en raison. — Page 43 . 52 , et passim : Possession , tutelle , liberté , voilà les trois élémens du droit politique , comme du droit naturel. De la première dérive la monarchie civile comme la monarchie domestique ; de la seconde et de la troisième, considérées comme états nécessaires à différentes époques de la civilisation, dérivent les gouvernemens aristocratiques et les gouvernemens populaires. — Page -49 : La raison d'une loi en fait la vérité. La vérité est la qualité propre et inséparable du droit nécessaire j la certitude est celle du droit volontaire [du droit où l'on considère la volonté du législateur plus que la justice absolue); mais elle est fondée elle-même médiatement sur quelque vérité. Dans toutes les ûctions légales, lorsqu'elles appartiennent au droit volontaire, il y a toujours quelque fondement de vérité. La jurisprudence civile semble quelquefois s'écarter du droit naturel dans l'intérêt de la société; mais en cela même elle y rentre sous quelque rapport. — Page 108 : L'ordre naturel des choses est comme l'esprit de la société, les lois n'en sont que la langue. Autant la pensée est plus vraie que la parole, autant l'ordre naturel des choses est plus raisonnable et plus constant que les lois. Le premier établi par

optscciEs. 207

Dioii même dicle toujours ce qui est juste; mais nous altérons noiis-mêmes la vérité que Dieu montre à notre intelligence par cette sapjesse des sens qui n'est que folie, et l'imperfection <lu langao;e empêche souvent la loi de correspondre à l'ordre éternel. — Page 161 : Les préteurs modéraient sans cesse par des fictions légales la rigueur de la loi civile. On pourrait donc dire avec vérité, que de même que le droit civil en général est une imitation du droit des gens [imilatio et fabula), le droit des préteurs était au fond le droit naturel sous l'image et le masque du droit civil [stib jnris civilis aliquâ personâ et imagine ).

De Const\!»tia jurisprbdei^tis (c'est-h-dire de l'uniformité des principes qui caractérise le jurisconsulte , le sage , le philosophe-philologue ). Chapitre XXXV de la seconde partie : « Les Romains ont-ils emprunté quelque partie de la législation athénienne pour l'insérer dans les lois des douze tables? Passons en revue les rapprochemens de Samuel Petit, de Saumaise et de Godefroi. entre les lois d'Athènes et celles de Rome. P® Table. Si les deux parties s'accordent avant le jugement, le prêteur ratifiera cet accord. Une loi semblable de Solon ratifiait les accords, comme on le voit par le discours de Démoslhène contre Panlhenetus. Mais les Romains avaient-ils besoin d'apprendre de Solon ce que la raison naturelle enseigne à tout le monde? Rien n'est plus conforme à la raison naturelle , disent elles-

mêmes le» lois romaines , que de maintenir les accords. — Le coucher du soleil terminera les itigemens et fermera Us tribunaux. Petit observe que , selon la loi d'Athènes , les arbitres siégaienl aussi jusqu'au soleil couchant. Qui ne sait que les Romains comme les Grecs donnaient tout le jour aux affaires sans interruption , et s'occupaient le soir des soins du corps? — II* Table. On a le droit de tuer le voleur de jour qui se défend avec une arme, et le voleur de nuit même sans armes. Même loi dans la législation de Solon (Démoslliène contre Timocrate). Une loi semblable existait chez les Hébreux : il faudra donc conclure que Solon l'avait reçue des Hébreux, à une époque où les Grecs ignoraient l'existence des Hébreux , et même celle des empires assyriens, comme nous l'avons démontré. — Vni® Table. Les confréries et associations peuvent se donner des lois et réglemens, pourvu qu'ils ne soient point contraires aux lois de l'état. Solon fit la même défense , selon la remarque de Saumaise et de Petit. Mais quelle est la société assez grossière, assez barbare pour ne pas faire en sorte que les corporations soient utiles à l'état, loin de combattre l'intérêt public, et de s'emparer du pouvoir ? — IX* Table. Point de privilèges , point de loi particulières. Godefroi prétend que celte loi fut tirée de la législation de Solon , comme si au temps des décemvirs les Romains n'avaient pas appris à leurs dépens que ]es privilèges, ou lois particulières, sont funestes à la république, comme s'ils n'avaient pu se souvenir

UPVSCDLES. 209

que Coriolan , sans les prir-res de sa femme et de sa mère, aurait délriiit Rome, pour se venger de la loi particulière qui l'avait frappé. »

Peut-on faire venir i\» pays le plus civilisé du monde ces lois cruelles qui condamnent à mort le juge prévaricateur, qui précipitent le parjure {de /àUis saxo dejicienJis) de la roche Tarpéienne, qui condamnent au feu Tincendiaire , au gibet celui qui pendant la nuit a coupé les fruits d'un champ, ces lois qui partagent entre les créanciers le corps du débiteur insolvable? Est-ce là l'humanité des lois de Solon ? — Reconnaît-on l'esprit athénien dans celte disposition par laquelle le malade appelé en jugement doit venir à cheval au tribunal du préteur? Sent-on le génie des arts qui caractérisait la Grèce dans la formule tignt juncti, qui rappelle l'époque où les hommes se construisaient encore des huttes? — Mais il y a deux titres où l'on dit que les lois de Solon ont été simplement traduites par celles des douze tables. Le premier, de jnre sacro , est mentionné par Cicéron au livre second des Lois ; u Solon défendit par une loi le luxe des funérailles et les lamentations qui les accompagnaient; nos décemvirs ont inséré cette loi presque dans les mentes termes dans la dixième table; la disposition relative aux trois robes de deuil , et presque tout le reste appartient à Solon. »

Ce passage indique seulement que les Romains avaient adopté un genre des funérailles , non pas le même que celui des Athéniens , mais analogue ;

210 OfUSCUI.ES.

c'est ce que fait entendre Cicéron lui-même. li n'y a donc pas à s'étonner si les décemvirs défendirent le luxe des funérailles, non pas dans les mêmes termes que Solon , mais dans des termes à peu près semblables. L'autre titre, de jure prœdiatorio, était, selon Gains, modelé sur une loi de Solon. Mais Godcfroi lui-même montre ici l'ignorance de ceux qui ont transporté lilléralemcnt la loi de Solon dans les lois des décemvirs; et nous avons prouvé ailleurs que les Romains avaient tiré du droit des gens leur jus prœdiatorium. — Mais, dira-t-on, Pline raconte que l'on éleva une statue à Hermodore dans la place des comices. Nous ne nions point l'existence d'Hermodore; nous accordons qu'il a pu écrire y rédiger quelques lois romaines (Scripsisse quasdam leges romanas. Slrabon. — Fuisse decemriris legum ferendarum auctorem. Pomponius); nous nions seulement qu'il ait expliqué aux Romains les lois de Solon. — Dans les fragmens qui nous restent des douze tables, loin que nous trouvions rien qui ressemble aux lois d'Athènes, nous y voyons les institutions relatives aux mariages, à la puissance paternelle, toutes particulières aux Romains. Bien différent de celui d'Athènes, leur gouvernement est une aristocratie mixte , etc. — Il est curieux de voir combien les auteurs se partagent sur le lieu d'où les Romains tirèrent des lois étrangères. Tite-Live les fait venir d'Athènes et des autres villes de la Grèce , Denis d'Halicarnasse des villes de la Grèce, excepté Sparte, et des colonies grec-

UPCSCOLES. 211

qucs d'Italie, tandis que Trébonien rapporte aux Spartiates l'origine du droit non écrit ; Tacite, pour ne rien hasarder, dit qu'on rassembla les institutions les plus sajjes que Ion put trouver dans tous les pays [accilis quœ nsquam egregia). — Ne j)0urrail-on pas dire que cette députation fut simulée par le sénat pour amuser !e peuple, et que ce mensonge appuyé sur une tradition de deux cent cinquante ans, a été transmis à la postérité par Tile-Live et Denis d'Halicarnasse , tous deux contemporaine d'Auguste, car aucun historien antérieur, ni grec ni latin, n'en a fait mention? Denis est un Grec , un étranger, et Tite-Live déclare qu'il n'écrit l'histoire avec certitude que depuis le commencement de la seconde guerre punique. — !1 semblerait, d'après l'éloge que Cicéron donne aux douze tables, qu'il ne croyait point cette législation dérivée de celle des Grecs. C'est ce passage célèbre du livre de l'orateur où Cicéron parle ainsi sous le nom de Crassus : « Dussé-jerévolter tout le monde, je dirai hardiment mon opinion : le petit livre des douze tables, source et principe de nos lois, me semble préférable à tous les livres des philosophes , et par son autorité imposante, et par son utilité... Vous trouverez, dans l'étude du droit, le nob' \ plaisir, le juste orgueil de reconnaître la super" de nos ancêtres sur toutes les autr"- ''ytions, tu comparant nos lois avec celles -^ leJî"Lycurguc, de leur Dracon , de leur Solon. En effet on a de la peine à se faire une idée de l'incroyable et ridicule

désordre qui règne dans loules les autres législations; et c'est ce que je ne cesse de répéter tous les jours dans nos entreliens , lorsque je veux prouver que les autres nations , et surtout les Grecs , n'approchèrent jamais de la sagesse des Romains. <i Cicéron. De r Orateur, livre l". {Édition de M. Leclerc , tome lil.) »

Jugement sur Dante. (Opuscules. 2® vol.) — La Divine Comédie mérite d'élre lue pour trois raisons : c'est l'histoire des temps barbares de ^Italie, la source des plus belles expressions du dialecte toscan , et le modèle de la poésie la plus sublime.

A l'époque oi!i les nations commencent à se civiliser, et toutefois conservent encore l'esprit de franchise qu'ont ordinairement les barbares , par leur défaut de réflexion (la réflexion appliquée au mal est la mère unique du mensonge), alors, dis-je, les poètes ne chantent que des histoires véritables. Ainsi, dans la Science nouvelle, nous avons établi qu'Homère est le premier historien du paganisme. £nnius qui a célébré les guerres puniques , a été incontestablement le premier historien des Romains. De même , notre Dante est le premier, ou l'un des premiers historiens de l'Italie. Dans la Divine C nédie, une seule chose est du poète; c'est d^ v/ir jv'^c^'Jes morts selon leurs mérites, dans l'enfer, It^^ .jja». 're, ou le paradis. Dante est l'Homère, ou, si l'on veut, l'Ennius du christianisme. Ses allégories répondent aux réflexions mo-

raies que l'on Tait en lisant un histurieu , pour profiler des exemples d'aulrui.

Si nous le considérons mainlenanl sous le rapport du langage , nous trouverons qu'on n'a pas expliqué d'une manière satisfaisante pourquoi il aurait emprunté des expressions à tous les dialectes de la langue italienne, comme on le croit communément.

Ce préjugé ne peut s'expliquer que d'une manière. Lorsque les sa vans du quinzième siècle se mirent à étudier la langue toscane telle qu'on l'avait jiarlée à Florence au treizième siècle, c'est-à-dire au siècle d'or de cette langue , ils remarquèrent dans la Divine Comédie une foule d'expressions qu'ils n'avaient point rencontrées chez les autres écrivains toscans. Retrouvant un grand nombre de ces expressions dans la bouche d'autres peuples italiens, ils crurent que Dante les avait recueillies chez ces peuples pour les placer dans son poème. C'est précisément ce qui était arrivé à Homère , que tous les peuples de la Grèce revendiquèrent comme leur concitoyen , parce que chacun d'eux reconnaissait dans riliade ou l'Odyssée les expressions particulières qui étaient encore en usage chez lui. Mais cette opinion est fausse pour deux raisons bien graves : la première, c'est qu'au treizième siècle, Florence dut se servir, au moins en grande partie, des mêmes expressions que toutes les autres cités d'Italie; autrement la langue italienne n'eût pas été commune aux florentins. La seconde , c'est que dans ces siè-

214 OPUSCCLES.

des malbeureux où l'on ne trouvait point d'écrivain en langue vulgaire dans les autres cités d'Italie (et en effet il ne nous en est point parvenu), la vie de Dante n'aurait pas suffi à apprendre les langues vulgaires de tant de peuples , pour s'en servir avec facilité dans sa Divine Comédie. L'académie de la Crusca devrait envoyer par toute l'Italie une liste de ces mots, de ces expressions, et faire prendre des informations dans les classes inférieures des villes, et surtout chez les paysans qui conservent bien plus fidèlement les mœurs et le langage antiques que les nobles et les gens de cour; on verrait quels sont ceux qu'ils ont conservés , et dans quels sens ils les entendent; ce serait le moyen d'en avoir la véritable intelligence.

Enûn , Dante nous offre le modèle d'un poète sublime. Mais c'est le caractère naturel de la poésie sublime , de ne pouvoir être apprise par aucun art. Homère n'a pas eu de Longin avant lui, pour lui donner les règles du sublime. Pour puiser aux sources que nous indique Longin , il faut avoir reçu un don particulier du Ciel. De ces sources, voici les plus sacrées , les plus profondes : c'est cette hauteur d'ame, qui, n'aimant que la gloire et l'immortalité , foule aux pieds tout ce qu'admire la cupidité , l'ambition , la mollesse du vulgaire ; c'est l'exercice des vertus publiques , de la magnanimité et de la justice; ainsi, sans aucun art, et par le seul effet de l'éducation instituée par Lycurgue , les Spartiates , auxquels la loi défendait d'apprendre à

lire , laissaient échapper journellement des mots si nobles , si sublimes , que les plus grands poètes s'honoreraient d'en trouver quelques-uns de semblables dans leurs épopées ou leurs trafjédies. Mais ce qui explique particulièrement le caractère sublime de Dante, c'est que ce grand génie naquit à l'époque où la barbarie italienne subsistait encore dans son énergie. L'esprit humain est comme la terre qui , lorsqu'elle est restée plusieurs siècles sans culture , étonne par sa fécondité. Voilà pourquoi vers la fin des temps barbares , on vit naître à la fois un Dante dans le genre sublime , un Pétrarque dans le délicat, un Bocace dans le gracieux.

Nous rapprochons de ce jugement un passage d'une lettre où P^ico traite le même sujet : — Vous aimez Dante, monsieur, et cela par l'instinct de votre sens poétique, sans que personne vous en ait conseillé la lecture. Tandis que les jeunes geiïs , par suite de cette humeur enjouée qui est dans le sang à celte heureuse époque de la vie , n'aiment que les fleurs, les grâces légères, les rapprochemens ingénieux , vous goûtez avant l'âge , ce poète divin qui semble inculte et grossier à la délicatesse de nos contemporains , et dont l'harmonie sévère choque souvent une oreille efiféminée. Dante naquit au milieu de la barbarie la plus farouche du moyenâge, lorsque Florence était ensenglantée par les factions des Blancs et" des Noirs, qui s'étendant avec celles des Guelfes cl des Gibelins, embrasèrent

tuulc ritalie. Après la confusion des laii{];iics qui était résultoe pendant plusieurs siècles de l'invasion des barbares , et dans laquelle les vainqueurs et les vaincus ne pouvaient s'entendre, au milieu de cette vie solitaire où les hommes nourrissaient des haines inextinguibles qu'ils léguaient à leurs desccndans , les communications étaient rares et l'indigence du langage vulgaire dut long- temps forcer les hommes à s'exprimer par des gestes ou d'autres signes matériels. L'Église seule conserva une langue régulière, celle d'occident dans le latin , celle d'orient dans le grec... (D'après tes principes de la science nouvelle, il conclut de cette indigence du langage gîte les poètes durent précéder les prosateurs ). Voulons-nous nous assurer que telle a dû être l'origine de la poésie ? interrogeons le sentiment aussi bien que la réflexion, et songeons que maintenant encore , dans cette abondance du langage vulgaire où nous sommes nés, dès qu'on met son esprit dans les entraves du vers et de la rime, la difficulté de s'exprimer rend le langage poétique ; plus le génie se trouve ainsi resserré , mieux il jaillit en traits sublimes.

Dans sa Divine Comédie Daule fut inspiré par la colère. Il a déployé toute son imaginalioin dans son Enfer, en chantant des colères implacables, telles que celled' Achille, qui, à elle seule, remplit l'Iliade. Il s'y complaît à décrire d'épouvantables tourmens, précisément comme au temps où la Grèce était barbare et féroce , Homère peignit dans ses batailles tant d'images affreuses de blessures et de morts. Ce

caractère atroce de leurs fables qui excitent la compassiou des hommes civilisés , n'étaient qu'agréable à leurs auditeurs. Maintenant encore les Anglais moins amollis par la délicatesse du siècle , aiment l'atrocité daus les tragédies ; tel fut aussi sans doute, dans les commencemens , le goût du théâtre grec , qui présentait aux spectateurs l'afireux repas de Thyesle , ou Médée mettant en pièces son frère ou ses Gis.

Dans le Purgatoire où les peines les plus douloureuses sont endurées avec une inaltérable patience, dans le Paradis où les bienheureux goûtent une paix profonde et des joies inûnies, nous admirons moins l'auteur de la Divine Comédie, habitués, que nous sommes, à la paix et à la douceur d'uu âge civilisé ; et c'est là qu'il est le plus admirable , pour s'être élevé à de telles conceptions dans un âge impatient de l'offense et de la douleur. Nous en dirons autant d'Homère. Nous estimons VIliade moins que le poème où il célèbre la patience héroïque d'Ulysse.

Discours prononcé en 1700. Nous laissons ce passage et le suivant en latin , pour qu'on puisse juger de la vigueur avec laquelle f^ico maniait celte langue, surtout coinvie langue du droit.

(Hustem hosti Lnfensiorem quam slultum sibi esse uemincm). — « Homo mortali corpore , ait » Deus , icterno animo esto : ad duas res, verum et » honestum , sive adeô mihi uni nascilor : mens » verum . falsumquc cognoscito : sensus menti ne

)i iinponunlo ; ralio vilœ auspicium, diicUun, impcn riumque habelo : ciipidilales ralioni ancillanlor ; )i ne mens de rébus ex opinione, sed sui conscia » judicato : neve animus ex libidine , sed ralione !i bonum ampleclilor : bonis animi arlibus aelernain 11 sibi nominis claritudinem parato : virtule , et 1. conslanlià humanam felicilalem indipiscitor : si i> quis slullus sive per kixum , sive pcr ignaviam , ;) sive adeô per imprudeiiliam secùs faxit, perdue!- 11 lionis reus sibi ipse bcllum indicito. i»

... Talibus slulli oppugnali armis , tanta vi debellali, quam amplissimâ, et pulcberrimà privanlur urbe? Eâ nimirum, quam non aralro désignai! ambiunt mûri; sed Jlaviinantia cœli mœnia circumdant : quae non mutabili lege fundata est ; sed cRterno regiliir jure : in quâ non municipale sacrum, sed cœlum , sidereum Dei Opt. Max. lemplum, reseratur. Ejus urbis civitas non nisi Deo sapientibusquecommunisesl : quandô ejusjuris communionem non principali beneficio, non liberis, non nave, non militià homines, sedsapienliâ consequuntur. Elenim (altendile, per veslrara fidem) jus, quo hoec maxima civitas fundata est , divina ralio est, toti mundo , et parlibus ejus inserla, quoe omniaperraeansmundum conlinet, et tuelur. Hœc in Deo est, etsapientia divina dicitur; a solo sapiente cognoscitur, et sapientia humana appeilatur. Quis igilur non , quod olim M ulius , Civis roiiianus sum , sed , quod multo est grandius, magnificçnliusque, Mundi civis sum, polest dicere, nisi solus sapiens, qui de rébus superis,

OPUSCCLES. âl9

inferisque, divinis,hiiraanis, iiniversisvera cogilare, et disserere sciai?

(1732. De mente heroîcâ)... — Ne vos incautos isle sive invidus, sive ignaviis circumveniat rumor : hoc I>eatissimo soeculo , qiire in re lillrariâ effecla dari unqnam poUierant, jam omnia absolula, consummala , perfecta esse , ut in câ nihil ultra desiderandum supersit. Faisus rumor est , qui a pusilli animi lilleratis differlur. Mundus euim juvenescit adhuc; nam septiiigentis , non ultra ab hinc annis , quorum tamen quadriogentos barbaries percurrit, quot nova inventa? quot novae artes, quot novae scientiae excogilatœ... Quomodo tam repente humani ingenii natura effceta est, ut alla inventa œquè egregia sint desperanda? Ne despondealis animum , generosi auditores; innumera restant adhuc, et forsan his , quae numeravimus, majora et meliora. In magnp enim naturse sinu, in magno artium imperio ingentia humano generi profulura bona in medio posita sunt, quœ hactenùs jacent neglecta, quia hactenùs ad ea mens heroïca animum non advertit. Magnus Alexander in ^gyptum delatus uno suc magno oculorum obtutu isthmum vidit, qui Erythrseum a mari Mediterraneo dividit, et qua Nilus in Mediterraneum effluil, et Africa Asiaque continentur; et dignum reputavit, ubi suo nomine urbem fundaret Alexandriam; quœ statim et Africae, et Asiae, et Europœ, lotius Mediterranei maris, et Oceani, Indiarumque commerciis celebratissima fuit. Sublimis

220 OPCSCBLES.

Galilœus Venerem corniculatam observavit , el de rniuidano syslemate admiranda delexiJ. Observavit ingens Carlesiuft lapidis à fiindà jacli motum, et novnm -syslema physicnm est medilaliis, Chrislophorus Columbus ventum ab occidenlali Oceano in os sibi adspiranlem sensil; el eo Arislolelis argumenlo , ventos à lerrà {^igni, alias iillr;» Oceanum esse lerras conjecit, etnovmn lerrarum oi'bcm detexil. Magnus HucjO Grotius , nnutn illud Livii diclum Sxintqxtœdampacis, et helli jura ^ graviter advertil ; ac 79e pire helli et pacis adrnirabiles hbros edidil ; à quibus si aliqiia expunxeris , incomparabiles non immerilô dixeris. Quibus ilhistribus argnmentis quibus exempHs amplissimis,adolescenlesadoplimamaxima nali, mente beroïcâ , ac proindè magno animo litterarum studiis incurabile; integram sapientiam excolite, ralionein hiimanam universam perficite : divinam ferè vestraruin menlium celebrale naturam : iestuate deo, quo pleni estis : sublimi spiritu audite , legite , lucubrale ; herculeas subite oerunjnas ; quibus exantlatis, ab vero Jove Opt. Max. veslrum divinuni genus oplimo jure probetis : atque adeo vos heroesasserite.abis genushumanum ingenlibus commodis dilaturi. Quaeamplissinia in universam humanamsocietatem mérita facilinegocio et divitiae,et opes, el honores, et polentia in hâc vestrâ republicâ consequentur : quae lament si cessaverint, non manebitis : et cum Senecâ , œquo animo , hoc est , non elalo, si advenereint , excipietis; nec demisso, si abierint, resignabitis slultae forenlique fortunae : et

OPDSCCLES. 221

conlenli critis eo divino , et immorlali bencficio , qiiod Deus Opt. Max., «lui nobis , ut principio diximiis, in iinivcrsiim gcnus hnmanum diligentiam jubet, vcsiriim aliquos praîcipuos delegissct, per quos suam in terris gloriam cxplicaril.

De Parthenopcâ conjuratione nono Kalendas octobris anno MDCCI, à J. B. Kico, regio cloquenticB pro/essore conscripla. — A la mort de Charles II, l'empereur Léopold tenta de faire soulever les Napolitains en faveur de son plus jeune fils l'archiduc Charles. A cet efFet il envoya à Rome Charles Sangrio et J. Carafla pour s'entendre avec quelques nobles Napolitains réfugiés dans celte ville. Mais CarafFa se laissa gagner par l'ambassadeur d'Espagne; Sangrio renonçant à ses desseins, retourna en Autriche. Toutefois , avant de quitter Rome , il fit part à Jérôme et Joseph Capece de ses anciens projets; Joseph Capece homme plein de courage et d'audace, haïssait mortellement les Espagnols. Il avait été long-temps enfermé en punition d'un meurtre qu'il avait commis en présence même du vice-roi, et dans sa prison il avait appris l'allemand ; il partait pour la Belgique quand les ouvertures de Sangrio le firent retourner à Naples. Ces nobles essayèrent de soulever, par la promesse de l'abolition des dîmes , la populace de Naples qui les soutint quelque temps , et finit par les abandonner.

Ce petit ouvrage manuscrit de Vico , dont nous

222 OPtSCDLES.

devons la commuDication à Tobligeance de M. Ballanche , présente moins d'intérêt que n'en promet le nom de l'auleur. C'est une laborieuse imitation des formes oratoires de Tite-Live. Nulle émotion patriotique.

Notœ inacta ernditorum Lipsiensia. — On rendit comptedela manière suivante de la Scienza Nuova dans les Acta eruditorum de Leipsik (août 1727) :

« Il a paru à Naples un livre intitulé ; Principj d^una Scienza Nuova, in-8°. Quoique l'auteur cache son nom aux érudits , cependant nous avons su par un Italien de nos amis que c'est un abbé napolitain , appelé Vico. L'auteur a mis en avant dans ce livre un nouveau système de droit naturel , ou plutôt une fiction tirée de principes tout diflFérens de ceux que les philosophes ont admis jusqu'à ce jour, et plus accommodée à l'esprit de l'Église romaine. Il a pris beaucoup de peine pour combattre les doctrines de Grotius et de PufFendorf ; cependant il donne plus à son imagination qu'à la vérité ; il succombe sous la masse des hypothèses qu'il entasse. Aussi a-t-il été reçu des Italiens même avec plus de froideur que d'applaudissemens. »

Vico publia deux ans après une réponse à cet article , intitulée : Notae in acta ertiditorum Lipsiensia, avec cette épigraphe tirée de Tacite ; Quibus unus nietus si intelligere riderentur. Il traite le critique anonyme, qu'il désigne ailleurs comme un Italien , du nom de vagabond inconnu (ignotuserro).

OPOSCl'LES. 2â3

Il Le sujet propre de la Science nouvelle , qui est la nature des nations , est laissé dans un vaste silence.... Ce n'est pas le Droit naturel qui est le premier sujet de cette science , comme le croit le critique, c'est la Nature commune des nations ; d'où sort et se répand également chez tous les peuples une connaissance constante et universelle des choses divines et humaines ; de là se découvre un nouveau système de droit naturel qui est un des principaux corollaires de cette science.

Pourquoi dit-il que je m'écarte des principes reçus de tous les philosophes? Serait-ce que Grotius et Pu/fendorf , en y ajoutant Selden , lui paraissent les seuls philosophes du monde , parce qu'aucun d'eux n'est catholique romain ? Est-ce pour faire entendre que je ne suis point philosophe ? Si c'est là sa pensée , il montre qu'il sait bien que je ne suis pas professeur de philosophie, mais de philologie, d'éloquence, et qu'il croit avec le vulgaire que l'éloquence est chose toute séparée de la philosophie ; ou bien encore il n'aura pas ouvert mon livre ; car le but de ce livre c'est l'entreprise toute nouvelle de soumettre à la philosophie , la philologie , la connaissance de toutes les choses qui dépendent du libre arbitre , telles que langues , mœurs , actes de la paix et de la guerre , et de réduire la philologie , par des principes sûrs de philosophie , à la forme déterminée d'une science. M'attaque-t-il parce que dans mon système j'appuie le droit monarchique d'argumens nouveaux pour les philosophes ; ou

parce que j'ai fondé mon système sur le principe de la divine Providence ? C'est ce que n'a pas fait Grolius , lui qui dit hautement que lors même qu'on supprimerait toute connaissance de Dieu , son système n'en subsisterait pas moins. PufFendorf reconnaît la Providence , mais avec l'hypothèse épicurienne d'un homme jeté dans ce monde sans aucune assistance divine. Accusé sur ce point par des hommes aussi doctes que pieux , il fut obligé de plaider sa cause dans une dissertation spéciale. Moi , je joins au dogme de la divine Providence cet autre principe que l'homme a le libre choix du bien et du mal ; principes de philosophie sans lesquels il est impossible de parler de justice et de loi. Si c'est pour cela que mon censeur dit que je suis sorti de la roule ordinaire des philosophes , Platon , qui établit toujours dans ses doctrines la divine Providence , et revendique pour l'homme le libre arbitre ; Platon , ce philosophe divin , sera, par une licence <jui approche du délire , rayé de la liste des philosophes. Que s'il en est ainsi, le censeur se trahit luimême. Tout autre qu'un prolestant ne ferait pas un reproche a notre système d'être accommodé à Vesprit de V Eglise romaine ; ce ne peut être qu'un disciple de Luther ou de Calvin, qui introduit les idées stoïciennes et le fatum dans la philosophie chrétienne et qui veut que dans le serf-arbitre de

l'homme , la nécessité domine et opprime tout

— Et pourquoi n'accommoderais-jc pas mon système à cette Eglise qui montre au doigt la vérité à

OPCSCDLES.

ceux qui professent sa croyance. Elle m'a aidé à fonder un système accommodé à tout le genre humain ; car elle m'a enseigné deux dogmes, celui de la divine Providence et celui du libre arbitre , que reconnaît tout le genre humain. Mais il est interdit aux sectateurs de Luther ou de Calvin de prendre la parole contre ces vérités. C'est ce qui arriva une fois à Théodore de Bèze en Suisse oia il remplaça Calvin. Comme il avait prononcé un discours qui faisait perdre le cœur à tous ses auditeurs pour toute œuvre chrétienne , les magistrats défendirent de prêcher à l'avenir contre ces dogmes catholiques .

Pourquoi n'a-t-il pas nommé Selden, le troisième des principaux auteurs qui aient traité de ces matières , lui dont je combats aussi les doctrines et les principes?... Je comprends. Selden ne lui semble pas philosophe , parce que d'après le saint livre de la Genèse il suppose une Providence. Pour lui , Cicéron non plus ne sera pas philosophe , puisqu'il déclare qu'il ne peut parler sur les Lois avec Atticus, si celui-ci ne lui accorde que le sens commun persuade au genre humain que tout nous est dispensé avec justice par la Providence. Que Grolius voie , après un tel aveu de Cicéron , si son système peut subsister indépendamment de toute connaissance de la tlivinilé ! Que les savaus interprèles du droit romain voient s'ils ont raison d'appeler malgré elles les sectes stuioienne cl épicurienne à la jurisprudence romaine , lorsque celte jurisprudence définit

OPOSCDLES.

le droit naturel des gens , le droit établi par la Providence divine.

Comment ose-t-il donc déclarer une guerre impie à la Providence , en refusant de compter parmi les philosophes et Cicéron qui veut qu'on la considère d'après le sentiment unanime des nations comme un Dieu qui voit toutes les choses humaines, et Platon qui arrive par la raison à définir l'ordre intelligent et libre de la nature. »

Vico termine celte violente réponse , par les paroles suivantes , qui en expliquent l'amertume :

.1 Sache, lecteur impartial, que je languissais dans une étuve , atteint d'une maladie mortelle et rapide , et sous le coup d'un remède dangereux qui peut produire l'apoplexie chez les vieillards , lorsque j'ai écrit cet opuscule ; sache de plus que depuis près de vingt ans j'avais dit adieu à tous les livres pour travailler selon mes faibles moyens à la science du droit naturel des gens; pour cette science je voulus m'ensevelir dans la profonde et vaste bibliothèque du sens universel de l'humanité , pour y feuilleter les plus antiques auteurs des nations qui ont précédé les écrivains de plus de mille ans. Hobbes a voulu en faire autant, lui qui se vantait auprès des lettrés , ses amis , d'avoir formé de cette manière sa doctrine du Prince ; c'était , disait-il , dans ce trésor qu'il avait puisé sa philosophie. 11 se trompait cependant, n'ayant pas tenu compte de la divine Providence, qui seule pouvait lui donner un flambeau pour parcourir ces sombres origines des

choses humaines , il erre donc avec l'aveugle hasard d'Epicure dans la nuit ténébreuse de l'antiquité. Je combats dès l'abord ses doctrines et ses principes.

Nous donnerons aussi un passage (p. 19) oiî Vico réfute ce reproche que lui avait adressé le critique : ingenio. magis indulget quàm veritati. Il soutient d'abord , en reproduisant des idées déjà exposées dans le De antiquissimâ italoruin sapientiâ, qu'on ne peut arriver à la vérité sans Vingenium et sans Vingenii acutnen. *

<( Aristote nous donne la raison pour laquelle

nous prenons plaisir aux acuta dicta ; c'est que l'ame, qui par sa nature, a faim et soif du vrai, apprend beaucoup de choses en un instant. Au contraire, les arguta dicta sont le produit d'une faible et pauvre imagination , qui ne fournit que les noms vides des choses ou de simples surfaces , et ne les recompose pas tout entières ; ou encore qui présente lout-à-coup à l'esprit des choses absurdes et ineptes, lorsqu'il n'attendait rien que de raisontiable et de convenable. Il est alors joué et déçu dans son attente ; les fibres du cerveau , préparées à recevoir (juelque chose de convenable et de juste , se troublent et se confondent , et elles propagent ce mouvement tumultueux dans toutes les ramifications des nerfs ; mouvement qui ébranle tout le corps et fait sortir l'homme de son assiette ordinaire. De là vient que les bèu-s ne rient point, parce que leur sens est tout particulier et singulier, et que par conséquent

elles ne peuvent porter leur attention que sur des objets isolés et singuliers, dont chacun est chassé et détruit par le premier qui vient se présenter. D'où l'on peut faire voir clairement que , par cela seul que la nature a refusé aux hétes le sens du rire, elles sont privées de toute raison. C'est uniquement ceci qui constitue , chez le rieur, ce sentiment secret dont il ne se rend pas compte lorsqu'il accueille par le rire des choses sérieuses ; il lui semble qu'alors il se sent homme. Mais le rire ne vient que de la faible nature de l'homme :

Decipimur specie recti.

Car d'après la nature du rire , telle que nous l'avons expliquée, ceux qui rient tiennent comme le milieu entre les hommes sérieux et graves , et les bêles brutes. Je parle ici de ceux qui rient à tout |)ropos et qu'on appelle rieurs, comme aussi de ceux qui excitent les autres à rire , et que l'on nomme railleurs [derisores). Les gens sérieux ne rient point, parce qu'ils considèrent mûrement une chose, et ne se laissent pas détourner par une autre ; les botes ne rient point , parce qu'elles ne font aussi attention qu'à une chose ; dès qu'une autre vient les loucher, elles s'y tournent tout entières. Au contraire , les rieurs ne considérant que légèrement une chose, s'en laissent facilement délourni-r par une autre. Les railleurs sont ceux qui s'éloignent le plus des

hommes graves , et sont le plus rapprochés des bêles , puisqu'ils défigurent l'apparence du vrai , et non-seulement la défigurent, mais la bouleversent, par une violence qu'ils se font à eux mêmes et à leur intelligence ; et à la vérité c'est de cela que parle le parasite Gnathun de la comédie :

.... Postrerao imperavi egomet mihi Omnia aUcntari.

Ce qui est un en soi , ils le détournent et le plient h une autre chose ; c'est une vérité que les poètes ont déposée dans leurs fables; pour nous montrer que de telles gens sont comme intermédiaires entre l'homme et la bêle , ils ont imaginé leurs satyres rieurs. La nature perverse des railleurs les laisse toujours pauvres du vrai divin, elle leur ferme toujours les trésors de la vérité ; et lorsqu'ils s'applaudissent de leurs dérisions sur les choses sérieuses , alors s'applique à eux le mot de la sagesse divine : Si sapiens fueris, lihi ipse fueris ; si derisor tu solus daninum porlabis.

Cette explication de la nature du rire nous fait voir pourquoi les personnages ridicules dans les comédies nous causent un plus vif plaisir lorsqu'ils font sérieusement leurs sottises, el pourquoi la plaisanterie est souvent si froide, quand c'est en riant qu'on veut faire rire les spectateurs. Et certes, jamais une farce n'est plus plaisante que lorsque les mimes imilenl, parleur physionomie, leur démarche

et leur geste , des hommes sérieux et graves , et les livrent ainsi à la risée. Tout cela revient à dire enfin que le rire vient d'un piège qui est tendu à l'esprit humain, toujours avide du vrai, et il éclate d'autant plus , que l'imitation de la vérité est plus parfaite. C'est de là que Cicéron dit , avec autant d'élégance que de vérité : Risûs sedem esse stibturpe.

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