‹ Mémoires écrits par lui-mêmeChapitre 15 sur 19 · DE l'antique sagesse · texte numérisé non relu

DE l'antique sagesse

encore de la métaphysique le mot effort. Pour donner la derniiTC perfection au langage des choses naturelles , il faut renvoyer ce mot , comme le reste, aux écoles des métaphysiciens.

Pour nous résumer : La nature est mouvement; la vertu motrice indéfinie qui produit ce mouvement, c'est l'effort; l'eflFort est produit par l'intelligence infinie, immobile en soi , Dieu. Les œuvres de la nature se font par le mouvement, ils commencent d'être par l'efTort; en sorte que la formation Aen choses est le produit du mouvement , le mouvement de l'effort, et l'effort de Dieu.

§ III. Que tous les mouvemens sont composés.

Tout mode d'une chose composée est nécessairement composé ; car si le mode est la chose même dans tel état, et si la chose étendue a des parties, le mode d'une chose étendue n'est que plusieurs choses disposées de telle ou telle manière.

La figure est un mode composé , car elle est formée de trois lignes au moins ; le lieu est un mode composé , car il a au moins trois dimensions ; la situation est un mode composé, car c'est le rapport de plusieurs lieux ; le temps est un mode composé , car ce sont deux lieux dont l'un est en repos et l'autre se meut. C'est ce qu'ont bien reconnu les créateurs de la langue latine, qui emploient indifféremment les particules qui expriment le temps et colles qui expriment le lieu : ibi pour tune, indé

DE l'iTALIE. 275

pour poateà , usquàm, nusqnàm pour unquàm et nunquàm, etc. Il en est de même pour le mouvement , car il a pour élémens Vundè , le quà et le quo. En outre, comme tous les mouvemens de l'air se font par rayonnement [circumpnlsa), ils ne peuvent être simples et directs. El bien que les corps , soit qu'ils tombent à travers l'atmosphère, soit qu'ils avancent sur la surface de la terre ou de la mer, paraissent d'écrire une ligne droite elle n'est pas droite cependant; car le droit le même sont des choses métaphysiques. Je m'apparais comme étant toujours le même; mais, augmenté et diminué à chaque instant, recevant et perdant tour-à-tour, je suis autre à chaque moment. De même le mouvement qui paraît droit, est à chaque instant tortueux. Mais si l'on prend son point de vue dans la géométrie , on accordera facilement la métaphysique avec la physique ; car c'est le seul légitime intermédiaire pour passer de l'une à l'autre de ces deux sciences. De même que les lignes brisées se composent de droites ce qui fait que les lignes circulaires sont composées d'une inGnité de droites, parce qu'elles contiennent une infinité de points ; de même les mouvemens composés des étendues sont composés des efforts simples des points. Il n'y a, dans la nature, rien d'irrégulier ou d'imparfait; le droit est au-dessus de la nature pour servir de règle à l'irrégulier. Mais ce qui prouve l'effort des étendus pour accomplir un mouvement en ligne droite, c'est que si le corps se mouvait librement, c'est-à-dire dans un milieu sans

276 DE l'astique sagesse

résistance , il décrirait une ligne droite à rinOni. Mais c'est une hypothèse inadmissible , parce que , tout en l'admettant, on ne peut définir le mouvement que comme changement de la proximité relative des corps. Or , quelle proximité peut-il y avoir dans le vide? On dira peut-être qu'il faut considérer la proximité du lieu d'oii le corps est parti ; mais alors que devient cet infini dont on parle ? Est-ce qu'il y a dans l'infini des différences de proximité et de longueur? Si on l'admet , c'est faire comme ce scholastiqiie qui admet des espaces imaginaires. Car c'est une idée pareille d'imaginer un espace vide depuis le plus haut point du ciel , et de se figurer qu'à partir de son point de départ le corps avance de plus en plus loin dans le vide infini. Ensuite, c'est une fiction que la nature même ne souffre point. En effet , les corps ne sont solides que parce qu'ils se meuvent dans le plein, et ils sont plus ou moins solides, selon qu'ils résistent plus ou moins aux autres corps , et qu'ils en éprouvent plus ou moins de résistance. Si cette résistance n'avait pas lieu, ils ne pourraient se mouvoir ni en ligne droite ni à l'infini ; mais de même que si on ôtait d'un lieu tout l'air qui y est contenu, les parois de ce lieu viendraient se choquer l'une contre l'autre , de même aussi un corps amené dans le vide s'y dissiperait. Les sages créateurs de la langue latine ont bien connu cette vérité , qu'il n'y a de droit qu'en métaphysique et en physique que de l'irrégulier ; les Latins, dans la superstitieuse exactitude de leur langage, opposaient nihil à recte^

iiE l'italie. 277

ce qui fait entendre qu'au rien s'oppose le droit , le parfait, l'accompli, l'infini; et que le fini , l'irrégulier, l'imparfait n'est quasi rien,

§ IV. Que les étendus ne sont jamais en repos.

Le repos est chose métaphysique , le mouvement chose physique. La physique ne permet pas d'imaginer un corps laissé h lui-même, ou, comme on dit , indifférent au mouvement et au repos. Car on ne peut imaginer quelque chose dans la nature et hors de la nature en même temps. Or la nature est un mouvement par lequel les choses se forment , vivent , et se dissolvent , et à tout moment une chose se compose avec nous et une autre s'en sépara. Etre composé , c'est être en mouvement. Le mouvement est un changement de distance, ou de situation . et il n'est point de moment où les corps voisins les uns des autres ne changent de situation ; c'est un flux et un afflux continuel ; la vie des choses est semblable à un fleuve qui paraît toujours le même, et roule sans cesse des eaux nouvelles. Il n'est donc rien dans la nature qui soit un seul instant dans les mêmes rapports de distance et conserve la même situation. Cette idée que les choses gardent toujours la forme dont elles ont été douées une fois , c'est une idée digne de l'École qui compte parmi les causes , des choses naturelles, ces desseins conservateurs de la nature. Quelle peut être la forme propre d'aucune chose dans la nature , puisqu'il n'est pas

278 BK l'aî^tique sagesse

de momeoloù toute chose ne perde ou ne gagne? Ainsi la forme physique n'est qu'un changement perpétuel. Le repos absolu doit donc être entièrement banni de la physique.

§ V. Que le mouvement est incommunicable.

Le mouvement n'est autre chose qu'un corps qui se meut; et si nous voulons nous exprimer avec toute la sévérité du langage métaphysique, ce n'est pas tant un quid qu'un cujus ; c'est un mode du corps , qui ne peut se séparer , même en pensée , de la chose dont il est le mode. Ainsi , autant vaudrait parler de pénétration des corps que de communication du mouvement. Cette doctrine que le mouvement se communique de corps à corps , ne parait pas moins repréhensible que cette autre sur les attractions et les mouvemens, que l'horreur du vide a fait admettre dans les écoles. Dire que le projectile emporte avec lui toute l'impulsion de la main qui l'a lancé , cela me semble tout aussi absurde que de penser que l'air épuisé par la pompe attire l'eau après lui. Déjà une plus sainte physique a établi par de mémorables expériences que ces prétendues attractions sont de véritables pressions de l'air , et on soutient comme irrécusable que tout mouvement naît d'une impulsion. Voilà les écueils où viennent se briser ceux qui pensent qu'il y a des corps en repos. Mais celui qui croit que tout se meut d'un mouvement perpétuel , et qu'il n'y a point de

UE L ITALIE

repos dans la nature , celui-là, lorsqu'un corps lui parait en repos, ne croit pas sans cloute qu'une main lui ait donné impulsion, mais il sait qu'il est en mouvement de quelque autre manière; qu'il n'est pas en notre puissance de rien mouvoir , mais que Dieu est l'auteur de tout mouvement, qu'il produit tout effort; or, c'est l'effort qui commence le mouvement; le mouvement en nous, c'est la détermination. Autres machines, autres déterminations. La machine commune de tous les mouvemens est l'air, dont l'impulsion est donnée par la main de Dieu qui agit dans le monde sensible et qui meut toutes choses ; le mouvement propre et différent de chaque chose lui est donné par une machine spéciale. Si tout mouvement a lieu dans l'espace et naît d'une impulsion, nous n'admettrons aucune différence entre le mouvement par lequel l'eau s'élève dans un syphon oi» elle est indubitablement poussée par l'air, et le mouvement par lequel un projectile est lancé à travers l'air libre. Bien plus, nous ne ferons pas de distinction entre les mouvemens des projectiles et celui par lequel le feu flamboie, la plante croit et l'animal bondit dans les prés. Ce sont toujours des impulsions de l'air , et de même que le mouvement général de l'air devient par le secours de machines particulières le mouvement propre delà flamme, de la plante et de la bêle, de même se détermine le mouvement propre des projectiles. Certainement la chaleur qu'une balle acquiert en se mouvant , ne lui est pas com-

280 DB l'aktiqvk sagesse

rauniquée par une main , el pourtant il est certain de toute certitude que cette chaleur lui est propre. Or qu'est-ce que la chaleur, sinon du mouvement? La main est donc la machine propre du jet , par laquelle les nerfs sont déterminés à mouvoir le projectile ; et l'impulsion de l'air, cette machine universelle devient la machine propre du projectile; la chaleur lui est donc propre, et souvent le feu.

Page 1