Chapitre IV. — Des essences ou des vertus
Ce que l'École nomme essence {essentia) , les Latins l'appellent force, vis , et puissance , potestas. Tous les philosophes considèrent les essences comme éternelles et immuables. Arislote les regarde comme indivises; or , comme parle l'Ecole, il les fait consister dans l'indivisible. D'un autre côté, Platon pense après Pylhagore , que la science a pour objet l'éternel et l'immuable. On peut en tirer celte conjecture que les anciens philosophes de l'Italie pensèrent que les essences sont indivises , et que ce sont les vertus éternelles et infinies de toutes choses; le vulgaire des Latins les appelait dieux immortels , les sages en faisaient un dieu souverain et unique. La métaphysique était la vraie science parce qu'elle traitait des vertus éternelles. Maintenant on peut se demander si de même qu'il y a du mouvement et de l'effort (ou vertu de mouvement) , il n'y a pas
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aussi de l'étendue et une vertu d'extension ; et si de même que le corps et le mouvement sont le sujet propre de la physique, de même l'effort et la verlu d'extension n'est pas la matière spéciale de la métaphysique. En cela , illustre Paolo , c'est vous qui êtes mon premier guide , vous qui pensez que ce qui est acte dans la physique, est .ertu dans la métaphysique.
§ ler — Du point métaphysique ou de l'effort.
Chez les Latins punctum et monienlum avaient le même sens; or, viomentum , c'est ce qui meut, et le point comme le momentum était pour les Latins quelque chose d'indivisible. Les anciens sages de l'Italie auraient-ils pensé qu'il y a une vertu indivisible d'extension et de mouvement? Cette doctrine aurait-elle passé, comme beaucoup d'autres, d'Italie en Grèce, ou Zenon l'a prise et modifiée! Il ne semble pas que personne ait jamais eu d'idée plus juste de cette vertu indivisible d'extension et de mouvement que les stoïciens qui y ont appliqué l'hypothèse du point métaphysique. D'abord il est incontestable que la géométrie et l'arithmétique sont bien plus vraies , ou du moins présentent une bien plus haute apparence de vérité , que toutes les sciences qu'on appelle subalternes; et d'un autre côté il est très vrai que la métaphysique est la source unique du vrai , qui descend de là aux autres sciences. Or, chacun sait que les géomètres font partir du point
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leurs méthodes synthétique, que de là ils marchent à la contemplation de l'infini , à l'aide de fréquens postulats qui leur permettent de prolonger des lignes à l'infini. Si Ton demande par quelle voie ce vrai ou celte espèce de vrai passe de la métaphysique dans la géométrie , cette voie n'est autre que celle où ce point nous donne un étroit accès. Car la géométrie emprunte, à la métaphysique la vertu d'extension , vertu qui étant celle de l'objet étendu, le précède, et est par conséquent inétendue. De même que l'arithmétique prend dans la métaphysique, la vertu du nombre, c'est-à-dire l'unité, qui, étant la vertu du nombre , n'est pas le nombre ; ainsi que l'unité qui n'est pas le nombre , engendre le nombre, de même le point, qui est inélendu , engendre l'étendue. En efiFel , lorsque le géomètre définit le point ce qui n'a pas de parties , ce n'est qu'une définition de mot; il n'y a point de choses qui n'ait point de parties et qu'on puisse cependant représenter soit mentalement , soit graphiquement ; la définition de l'unité, en arithmétique n'est pareillement que la définition d'un mot , puisqu'on suppose une unité susceptible de multiplication , ce qui ne peut convenir à une unité réelle. Mais l'école de Zenon considère cette définition du point comme très réelle , en tant que le point a son type dans ce que l'esprit humain peut penser de la vertu indivisible d'extension et de mouvement. Aussi est-ce une erreur que cette opinion vulgaire selon laquelle la géométrie tire son sujet de la matière , et, comme
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dit l'École , l'en abstrait. Zenon pensait qu'aucune science ne traite de la matière avec plus d'exactitude et de justesse que la géométrie, mais de cette matière que lui fournit la métaphysique , c'est-à-dire de la vertu d'extension. Les démonstrations d'Aristote contre l'école de Zenon touchant les points métaphysiques, n'auraient pas tant d'autorité auprès des sectateurs du premier, si le point géométrique n'était pas pour les stoïciens un signe du point métaphysique , et le point métaphysique la vertu même du corps physique. On peut en dire autant pour Pythagore et ses disciples , de l'un desquels Platon nous a transmis les doctrines dans son Timée ; lorsqu'ils appliquaient la théorie des nombres aux choses de la nature , ils ne voulaient pas dire que la nature lût véritablement faite de nombres; mais ils cherchaient à expliquer le monde extérieur par le monde qu'ils contenaient en eux. Il en est de même de Zenon et de sa secte , qui considérèrent les points comme les principes des choses. On peut partager les philosophes de tous les temps en quatre classes : les premiers , géomètres illustres, qui déduisirent les principes physiques d'hypothèses mathématiques, Pythagore est de ce nombre ; les seconds , savans en géométrie et appliqués à l'étude de la métaphysique, qui considérèrent les principes de la nature sans recourir à aucune hypothèse , et qui parlèrent des choses de la nature en métaphysiciens; parmi eux est Aristole; les troisièmes, ignorans en géométrie et en-
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nemis de la métaphysique , imaginèrent pour former la matière le corps simple étendu ; ceux-ci bronchent dès leurs premiers pas dans l'explication des principes, mais ils ont été plus heureux dans les idées de détails sur les phénomènes particuliers de la nature ; Épicure appartient à cette classe ; d'autres enfin ont pris pour principe des choses le corps doué de quantité et de qualité; tels sont les anciens qui ont donné comme tels, la terre, l'eau, l'air, le feu, soit un seul élément, soit deux, soit tous les quatre ensemble; tels aussi parmi les modernes, sont les chimistes. Mais ceux-ci ne disent sur les principes ,' rien qui soit digne du sujet ; de leurs principes ils ne parviennent guère à tirer des explications satisfaisantes des phénomènes particuliers , si ce n'est dans un très petit nombre de cas, où l'empirisme les a mieux guidés que la réflexion.
Zenon , grand métaphysicien , fit usage des hypothèses des géomètres; il expliqua par le point les principes des choses , comme Pythagore les expliquait par le nombre. Descartes, aussi grand géomètre que grand métaphysicien, s'est pourtant rapproché d'Épicure ; les fautes qu'il commet dès les principes, sur le mouvement et la formation des élémens , sur le plein universel , comme Epicure sur le vide et la déclinaison des atomes , il les rachète par l'explication heureuse des phénomènes particuliers de la nature. Ceci résulte-t-il de ce qu'ils ne voient tous deux dans la nature que figure et lois mécaniques, et que les effets particuliers de
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la nature sont tous donnés sous la condition de la forme et du mouvement? D'autre part, ils devaient naturellement méconnaître les principes et les vertus essentielles, parce qu'il n'y a pas de figure dans l'immatériel , et rien de mécanique dans l'indéfini? Nous en avons assez dit pour faire comprendre la pensée de Zenon et lui donner quelque gravité. Entrons maintenant dans le fond même du sujet. La moindre parcelle d'étendue peut se diviser à l'infini, c'est ce qu'Aristote prouve par une démonstration géométrique. Mais Zenon n'en est pas ébranlé, et s'en sert au contraire pour soutenir ses points métaphysiques. En eCfet , il faut que la vertu de cette chose physique nous soit donnée dans la métaphysique; autrement, comment Dieu serait-il le comble de toutes les perfections? L'étendue est dans la nature ; or, attribuer de l'étendue à Dieu , c'est blasphème, car nous mesurons l'étendue , et l'infini ne souflFre pas de mesure. Mais que la vertu de l'étendue soit contenue en Dieu éminemment, comme parlent nos théologiens , c'est ce qu'on peut très bien affirmer. Ainsi de même que l'eflFort est la vertu qui produit le mouvement , et qu'en Dieu , auteur de toutes choses, l'effort est repos ; de même aussi, la matière première est la vertu d'extension , qui en Dieu , créateur de la matière, n'est rien que pur esprit. Il y a donc dans la métaphysique une substance qui est la vertu de divisibilité indéfinie de l'étendue. La division est une chose physique; la divisibilité, une vertu métaphysique ; car la division
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est l'étal actuel des corps; mais l'essence du corps, comme de toutes choses, consiste dans l'indivisible ; et c'est ce qu'ArisI Ole doit avouer, puisqu'ill'enseigne lui-même. Il me semble donc que les coups qu'Aristote adresse à Zenon, portent à faux, et que leurs doctrines s'accordent au fond. Le premier parle de l'acte le second de la virtualité. Lorsqu'Arislote prouve la division des parties à l'infini par l'exemple de la diagonale qui se couperait aux mêmes points que la ligne latérale, quoique tous deux soient incommensurables , ce n'est pas le point qu'il divise , mais quelque chose d'étendu, puisqu'il le représente. Celle démonstration, comme celle des cercles concentriques que les rayons couperaient dans tous leurs points, celle des parallèles obliques à l'horizon qui couperaient une perpendiculaire sans jamais la diviser tout entière , toutes ces démonstrations, en un mol, sont fondées sur celle définition du point : ce qui n'a point de parties. Et toutes ces merveilles ne nous sont pas démontrées par une géométrie qui définisse le point , <i une petite parcelle divisible à l'infini, » mais par une géométrie qui suppose l'indivisibilité du point , et part du point ainsi défini pour arriver à ces démonstrations surprenantes. C'est pourquoi Zenon ne trouve dans ces argumens qu'une confirmation de son opinion, bien loin qu'elle en soit ébranlée. Car de même que dans ce monde de formes que l'homme se fait à lui-même et dont l'homme est comme le dieu, ce nom, sujet d'une définition , cette chose imaginaire qui n'a point de
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parties , se trouve en égale quantité dans des étendues inégales, de même dans le monde véritable , dont Dieu est l'auteur , il y a une vertu indivisible d'extension qui , par cela même qu'elle est indivisible , existe également sous des étendues inégales. Ces vertus sont indéfinies, et, puisqu'elles sont indéfinies , il ne peut être question pour elles de quantité; on n'y peut concevoir pluralité ou minorité, elles ne souffrent pas le plus ni le moins.
Les démonstrations même qui établissent ces vérités , prouvent aussi que l'effort , ou la vertu motrice, chose métaphysique, est égale pour des monvemens inégaux. D'abord il est plus digne de la souveraine facilité d'exécution qui est dans le Tout- Puissant, qu'il ait créé une matière qui fût à la fois puissance d'extension et mouvement, que de créer purement par une double opération , la matière et le mouvement. La bonne métaphysique est favorable à cette opinion; car comme l'effort n'est pas quelque chose , mais un mode de quelque chose, je veux dire d'une matière, il faut qu'il ait été créé d'une même création avec cette matière. Celte idée est aussi d'accord avec la physique : car dès qu'il y a nature, ou comme dit l'École, être en fait, tout se meut ; auparavant, tout reposait en Dieu; la nature a donc commencé d'être par l'effort, ou la nature de l'effort consiste , comme dit l'Ecole dans le devenir. Car l'efiFort est intermédiaire entre le repos et le mouvement. Dans la nature , sont les choses étendues, avant toute nature, la chose qui
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n'admet aucune étendue , Dieu ; donc entre Dieu et les objets étendus est une chose intermédiaire , inétendue , mais capable d'extension ; c'est le point métaphysique. C'est là que ces choses trouvent leur mesure commune, ou, comme on dit, la proportion qui les exprime : repos, effort, mouvement; Dieu, matière et corps étendu. Dieu , moteur de toutes choses , reste immobile en soi ; la matière fait effort; les corps étendus sont mus ; et de même que le mouvement est un mode du corps, le repos un attribut de Dieu, ainsi l'effort est la propriété .du point métaphysique, et de même que le point métaphysique est une vertu indéfinie d'extension , qui est égale pour des étendues inégales , ainsi l'effort est une vertu motrice indéfinie, qui , sans sortir de l'égalité, donne lieu à des mouvemens inégaux.
Descaries pose comme base de ses belles idées sur la réflexion et la réfraction des mouvemens , que le mouvement diffère de ce qui le détermine, en sorte qu'il peut y avoir plus de mouvement pour un même mode de détermination ou quantité. D'oii il conclut qu'il y a plus de mouvement dans les déterminations obliques que dans les déterminations directes. Par là il explique pourquoi un corps en mouvement oblique obéit dans le même temps à deux causes; l'une, sa pesanteur, qui le pousse directement de haut en bas ; l'autre , sa direction , qui le fait tendre obliquement à l'horizon ; ainsi , s'il tombe sur un plan impénétrable^ il donne dans
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un même moment la résultante de deux causes , et réfléchit son mouvement suivant un angle égal à l'angle d'incidence; si au contraire il tombe sur un plan pénétrable , son mouvement se réfracte, et, selon la densité plus ou moins grande du milieu à travers lequel il passe , il s'écarte plus ou moins de la perpendiculaire qu'il <lécrirail s'il traversait un milieu d'une pénétrabilité uniforme. Descaries a donc aperçu cette vérité , que sous un même mode de détermination il peut y avoir plus ou moins de mouvement; mais il en a dissimulé la raison , parce qu'il est de l'avis d'Aristote contre Zenon ; il dissimule , dis-je , que comme pour la diagonale et la latérale il y a une égale vertu d'extension , ainsi il y a une égale vertu motrice pour le mouvement perpendiculaire ou oblique à l'horizon.
La raison de tout ce que nous avons établi jusqu'ici, c'est, si je ne me trompe, qu'il y a des points et des efforts par oii les choses commencent à poindre de leur néant, et que le plus petit et le plus grand sont à égale distance du rien. Par cette raison la géométrie tire sa vérité de la métaphysique , puis la réfléchit sur la métaphysique elle-même , c'est-àdire qu'elle forme la science humaine sur le modèle de la science divine , et confirme ensuite la divine par l'humaine. Comme tout s'accorde avec ces vérités! le temps se divise, l'éternité est toute dans l'indivisible. S'il n'y avait point de mouvement, on n'aurait rien pour mesurer le repos. Tous les troubles de l'ame croissent et décroissent; le calme ne
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coonait pas de degrés. Des objets étendus se corrompenl; les êtres immortels sont essentiellement indivisibles; le corps souffre la division; l'esprit n'admet pas le partage. Dans le point réside l'opportun; tout autour est répandu l'accident et Je hasard. Le vrai est un et précis; le faux se présente partout; car la science ne se divise pas., et l'opinion engendre les sectes. La vertu n'est ni en deçà ni audelà ; le vice divague sans limites ; le juste est un , l'injuste innombrable ; le bien par excellence dans toute chose est toujours placé dans l'indivisible. Ainsi , le monde physique est composé de choses imparfaites et divisibles à l'infini; le monde métaphysique est un monde d'idées , de choses parfaites , qui ont une efficace indéfinie.
Il y a donc dans la métaphysique un genre de choses à la fois inétendu et capable d'extension. C'est ce que ne voit pas Descartes , parce que , par une méthode analytique , il pose la matière comme créée, puis la divise. C'est ce que vit Zenon ; il part synlhétiquement pour venir à parler du monde des formes que l'homme se crée avec les points, du monde des solides, qui est l'ouvrage de Dieu. C'est ce que ne vit pas Aristote , parce qu'il transporte d'emblée la métaphysique dans la physique; aussi parle-t-il de la nature en langage métaphysique , par puissances et facultés. Descartes ne pouvait le voir d'avantage , lui qui porte d'emblée la physique dans la métaphysique , et parle de métaphysique en physicien , par actes et par formes. Il faut reje-
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ter l'une et l'autre méthode ; car si définir, c'est déterminer les limites des choses , et que les limites soient les extrémités de ce qui a forme, si tous les objets qui ont forme sont tirés de la matière par mouvement, et par conséquent doivent être rapportés à une nature existant antérieurement; et si c'est mal agir, lorsqu'il y a une nature qui déjà nous offre l'acte , de définir les choses par les virtualités , c'est un tort aussi de caractériser les choses par des actes avant que la nature existe et que les choses aient des formes. La métaphysique dépasse la physique , parce qu'elle traite des vertus et de l'infini ; la physique est une partie de la métaphysique, parce qu'elle considère les formes et le limité. Mais comment cet infini peut-il descendre dans ce fini? lors même que Dieu nous l'enseignerait , nous ne pourrions le comprendre, si c'est le vrai de l'intelligence divine , c'est qu'elle le fait et le sait en même temps. L'esprit humain a des limites et une forme; par conséquent, il ne peut avoir l'intelligence de ce qui est sans limite et sans forme, il peut seulement le penser; c'est ce que nous dirions ainsi en italien : Puo andarle raccogliendo , ma non già raccorle iutie. Mais cette pensée même , c'est un aveu de ce que les objets de la pensée n'ont pas de forme et sont sans limites. Ainsi donc connaître distinctement, c'est un défaut plutôt qu'une qualité ; car c'est connaître les limites des choses. L'esprit divin voit les choses dans le soleil de sa vérité; c'est-à-dire que tandis qu'il voit les choses, il connaît une infi-
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nité de choses avec celle qu'il voit; l'esprit humain voit l'objet qu'il connaît distinctement , comme on voit la nuit à la lueur d'une lanterne, et en le voyant, il perd de vue tout ce qui l'environne. Ainsi je souffre , sans reconnaître aucune forme de douleur; je ne connais pas la limite du malaise de l'ame; c'est une connaissance indéGnie , et par conséquent convenable à la nature de l'homme : l'idée de la douleur est pourtant vive et claire autant que rien au monde. Mais cette clarté du vrai métaphysique est semblable à la clarté de la lumière que nous ne voyons que par les corps opaques. Les vérités métaphysiques sont claires , parce qu'elles ne peuvent être renfermées dans aucune limite et distinguées par aucune forme ; les vérités physiques sont les corps opaques qui nous font distinguer la lumière. Celte lumière métaphysique , ou , selon le langage de l'Ecole , ce passage de la virtualité à l'acte, est produite par un véritable effort, c'est-à-dire par une vertu motrice indéûnie , égale pour des mouvemens inégaux ; ce qui est le caractère du point, ou vertu indéfinie d'extension , égale pour des étendues inégales.
1^ II. Que les élcndus ne font pas effort ( Extenso non corani).
Les étendues ne semblent avoir aucune puissance d'effort, soit que tout soit plein de corps de même genre qui se font mutuellement résistance avec une force égale , et que dans ce plein absolu , aucune
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vertu motrice ne puisse se produire ; soit que tout soit plein de corps de natures différentes, dont les uns résistent et les autres cèdent, car c'est ici qu'a lieu le véritable mouvement. Essayer de percer un mur avec le bras , ce n'est pas proprement un effort , mais c'est un mouvement des nerfs qui , de relâchés , deviennent tendus ; de même le poisson se meut, lorsqu'il se serre contre la rive pour résister au courant. Cette tension est produite par les esprits animaux qui arrivent et se succèdent sans interruption ; c'est donc un vrai mouvement qui ne cesse qu'au moment où les esprits animaux cessant d'affluer , les nerfs défaillent et se relâchent. En général , si l'effort est la vertu motrice des étendus , peutelle, lorsqu'il y a obstacle, et lors même que l'obstacle est très grand, peut-elle se développer encore, ou ne peut-elle jamais, et en aucun cas , se développer? Si elle se développe en quelque manière , c'est un véritable mouvement ; si elle ne peut se développer , qu'est-ce que cette force toujours impuissante? Il ne peut y avoir de force qui ne se développe au moment même où elle est; à tout acte de force répond une tension ou un mouvement égal. Aussi, si nous parcourons tous les phénomènes de la nature, nous trouverons qu'ils naissent du mouvement et non pas de l'effort. La lumière même, qui semble se propager en un instant, se produit cependant , selon les meilleurs physiciens , d'une manière successive et par un véritable mouvement. Et plût ù Dieu que la lumière se fit en un instant,
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pour que nous pussions monlrer le plus brillant des ouvages de la nature naissant du point même. Car si la lumière se produit en un instant, il faudra qu'un nous accorde qu'il y a dans la nature des effets du point, puisqu'un instant ne diffère pas d'un point. Si donc la lumière est une émission de globules qui se fait en un instant, les globules ne peuvent se propager sur une seule ligne qui ait de l'étendue, car les étendues sont déterminées par leurs extrémités , et les extrémités séparées par les intermédiaires ; or les extrêmes et les intermédiaires se parcourent dans le temps et par un véritable mouvement. Ainsij pour que la lumière se produisît par un pur effort et dans un seul instant , les globules devraient se propager en des points sans parties. Voilà donc une chose dans la nature qui n'aurait aucune étendue. Mais ces points, oiJi l'on dit que se répand la lumière et que naissent les ténèbres , sont très corporels , ils ne sont pas assez réduits pour le génie délié de la géométrie , ils ne sont pas assez dépouillés d'étendue pour la subtilité métaphysique.
Ainsi, dans la nature telle qu'elle est en sa réalité 011 se trouvent des objets étendus de différens genres, impénétrables, ou pénétrables, il n'y a pas d'efforts, mais de véritables mouvemens. Les phénomènes de la nature réelle ne doivent donc pas s'expliquer par vertus et puissances. Aujourd'hui ces explications par sympathies et aversions naturelles y par desseins mystérieux de la nature ou qualités ocultes, tout cela, dis-je , est expulsé des écoles de physique. Il reste